‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 34 sur 108 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Division territoriale. — Aperçu géographique. — Des montagnes. — De U nature du sol. — Observations géologiques. — Volcans éteints.

Eb premier chapitre de la partie politique de cet ouvrage contient une notice sommaire sur la situation géographique , la circonférence et la superficie de l’île de Sardaigne. Il était nécessaire de donner une idée précise de l’étendue et de l’importance*du pays dont on allait lire l’histoire et connaître les institutions.

Une intention analogue devait faire placer au commencement de celte seconde partie , qui sera le tableau de son état physique , et l’exposé de son existence matérielle , de sa population et de

ses produits , un aperçu de sa division territoriale . de la structure et desuéléments géologiques de son sol , notions qui , dans le même temps , seront éclaircies par la carte géographique mise en tète de ce livre , et serviront à son intelligence.

Tout est nouveau à dire, tout est à apprendre sur un pays qui n’est pas plus connu dans ses circonstances physiques et naturelles, que dans ses relations politiques et historiques; sur une grande étendue de terre dont on ne possédait point, avant le travail de Rizzi-Zannoni et du père Napoli, une carte géographique qui ne fût absurde ; sur une île, environnée de ports et d’écueils , dont il n’existe pas une bonne carte hydrographique

1 On a déjà donné , dans l'Introduction , une idée des anciennes cartes françaises de 1a Sardaigne, avec lesquelles il ne faut pas confondre une carte plus moderne de Bâcler d' A fie % e t dont les deux moins mauvaises», celles de Janvier et de De risle , fourmillent de fautes. Les cartes allemandes, anglaises et italiennes, ue valent pas mieux. Z enter , Lofer , G filant i , Porcacc/ii , le père Coronelli , sont inexacts et peu sûrs; aucun d'eux n'est d'accord avec les autres sur la fixation de la longitude et de la latitude , et ils diffèrent entre eux de plusieurs degrés. Ils ne s’accorden^juc pour répéter les bévues les uus des autres.

La carte publiée à Venise en 1779, et attribuée à des ingéuieurs piémontais , n'est pan moins incorrecte. Les noms sont estropiés , les situations , Unit de terre que de mer , mal indiquées , et les îles adjacente» figurées à faux.

Celle qu’a réduite M. Azuni , d'après l'exemplaire du comte liogino , a été faite avec trop de négligence.

Les cartes marines ne sont pas plus >afixfaisaule». L* Allas maritime de

ANCIliNXË ET MODEREE.

Division territoriale. — Aperçu géographique.

L’île de Sardaigne est divisée en deux parties à peu près égales , dont les limites ne sont pas bien rigoureusement fixées, l’une au midi, en face de l’Afrique , l’autre au nord , séparée de la Corse par le détroit de Bonifacio. La partie méridionale s’appelle le cap de Cagliari, la partie septentrionale , le cap de Sassarif ou elles sont désignées encore par le nom de Capo disotto et de Capo di sopra. Cette dernière dénomination vient de ce que la partie septentrionale de l’ile est beaucoup plus élevée que la partie méridionale , et qu’en allant de l’une à l’autre, on descend toujours pour arriver aux plaines qu’on appelle le Campidatro d' Oristano et de Cagliari.

Sanson , la carte hydrographique de Miche lot et Brcmont , le recueil des ports et lades de Joseph Houx , l'Atlas géographique de Rouge , le portulan de la Méditerranée à' Henri Miche lot (1775), sont incomplets. Ils n'indiqticut qu’une partie des écueils , des bancs et des bas-fonds dont l’ile est entourée, et ils varient sur la dénomination des caps et des pointes.

Le pilote génois Gorgoglione a sondé seulement une petite partie des eAtcs de Sardaigne.

Le chevalier Lunelli de Cortemiglia , capitaine de la marine .Sarde, a donné, à la suite d’une campague d’cxplorat ion faite en 1784 et t785, une carte du détroit de Bonifacio.

I je gouvernement franq-iis vient de faire faire par M. le capitaine de frégate Dehell , pour l’ile de Corse, un travail analogue , auquel on peut espérer que se trouvera lié le nord de la Sardaigne.

Chacune deces deux grandes provinces renferme, dans sa circonscription territoriale, deux des quatre petits états souverains connus, dans l’histoire de Sardaigne, sous le nom de Judicats, qui partageaient autrefois cette île. Cette division est encore fréquemment usitée. Ainsi le cap méridional se compose de la province de Caglùiri proprement dite, à laquelle appartiennent le Campidano , U O gliastra , le Sulcis , les îles de Saint-Pierre et de Saint-Antioche , et de l’ancienne province d' Arborée , c’est-à-dire, du territoire d ’ Oristano et de ses vieilles dépendances. Le cap septentrional réunit les deux anciens judicats ou provinces de Tonvs ou Logudoro, et de la Galiura.

Ces quatre subdivisions des deux provinces principales de l’ile sont elles -mêmes partagées en arrondissements. L’itinéraire, qui entre dans la seconde partie de cet ouvrage, est destiné à faire connaître la topographie complète de la Sardaigne. Npus croyons devoir , par cette raison , en renvoyer la nomenclature à ce chapitre.

Les sièges épiscopaux du royaume furent portés jusqu’au nombre de dix-huit, en des temps reculés , lorsque sa population était plus grande et répandue sur un plus vaste espace de terrain ; mais depuis qu’une foule de circonstances malheureuses l'ont extrêmement diminuée, on en a réduit le nombre à trois archevêchés, ceux de Cagliari,

ANCIENNE ET MODEHNE. 2~ I

Oristann et Sassari, et à sept évêchés , Gallelli , Iglesias y Aies , Alghero } Ampurias , Bosa et Bisarcio.

Le sol de la Sardaigne est coupé par plusieurs chaînes de montagnes , d’une plus ou moins grande élévation, qui sont séparées entre elles par des vallées , et qui , en s’abaissant vers la nier, forment ees plaines auxquelles on donne le nom de Carnpidano , et que la culture fertilise et enrichit.

Ces plaines, qui environnent les villes de Cagliari et d’Oristano, sont d’une forme et d’une étendue inégales, suivant les proportions de l’élargissement des vallées.

Celle qui avoisine la capitale, s’appelle le Campidano de Cagliari. Le Campidano d’Oristano se subdivise en trois parties , le Maggiore , et ceux de Alilis et de Simaxis.

Sur les côtes de la Sardaigne, sont jetées un grand nombre d’iles adjacentes , d’îlots et de rochers de toute forme et de toute grandeur. Les plus importantes de ces îles sont, au spd-ouesl, Y Asinara; au nord-nord-est, au milieu d'un archipel d’ îlots et d’écueils nommés Isole intermedie , Santo-Stefano , la Maddalena et Captera; au nordest, Tavolara. Les seules îles de Saint-Pierre } de Saint-Antioche et de la Maddalena sont habitées. Il n’y a que quelques pâtres dans celle de Y Asinara.

l. \ SARDAIGNE

Les montagnes.

La première chaîne île montagnes commence au détroit de Bonifacio, dont les nombreux îlots ne sont que la continuation de la chaîne qui lui correspond en Corse, et qui ne faisait de ces deux îles qu’un seul et même pays, avant leur séparation par l'effet d’une catastrophe doDt on ignore l’époque.

Partie du nord , appuyant d’abord vers l’est , et ensuite se prolongeant vers le midi, elle traverse l’ile dans toute sa longueur, et va gagner la mer au cap Carbonaro.

M. le chevalier de la Marmara , qui a publié récemment un mémoire géologique sur la Sardaigne, dont nous aurons plusieurs fois occasion de profiter, dit que cette grande masse primitive, qu’il a reconnu être presque en entier de granit , et qu’on peut, à juste litre, nommer le noyau du petit continent sarde, en constitue à elle .seule toute la surface centrale.

Une seconde chaîne part du cap de laFrasca, à l’extrémité du golfe cf Oristano , et, se dirigeant vers le sud-est , se trouve tout à coup rompue par la grande vallée de Villa-Massargia, pour reparaître bientôt, et s’enfoncer dans la merau cap Teulada, pointe la plus méridionale de l’île. Les montagnes du Sulcis et de Capulerra sont des embranchements de celte chaîne.

ANCIENNE ET MODERNE. 5 - ’î

Les montagnes de la Nurra , canton inhabité de la Sardaigne, vers la partie occidentale de l’ile , forment une chaîne particulière, mais delà même nature et dans la même direction que les autres.

Une chaîne de montagnes, qui n’est pas la moins remarquable par son élévation et son étendue , est celle des monts Limbarq, qui, se détachant de la grande chaîne principale , s’élèvent presque perpendiculairement au-dessus de la vaste plaine d’Ozieri, ce qui permet de les voie dans tout leur développement.

Les pointes les plus élevées de la chaîne méridionale sont les montagnes d 'Arbus, de Villacidro et de Guspini, celles à! Aies et à'Isili, et surtout la double pointe de Punta Arcolai et de Genargentu, qui, par l’effet de l’abaissement demicirculaire de l’espace qui les sépare l’une de l’autre, présente à peu près à l’œil la forme d’une corne de bœuf, ce qui lui a fait donner le nom de Corno di Bue, en sarde, Corru Boi.

En allant du midi au nord , les montagnes les plus élevées qu’on rencontre sont celles de Marghine , de Sanlu- Lussurgiu , de Monte- Albo , de Monte-Santo, de M onte- Leone , de Monte-Sassu , de Viüanova , A'Aggius, de la Minerva , A'Osilo \ et surtout le pic du Gigantinu , qui est le point le plus élevé de la chaîne de Limbara.

Les habitants de ce canton regardent le Gigan- "■ 18

2^4 LA SABDA.IGHB

finit comme le point culminant de toute l’ile. C’est une erreur : il n’a que le second rang , et la première place appartient au Genargentu , dont on vient de parler, qui conserve la neige deux mois après le Gigantinu 1 , et le dépasse de près de six cents mètres. M. de La Marmora croit , d’après ses observations barométriques , pouvoir lui assigner dix-huit cent vingt-six mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer. De sa cime , on peut, par un jour très clair , voir distinctement la mer dans toutes les directions autour de l’ile , et quoique le Limlara borne un peu la vue, on n’en distingue pas moins une partie de la Corse méridionale.

À l’exception de ces deux pointes, toutes les autres montagnes de la Sardaigne sont d’une médiocre élévation , et sont bien inférieures sous ce rapport à celles de l’île de Corse , où commence visiblement la longue chaîne , dont elles sont la continuation toujours décroissante. En général , les hauteurs que les Sardes nomment des montagnes ne seraient considérées , dans beaucoup d’autres pays, que comme des monticules ou des collines, ce qui donne à leur île un aspect moins Sauvage que celui de la Corse, et la fait paraître de loin, en mer , presque comme une surface plane.

r Qut'f'pYtfoit jusqu’à la mi juillet.

De la nature du sol. — Observations géologiques. - — F" olcans éteints.

Le sol de l’île de Sardaigne , dans les plaines , dans les, vallées , sur les coteaux , dans les lieux cultivés , -présente toutes les variétés de terres , ou simples où composées , dont la combinaison produit les sels les plus propres à reproduire les végétaux qui appartiennent à sa température et à son climat. Toutes les circonstances naturelles se réunissent pour qu’aucune des conditions de succès

et de prospérité ne manque à la végétation de

ce pays.

M. le chevalier de La Marmora a donné , dans le savant mémoire dont il vient d’être question tout à l’heure, des notions précieuses sur la structure géologique de la Sardaigne , et sur la nature des roches dont sont formées ses montagnes. Nous emprunterons les observations sur cette matière que nous plaçons ici , à cet intéressant essai , qui fait vivement désirer la suite et le complément , promis par l’auteur , de ses explorations et de ses recherches.

Il a reconnu que le noyau de la chaîne centrale, qui traverse l’île de Sardaigne dans toute sa longueur , est d’une formation primitive , et composé alternativement , et quelquefois simultahément ,

xS.

ou par une transition subite , ou par superposition , de granit et de schiste micacé. On trouve cependant, sur quelques hautes cimes , de longues veines de quartz, ou une substance analogue , qui constitue , par suite de la décomposition de ses parties, une pente conique , assez semblable à un amoncellement de débris , provenant de la démolition d’un édifice construit en pierres de taille ou en grosses briques.

A Castel-Doria, auprès de la chaîne du Limbara , est une petite montagne , peu élevée , qui est de la nature du porphyre. Une autre roche analogue se trouve également dans la partie orientale de l’île , comprise entre le rivage et la grande chaîne granitique de Y Ogliastra , jusqu’au cap Carbonaro. L’opinion de M. de La Marmara est que presque toutes les roches de ces contrées sont porphyritiques ; il s’y est confirmé, en voyant les cailloux roulés dont on se sert pour paver la ville de Cagliari , et qu’on va chercher , en doublant le cap Carbonara , aux embouchures des torrents et des ruisseaux qui tombent de ces régions.

Les principales chaînes de montagnes sont en quelques endroits flanquées ou surmontées de grandes masses de marbre, qui posent tantôt sur le granit , tantôt sur une argile schisteuse ; d’autres fois ces dernières se rencontrent à la base des montagnes.

ANCIENNE ET MUDBRNE. 277

D’énormes masses calcaires , qui appartiennent à des formations bien postérieures , sont également répandues sur la surface centrale et occidentale de l’île. Ces terrains se suivent presque sans interruption , depuis le cap Santa-Elia près de Cagliari , jusqu’à Castel-Sardo. C’est sur une colline de cette nature qu’est bâtie la ville de Cagliari , séparée du cap Santa-Elia par une vallée , où se trouve une brèche osseuse , qui paraît s’y être formée par un dépôt d’eau douce dans les fentes et dans les creux de la roche calcaire. Les ossements en assez grand nombre , que l’on y observe, appartiennent principalement à une petite espèce de rongeurs campagnols. On y voit d’autres ossements d’une plus grande dimension , ainsi que des coquilles terrestres, des madrépores , et des dents d’animaux ruminants.

Le territoire de Sassari , qui est aussi formé d’une roche calcaire , est en quelques endroits plus mêlé de marne et d’argile.

M. de La Marmara a reconnu des volcans éteints sur plusieurs points de l’ile de Sardaigne , à Ussana et Monastir, à Sardara , et principalement dans les hauteurs à' Aies , à Bonorva , à Puzzo-Major , à S. Lussurgiu , à Keremule , à Padiia , à Ploaghe , à Castel-Sardo.

L’action des eaux a tellement opéré sur ces roches , qu’on ne distingue plus guère les cratères.

La forme et la direction des coulées de lave dirigent mieux dans la recherche des bouches ignivores , que l’état actuel de leurs vestiges. On trouve cependant près d 'Aies et de S. Lussurgiu , et notamment à Puzzo-Major, des cratères bien évidents et bien constatés.

Plusieurs de ces volcans ont brûlé à une époque postérieure au dernier creusement des vallées ; mais quelques autres , principalement dans la partie méridionale, à en juger parla nature des laves, ont une origine plus ancienne.

Le pays compris entre le village de Nurri et le campidano de CagUari appartient à une formation calcaire ; il est composé de monticules offrant communément à leur sommet un plateau formé par une lave bien caractérisée. On donne à ces plateaux le nom de giarra. Telles sont la giarra de Serti , celle de Gestori } etc. L’inclinaison de ces terrains de l’est à l’ouest, la direction et la qualité des laves , qu’on retrouve sur les cimes calcaires ou marneuses de ces collines , font présumer qu’elles ont une seule origine , et appartiennent à une même coulée venue d’un cratère voisin de Nurri , à une époque antérieure au creusement de ces terrains.

Dans toutes les parties de l’ile qui offrent les vestiges de ces anciennes éruptions, on rencontre en grandes masses toutes les variétés de substances

volcaniques , daus lesquelles se lit la preuve matérielle de ces convulsions de la nature. Celles qui abondent le plus sont les porphyres pétrosiliceux , les obsidiennes vertes , noires , vitrées et perlées , les jaspes rouges et jaunes, les pouzzolanes, les laves grises, et les laves basaltiques.

Les plus curieux de ces produits volcaniques sont les laves des hauteurs de San - Lussurgiu , qui offre nt le plus ordinairement l’aspect de certaines boules à feuillets concentriques, assez semblables par leur structure à celle d’une rose , et les rochers porphyritiques de Saint-Antioche, de Saint-Pierre , et de Y Isola Piana , qui présentent des prismes , dont les surfaces sont couvertes d’une belle teinte d’un rose vif, relevée fréquemment par des ramifications larges et variées.

Dans ses observations générales sur la géologie de la Sardaigne, M. le chevalier de La Marmora fait remarquer que les chaînes centrales des montagnes de cette île , dont le noyau est formé de granit , et de schiste micacé, généralement superposé , sont toutes placées dans la même direction , qui est celle du méridien , c’est-à-dire du nord au sud ; que l’inclinaison des roches de sédiment paraît être presque toujours de l’est à l’ouest ; que la direction des strates ou couches est analogue à celle des chaînes, c’est-à-dire du nord au sud; que les terrains dits de transition sembleut occuper une assez

aSo

LA SlRUAlGüü

grande place à la base et au flanc des différentes masses granitiques et schisteuses ; qu’enfin les terrains de troisième formation ne se trouvent en forte masse qu’au pied du versant occidental de la grande chaîne principale , et que ce sont eux qui forment les plaines d 'Ozieri, ainsi que les monts de Cuglieri , de Sassariel de Sorso , san$ compter presque toutes les bases sur lesquelles reposent les roches volcaniques.

Après avoir établi ces faits , il est conduit par la simple inspection de l'ile de Sardaigne , considérée, soit géologiquement, soit géographiquement, à faire l’ingénieuse application à cette île du système non moins ingénieux , développé dans un ouvrage de M. Charpentier } sur la constitution des Pyrénées.

Ce savant supposait qu’à une époque antérieure à la formation des autres roches, qui lui sontadossées, la chaîne granitique primitive des Pyrénées a subi des dégradations causées par une puissance , comme par exemple celle des courants, qui, agissant horizontalement du nord au sud, a rompu son faite en beaucoup d’endroits, et l’a échancrée jusqu’à de grandes profondeurs.

Parti de cette idée , M. de La Marmora , raisonnant par analogie et parla comparaison quJil fait de la structure géologique respective des Pyrénées , de la Corse et de la Sardaigne, en conclut que cette

dernière île offre toutes les conditions de l’hypothèse de M. Charpentier.

Voici comme il établit > à ce sujet, ses conjectures.

Si la grande catastrophe , qui a dégradé la forme primitive des Pyrénées, a réellement pu exercer de tels ravages, on doit en reconnaître les traces en Sardaigne , puisque cette île n’est pas à une distance bienconsidérabledecette partie du continent.

La puissance supposée des courants , agissant dans la direction du méridien , parak indiquée par la forme des chaînes de montagnes de la Corse et de la Sardaigne, et peut-être encore par celle de ces îles considérées dans leur entier.

En examinant la forme actuelle du noyau de granit et de schiste micacé , qui compose la chaîne centrale et primitive de la Sardaigne, et le parallélisme de ses différentes crêtes, telles que celles du Sarrabus , del 'Ogliastra, etc. , on ne peut se défendre de l’idée d’une force érosive, ayant agi dans la direction ‘du méridien.

On s’explique alors pourquoi l’île de Corse, en éprouvant le premier choc du courant dévastateur, a pu être bien plus maltraitée que la Sardaigne, et comment, en .servant pour ainsi dire d’estacade à la masse primitive de cette dernière, elle en a couvert la partie qui lui correspond exactement en largeur et en direction. Tout ce qui n’était pas

défendu par l’île de Corse fut rongé ou détruit. Ce qui fut le plus exposé à la violence de ce pouvoir irrésistible fut emporté et balayé, à l’exception d’une petite masse granitique qui, résistant à ses efforts , forma l’île de 1 ' Asinava , et fut , pour la petite chaîne de la Nurra ce que l’île de Corse fut pour la grande masse centrale de la Sardaigne ; le reste fut seulement sillonné.

De là ce canal bien marqué , ou pour mieux dire, cette absence totale de roches primitives, que l’on voit au pied occidental de la chaîne granitique de la SardaigDe. C’est alors que le sillonnement aura eu lieu par l’effet du même courant. Amorti par la résistance des grandes masses de l’île de Corse, il n’aura pu exercer, sur le centre de la Sardaigne, les ravages qu’il fit où il la trouva découverte. Peu à peu le calme se rétablissant , se sont formés, avec les débris des roches primitives , les terrains dits de transition.

La seconde catastrophe, que MM. Charpentier et de La Marmora jugent être arrivée après le dépôt des terrains secondaires, paraît également marquée en Sardaigne par la position et la quantité de ce qui reste en ce pays des roches de cette formation , qu’on ne remarque guère qu’à deu& parties des flancs de la grande- chaîne. La cause de cette seconde destruction a été probablement la même que celle de la précédente, c’est-à-dire un courant

mu dans la même direction , sur les effets duquel aura encore inllué la position géographique de l’île de Corse.

C’est ainsi, dans le système du savant écrivain, qu’auront été détruites , emportées , ou réduites en terrains de transport, ces masses de chaux carbonatée , compacte , qui, d’après les lois de la fluidité, doivent avoir occupé un si grand espace sur toute la surface de l’île , et dont il ne reste plus que de faibles échantillons. D’autres sédiments auront ensuite eu lieu , et de nouveaux dépôts calcaires auront rempli , mais seulement à une certaine hauteur, le vide formé par le canal. C’est alors apparemment qu’ont été déposés ces terrains de calcaire plus grossier et dfc craie, qui se rencontrent , presque sans interruption , depuis Caglian jusqu’à Castel-Sardo , à l’autre extrémité , et qui sont maintenant recouverts en partie par des produits volcaniques.

M. de La Marmora reconnaît , d’après certains accidents de terrain du Campidano de Cagliari et d 'Oristano, une troisième vicissitude, quia succédé à la seconde formation, et qui , bien que partielle , a été aussi l’effet de l’action d’un cqurant. Il se livre , sur ce sujet , à des conjectures fort bien raisonnées, et qui nous paraissent offrir beaucoup de probabilités, mais dans lesquelles il ne nous convient pas ici de le suivre.

LA 8AHDAIGHK

Page 1