‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 28 sur 108 · I.A SARDAIGNE · texte numérisé non relu

I.A SARDAIGNE

blés et de la mésintelligence élevee entre les deux caps, firent croire aux habitants des villages que la prétention de la ville de Sassari, de se rendre indépendante, n’était que l’ouvrage desfeudataires qui l’habitaient, et qui n’avaient d’autre but que de mieux exercer leur tyrannie féodale. Cette seule crainte suffit pour armer plusieurs milliers d’habitants des campagnes, qui, sous la conduite de chefs entreprenants, se portèrent sous les murs de Sassari , y mirent le siège le 28 décembre 1 796, et , après une courte résistance de la part des assiégés , s’emparèrent de la ville. On y arrêta le gouverneur Santuccio, et l’archevêque , M. de La Torre, piémontais, qu’on croyait un des principaux auteurs de la division, et on les conduisit à Cagliari pour y être jugés. Tous les feudalaires qui se trouvaient dans la ville eurent le temps de se sauver en Corse et à Livourne , persuadés que ce n’était qu’à eux que les gens de la campagne en voulaient. - * • ...

Quarante villages qui avaient eu part à cette expédition , prévoyant , dans le cas de retour, ,1a vengeance féodale, se lièrent ensemble par un acte . public , auquel ils donnèrent le nom d 'acte de cohfédéralion (. 1 > .. .... ... ><■,! ,

Dans cet acte solennel, les confédérés déclarent î ! -• * ■ -i> 1,1. v'iioihiij ,1...

1° Qu’ils ont, à-Tunanimité, résolu et juré de

ANCIENNE ET HODEHNE.

ne plus reconnaître aucun feudataire, et, pour cet effet , de recourir promptement à qui de droit , pour se racheter en payant la somme qui sera jugée juste et convenable ;

2° Que comme une pareille résolution . aussi juste en elle-même qu’avantageuse au bien public et aux intérêts de Sa Majesté, ne peut plaire aux feudataires, et qu’ils ont le dessein de s’y opposer, et d’en empêcher l’effet par le moyen de leurs agents, fermiers et adhérents, les villages confédérés ont, à l’unanimité, résolu et juré, jusqu’à décision supérieure, de ne plus permettre que les feudataires nomment des officiers, agents, ni administrateurs judiciaires , puisqu’en ce cas , on ne pourrait jamais obtenir le rachat désiré , et qu’il ne serait pas libre au conseil communal et aux autres personnes zélées pour le bien public, de représenter les abus qui se sont glissés dans l'exercice de la justice, la fréquence des crimes qui demeurent impunis par l’ignorance des membres de ces trâbtfnaux , ainsi qtie la protection que les feudataires et leurs officiers ne cessent d’accorder aux criminels et aux malfaiteurs ;

S"' Qùe les villages, ausri'à 1’unanimité, confirment les protestations d’union et d’obéissancè à la personne du viCe-roi , au magistrat suprême de la royale audience, à celle des trois stamenti, ecclésiastique, militaire et royal , lesquels, seuls, peu-

vent représenter l'universalité de la nation sarde, conformément aux lois fondamentales ; et que , reconnaissant la prudence, la sagesse, et l’avantage pour tout le royaume, des délibérations émanées de ces autorités, ils y adhèrent et s’y conforment entièrement.

4° Que, comme il ne manque ni de traîtres, ni d’ennemis du bien public , qui s’efforceront d’empêcher le bon effet de ces utiles déterminations, les villages ont unanimement résolu de s’aider mutuellement, et de se défendre dans toutes les circonstances, et en repoussant par la force toutes les violences et les attentats dirigés contre le corps de la confédération , ou contre un de ses membres isolément, sous quelque prétexte que ce soit.

5° Qu’en fin ils approuvent entièrement toutes les pétitions proposées et soumises, soit actuellement, soit pour l’avenir, à Sa Majesté , au nom de la nation sarde , par les trois ordres qui la représentent ; qu’ils protestent que le vœu unanime de tous les habitants des villages confédérés est pour l’accession pleine et absolue à toutes les demandes faiies à Sa Majesté, parle moyen du député de la nation , l’archevêque de Cagliari , parce qu’elles renferment l’essence de la constitution politique ; qu’ils réclament fortement son observation scrupuleuse, ainsi que celle de tous les privilèges, usages et lois fondamentales du royaume; étant

disposés, pour obtenir ce résultat , à faire tous leurs efforts et à répandre jusqu’à la dernière goutte de leur sang.

Pour calmer les esprits violemment agités , et mettre fin à la dissension qui régnait entre les deux villes de Sassari et de Cagliari, en attendant les ordres de la cour, le vice-roi , pressé par les états-généraux, nomma pour gouverneur et commissairegénéral de la ville et cap de Sassari, avec le titre &' Alter-nos , le chevalier Angioy, un des membres les plus distingués de l’audience royale , qui s’était montré, dans plusieurs occasions, le plus ardent défenseur des droits de la nation , et qui avait contribué efficacement, par ses soins personnels et par des dépenses considérables, à la défensedu royaume contre l’attaque de l’escadre française.

On avait pensé avec raison que la considération et la popularité dont jouissait le chevalier Angioy étaient les moyens llk plus propres à ramener la tranquillité dans la partie septentrionale de File , où avaient éclaté des troubles' sérieux , dont les résultats devenaient tous les jours plus à craindre. La fermentation y était extrême , et l’animosité des habitants de la campagne contre leurs seigneurs portée au dernier degré d’exaltation. Les principes de la révolution française avaient fait dans le pays des progrès rapides. L’esprit public qui , en 1 790 , avait donné aux Sardes assez d’énergie pour

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repousser avec vigueur l’invasion des Français, leur était devenu beaucoup plus favorable, et les opinions étaient à cet égard entièrement changées. Indépendamment des hommes de la campagne, qui avaient l’espoir de secouer le joug delà féodalité, un grand nombre de légistes, de négociants, de médecins, de professeurs des deux universités, et même de nobles non feudataires , 'avaient embrassé avec ardeur les idées nouvelles. Les chefs du mouvement révolutionnaire s’attachaient à entretenir, dans l’esprit des Sardes , l’aversion que d’anciennes injustices et de longues extorsions leur avaient inspirée contre la domination piémontaise. Deux agents français, qui se trouvaient alors à Gênes exactement informés de ce qui se passait dans la partie septentrionale de la Sardaigne, y entretenaient des relations secrètes, et, sur l*éhvoi fait parles mécônlents-<f un des leurs au commissaire Fi-éron , à Marseille*, le gouvernement dè la république se disposait à leur envoyer M-ïnêriïe un organisateur de l’insurreéijoüt' noiteleanB J Quoique le chevalier Angioy fût Un p^rtiàâé déclaré de l’opinion dominante, qui allait, sî’flTé'tit voulu, faire prendre à la Sardaigne urie^Hicé nouvelle, il ne trahit pas la missibh tjhi ltaftiv^ii été confiée. 11 s’efforça, par sa modération et es j) rît

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conciliateur, de calmer l’agitation et de rétablir la tranquillité. L’activité de son zèle y réussit au-delà de toutes les espérances. Les villages insurgés contre la tyrannie féodale s’empressèrent, à sa voix, de rentrer dans le devoir.

Pendant ces sages opérations du chevalier Àngioj, les ennemis de la tranquillité publique et les fauteurs de l’anarchie surent tellement intriguer auprès des étals et du vice-roi, homme faible et dissimulé, qu'ils réussirent à indisposer les principaux membres du gouvernement contre la conduite de X Aller-nos. Le rachat des fiefs que celui-ci proposait pour le soulagement des vassaux , et pour éteindre à jamais les germes d’une guerre civile , fut représenté comme un projet conçu de démocratiser le royaume. la confiance et l’estime qu’il inspirait furent interprétées comme un manège crimiqçl pourse mettre à la tête d’un parti révolutionnaire, afjn de renverser gouvernement monarchique. :

L’arrestation dju chevalier Angpoj fut en conséquence , déçrét,ée par le même vice - roi, dont les prdr^ et les instructions l’avaient secrètement dirigé (jUi^s les tentatives du rachat des fiefs. L ' Alfor-Wtf, jurait pu facilement braver ces menaces; ilayaiiu^.parti assez puissant dans le nord de l’ile, qui luiohéissait, pour détruire, en un clin-d’œil , tons ses ennemis; mais il voulut éviter l’effusion

du sang, et il aima mieux se dévouer pour victime. A ngioy ([ailla. son poste, malgré les instances des patriotes, et il s’embarqua pour le continent '.

Cependant la cour, mieux informée par les dépêches du vice-roi et des stamenti , improuva la conduite de Santuccio, gouverneur de Sassari, révoqua les ordres qu’elle avait donnés à son égard, et la municipalité de cette ville ayant reconnu, par les explications du chevalier Angioy, l’absurdité de ses démarches , se départit de ses prétentions , et , par la voie de ses représentants, elle fit assurer les stamenti de son entière soumission. Tout parut alors rentré dans l’ordre, et les deux villes se donnèrent réciproquement les marques les moins équivoques du plus parfait accord.

Une circonstance, plus heureuse encore pour la cour de Turin que le fruit de la conduite mesurée d 'Angioy, fut la conclusion d’un armistice entre l’armée de la république et celle du roi de Sardaigne. Cette suspension d’armes, accordée par le général en chef Bonaparte , après les batailles de Montenotte, de Miltesimo et de Dego, en meltantiin aux hostilités entre les deux états , fconserva au roi l’ile de Sardaigne, qui était prêle à lui échapper, et qui , dix jours plus tard , et sans coup

' Il monrut en France , où il n’avait d’autres moyens d’existence que les faibles secours qui lui étaient donnés par le gouvernement.

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férir, allait proclamer son indépendance, sous la protection de la république française.

Dans cet intervalle , la mission de l’archevêque de Cagliari à Rome eut un plein succès. Le pape promit de favoriser les demandes des Sardes , et employa en effet ses bons offices auprès de la cour de Turin. Le roi , désormais sourd à la voix de l’intrigue, qui lui avait caché jusqu’alors la vérité des faits, prit en considération ce que l’archevêque lui avait dit, et ce que ses courtisans lui avaient caché, sur la violente fermentation qui agitait la Sardaigne. Ce prince, éclairé enfin sur les manœuvres de la malveillance et de l’intrigue , pour l’éloigner de la concession des justes demandes faites par les trois ordres de la nation , y accéda par un diplôme expédié de Turin, en date du S juin 1796, et par lequel il ordonna et promit , pour lui et ses successeurs: 1 1 '

i° L’oubli entier des faits arrivés dans la journée du 28 avril (ce qui avait déjà été accordé par les décrets des £ et 5 août 1794 ). ainsi que des autres excès commis les 6 et 22 juillet 1795, et de tout autre fajit relatif aux précédents; prononçant à cet égard poe. amnistie générale pour tous les habitants du royaume;

2° La réunion périodique des cortès ou étatsgénéraux, tous les dix ans, sous la présidence du vice-roi , suivant les formes usitées et les lois du

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royaume , dans l’espoir que les opérations de celte assemblée légitime ne tendraient qu’à établir la justice, la concorde, le bon ordre et la tranquillité ;

5° La confirmation des lois, coutumes et privilèges du royaume; révoquant à cet effet le décret du 29 août 1795, afin que désormais on put former la liste des candidats, que les trois ordres voudraient nommer pour les places vacantes des trois juges de la chambre civile de l’audience royale, quoique déjà nommés par le roi et par ses patentes du 27 avril 1795, de même que pour les autres places de juges qui pouvaient se trouver vacantes ;

4° La nomination , en faveur des nationaux , aux évêchés réservés dans le parlement de 1698 ;

5° La faculté exclusive , et à perpétuité assurée aux Sardes, d’exercer tous les emplois du royaume auxquels il serait pourvu par le moyen des ternes ou liste des candidats ; Sa Majesté se réservant seulement la nomination du vice-roi;

6° L’établissement définitif de la milice nationale , qui avait si bien mérité de la patrie par son activité à maintenir la tranquillité publique, ainsi que l’organisation du conseil d’état auprès du viceroi , pour l’objet qui avait été demandé par l’assemblée des états ou cortès du royaume, que Sa Majesté charge expressément de présenter à ce sujet ses plans et ses vues.

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ANCIENNE ET HODERRG.

La Sardaigne, rentrée par cet acte de justice et de clémence dans les bonnes grâces du roi , et dans la jouissance de ses privilèges , témoigna sa reconnaissance et sa joie par des fêtes publiques et par des remercîments adressés à la cour. Le roi , de son côté, parut vouloir exécuter ses promesses, en ordonnant, par un décret du 8 juin de la même année, l’ouverture des cortès ou états-généraux, sous la présidence du vice-roi. Il invita les trois ordres à s’occuper, dans leurs séances, des moyens propres à rétablir le bon ordre , le repos et le bon heur de la nation. On aurait pu espérer, à cette époque, de voir une parfaite harmonie régner pour long-temps entre le prince et ses sujets, si les événements politiques, les caprices de la fortune, et les lois de la nature, n’étaient venus encore une fois

détruire tant de douces illusions.

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