CHAPITRE V
De la population de file de Sardaigne dans l'antiquité et dans les temps modernes. — De scs variations et de sou état actuel.
Les considérations générales sur l’état sanitaire permanen t de l’île de Sardaigne, que présentent les deux chapitres précédents, aideront l’observateur à établir des calculs sur la durée probable de la vie humaine en ce pays , et lui feront comprendre les raisons de la décroissance de sa population , quoiqu’il y en ait plus d’une autre cause.
Les écrivains qui ont voulu défendre la Sardaigne, si souvent attaquée sous le rapport de la salubrité , se sont efforcés de lui faire une réputation contraire. Aies entendre, cette île estremarquée par la longévité de ses habitants. Cetti et Azuni ne se sont môme pas refusé l’hyperbole. Les .Sardes, suivant eux , n’auraient rien à envier aux montagnards du nord de l’Europe. Le premier prétend qu’à Sassari, sur cent personnes, on en compte cinq qui vivent de 80 à 100 ans. Le second , d’a nrès des tables de décès dressées à Ca-
I, A SARDAIGNE
gliari pendant l’espace de 10 ans, conclut que les octogénaires de cette ville sont à peu près dans la même proportion. Le calcul du père Napoli paraît plus juste. 11 trouve dans ces deux villes , qui du reste sont les deux plus saines de l’ile , le terme moyen de deux personnes sur cent qui vivent de 80 à 90 ans , et de une seule de 90 à 100 ans.
Gemelli , qui n’était pas né dans l’île de Sardaigne , mais qui seulement y avait occupé un poste élevé dans l’ehseignement public , avoue avec franchise que la durée de la vie humaine est généralement plus courte dans ce pays qu’en Piémont , en Lombardie , et dans tous ceux où l’on respire un air pur. Il attribue sa mortalité; incontestablement plus grande , aux vices qui altèrent sa constitution atmosphérique , à la misère , à la malpropreté , aux privations de tout genre , et aux maux qui en sont la suite. IL résulte des relevés faits dans plusieurs diocèses, et qu’il rapporté, qu’après les années d’épidémies ou d’ influence , comme disent les Sardes ( ânni d’injhtenze ) ,"le nombre des morts surpasse de beaucoup celui, des, naissances, ce qui ne peut être compensé que par* les années de complète salubrité; où les choses) ^reprennent leur équilibre. Comme en Sard&ignr les premières sont plus communes que les secondes , il est facile de voir pourquoi la population ne croit pas dans une proportion plus grande.
ANCIENNE ET MODERNE. JOj
Ce qui prouve cependant que la qualité de l’air et des eaux n’est pas la seule cause qui ait arrêté les progrès de la population , c’est que , à des époques très reculées, il est vrai , lorsque l’agriculture de l’ile était florissante , sa population était beaucoup plus considérable, et que, depuis encore, après être tombée au plus bas , elle s’est relevée sous ceux de ses princes qui se sont occupés d’elle. Le professeur Gemelli, qui vante avec raison le système des Romains relativement à la culture des terres, et fait un parallèle tout à leur avantage , exagère, pour justifier son raisonnement , la population de la Sardaigne sous leur domination. Il la porte, d’après des calculs de probabilité ingénieux, mais inexacts , à 1,800,000 habitants. M. Azuni va encore plus loin , et ne peu t pas se con ten ter de moins de trois millions. Le père Napoli, qui attaque rudement les erreurs partout où ils les trouve , renverse tous ces vains calculs , et au moyen de computations plus solides et plus vraisemblables , il prouve que la Sardaigne , dans ses temps les plus prospères , n’a jamais été peuplée de plus de 1,300,000 habitants
Il faut toujours remarquer , pour disculper l’intempérie , à laquelle on a déjà bien assez de reproches à faire , de son exclusive influence sur la
1 Polybe parle de l'importante population de la Sardaigne ( frequcnl'.a hominum ) , mai» mm» la préciser.