‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 25 sur 108 · LA SA II U AI G MB · texte numérisé non relu

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qu’ils se flattaient d’obtenir de la droiture de son cœur et de ses intentions paternelles. Des vice-rois y furent établis d’après le même système que sous la domination espagnole , et il était difficile de régir autrement une possession séparée du continent par la mer. Les lois nationales et locales furent confirmées , ainsi que l’ancienne organisation de l’ordre judiciaire ; mais la police fut mieux réglée, et les abus de l’administration civile furent , sinon réformés totalement , du moins considérablement diminués. .

Le règne de Victor Amédée II commença sous d’heureux auspices. Il fit généreusement la remise à ses nouveaux sujets du don gratuit qui lui revenait à l’occasion de son avènement au trône, conformément aux anciennes lois du royaume, et se contenta des contributions ordiuaires, qui avaient été réduites , dans les dernières sessions des Cortès , à la somme de soixante mille écus.

La Sardaigne dut à ce prince 1 institution , dans le port de Cagliari , du magistrat de santé. La peste qui désola Marseille en 1721 suggéra l’idée de cet établissement , par lequel l’ile fut préservée des ravages dç ce fléau , dont elle avait tant souffert dans les siècles précédents. t

S’il fut pour la Sardaigne une époque de bonheur et de prospérité , ce fut sans contredit le règne de Charles Emmanuel III. Ce prince , qui avait suc-

cédé , en 1730 , à son père , fut le meilleur et le plus grand roi qui ait illustré la maison de Savoié.

Il jouira dans la mémoire des hommes d’une gloire d’autant plus pure , qu’elle lui a été acquise par ses bienfaits et ses vertus , et que ses t^ivaux. n’ont eu pour but que la félicité de ses peuples. Cet excellent prince , guidé par les sages conseils de son premier ministre , le comte Bogino , l’un des plus habiles hommes d'état de son temps , et qui fut son Sully et son Colbert , vit bientôt de quelle importance pouvait être pour lui la possession d’une île trop négligée et trop dédaignée par ses anciens maîtres , et il la traita , dès ce moment , avec une prédilection marquée.

Un prince aussi éclairé que Charles- Emmanuel devait comprendre que le seul moyen d’assurer le bonheur de cçtte nation insulaire , et de mettre à profit ses qualités naturelles, était d’y rétablir l’ordre , de lui donner des institutions , d’y faire pénétrer les lumières des sciences et les jouissances des arts , et de la faire entrer enfin dans la civilisation européenne.

S’il ne put toucher aux privilèges inconsidérément accordés par les Espagnols , et que malheureusement on regarde comme sacrés , du moins il en diminua l’influence sur l’ordre public , par une administration plus exacte de la justice. Il pourvut à la sûreté intérieure du royaume, par la deslruc-

lion de plusieurs bandes de malveillants , qui , ayant encouru la disgrâce du gouvernement par leurs crimes, s’étaient retirés dans les forêts et les montagnes, pour se soustraire à la poursuite des lois.

Il n’est qpcune branche de l’administration publique , qui n’ait reçu , de la prévoyance et de la sagesse du bienfaiteur de la Sardaigne, des améliorations considérables , ou qui n’ait été l’objet d’une création appropriée aux besoins du peuple , et mise en harmonie avec l’état de la civilisation du reste de l’Europe.

Dans la vue de garantir la sûreté des transactions entre les particuliers , Charles Emmanuel établit des bureaux de conservation des hypothèques , et des archives publiques , destinées à être le dépôt général des actes et contrats.

La poste aux lettres, institution tout-à-fait nouvelle pour la Sardaigne, fut établie en 1739.

Un édit de 1743 fonda le collège des procurateurs et liquidateurs , composé de vingt membres titulaires et de vingt substituts.

Pour ranimer l’esprit belliqueux des Sardes , le roi ordonna , en 1744 > la levée d’un régiment national, dans lequel les jeunes nobles entrèrent avec tant d’empressement , que ceux qui ne purent obtenir le grade d’officier, se résignèrent à servir comme soldat, ce corps, qui s’est perpétué depuis son origine, a toujours passé pour un des meilleurs

de l’armée du roi de Sardaigne , et il a fait la .guerre avec beaucoup de distinction contre les troupes françaises elles-mêmes , avant la dernière invasion de l’Italie. Lorque le parlement des Cortès créa , en i63i 1 , un corps de milice sarde , de douze cents hommes, il avait affecté à son entretien une contribution annuelle de quatre-vingt mille écus. Le roi Charles ne voulut pas que le régiment sarde fut à la charge de l’état. Le séquestre des revenus de ceux des grands feudataires, qui résidaient sur le continent de l’Espagne, avec laquelle on était alors en guerre , fournit aux frais du premier établissement. Le régiment sarde a été assimilé depuis aux troupes étrangères à la solde du roi.

Charles Emmanuel, dont le génie était plus particulièrement porté aux institutions de la paix, s’occupa désormais sans relâche de celles que réclamaient les soins de l’humanité et l’encouragement dû aux sciences et aux lettres. Des hôpitaux pour les malades des deux sexes et de tous les âges, et des maisons destinées à recevoir les orphelins abandonnés, s’ouvrirent dans les principales villes du royaume. Des dots furent assignées sur le trésor royal , pour marier un certain nombre de pauvres filles. Mais ce qui distingue le plus

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T. A SARDAIGNE

cette belle époque d’un règne heureux, ce fut la réforme de l’université fondée par les cortès de i6o5, sous la présidence du comte d ' Elda , ou plutôt la régénération de cet établissement , suivant un système plus conforme à l’état des connaissances eu Europe, et aux nouvelles méthodes d’enseignement. Des diplômes royaux établirent, d’abord à Cagliari, et l’année suivante à Sassari , des cours publics de théologie, de mathémntkpies, de langues orientales , de jurisprudence, de médecine et chirurgie, de philosophie, des beauxarts, et d'humanités. Des prolesseurs célèbres lurent appelés de toutes les parties de l’Italie i et logés dans un édifice construit expressément' pour cet usage. .!• -t t •

On établit dans toutes les villes épiscopales, ou peuplées d’un certain nombre d’habitants , des collèges et séminaires, où l’on reçoit la jeunesse pauvre, à laquelle on donné, outre l’instruCtidn gratuite , l’habillement et la nourriture.

Dans le même temps parut un édit qui réglait la valeur comparative des monnaies étrangères et des productions du pays , et qui , dotant la Sardaigne d’une monnaie nationale, ordonnait qü’il serait désormais frappé, à Cagliari j des pièces d’or , d’argent et de cuivre, à l’elfigie du souverain.

Charles Emmanuel réussit à négocier , avec le

Saint-Siège, une convention qui assignait des limites respectives aux juridictions ecclésiastique et laïque, ce qui mil un terme aux conflits et aux dissensions. Il perfectionna le régime des communes par la publication d’un nouveau réglement sur tous les points de l’administration municipale. Par lui fut abolie l’ancienne méthode de confier aux caprices du sort l’élection des officiers municipaux. On dressa, dans chaque commune, la liste des notables qui devaient devenir, à tour de rôle, membres du conseil.

Jaloux d’encourager le commerce et de mainte- • • nir, parmi les négociants, la bonne foi et la fidélité aux engagements, le roi Charles institua des tribunaux de commerce, et une cour suprême qui fut établie sous la dénomination de consulat.

La prospérité de l’agriculture, qui fait la principale richesse de la Sardaigne, attira plus spécialement l’attention et les soins de ce sage prince. Celte île lui dut l’organisation d’un établissement dont on avait eu l’idée et fait un essai imparfait dans le siècle précédent, mais dont le perfectionnement était réservé à des temps plus éclairés. Il fut le fondateur de cette heureuse institution des magasins de prêt de blé , connus sous le nom de monti fnuiientari ou granatici, qui augmenta d’une manière prodigieuse, pendant le cours de plusieurs années, les produits agricoles et la popula-

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