‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 20 sur 108 · I. A SARDAIGN E · texte numérisé non relu

I. A SARDAIGN E

tout portait ombrage au cabinet de Londres ; car , quoiqu’il fût parvenu à faire sortir de France le prétendant , il n’ignorait pas que les partisans de ce prince sollicitaient les puissances de la ligue du Nord de tourner leurs armes contre l’Angleterre. Le roi Jacques avait été bien reçu des princes d’Italie , lorsqu’il se rendit à Pesaro ; aussi les Anglais craignaient-ils que Rome ne fût l’endroit où ‘se préparait l’orage qu’ils redoutaient; et, comme ils supposaient cette cour étroitement unie avec celle de Madrid , l’expédition mystérieuse leur donnait de vives inquiétudes.

Le roi de Sicile cherchait de son côté à pénétrer, par le moyen de son ministre à Madrid, la destination de l’armement, parce qu’il n’ignorait pas le mécontentement des Siciliens, et qu’il appréhendait que le pape , avec lequel il était fort mal , ne favorisât celte invasion. Il avertit son vice-roi, le comte Maffei , de se tenir préparé à tout événement.

Lorsque toqt fut prét^Rarcelone, le roi ordonna au marquis de Leide de s’y rendre sans délai , pour prendre le commandement des troupes destinées à l'expédition. L’escadre fut placée sous les ordres de 1’ amiral marquis Mari. Elle consistait en douze bâtiments de guerre, et cent de transport portant huit mille hommes d’infanterie et six cents de cavalerie. Les lieutenants-généraux de l’armée

étaient don José d’Armendariz et M. de Grafion. Le comte de Montemar , le marquis de Saint- Vincent, et le chevalier de Leide, servaient en qualité de maréchaux de camp. On avait embarqué cinquante canons de batterie, douze de campagne, et un équipage de siège , avec des vivres et des munitions pour trois mois.

Alberoni écrivit à Gènes au marquis de Saint- Philippe , pour lui annoncer le but de l’expédition, sur laquelle il lui recommandait le plus profond secret , et lui ordonna , au nom du roi, de se tenir prêta passer en Sardaigne, dès qu’on aurait mis un vaisseau à sa disposition. Comme le marquis de Saint- Philippe était Sarde , et qu’il avait une parfaite connaissance du pays et de ses compatriotes , le cardinal l’avait cru propre à faciliter la conquête de l’Ile. Le roi lui donna une autorité absolue en matière d’administration, et on lui envoya copie des instructions remises au marquis de Leide , dans lesquelles on recommandait à ce dernier de suivre en tout point les conseils et les directions du marquis de Saint-Philippe.

Aussitôt que l’expédition fut sortie du port de Barcelone, le marquis de Grimaldo, iecrétaîre-d’étàt des affaires étrangères, fit part aux ministres d’Espagne, dans les diverses cours , des motifs qui déterminaient le roi àf reprendre les hostilités contre la maison d’Autriche, quoiqu’elle fût alors occupée

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conlre les Turcs. Il exposait toutes les infractions que l’empereur avait faites à la neutralité de l’Italie, et la mauvaise foi avec laquelle il s’était conduit dans les affaires de la Catalogne ; les secours qu’il avait fournis secrètement aux rebelles de Barcelone et de Majorque, et qui avaient entretenu la révolte deux ans de plus qu’elle n’aurait duré ; les empiétements et abus de pouvoir qu’il s’était permis en Italie; l’outrage qu’on avait fait au nom espagnol, en arrêtant à Milan le grand inquisiteur qui traversait la Lombardie, sur la foi d’un passeport du pape, et d’une parole donnée par un ministre autrichien ; enfin la violation du droit des gens commise dans la personne du chargé d’affaires d’Espagne à Rome, dont on avait saisi les papiers et ouvert les lettres. Sa majesté catholique concluait que l’empereur ayant enfreint le premier les dispositions de l’armistice et les conventions de la neutralité , elle était libre, n’ayant point fait de paix particulière avec lui , de continuer la guerre.

Ce manifeste, répandu dans toute l’Europe par les agents diplomatiques espagnols , eut, suivant les intérêts respectifs et les opinions diverses , ses approbateurs et ses censeurs.

L’empereur se plaignit vivement à Rome , en termes qui semblaient exiger une réparation éclatante. Il voulait que le pape privât Alberoni de la dignité de cardinal, et révoquât les bulles accor-

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dées au roi catholique pour la levée du subside sur les biens du clergé, puisqu’on en affectait le produit à la guerre contre une puissance chrétienne , malgré l’intention du saint-siège , qui entendait que ces contributions fussent employées à repousser les infidèles. Le pape s’emporta contre Alberoni , qui l’avait si impudemment dupé, et lança contre le nouveau cardinal un bref fulminant , que ce dernier eut l’art de soustraire à la connaissance du roi. C’est tout ce que la cour de Rome, dans une position difficile , pouvait faire en faveur de l’Autriche, dont la demande resta sans effet. L’empereur ordonna sur-le-champ qu’on envoyât de la Lombardie et de Naples des troupes en Sardaigne, ainsi que le vice-roi, marquis de JRubi, l’en sollicitait, et il résolut d’y faire passer encore de Milan six cents hommes, pour lesquels il fit demander le passage aux Génois, parce qu’on avait dessein de les embarquer à Saint-Pierre d’Arena. Oh préparait aussi à Naples un détachement dé quatre cents hommes pour la même destination.

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La flotte espagnole était divisée en deux escadres, l’une et l’autre sous les ordres de l’amiral Mari, cjui partit sur la première , se dirigeant sur l*îlé d’ïvica, l’une des Baléares , où il relâcha. I^a seconde, dirigée par le chef d’escadre don Baldassar de Guevara , longea les côtes de France, et , arrivée la première en Sardaigne , jeta l’ancre

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à Pula , l’un des caps qui forment la baie de Cagliari. L’escadre de l’amiral ne put rallier que vingt jours après , à cause des calmes qu’elle essu y a dans les parages de Majorque, ayant mêmç été obligée de faire deux fois de l’eau à Palma , pour la cavalerie. La division de Gueyara ne put commencer les hostilités , parce qu’il était subordonné à Man. Ainsi le marquis de Ruùieul tou lie temps de se préparer à recevoir les Espagnols. Lorsque les premiers vaisseaux furent signalés, il n’y avait pas encore une seule pièce de canon montée ; le château manquait de vivres , et si , quand Guevara se présenta, il eut opéré son débarquement , Cagliarise serait rendu sur-le-champ, faute de moyens de défense.

Enfin toute la flotte fut réunie lé 20 août. Don Francisco Grimau la suivait avec les galères d’Espagne, qui servirent à protéger le débarquement. Il fut effectué le 22, presque sans opposition, sur la plage de Saint-André , où coule un ruisseau assez considérable. Les troupes de l’expédition s’en trouvèrent fort bien ; car dans tout ce terrain , qui est éloigné de deux lieues de la ville, on ne rencontre que des puits d’une eau saumâtre, qui n’est point potable. On était alors dans une saison brûlante, et à l’époque où V intempérie, produite par les exhalaisons des marais et des eaux croupissantes , exerce le plus de ravages , jusqu’à ce que les grandes pluies et les neiges rendent à l’air

sa première pureté. Aussi les habitants de Cagliari croyaient-ils n’avoir pas besoin d’autre défense , persuadés que, sans tirer l’épée , les troupes espagnoles périraient par l’effet seul du mauvais air. La ville avait six cents hommes de garnison, commandés par le colonel don J ago Carreras. Beaucoup de seigneurs et de nobles avaient abandonné la place; mais ceux qui étaient dans les intérêts de la maison d’Autriche songèrent à se mettre en défense , et firent entrer dans la ville les milices du pays, dont une partie était entretenue par don Antonio Genovès , marquis de la Guardia , gouverneur du cap de Cagliari , homme riche , et partisan déclaré de l’empereur. Il y avait en outre une compagnie de Catalans et de Valenciens, et deux cents hommes de cavalerie.

Les troupes espagnoles marchèrent pour former la ligne, et campèrent sur la pente d’un monticule. II. n’était pas possible d’ouvrir la tranchée, faute de fascines qu’on était obligé de faire venir par mer des environs du cap Pula; car le pays ne s’étant pas encore soumis au marquis de Leide , qui n’était maître que d’une lieue de circuit, ses partisans ne pouvaient pénétrer plus avant. Les chemins qui conduisent dans l’intérieur de l’ile étaient occupés par les milices nationales, auxquelles on avait donné de vieux soldats pour les commander. Le plus praticable était défendu par

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le château de Saint-Michel, qui esta un demi-mille de la ville, et qui avait été fortifié par les Sardes. L’armée espagnole était trop peu nombreuse pour former une ligne de circonvallation , et le canon de la place ne permettait pas à leurs vaisseaux d’approcher du port ; mais comme la baie est sûre à quinze milles à la ronde , ils y jetèrent l’ancre , et, tandis qu’on débarquait l’artillerie , les troupes de marine dressèrent une batterie contre le petit fort de la Darse.

Les Espagnols s’étaient déjà rendus maîtres des couvents de Bonaria et de la Trinité. Leur dessein étant de commencer l’attaque derrière le couvent de Jésus jusqu’à l’église de San-Lucifero , ils s’avancèrent pour battre le bastion de Montserrat et celui de la Zecca, où l’on devait ouvrir la brèche. La place ne pouvait être attaquée que par là, à cause de sa situation, qui la rend très forte. Elle est bâtie sur un rocher fort élevé, dont le château est environné de tous côtés, de sorte que, pour en approcher, il faut auparavant s’emparer d’un faubourg fortifié qui borde le port, et qu’on appelle la Marine. Les autres faubourgs, Stampace et ViLla- Nova, sont ouverts et séparés de la place, qui, du côté de l’ouest est défendue par un fossé large et profond , contre lequel on ne peut ouvrir de tranchée, ni former des approches , tant à cause de l’élévation du rocher, que parce que le sol est fort

pierreux. L’enceinte du château et du faubourg est très* étendue, et il n’était pas possible d’en faire Le siège dans les règles , la nature du sol ne permettant de l'attaquer que par le côté le plus fort. La place étant d’ailleurs irrégulière , les ingénieurs ne se conduisaient que par conjecture, et l’on perdait beaucoup de temps.

Dans la nuit du i3 septembre, on ouvrit enfin 1b tranchée , sous les ordres du lieutenant-général d'Armendariz et du chevalier de Leide , maréchal de camp. Cette nuit même arriva , sur le vaisseau qu’on lui avait envoyé, le marquis de Saint-Philippe. Il ne fit point usage de l’autorité dont le roi l’avait revêtu, afin de ne pas donner d’ombrage aux Sardes ; il se contenta seulement d’aider de ses avis le marquis de Leide dans les objets qui ne regardaient point les opérations militaires. 11 écrivit aussitôt des lettres en diverses parties de l’île, el en peu de jours tout le plat pays se soumit au roi, ainsi que les villes , à l’exception de celles qui avaient une garnison et des forts, telles queCagliari , Alghero , et Castel-Aragonès. Tous ceux des gentilshommes qui n’étaient point dans ces villes, prêtèrent serment de fidélité au marquis de Leide , soit en personne , soit par écrit. Les partisans du roi Philippe tentèrent à Sassari d’arrêter le marquis de Benitès , qui en était le gouverneur. Les auteurs de ce projet étaient le marquis de 5b-

teminis, le bârond’Cto', le marq u is de Monte-Negro, et quelques autres qui , ayant confié le secret à un traître , furent découverts. Quelques-uns se sauvèrent, d’autres furent pris et envoyés prisonniers à Alghero. Benitès n’osa pas tenter la fortune avec le peu de troupes qui lui restait, et la ville fut livrée au désordre et à l’anarchie.

Le marquis de Monte-Negro se mit en campagne à la tête d’un nombre considérable de milices du pays, et se déclara ouvertement en faveur du roi d’Espagne , Philippe V. Pour soutenir ce soulèvement , on envoya les galères à Porto- Torre, et le 16, le marquis de Mohtalegm arriva avec trois cents chevaux et un régiment d’iufanterie. On poussa en même temps le blocus de Cagliari jusqu’au village de Masi et à la ScaiFa , afin d’empêcher les barques qui pouvaient venir d’Assemirii et d’Uta, de traverser l’étang , pour porter des vivres dans la ville. , i - .<

L’intendant de la marine ne cessait d’envoyer des vivres et des provisions de Barcelone avec la plus grande activité; et d’aillenrs l’aboudaoce régnait dans le camp. La retraite du marquis diM Rubi , vice- roi de Pile, qui abandonna Ja. place pour se retifer à Alghero, avait répandu la connl. slernation dans les environs. Le 18 , on reçtët au camp la nouvelle de la fuite du vice-roi , et Je comte de Pezuela , colonel des dragons, eut

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ordre de le poursuivre. Il le joignit à un village du Campidano d’Oristano , appelé Siamanna , où le vice-roi fugitif se défendit avec bravoure , à la tête d’un petit parti de cavalerie, jusqu’au moment où , blessé au bras , il fut aidé dans sa fuite par les gens du pays, et parvint à gagner, par des chemins détournés , la ville d’Alghero. On fit seulement prisonniers don Piclro Branciforte , comte de Sant' Antonio, général des galères , et plusieurs gentilshommes de sa suite.

Le commandement de Cagliari était demeuré à Don Jago Carreras. On battit la place avec trentecanons et vingt mortiers ; et déjà on avait ouvert une brèche considérable au faubourg delà Marine, lorsque les Allemands l’abandonnèrent, sans attendre l’assauf. On' avait aussi fait une autre brèche ailleurs; mais ni l’une ni l’autre n’étaient encore praticables. D’ailleurs, en s’y logeant , on n’aurait pas gagné l’enceinte de la place , où fa troupe s’était retirée , après avoir garni tous Tes bastions.

>. Les «assiégeants ; 1 aù piëd delà première courtine du château1, pratiquèrent une coupure depuis la toùr defLÉlépliant jusqu’à celle du Lion. Il leur restait ericore1 beaucoup à faire , lorsque , le soir du<i5© , la place battit la chamade. Le t*r octobre; on convint que la garnison sortirait sans armes y et qu’on lui1 fournirait des barques pour être transportée à Gênes. Le 2 , on occupa la porte

de Saint- Pancrazio ; le lendemain les troupes du roi entrèrent dans la ville , et le marquis de Saint- Vincent resta dans la place, parce que Armendariz était malade. On y laissa pour garnison les régiments de Bustamente et de Basilicata , avec cent dragons.

Le 6 , le comte de Montemar fut détaché avec mille grenadiers , pour aller se saisir des postes importants qui devaient faciliter le siège d’Alghero. Trois jours après , le reste de l’armée partit avec le marquis de Leide , et Armendariz resta en qualité de commandant de la partie méridionale de l’ile. Cette marche de quarante lieues était périlleuse , par la nécessité de traverser des Keux malsains. Le marquis de Saint- Philippe, qui connaissait le pays , fut chargé de la conduite des troupes et de leur subsistance pendant la marche; et , pour éviterle mauvais air des étangs d’Oristano, qui en été sont fort dangereux , l’armée prit la roule par Ghilazza , et elle arriva devant Alghero le ao octobre.

Le n , un corps de quatre cent quarante-six Allemands du régiment de ïVallis , avait débarqué àTerranova, venant de Naples sur les galères de ce royaume , dont le comte de Foncalàda était le général. Celui-ci se contenta de les déposer à terre , et sur-le-champ il remit à la voile , sachant qu’il y avait dans ces mers plusieurs vaisseaux et frégates d’Rspagne. Les habitants du lieu où ces troupes

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débarquèrent étaient fort partisans du roi Philippe V , pour lequel ils avaient beaucoup souffert dans le temps de la malheureuse expédition de 1710 , où les Autrichiens en avaient fait pendre un assez grand nombre.

Quoique cette plage ne fut pas du département de la GaUura , elle était cependant alors commandée , sous les ordres du marquis de Saint-Philippe , par un certain Sardo , de Tempio. Celui-ci avait pris les armes pour le roi , s’était assuré de la Gallura , et veillait à la garde des côtes les pl us voisines de Tempio , où se trouvaient soixante hommes, lorsque les Allemands débarquèrent.

Ces Sardes feignirent ^d’abord d’être de leurs amis > et, pour mieux les tromper , ayant mis à leur tète un prêtre que le hasard fit rencontrer dans cet endroit , ils crièrent : Vive t Empereur. Sur ces apparences , les Allemands , persuadés qu’ils pouvaient se fier à eux , leur montrèrent les ordres qo’ijs avaient de secourir la ville d’Alghero , ou dpjSqpleyer la Gallura contre les Espagnols , sous la direction des auteurs de la première révolte. Ces , derniers s’étaient retirés à Bonifacio , aussitôt après ,'Ja gqise de Çagliari, et n’avaient aucunes troupes .,;pn campagne. Toute la province s’était déclarée ..ipour le roi. Les soixante Sardes, tfbmpant les Al- Icmands , les conduisirent par les gorges des mon , lagncs , et lorsqu’ils les eurent amenés dans un

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défilé fort étroit , qui n’avait point d’issue par les flancs , ^tournèrent leurs armes contre eux. Les Allemands , quoique armés , ne s’attendant point à cette attaque imprévue , et se voyant enfermés au milieu d’un défilé inconnu , se rendirent au prêtre qui conduisait les Sardes. Peu de temps après , Sardo ayant appris cette nouvelle , se rendit sur les lieux , et régla la capitulation , par laquelle il leur accorda la liberté de retourner à Naples ; mais le marquis de Leide ne se crut pas obligé d’observer cette convention , accordée , disait-il , par un officier qui n’en avait pas le pouvoir. Les troupes impériales furent conduites , prisonnières de guerre , à Sassari.

Gît accident découragea fort la garnison d’Atghero. De six cents hommes qu’on lui avait envoyés de Milan , elle n’en avait reçu que cent quatrevingts, du régiment d ’Harnilton, qui, dans la nuit du 10 à celle du 12 , s’étaient introduits dans la place à l’aide de quelques felouques et d’tme galiote ; le reste ne put y entrer à cause de quelques bâtiments espagnols qui croisaient sur des potes , vers Porto-Conte. Les saïques et autres embarcations qui les avaient transportés , demeurèrent dans les ports de Corse les plus voisins de la Sar-* daigne , d’où l’on fit passer cent quarante- hommes du même régiment à Castel-Aragonès , avant l'arrivée des galères d’Espagne au port d’Alghero ;

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car depuis il ne fut plus possible de jeter aucun secours dans la place , et les troupes qu’on y destinait retournèrent à Gênes.

Malgré ce renfort , la garnison d’Àlghero n’élail pas encore assez forte ; ce qui détermina le marquis de Mubia en sortir dans la nuit du 2 1 octobre , sur une galiote , qui le conduisit à Castel-Aragonès. Delà il se retira en, Corse , abandonnant le royaume qu’il ne pouvait plus défendre, et le commandement de la place resta entre les mains de don Alonso de Cespedès , qui en était gouverneur. C’est un ouvrage couronné et régulier , mais peu étendu , et garni d’un fossé sans chemin couvert. On ne peut l’attaquer que d’un côté , parce que la 111er entoure la moitié de la ville.

Le a5 octobre , le marquis de Leide somma le gouverneur de se rendre. Il demanda trois jours jHiur délibérer. On lui accorda six heures , et dans cet intervalle , il envoya le major de la place , pour capituler. Le même jour on détacha huit cents grenadiers , aux ordres du marquis de Saint- Vincent-, pour aller investir Castei-Aragones. On permit à la garnison d?Alghero de sortir avec ses armes , à condition qu’elle les quitterait en s’embarquant ; car elle avait obtenu d’être conduite à Gènes. Le sçÿfon se mit en possession de la place. Cette nouvelle détermina la garnison de Castel- Aragonès à capituler le 5o, et on 1m accorda le»

mêmes conditions. Castel -Aragonès, aujourd’hui Caslel-Sardo , est une petite place-forte , environnée de bastions et bâtie sur une hauteur, de sorte qu’on ne saurait y faire brèche. Cette montagne n’étant qu'un rocher, la ville ne peut être prise que par famine ou par disette d’eau ; car il y a très peu de citernes , et la fontaine dont le peuple se sert est hors de l’enceinte de la place, ce qui fait que les assiégeants peuvent s’en rendre maîtres. La reddition de Castel-Aragonès mit le roi d’Espagne , dans l’espace de deux mois et quelques jours , en possession de toute l’île. Il accorda un pardon général , et la permission , à qui le voudrait , de sortir du royaume. Tous ceux qui , en 1708 , s’étaient déclarés pour la maison d’Autriche, en profitèrent , ainsi que quelques autres Sardes , soit par mécontentement, soit par reconnaissance pour l’empereur. L’archevêque de Sassari aima mieux quitter l’île , que de faire chanter le Tb Df.um dans sa cathédrale , en action de grâces de œ succès. On saisit son temporel et tous ses revenus privés , et. il se retira à Bonifaeio. Le coadjuteur de Gagliari sortit aussi volontairement de l’ile.

Le marquis de Leide laissa trois mille hommes pour la garde de l’île, sous les ordres dé don José d’ A rmcndariz , auquel il donna la qualité de gouverneur-général. Le roi perdit à cette expédition six cents hommes , qui périrent plutôt des mala-

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dies causées par le mauvais air, que par la main des ennemis, puisqu’on n’avait fait la guerre que quinze jours devant Cagliari. Le marquis de Saint - Philippe retourna à son ambassade de Gênes , avec le reste des troupes ; les galères et autres bâtiments rentrèrent dans leurs ports.

C’est ainsi que, par une opération bien combinée et mieux conduite , sous tous les rapports, que laprécédente, dont un traître avait fait manquer l’effet , l’Espagne se remit en possession de l’ile de Sardaigne, qui lui avait été si long-temps soumise. Cette conquête n’offrait point cependant des avantages propor lion nés aux dépenses qu’on avaient faites pour l’obtenir , et aux conséquences qiie pouvait entraîner une levée de boucliers si hardie , dans la situation politique où l’Europe était alors.

L’empereur ne perdit rien en perdant la Sardaigne, et le vainqueur n’y gagna pas davantage. Le pays était désarmé , la noblesse détrompée des illusions qu’elle s’élait faites en se soumettant à la ‘domination autrichienne, et le peuple malheureux et mécontent. Toutes ces circonstances facilitèrent tellement la conquête d’un pays prêt à se donner, que les troupes ne trouvèrent, dans cette courte campagne, aucune occasion de signaler leur courage. >

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