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il ne cessa point un instant, pendant tout le temps de sa résidence en cette île , qu’il affectionnait beaucoup, de s’occuper des moyens de perfectionner le système d’administration , et d’améliorer le sort de son peuple. Des édits , successivement publiés , ordonnèrent des dispositions propres à régulariser la police et à consolider la tranquillité du royaume, crièrent uu conseil suprême de révision , ajoutèrent quelques mesures, jugées nécessaires à la législation sur le mariage , encouragèrent la culture des oliviers et des mûriers, ainsi que les prairies artificielles et la clôture des terres, et fondèrent une commission d’amortissement pour l’extinction des dettes de l’état.
Le roi Victor Emmanuel divisa la Sardaigne en quinze départements , à la tête desquels il plaça autant de magistrats, avec le litre de préfets '.
11 avait servi, de sa personne, dans la guerre contre la France; il aimait le soldat et mettait de l’importance à se former une armée, avantage que l’avenir lui réservait au-delà de ses espérances. Il s’occupa de l’augmentation de son état militaire , et ordonna la formation de six régiments de cavalerie , et de quinze régiments provinciaux d’infanterie.
* Ces magistrat* «on! moins de* administrateur* que des juges de premier»' imlaïuv.
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Le roi ne donna pas moins de soins à la marine, donl il prescrivit le recrutement annuel, et pour laquelle il fit de nouveaux réglements.
La neutralité de la Sardaigne ayant été reconnue, on rendit une ordonnance qui avait pour but de la faire respecter.
Quand la tourmente révolutionnaire avait amené en Sardaigne la cour de Turin , tous les cœurs s’étaient ouverts à l’espérance. Il était naturel de penser que le souverain , pouvant juger par ses yeux des besoins et des ressources de ce peuple , que sa situation géographique et quelques préventions injustes avaient fait négliger trop longtemps , apporterait avec lui le remède à ses maux , et lui préparerait de nouvelles et de meilleures destinées.
Le malheur des temps fit qu’on ne put que savoir gré au roi de ses intentions paternelles et de ses efforts. Aucune des espérances qu’avait fait concevoir l’arrivée de la cour ne se réalisa. Le roi avait perdu avec le Piémont la meilleure partie de ses revenus , et se trouvait dans une situation précaire. Un fit avec mollesse , au milieu de ce dénuement de moyens pécuniaires , quelques tentatives d’amélioration qui n’eurent aucun succès. Il fallut prendre le parti de retomber dans les anciens errements , et de laisser les choses , bon gré mal gré , au point où on les avait trouvées. Pressé entre deux
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grandes puissances , le gouvernement sarde ne pouvait s’occuper que de vivre, que de chercher partout les moyens de sauver du moins son existence politique. Le roi dut à son caractère personnel d’y réussir, peut-être même au-delà de ce qu’il était permis d’attendre. Obligé de se soutenir par les subsides étrangers, il sut du moins être toujours maître chez lui»
La rupture avec la France le mit, plus qu’il ne le voulait sans doute, sous la main de l’Angleterre. C’est de ce moment que les Anglais exploitèrent exclusivement le peu de commerce et d'industrie qu’ils trouvèrent en Sardaigne , ce qui produisit un certain mouvement d’affaires dont auraient pu tirer parti des hommes d’état éclairés ; mais on n’appréciait même pas les avantages momentanés que pouvait avoir cet ordre de choses, à tel point qu’on disait, en voyant les exportations que faisaient les Anglais, qu’ils épuisaient et ruinaient le pays.
Malgré toutes les bonnes intentions du roi , malgré tout ce qu’il dit et tout ce qu’il voulut faire pour l’amélioration de son royaume, les circonstances ne permirent pas qu’il réussît à le mettre dans un meilleur état, sous le triple rapport de l’administration , des finances et de la justice, que celui où il était du temps des vice -rois temporaires, entre les mains desquels il avait toujours
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perdu quelque chose , depuis le règne de Charles Emmanuel III.
Lorsque des événements de la guerre rappelèrent le roi Victor Emmanuel dans ses états héréditaires de terre-ferme , la reine, restée en Sardaigne avec le titre de régente S prouva encore une lois à l’Europe , par une administration pleine de modération et de sagesse, où elle eut occasion de développer un esprit et des talents peu communs , que l’art de gouverner n’est point étranger aux femmes; mais n’étant maîtresse que jusqu’à un certain point, etdépeudant toujours, dans les affaires principales, du conseil de Turin, elle ne fut point à portée, dans l’état de ruine complète des finances sardes , de rien faire pour elles, ni pour le commerce et la prospérité de file.
La reine étant partie pour le continent avec la famille royale, le duc de Genevois prit le titre de vice-roi et capitaine-général du royaume. Personne n’était plus capable que cet excellent prince, qui règne aujourd’hui sous le nom de Charles Félix , de faire le bonheur d’un peuple dont il s’était concilié le respect et l’amour par la simplicité de ses mœurs , sa douceur et ses vertus. La plaie était malheureusement trop profonde , et le vice-roi n’était pas en position d’entreprendre ce que n’avait pu faire la présence immédiate du roi.
Marie-Thcrèsc- J canne- Joséphine , ar< hidu<hf**-c d’Jktitii' hf.
Ce que la Sardaigne dut incontestablement à l’administration de Charles Félix } c’est l’extinction graduelle de la haine que les Sardes avaien l toujours montrée pour les Piémontais, et qui avait éclaté récemment encore. L’origine de cette antipathie remontait à d’anciennes fautes commises par la cour de Turin dans le choix des vice-rois de Sardaigne ou de leurs collaborateurs. L’ascendant qu’on disait exercé sur l’esprit de Victor Emmanuel par quelques personnes, qui composaient son conseil privé , ne fit que l’alimenter, et donna lieu , en j 810, à une révolution anti - piémontaise , qui avait pour objet d’arrêter et de déporter les favoris de Leurs Majestés , et qui fut étouffée dans le sang des coupables. Presque tous les Piémontais s’étant hâtés de retourner en terre-ferme , à la suite de la cour , les emplois publics en Sardaigne , à l’exception de la charge de régent de la chancellerie, furent donnés par le vice-roi aux nationaux. Ce prince prit insensiblement les idées et les habitudes du pays, et, comme on y tient, on lui en sut gré.
Du reste , malgré l’expérience du passé, et les leçons du présent , on est resté en Sardaigne dans le statu quo le plus absolu en matière d’administration , de commerce et de finances. Pendant que toute l’Europe faisait des progrès dans l’art social , on n’a pas compté , dans ce pays , un seul pas en
avant. La Sardaigne aurait pu , avec raison , attendre une amélioration dans son économie politique , des lumières , des excellentes intentions , et de la bonté du vice-roi ; mais ce prince était dans une situation dépendante et subordonnée , comme l’avait été la reine avant lui. Elle ne le conserva d’ailleurs que bien peu de temps. Le Ciel réservait son avènement au trône pour une époque plus éloignée , qui est arrivée aujourd’hui . et qui lui permettra de réaliser ses vues paternelles sur un pays dont il connaît les resssources et les besoins , et où il a donné l’exemple de toutes les vertus.
Après le départ du duc de Genevois pour le continent, la Sardaigne est rentrée sous le régime qui la gouvernait avant que la famille de ses souverains y vint séjourner. On y a envoyé un viceroi piémonlais , et , à l’exception du privilège qup les dernières circonstances avaient rendu aux nationaux , et dont on les a laissé jouir , d’occuper les emplois publies d’administration secondaire et de judicature, tout a été rétabli sur l’ancien pied.
Le vieux système d’impôts , dont l’assiette a tou jours été un sujet de plaintes , et qui , en pesant sur Je peuple , en rend la perception arbitraire et difficile , a été conservé sans modification. Les Sardes paient quatre espèces d’impositions, savoir: Âu roi , les contributions ordinaires et extraordi-
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naires , l’impôt de la poste aux lettres, l'impôt des ponts et chaussées, au clergé , la dîme de tous les biens , non-seulement de la récolte des grains, mais de tous les animaux qu’on nourrit; aux barons ou seigneurs , toutes les sortes de droits féodaux ; à la Commune, l’entretien de l’horloge, et celui d’un avocat dans la capitale de l’un ou de l’autre cap , etc.
Le vice-roi , chef suprême de l’administration , et résidant toujours à Cagliari , ne rend compte de sa gestion qu’au roi et à ses ministres à Turin, lesquels ont près d’eux un conseil royal , composé de neuf membres , spécialement chargé des affaires de l’île de Sardaigne.
Le régent de la chancellerie royale , résidant aussi à Cagliari , est le chef de la justice . et dirige les diverses branches de l’administration publique.
Un commandant d’armes transmet les ordres du vice-roi , qui a , outre ce titre , celui de capitaine-général.
Le conseil suprême de révision, et le tribunal suprême de la royale audience 1 , soat les deux hautes cours de justice du royaume.
* L'audience royale es» composée de trois chambres appelées talc , l’une des requêtes , l’autre civile, la troisième criminelle. Toutes les trois sont présidées par uu chef qui a le titre de régent de la royale chancellerie. Elles ont chacune quatre juges, un avocat focal et des substituts, un avocat des pauvres avec des substituts, un procureur fiscal , deux secrétaires , et un procureur des pauvres. Tous les autres tribunaux du royaume sont du ressort de la roi ale audience.
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La seconde ville de l’île , Sassari , a uue cour de justice particulière , sous le nom de Tribunale délia Real goeernazione.
Cette ville a aussi , comme la capitale , un tribunal de constat pour l’instruction et le jugement des affaires de commerce.
Les autres autorités ou cours de justice centrales , ayant leur résidence à Cagliari , sont : X Ad- » ministralion royale des tours } toujours présidée par le vice-roi 1 , la Junte générale des Monti di soccorso ( prêts de grains aux cultivateurs ) , la chancellerie apostolique , où se jugent les conflits de juridiction en matière ecclésiastique et civile , le censorat général j préposé à la direction de l’agriculture , le tribunal du patrimoine royal , les bureaux de X intendance générale } la commission d 'arnortissement , la trésorerie générale , la junte de santé , celle d’ approvisionnement , et celle des ponts et chaussées.
La force armée se compose , indépendamment de quelques compagnies de dragons , qui font l’office de la gendarmerie , du régiment national , porté au complet , et que le dernier roi avait ap-
1 Ou a di» , tome I , page 478, que le parlement des Cortès de 1587 avait créé l'administration de «.es cent trente-huit tours , destinées à la protection des côtes, et qui , établies d'abord par don Jngtl /.étrillas , furent achevées ou complet» es par les vice-rois don Miguel de Moncada , le marquis d’.fjtonn , et U* t'ointe drl Real.
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pelé sur le continent , après L’avoir fait relever dans l’île par des troupes piémontaises.
La marine sarde se bornait , du temps où la cour habitait J’îlc, à une galère, et à deux demigalères, dedix-huit bancs de rameuis, qui croisaient sur les côtes. Le roi a fait construire depuis, dans l'arsenal de Gênes , plusieurs beaux bâtiments , qui font respecter son pavillon dans la Méditerranée.