CHAPITRE X
La république française dirige un armement formidable contre Pile de Sardaigne. — La place de Cagliari , attaquée à deux reprises , se défend avec rigueur et avec succès. — Les troupes se rembarquent en désordre ; la flotte se retire après avoir éprouvé des pertes considérables. L’expédition échoue complètement. — Cet événement occasionne des troubles qui durent quatre ans. — Précis historique de la révolution sarde. — De 1 79Ï à 1797.
La révolution française , poursuivant son cours , propageait ses principes , et multipliait ses triomphes. Le gouvernement delà république avait, en 1792 , déclaré la guerre au roi de Sardaigne, et ses généraux venaient de faire la conquête du comté de Nice et de la Savoie. Vers la fin de la même année , il mit sous les ordres du contreamiral Truguet une escadre de trente bâtiments de guerre , avec un nombre proportionné de transports , qui avait ordre de s’emparer de Pile de Sardaigne. Le roi soutenait avec peine une guerre malheureuse pour sauver. le Piémont. Vivement attaqué lui-même par une armée pleine d’enthousiasme , et hors d’état de porter le moindre secours à celte île menacée d’une si formidable invasion ,
il fut obligé de l’abandonner à elle-même. Les Sardes se virent réduits à l’alternative ou de se rendre sans résistance à l’escadre ennemie , ou de se défendre par leurs propres moyens , sans espoir de succès. Une résolution aussi généreuse que nationale leur fît embrasser le dernier parti.
La- première division de l’escadre française parut, le 28 décembre 1792 , à l’entrée du golfe de Cagliari , et occupa le 8 janvier l’île de Saint- Pierre > et le i4 celle d® Saint- Antioche. Un fait glorieux pour les Sardes , qui signala le commencement de cètte expédition , prouve de quelle ardeur ils étaient animés pour repousser l’invasion étrangère. Quarante soldats français , débarqués d’une frégate , occupèrent le pont de Sainte-Catherine , qui joint l’île de Saint-Antioche à la grande Ile. Sept paysans sardes à cheval allèrent les attaquer , sans ordre , mais avec une extrême impétuosité. Leurs dix premiers coups de fusil tuèrent dix de leurs ennemis ; ils en tuèrent ou blessèrent à coups de sabre uu bien plus grand notlibye , et jélèrent’l’épouvante parmi les autres. Uri’s'eul des sept héros sardes survécut à se% frères, et s’étant revêtu des dépouilles de trois ennemis, nférts de sa Vnain , ce nouvel Horace , orné du trophée des Cunaces , vint recevoir les félicitations du camp tout entier , témoin de cette action.
L’escadre française , sons les ordres immédiats
du contre-amiral Tniguet , reparut le 23 janvier à l’entrée de la rade de Cagliari , et , sur le refus des autorités et du peuple de recevoir une chaloupe parlementaire , qui fut accueillie par une décharge de mousqueterie * elle forma, le 26 , le siège de la place , après s’être rangée en bataille , et faisant feu de toutes ses batteries. Pendant deux jours et deux nuits , ce feu bien nourri continua sans relâche , et on calcula que l’escadre française avait labcé , pendant ces q§arante-huit heures , plus de quinze mille projectiles. Tant de bombes et de boulets n’endommagèrent cependant qu’un petit nombre de maisons , non qu’on ait vu , comme c’est la tradition populaire du pays , saint Efjisio t protecteur de l’île , les détourner de sa main , mais parce que les mortiers et canons étant pointés trop haut , et manœuvres avec une grande maladresse , les boulets passaient pardessus la ville , et que la plupart des bombes éclataient en l’air.
Iæs Français , voyant que les batteries de la place , bien que surprise sans défense et sur le pied de paix* avaient répondu vigoureusement à toutes les attaques , reconnurent qu’on les avait trompés ert leur annonçant que les intelligences , qu’ils avaient dans la ville , suffiraient pour leur en faire ouvrir les portes , et qu’ils avaient eu tort de compter sur l’esprit de mécontentement dont il est bien
vrai que la nation sarde était alors animée , mais dont l’explosion , qui devait avoir lieu plus tard , ne fut d’aucun profit pour eux.
L’amiral Truguet, que ne décourageait pas le mauvais succès de son attaque directe sur Cagliari , essaya, par un autre moyen, de parvenir au but de l’entreprise, et ordonna le débarquement sur la plage de Quarto , à ce même point de Saint-André, où avaient aussi débarqué les Espagnols en 1717, d’un corps de troupes de cinq mille hommes, qu’il fit soutenir par des chaloupes canonnières , derrière lesquelles étaient placés tçpis vaisseaux de ligne , qui protégeaient la descente et devaient les aider à balayer le rivage. Le débarquement s’opéra sans la moindre résistance. La milice nationale sarde se retira devant le corps débarqué , et alla prendre poste près des petits forts de Saint-Ignace et de Quarto. Les Français, craignant d’être enveloppés par la cavalerie sarde volontaire, dont les rapides évolutions les étonnaient , et d’être trahis , comme on disait alors, reculèrent dans le plus grand désordre, se prenant réciproquement pour des ennemis et se fusillant les uns les autres.
La conduite antérieure des troupes de l’expédition , pendant le séjour qu’elles avaient fait à Ajaccio, l’insubordination qui n’avait cessé d’y régner et l’esprit de brigandage qui les dirigeait , devaient bien faire attendre un pareil résultat. Ce corps avait
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été composé à la hâte de quelques détachements de régiments de ligne , de gardes nationales corses , et d’environ trois mille volontaires marseillais, tirés de l’armée des Alpes. L’usage était établi dans ce petit corps d’armée de pendre , sans aucune forme de procès, ceux qui n’avaient pas la réputation d’être assez chauds patriotes, ou dont le premier dénonciateur venu croyait avoir à se plaindre. De pareilles dispositions ne devaient présenter aucun élément de succès aux généraux qui luttèrent en vain contre un si affreux désordre.
Un fait dignçde remarque et qui ne doit pas è\re passé sous silence, c’est que, dans le nombre des militaires qui faisaient partie de ce corps anarchique et de celtè expédition malheureuse, se trou^ vait un jéune officier d’artillerie qui , depüisr, âyant su conduire de grandes armées à la victoire , devint l’empereur Napoléon'. ' ' : /!ram
La nouvelle de ce qui se passait dans ’l’îTô d'd Sardaigne produisit à Turin une scëtië dê^l'effet' lé plüs pathétique. Un f éélébrait paroissiale de la cour, un servicè solennebÿ'lmrëàsion de la mort récente dè Lotiià ïé
panégyrique tenait d’être préndncé ënpiésehéè’du roi , de là reine ÛlolilJe , ^œur dé ceqiriéëé^dfyF^
->fi xiv.qi •! n o i.u jh'ib iop ,
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■ Mémorial île Sainte-Hélène, par M. le Comte de Lat-Cattt , tom, I Y ,
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ANCIENNE ET MODERNE. 2 f5
luné, el au milieu d’un concours immense de peuple. Charles Emmanuel ^ril tout à coup la parole, et, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes, il déclara que si ses sujets bien-aimés préféraient la domination française à ses lois paternelles, il était prêt à descendre du trône. L’action suivit le discours; le monarque déposa aux pieds de l’autel son sceptre et sa couronne. Le peuple ému redemanda son roi à grands cris , et après avoir renouvelé par acclamation le serment de fidélité, il le reconduisit en triomphe à son palais.
Cependant l’amiral Truguet ayant été rallié dans les eaux de Cagliari par l’escadre du contre-amiral La touche- T résilie , qui revenait de Naples pour se mettre sous son commandement , ordonna, le i5 février, une nouvelle attaque contre la ville et ses faubourgs. Le feu de toute la flotte rangée en bataille, mieux dirigé, mais soutenu moins long^tçmps que dans la première attaque, produisit cette fois plus d’effet et occasiona plus de désastres. Un assez grand nombre de maisons furent endommagées ou détruites, et plusieurs habitants furent atteints par des boulets ou des éclats de Inmibes. Un vaisseau de ligne canonna, pendant trois jours et trois nuits, avec fureur, la tour de Saint-Elie, qui défend un point rapproché du golfe, et parvint à y pratiquer de larges brèches.
La ville n’en refusa pas moins d’entendre aucune
LA SAttUAlUNK
espèce de propositions , et les "batteries de la place répondirent sans relâche au feu des bâtiments français , qui eurent beaucoup à souffrir d’une si vigoureuse résistance.
La nature vint, dans cette circonstance, au secours des Sardes. Dans la nuit du 17 au 18 février, il s’éleva une tempête horrible accompagnée d’un vent violent , de tonnerre et de torrents de pluie , qui causa de telles avaries à la flotte française , qu’elle fut mise presque entièrement hors de service. Beaucoup de bâtiments perdirent leur gouvernail et leurs ancres. Deux frégates, mouillées dans le golfe de Quarto , furent obligées de couper leurs mâts; plusieurs petits bâtiments et une trentaine de chaloupes furent jetés à la côte et tombèrent entre les mains des Sardes. Les soldats de terre qui , après le mauvais succès du débarquement, étaient restés au bivouâc sur la plage, sans tentes et sans abri, furent surpris par4 de déluge inattendu, et ceux qui ne furént pas. noyés , ou ne se rendirent pas prisonniers , ne purent se retnbarquer qu’avec une peine extrême , ce que l’on dut à la présence d’esprit de l’amiral Trugicct qui , malgré la situation déplorable où il était réduit, féduVa le moyen d’adresser, à bord du Tonnant , dés sommations impérieuses aux autorité! dùipâyS,' et de s’en faire respecter et craindre; 1 u V;f| n
Pendant qu’il sauvait les débris du corps k’âr-
inée, il perdait un des plus beaux vaisseaux de la division de La Touche- Tréville, le Léopard , de quatre-vingts canons , qui, poussé par la tempête , vint toucher et s’échouer sur les bas-fonds de la rade de Cagliari, et demeura au pouvoir des Sardes.
Les Français, depuis ce moment, n’entreprirent plus rien contre la place, et , dégoûtés d’une expédition qu’ils avaient regardée comme si facile , et qui avait si mal tourné , ils disparurent entièrement le 26, après avoir perdu beaucoup de monde. Ils se bornèrent à croiser devant les deux petites îles de Saint- Antioche et de Saint-Pierre , qu’ils continuèrent d’occuper jusqu’au 26 mai suivant, époque où une flotte espagnole vint les contraindre à les évacuer.
La tentative d’un coup de main sur l’île de la Maddalena, située à l’embouchure orientale du détroit de Boniiacio, n’eut pas un meilleur succès.
L'incapacité , l’inexpérience et la désunion des chefs militaires, Piémontais et Sardes, les empêchèrent de tirer tout le parti qu’ils auraient pu du désastre de l’expédition française, dont pas un seul homme peut-être , de ceux qu’on avait mis à terre , n’aurait échappé , si on avait su un peu mieux s’entendre et se conduire. On publia plusieurs relations fort ampoulées de l’attaque et de la défense de Cagliari, où l’on exagéra, comme de raison, les pertes de d’en ne mi en diminuant, suivant l’usage , celles
LA SAR ÜA lUH E
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des Sardes, et où l’on représenta, comme ayant fait des prodiges de valeur, ceux qui avaient été les premiers à fuir et à se cacher.
Quoi qu’il en soit, le roi, satisfait avec raison de la conduite des Sardes , daigna le témoigner par plusieurs lettres remplies d’expressions flatteuses et vraiment paternelles. Sa Majesté invitait la nation à proposer ses demandes sur tout ce qui pouvait être utile aux intérêts du royaume , et contribuer au bonheur des habitants.
Malgré l’étendue de cette offre de la part d’un monarque généreux , les Sardes ne pensèrent qu’aux objets qui pouvaient intéresser la félicité publique, et à l’extirpation des abus dont le pays était accablé. Ils bornèrent leurs demandes aux cinq articles suivants ; ■*
- 1° La convocation des cortès ou états-généraux , pour y discuter tous les objets d’utilité publique ;
J a°i. ■ La confirmation de toutes les lois et coutumes, même de celles qui n’étaient plus en vigueur, attendu la prérogative nationale: qui' veut que la désuétude ne puisse empêcher Lexercicè dû1 droit, toutes les fois que la nation le croit utile OU nécessaire; »- «• • '> •' ■ 1 "| '< '!»•«•<. oi
3°.- La nomination aux emplois publics en fa*i veur des nationaux ; ■ * ■ ''>q <-• c -uIj
4°. L’établissement d’un conseil d’état auprès dit’ vice-roi , pour être consulté dans* tou tés les affairus ,
qu’on faisait dépendre de la seule volonté du secrélaire-d’état ;
5°. La création d’un ministère particulier , auprès du roi à Turin , pour les affaires de la Sardaigne.
On crut devoir envoyer à Turin six députés , choisis parmi les trois ordres de la nation , pour présenter au roi ces demandes avec plus d’efficacité. Ces agents , reçus de sa Majesté avec des témoignages de bonté, furent assurés de ses dispositions favorables pour l’objet de leur mission. On leur promit l’établissement d’une commission particulière chargée de l’examen de leurs demandes , avec la faculté d’y paraître et d’y être entendus.
On ignore par quel artifice le comte Graneri , alors ministre de l’intérieur , put réussir à empêcher le roi de faire en ce moment le bonheur des Sardes , et par quelle raison , pendant ’ plusieurs mois de résidence iuulile à Turin. > on ne permit jamais .an* députés l’entrée des séances delà commission , j , pourquoi ils ne lurent point consultés sur le$, faits ; comment enfin, sans leur communiquer, les décisions royales , on congédia des députés , envoyés par la nation entière, et porteurs de pouvoirs et de, lettres: de créance * reconnus authentiques par le même ministre et par la commission,,); ij i n-u (>••<? iktju-
Les, choses furent poussées au point que les dépu-
LA SAKOA1GNE
tés connurent, les derniers , les intentions deSa Majesté, qui furent notifiées parle courrier ordinaire au vice-roi , avec ordre de les communiquer aux chefs des trois ordres de l’état, auxquels on adressa trois dépêches semblables. Le ministre , parlant au nom du roi, s’y expliquait d’une manière si confuse et si équivoque , qu’il était impossible de n’y pas voir l’intention d’une réponse négative à toutes les demandes. Telle fut la lettre , dans laquelle le comte Graneri crut se mettre à l’abri de tout reproche, en prodiguant les promesses pour l’avenir , mais en les enveloppant de termes obscurs. Les Sardes furent saisis d’étonnement à la vue de ces dépêches , aussi contraires aux espérances qu’ils avaient été autorisés à concevoir, sur les promesses réitérées de la cour , qu’opposées au bien public ; et ils eurent la douleur de voir combien avaient été inutiles les dépenses occasionées par l’envoi de la députation au roi.
Les habitants , persuadés , avec raison , que le mauvais succès de leurs justes demandes n’était que l'effet des intrigues du ministre de l’intérieur , d’accord avec les Piémontais employés dans l'ile* ne purent cacher leur mécontentement. Il éclata en plusieurs occasions, par des disputes et des plaintes assez expressives pour avertir le gouvernement de ne pas pousser à bout des esprits irrités , et prêts à se porter à qbelques violences.
Les employés piémontais , loin de prendre des mesures modérées pour calmer les esprits , ne firent au contraire qu’augmenter le ressentiment en prodiguant les marques de mépris , l’injure et la menace. Le secrétaire-d’état eut l’imprudence de faire courir le bruit qu’on allait bientôt désarmer tous les habitants du royaume.
C’est le 28 avril 1794 que l’efiervescence populaire , parvenue à son comble , éclata dans toute son énergie. Le gouvernement crut arrêter les progrès de l’agitation , qui se manifesta dans les faubourgs de la ville de Cagliari , par l’arrestation de deux citoyens qui avaient la confiance du peuple , et par celle de quelques autres, que l’on menaçait de faire exécuter le jour même. Les démonstrations les plus imposantes accompagnèrent cette première démarche. Les portes de la ville furent fermées , et les ponts levés ; la garnison prit les armes ; on doubla les corps-de-garde , et le canon du château fut mis en batterie contre les faubourgs.
Tout cet appareil hostile alluma l’incendie , et fit donner enfin le signal de l’insurrection , qui éclata le même jour au faubourg de Stampace. Le peuple s'arme , enfonce ou brûle les portes de ce faubourg et de celui de la Marine, prend d’assaut 1* second , > chasse les troupes qui gardaient les deux autres portes du Môle et de la Darse . et s’empare de tous les bastions des environs. Delà,
marchant en bon ordre vers la porte de Vilianova , qu’il trouve gardée par un gros détachement do troupes royales , il l’oblige de mettre bas les armes après plusieurs combats très animés. Maître de la porte de communication entre la ville et les faubourgs , il poursuit sa marche jusqu’au château. Les troupes royales, qui s’étaient postées le long des rues et dans les carrefours , firent un feu très vif sur le peuple ; mais sa contenance et son courage suffirent pour repousser l’ennemi sur tous les points disputés. On se saisit ensuite du canon des remparts , et on désarma la grande garde doublée du vice-roi, qui fut bientôt assiégé dans son palais.
Les insurgés , maîtres du château et du sort du vice- roi , modérèrent leur fureur , à la vue des deux citoyens arrêtés qui furent à l’instant mis en li* berté. Des personnages distingués par leur naissance et par leur sagesse réussirent enfin à ramener le peuple au calme , et à prendre des mesures de prudence pour arrêter les progrès du désordre. 11 promit de se rendre et de rentrer dans l’ohéissance, à condition que l’on renverrait du royaume le vice-roi et tous les Piémontais , employés ou non dans l’ile , à l’exception de l’archevêque de Cagliari et des autres prélats de la*même nation, qui jouissaient de la confiance publique. Il protesta en même-temps , avec les marques du plus grand respect pour la personne du roi , qu’il était dans
L’intention de se soumettre à ses ordres , et de continuer à vivre sous ses lois.
Le magistrat de l’audience royale, composé des seuls membres Sardes restants , se réunit immédiatement après, prit les rênes du gouvernement, selon la constitution du royaume et les vœux du peuple, pendant que les trois ordres de la nation ( Stamenti) s’assemblaient pour prendre , de concert avec le magistrat suprême , les mesures nécessaires au rétablissement du bon ordre et de la tranquillité publique.
Le vice-roi , accompagné des trois députés choisis par les stamenti et de plusieurs autres personnes de distinction , fut embarqué , le lendemain , ainsi
que tous les employés et les autres individus pié- 1 > . • J J • ‘
montais , avec leurs effets, en .plein îour , et en
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presence d un peuple nombreux, qui, dans cette
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circonstance, se tint dans la plus grande reserve,
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sans donner la moindre marque de mépris ni de
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haine. Les autres villes du royaume suivirent
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1 exemple de La capitale , et au bout de quelques
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îours, il ne resta dans toute 1 île aucun Piemontais, ’uo Avqlqmo 1 , r 1 7’’1
qi|e quelques eveques , dignes de celte honorablç
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Les stamenti envoyèrent a la cour , en date du
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2 mai , un rapport très circonstancié de tout çe qui
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s elaitnassé dans le royaume ; et comme le peuple,
après te départ des Piémontais , était rentré par-
faitement dans l’ordre , ils demandèrent au roi l’oubli entier de ces fâcheux événements. Leroi, par les dépêches qu’il lit expédier en date du i4 mai , confirmant provisoirement l’autorité viceroyale entre les mains du magistrat national , conformément aux lois du royaume , jusqu’à l’arrivée d’un autre vice-roi , désapprouva la conduite des Sardes , et , se réservant de donner ses ordres lorsqu’il aurait vérifié les faits , se déclara disposé à un pardon général. Les stamenti , par leur remontrance du 3o mai , se plaignirent fortement de l’expression de pardon , et surtout de la conduite du ministre , auquel on attribuait , avec raison , l’émeute du 28 avril , en ajoutant qu’on le croyait l’auteur principal des désordres du royaqme. Ils renouvelèrent en conséquence leurs supplications pour obtenir définitivement les trois demandes suivantes :
Que Sa Majesté éloignât le ministre Graneli des affaires de la Sardaigne, ainsi que deux de ses subalternes qu’on désignait;
2° Qu’on ne parlât plus de l’émeute populaire du 22 avril, et qu’on la laissât entièrement dans l’oubli ; »
3° Que Sa Majesté daignât accorder à la Sardaigne les cinq demandes déjà présentées par ses députés, dans les mêmes termes qu’elles étaient conçues, ce qui était l’unique moyen de ramener
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le peuple au calme et de rétablir entièrement la tranquillité piïblique.
La nouvelle de la nomination faite par le roi, le i*r juillet de la nlême année, de quatre sujets nationaux aux quatre premières charges du royaume , pouvait faire espérer à la Sardaigne que ses demandes seraient à la fin exaucées. Cependant , comme cette nomination attentait aux privilèges de la nation , qui avait le droit de présenter les candidats, et que deux des sujets nommés à ces places n'étaient point agréables au public, le magistrat imagina de suspendre l’exécution de la nomination royale , jusqu’à ce que les trois ordres de l’état eussent envoyé une liste de candidats pour les emplois vacants. S’étant néanmoins ’àperçu que le ministère s’était fait des partisans pour faire accepter les quatre personnes nommées , malgré l’infraction des privilèges, et afin d’éviter les nouveaux troubles que pouvait eccasioner sa résistance , il admit les quatre sujets nommés par le roi ; mais- il représenta à la cour que , par la suite , il n’accepterait plus aucun individu nommé sans la proposition préalable du magistrat de l’audience royale, conformément à la constitution.
La cour promit de respecter les privilèges constitutionnels, relativement aux emplois qui, selon
les lois, étaient réservés aux nationaux, et les
quatre employés lurent maintenus dans leurs char-
ges. G’étaienl don Gavino Cocco, nommé régent de la chancellerie royale, le marqiîis de La Planargia, général d’armes, le chevalier Pftzolo, intendant-général du royaume , et le chevalier Santuccio, gouverneur du cap de Sassari et de Logudoro.
On fit partir en même temps de Turin , en qualité de vice-roi, le marquis de Vival4a, que le roi avait destiné à cette place. Il s’embarqua à Livourne avec le marquis de La Planargia } sur une corvette espagnole, le 3i août, et arriva le 6 septembre 1794, à Cagliari, où il fut reçu par le peuple et par tous les ordres de la nation , avec les plus vives acclamations et les plus éclatantes protestations d’attachement à la personne du roi.
Malgré ces bonnes dispositions qui faisaient espérer de voir bientôt renaître la paix dans le royaume, des malveillants et des ambitieux* qui voulaient diriger 1» gouvernement à leqr profit et dans leurs intérêts, firent tous leurs effprl^ppçr
semer la discorde parmi les Sardes. Us çpl^tpçièrent les uns auprès de la cour, en menacèrent d’aqtres de revenir sur l’émeute du 28 avril , rjuoiqqp le roi eût promis de l’oublier; ils discrédi|ÇélfPlJf vice-roi , dont la prudence à ménager lep esprits fj^t peinte sous les couleurs d’une coupable faihlef>$pt; ils tournèrent en dérision les états de la nptions/ft enfin ils jetèrent la méfiance entre le peuple et ses
magistrats. Par ces moyens, on amena le ministère à prendre des résolutions rigoureuses, aussi défavorables au rétablissement de l’ordre qn’opposées aux vrais intérêts du roi, que l’on trompait toujours, en lui conseillant ou de ne pas accorder les demandes du royaume , ou de se borner à donner des réponses ambiguës et indécises , afin <le gagner du temps.
Cependant l’agitation dans tous les esprits augmentait considérablement de jour en jour; le mécontentement universel parvint à son comble le 6 juillet 1795, au moment où le peuple fut informé de la réponse que le nouveau ministre, comte Galli, donnait, par ordre du roi, en date du 10 juin , à la remontrance des stamenti, sur la nomination de trois juges , Florès, Sirvana et Fontana } à la chambre civile de l’audience royale, faite sans présentation ou liste préalable des candidats. Dans cette réponse, le ministre ordonnait, sans aucun ménagement et avec menace, la prompte installation des trois employés de sa nomination.
Le peuple apprit , à l’arrivée des dépêches de la cour, que le général d’armes , marquis de La Planargia , etl’intendant-général Pitzolo avaient influé, par leurs rapports et par leurs conseils, sur une réponse aussi tranchante et aussi imprévue. Quand il vit les préparatifs hostiles que le général ordonnait dans le château et les faubourgs , pour faire exé-
ir.
2i6 LA SARDAIGNE
eu 1er à force ouverte les ordres de la cour, il ne respecta plus rien. Il s’arme à la hâte, et, furieux, cherche à s’assurer de la personne do général d’armes et de celle de l’intendant-général, soupçonnés d’intelligence avec le ministre, au préjudice des intérêts de la patrie. Le premier, qui s’était d’abord caché dans une maison particulière où on le découvrit, se laissa tranquillement arrêter; mais le second, ayant fait opposer de la résistance par les gens armés qu’il avait apostés chez lui , et qui eurent l’imprudence de tirer sur le peuple , fut tué de plusieurs coups de pistolet , ainsi que le colonel de la milice nationale, don Agostino Meloni, qui tâchait de le défendre et de le soustraire à la colère du peuple.
Si le général , en se rendant sans résistance , fut sauvé de la mort dans la journée du 6 juillet, il ne put cependant y échapper dans la journée du 22 du même mois.
Le marquis de La Planargia était un homme d’esprit et de talent, mais remuant, brouillon, ambitieux , porté par inclination au despotisme , et grand partisan du pouvoir absolu. On en trouva la preuve écrite dans sa correspondance et dans les papiers saisis chez lui au moment de son arrestation. La plupart de ces lettres et papiers tant de sa main que de celle de son fils , le comte de Sindia , qui vivait à Turin , étaient remplis de sarcasmes ,
de calomnies et de délations contre les plus honorables citoyens , contre les magistrats de l’audience royale, et contre le vice-roi lui-même , qu’on y représentait comme des séditieux et des affiliés des jacobins de France. A en croire un mémoire, spécialement dirigé contre les états du royaume, ce netait rien moins qu’une assemblée révolutionnaire , qui ne voulait plus voter l’impôt , et on proposait de les ajourner jusqu’après la conclusion de la paix. On conseillait enfin de transporter toutes les autorités à Sassari et de traiter avec la dernière rigueur le peuple sarde , qu’on appelait une nation menteuse et fausse ( mentitrice efinta ).
La lecture de ces papiers, faite en public dans la salle des séances de l’assemblée des états , instruisit la populace des trames que ces deux magistrats avaient ourdies , de concert avec le ministère de 1 urin , pour 1 abolition des lois fondamentales et des institutions. Un accès de rage s’empara d’elle; une troupe furieuse se porta vers la tour de l’Éléphant, où le général était retenu depuis la journée du 6 , pour l’en arracher de force , et le traîner sur la place publique, où il fut à l’instant fusillé , sans que hi le vice-roi , ni les chefs des étals de la nation , eussent pu réussir à le sauver.
les représentants des trois ordres du royaume, sans sortir des bornes du respect dû à la personne du roi , envoyèrent à la cour deux remontrances
raisonnées ( rappresentanze ) sur les événements des 6 et 2 2 juillet , et ils publièrent en même temps , par la voie de l’impression , un mémoire justificatif de leur conduite , appuyé de pièces , et revêtu de la signature de tous les membres de chacun des trois ordres 1 .
Ne pouvant douter de la juste indignation du roi pour les excès auxquels le peuple s’était porté, et sûrs d’avance que , quoique rien ne fut plus propre à ramener la tranquillité publique , que l’obtention de leurs demandes , elles ne seraient point écoutées sans les bons offices d’un habile négociateur , ils envoyèrent à Rome l’archevêque de Cagliari , avec les pouvoirs nécessaires pour invoquer la médiation du Saint-Père auprès de Sa Majesté.
Malgré tous les soins que le vice-roi avait pris dans ces circonstances, pour assurer le repos du royaume, des malveillants s’agitaient de tous cotés
HP" ! • • I •' »i * ' VI i» H* • • / Il l|- • 1
1 Ragionamento compilato d' ordinc dei tre stamenti drl rtgno di Sardegna, Cagliari , 179a. C’est de* ce mémoire , ainsi que des deux Remonfroncer, et de lVxtrait qu’en a donné M. Aiutü\ qbe sont' th&tai faits ci tés dans ce précis de la révohitipu de Sardaigne* Les signatures dq$ membres de l'ordre ecclésiastique se montent à huit seulement , et celles dp l’ordre royal, ou de la bourgeoisie, à trente-deux , taudis que celles de l’ordre mili taire, ou de la itubleise , sont au nombre ttë ceift vîngt-neüf, représéntée5 par trente-neuf membres effectifs. Plusieurs membres de juot ordre a\eicnt jusqu’à quatre voix , soit par procuration , comme «tu parlement d’Angleterre, soit parce qu’ils cumulaient. On a déjà dit que les anciennes constitutions
sardes riaient éminemment aristocratiques.
pour en empêcher les bons effels. Une lettre anonyme écrite de Cagliari , en date du 9 juillet , et adressée à un des partisans de la famille de La Planargia , résidan t à Sassari , annonçait avec beaucoup de mystère ,' qu’après la malheureuse catastrophe des 6 et 22 , la ville de Cagliari avait invité le gouvernement français à envoyer une escadre de Toulon , pour s'emparer de la Sardaigne.
Cette lettre , communiquée au gouverneur de Sassari , produisit l’effet qu’on en espérait , sur l’esprit faibled’un vieux militaire, honnête homme , mais qui n’entendait rien à l’intrigue, ni à la politique. Epouvanté de cette nouvelle , quoique dénuée de vraisemblance et d’authenticité , le gouverneur , après avoir .consulté le magistrat de la ville , prit la résolution la plus propre à diviser les partis , et à allumer le feu de la guerre civile dans le royaume. Il expédia deux courriers , un en Corse , pour prévenir le vice-roi anglais de la nouvelle qu'il venait de recevoir, l’autre à Turin . pour en, informer la cour, et demander les ordres nécessaires à ce sujet ;.ct il se contenta, plusieurs jours après, de rendre compte an vice- roi à Cagliari de scs opérations.
Celui-çi., de concert avec l’audience royale et lesstamcnti , sentant l’imprudence de la démarche du gouverneur de Sassari , et en prévoyant les suites lâcheuses , prit immédiatement toutes les
Digitizi
a3o LA SARDAIGNE
mesures imaginables pour dissuader la cour de Turin et le vice-roi de Corse. Le vice-roi de Sardaigne ordonna en même-temps au gouverneur de Sassari de faire arrêter don Andrea Florès } assesseur civil du magistrat , principal auteur de ces mesures intempestives , et qui, étant intimement lié avec la famille de La Planargia, cherchait à se venger de la ville de Cagliari, par la haine qu’il voulait inspirer à tout le royaume contre elle.
Floiès , arrêté pendant la nuit du 3 août , pour être conduit au château de Caslel-Sardo , étant arrivé au village de Sorso , fut arraché, par des particuliers armés , des mains de son escorte ; il se sauva en Corse avec don Antonio Sirvana } auteur de la lettre anonyme , d’où ils passèrent à Livourne , et de là à Turin.
La ville de Sassari , alarmée de l’ordre du viceroi , et plus encore des bruits qu’on faisait courir sur diverses arrestations que le gouverneur de Cagliari méditait contre les principales familles de la ville , et indignée de l’espèce de tyrannie que le vice-roi voulait , disait-on , exercer, expédia' dn courrier à Turin , pour demander si , datos ces circonstances critiques , elle devaitobéir à ses ordres. Cette remontrance étant arrivée à 1* cour1 y avant les rapports du vioe-roi et des stamentî , qüLrrtet*taieut en évidence la vérité des faits ,1e ministère se laissa tromper, et persuada au roi^permèllrc
à la ville de Sassari de ne plus exécuter les ordres du vice-roi , ni ceux de l’audience royale , et de s’adresser immédiatement au ministre à Turin.
Les meneurs de cette cabale , encouragés par le succès de la première requête ,* en firent une seconde , non moins impolitique , le 19 septembre 1795, dans laquelle ils demandèrent ouvertement que la ville et le cap de Sassari fussent entièrement détachés de la dépendance du vice-roi , et qu’on y érigeât un tribunal suprême, comme celui de l’audience royale, auquel aboutiraient en dernier ressort toutes les affaires des départements de la Gallura, duLogudoroet du Goceano. Plusieurs villages, de ces départements , qui n’avaient pas eu la moindre part à ce projet de division , imaginé pour semer la discorde dans le royaume, protestèrent contre cette demande , et envoyèrent leurs députés à Cagliari , pour assurer de vive voix les stamenti de leur obéissance à L’autorité légitime existante.
Les feudalaires qui résidaient à Sassari , encouragés par la démarche imprudente de la ville , et se croyant- délivrés à jamais de la dépendance du vicei-roi et des états, 'qui pensaient sérieusement au rachat des fiefs , augmentèrent les taxes et les vexations à un point si révoltant* que plusieurs villages refusèrent de les payer, et que^ d’autres s’insurgèrent et prirent les armes.
Quelques malintentionnés, profitant de ces trou-