‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 26 sur 108 · A S A RD A (G NE · texte numérisé non relu

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lion de la Sardaigne , et dont la décadence graduelle et enfin la suppression totale lui ont été depuis si préjudiciables. Le but de cet établissement était de prêtera tout cultivateur, qui venait en faire la demande, la quantité de grains nécessaire pour ensemencer sa terre, sans autre obligation que d’en remettre dans les magasins , après la récolte, une quantité pareille à celle qu’il avait reçue. Une junte composée, outre les trois premières voix des stamenti, des personnages les plus distingués du pays , et présidée par le vice-roi , était spécialement chargée de la surintendance de cette administration. On plaça près d’elle un bureau qui, sous le nom de censorat général , était exclusivement occupé de l’encouragement, de la protection et de l’amélioration de l’agriculture. Ce bureau entretenait une correspondance avec toutes les communes du royaume, par la voie des censeurs subalternes qui y résidaient, et devait recueillir des notions sur le produit des récoltes de chaque année, sur leur qualité, sur la consommation , examiner les causes d’où provenaient les variations dans les produits et dans les qualités, et proposer enfin tout ce qu’il croirait utile pour la prospérité de la culture et le bien-être des cultivateurs. Une dotation suffisante et convenable fut assignée à ce bel établissement, qui ne tomba depuis que parce que les malheurs de la guerre et des besoins impérieux

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en firent détourner les fonds pour un aulre usage. 1

La mort du roi Charles Emmanuel , et la retraite du comte Bogino , qui suivit de près cet événement, furent deux malheurs irréparables pour la Sardaigne. Leroi Victor Amédée succéda, en 1770, a son père. Il était animé de la meilleure volonté de faire le bonheur dJ^ses peuples; mais, dépourvu de ce tact fin q<ui donne la connaissance des hommes, trop faible d’ailleurs pour déjouer les intrigues des courtisans, il ne fut pas heureux dans le choix des ministres qui devaient l’aider à supporter le poids du gouvernement. La Sardaigne se ressentit bientôt de cette foute. Les emplois, depuis celte époque, ne furent donnés qu’àla faveur, et s’v multiplièrent sans mesure , pour contenter l’ambition et la cupidité. On y admit peu à peu les sujets piémontais , qui s’emparèrent bientôt des places les plus lucratives dans toutes les branches de l’administration ; jamais il ne fut question d’accorder aux Sardes la réciprocité dans les emplois des états de terç£ - ferme.

L’autorité publique , sagement divisée par la constitution du royaume entre les différents ma-

1 L’établissement des magasins de prêt donna une telle impulsion à l’agriculture sarde , que le nombre des mesures de terres ensemencées, qui se montait en 1769a 41 5,753 , s’éleva, quelque* années après , à 5 a a, 667.

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gistrats et les tribunaux , allait se concentrer toute entière entre les mains des Piémontais et du viceroi. Ce dernier, sous le prétexte de dispositions économiques et provisoires ( formule adoptée pour couvrir les atteintes à la constitution), attirait à lui toutes les affaires, recevait toute espèce de réclamations , et prononçait lu^piême sur le simple rapport du secrétaire-d’état , qui cherchait à s’arroger un pouvoir absolu. Tontes les affaires devaient aboutir à ce secrélaire-d’état , et le dernier Piémontais , qui occupait cette place avant la révolution sarde, ex'-jésuite de Turin, dépourvu de toute connaissance du pays , en avait élevé si haut les prérogatives , qu’il affectait le ton et l’autorité d’un ministre.

C’est de cette autorité altérée et corrompue, que devaient émaner les décrets sur tous les objets d’administration , et particulièrement les grâces et sauf-conduits accordés aux criminels ", dont on faisait un trafic scandaleux. Ce bureau tenait aussi dans la plus humiliante dépendance tous les corps

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' Un criminel fugitif, qui voulait se soustraire à 1a peine encourue par sa condamnation, avait la faculté de se présenter au vice-roi , pour lui offrir l’arrestation d’nn criminel condamné à la même peine que lui , et obtenir a cet objet un sauf-conduit, par le moyeu duquel il pouvait voyager daur. tout le royaume , sans crainte d'ètre arrêté. C’était à lui alors à mettre en iruvre la perfidie et la trahison pour attirer dans le piège relui qui devait le remplacer à la potence.

administratifs et civils , et souvent dictait la loi au magistrat suprême de l’audience royale. On y avait admis pour principe qu’on ne pourrait plus adresser aucune requête au roi, si elle ne passait par le canal de la secrélairerie d’état.

Le roi à qui sa bonté naturelle faisait croire que tout était au mieux , et qui n’avait rien de plus à cœur que d’être le père de ses peuples , ne s’aperçut pas que la conduite de ses agents piémontais en Sardaigne tendait au despotisme et à la tyrannie. Ce déplorable système de gouvernement , si contraire à la justice , au bon ordre et aux mœurs nationales , irrita les esprits contre le gouvernement. Le dédain des fonctionnaires et des agents piémontais pour la nation qu’ils administraient , avait fini par porter au dernier degré le discrédit , l’aigreur et l’animosité , qui se manifestaient à tous les moments et dans toutes les circonstances. Le peuple sarde était dans cet état , qui est le précurseur certain des troubles politiques , lorsqu’il ne leur manque plus qu’une occasion pour éclater. Elle ne tarda point à se présenter.

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