La Barbargia Seulo a cinq villages; un
Digit
seul a été détruit. C’est un pays de montagnes couvert de neiges une partie de l’année , et tellement froid pendant l’hiver, que les pâtres sont obligés de se réfugier avec leurs bestiaux dans le Campidano , dont le climat est plus doux. La culture y est à peu près nulle , mais le pays est riche en troupeaux de tout genre, surtout de brebis et de chèvres, dont le lait fait une prodigieuse quantité de fromages blancs , qu’on porte à Cagliari et à Oristcmo , et qu’on expédie même pour le continent. La situation de cet arrondissement lui procure de nombreux courants d’une eau vive el fraîche.
Superficie : 180 milles carrés.
Population : 4,5oo habitants.
11. L’arrondissement de YOgliastra est le plus grand de tous ceux qui composent la province de Cagliari. Il borde la mer sur un espace de plus de soixante-sept milles, depuis le cap Carbonarà jusqu’aux limites méridionales de la Gallura. Torloli. en est le chef-lieu. Le pays . presque entièrement couvert de montagnes, el parfaitement arrosé par un grand nombre de torrents et de ruisseaux , est d’une fertilité merveilleuse. Il produit , en grande quantité , des figues, des cerises , des oranges , des limons , du maïs , des citrouilles du poids de trente livres, des pastèques , des melons , des truffes blanches, du vin qui passe pour être le meilleur de
tonie l’ile après celui de Caglinri , et dont on fait des exportations , parce qu’il s’améliore encore dans la traversée. La principale richesse de YOgliastra consisterait dans les oliviers dont elle est couverte si on mettait plus d’activité à les perfectionner par le procédé de la greffe , opération que le gouvernement ne se lasse pas d’encourager par tous les moyens ; mais l’huile qu’on en tire , grossière et mal fabriquée, ne sert guère qu’à l’éclairage, et à l’engraissement des porcs, auxquels convient déjà si bien la nourriture qu’ils trouvent dans de vastes , forêts d’arbres à glands.
L'Ogliastra possède des mines d’argent et de plomb, dont il sera question plus loin.
Ces avantages naturels sont malheureusement détruits par l’insalubrité de l’air, qui est en proportion de la fécondité du sol. L 'Ogliaslra est inhabitable, si ce n’est dans ses parties les plus élevées , quand vient la saison de l’intempérie.
Étendue : 36o milles carrés.
Population : 16,700 habitants.
12. On remarquait autrefois dans l’arrondissement de Chirra, un château féodal, dont il a pris son nom, et qui, assiégé plusieurs fois dans le cours des guerres dont ce pays a été le théâtre , et notamment par les Doria et le juge à'jlrborve, dans
' Le uout de tapelitc province, cm on l'appelle ainsi , de VOgLasira lui vient de l'abondance d'huile qu’elle produit. ( Ot^lio. )
ANCIENNE ET MODEIINE. 44l
celle de i35o , a fini par être détruit, comme presque tous ceux qu’on voyait jadis en Sardaigne sur le sommet des montagnes isolées. Ce canton , absolument dépeuplé , quoique la terre n’y soit pas mauvaise , par les suites de la peste et de la guerre , appartient entièrement à un seigneur espagnol , grand feudataire, qui s’appelle le marquis de Chirra. Sa superficie est de trente milles carrés.
i3. L’arrondissement de Sarrabus se divise, comme toute cette partie de l’île , en petites plaines et en montagnes peu élevées. Il ne compte plus que quatre villages ; dix ou douze ont été détruits. Il n’est pas, à beaucoup près, aussi peuplé que sembleraient le comporter son étendue, la bonté de la terre , l’avantage qu’il a d’être arrosé par le Flumendosa , dont les bords sont de belles prairies , et la multiplicité de ses ports et de ses anses , où les felouques napolitaines , et les petites embarcations sardes , qui font le cabotage , viennent charger des fromages, des grains, des fourrages et des fruits. Malheureusement ce canton a aussi une réputation d’insalubrité.
On célèbre , dans les derniers jours de mai , la fête de saint Priamo , martyr sarde , à l’église qui lui est consacrée , et qui est située sur une jolie colline , au bord de la mer. Cette fête donne lieu à un grand concours de curieux , qu’attirent , de toutes les parties de la province , une foire de plusieurs
jours , et des divertissements et parties de plaisirs dont elle est le prétexte.
On traverse, en allant de Cagliari dans 1 eSarrabus , entre Burcei et Muravem, une épaisse forêt , de quatre heures de chemin, remplie de sources d’eaux vives, et plantée d’arbousiers, de caroubiers, d’oliviers sauvages, et surtout de chênes verts, dans la proportion de cent à un , qui s’élèvent à une très grande hauteur, et qui se trouvent disposés dans un ordre parfait , comme si la nature eut voulu en faire un parc. On est d’autant plus étonné de voir des arbres d’une aussi belle venue , que les bois des autres hauteurs ne se composent guère que de cistes , de lentisques , et de bruyères arborescentes. Cette forêt , qui couvre le mont Budui, renferme beaucoup de sangliers, de cerfs , de gibier de toute espèce , et offre une des plus belles chasses qu’on puisse voir.
On admire, entre Burcei et San- Priamo , un phénomène de végétation. C’est un lentisquequi a vingt-sept pouces de diamètre , et qui projette circolairementde son tronc soixante-sept tiges divergentes comme des rayons.
Superficie : 260 milles carrés.
Population : G, 200 habitants.
i4. et i5. Le Suivis proprement dit et le Cixerro forment ce qu’on appelle la provincia Sulcitana, qui est le quart de l’étendue territoriale du judicat
de Cag/iari. Ce département, en y ajoutant les îles de Saint- Antioche et de Saint- Pierre , comme on est dans l’usage de le faire , est un des plus importants de la Sardaigne, par sa population et ses produits. Son nom vient de l’ancienne ville de Su/ci , qui en faisait partie. Le canton septentrional , c’està-dire le Cixen'o , est tout en montagnes et en vallées. Le canton méridional, ou le Sulcis proprement dit, est une vaste plaine , qui se termine par de petites montagnes du côté de Teulada. Ces montagnes sont généralement couvertes de chênes, de hêtres , de pins et sapins , de génévriers et d’oliviers sauvages. Elles renferment dans leur sein des mines de fer d’une excellente qualité , auxquelles les Romains attachaient une importance extrême , si on en juge par les traces qui restent de leurs travaux , et dont on a repris dans ces derniers temps l’exploitation.
Les plaines produisent en abondance des grains de toute espèce ; les collines et les vallées , des vignes dont on fait de fort bon vin , et des fruits délicieux. Ce pays est particulièrement riche en troupeaux de moutons ; on fait, du lait de ses brebis, des fromages qui servent pour la consommation du pays et pour l’exportation. Il fournit autant de gibier et de bêtes (auvcs qu’aucune autre partie de
nie.
Le Cixcrro est baigné par les rivières de f^ilLi-
la sahhaigne
Massargia j de Flumini- Màiori , et de Piringiano r qui , après avoir réuni tous les ruisseaux des hauteurs , vont se jeter dans la mer à Porto-Paglia , et au cap Pecom. Il a d’ailleurs , et surtout dans l’hiver, une grande quantité de sources d’eaux vives.
Le Sulcis , qui est un canton littoral , sec et pierreux de sa nature , est beaucoup moins bien arrosé. Il est réduit , outre quelques filets d’eaux dans les hauteurs , à la petite rivière de Teulada, et à celle de Palmas } que l’on croit avec raison être le Debotes } de Ptolémée.
Le Cixerro , en comparaison du Sulcis, peut être considéré comme bien peuplé. On y montre , il est vrai , la place de vingt villages détruits ; mais il en conserve six, qui, à cause de leur situation , et de leur genre de culture et d’industrie, sont dans un état de prospérité relative. Le territoire de ViUa- Massargia nourrit , dans ses vertes prairies , des troupeaux de vaches et de taureaux , d’une force et d’une beauté remarquables. On récolte dans celui de Musei des fruits à couteau , et surtout des poires qui semblent d’autant meilleures, que c’est à peu près le seul canton de la Sardaigne où l’on greffe l’arbre qui les porte.
Le village de Domus-Noas est environné de vergers et de jardins , qui donnent des oranges , des citrons, des cédrats , et toutes sortes d’excellents fruits. Les noyers et les châtaigniers y sont assez
■nombreux Ce village, qui est frais et riant, passerait, dans tous les pays du monde, pour un agréable séjour.
A une demi-heure de chemin de Domus-JVoas , est une grotte , fameuse en Sardaigne sous le nom de San-Gioan d' A cqua Butta, que les habitants de Cagliari vont visiter, dans la belle saison, comme un objet de curiosité. Après avoir traversé , pour y entrer, un ruisseau rapide dès sa source , on pénètre avec beaucoup de peine dans cette grotte, où l’on ne peu t marcher qu’avec uneextréme difficulté, à cause des pierres dont elle est encombrée , et en portant des lumières pour s’éclairer dans une route longue et sinueuse. Elle traverse de part en part une petite montagne, et fait communiquer deux vallées entre elles. Cette grotte n’a pas été originairement percée par la main des hommes ; mais on serait tenté de croire , en voyant à l’une de ses ouvertures des restes de grosses murailles, qui indiquent l’ancienne existence d’une porte , qu’en des temps reculés ce lieu a servi de refuge à des mécontents , ou à des fugitifs , ou à des malfaiteurs. Les parois et la voûte sont revêtues de cristallisations , de stalactites , de jeux de la nature les plus singuliers et les plus bizarres , qui représentent toutes sortes de figures d’hommes , d’animaux et de plantes.
Le ruisseau de Domus-Noas, qui prend sa source
à l’entrée de la grotte d 'Acquit Rutta , et dans lequel on trouve du fer roulé et des fragments magnétiques, parcourt une jolie vallée, couverte de peupliers, de saules, de hêtres, et d’autres arbres qui l’embellissent, et très-fréquentée au retour du printemps par les habitants de Cagliari.
La capitale de cette petite province est la ville d 'Iglesias , à laquelle on Suppose que ce nom , qui répond à celui à’ Eglises, a été donné, lorsqu’on a réuni dans ses murs toutes les populations des paroisses abandonnées, et qu’on a fondu dans son église épiscopale toutes celles qui étaient ou détruites ou ruinées. On y compte environ 6,000 habitants permanents, et 3, 000 autres qui n’y demeurent que dans la mauvaise saison , et qui , le reste du temps ., se dispersent en diverses petites communes, pour vaquer aux travaux de l’agriculture, dans laquelle les habitants de cet heureux coin delà Sardaigne, pleins de force et d’activité, sont très entendus et très habiles. Iglesias est dans le fond d’une belle vallée, formée par des collines boisées, et séparées entre elles par d’autres vallons qu’arrose une multitude de ruisseaux et de sources d’eaux vives , qui entretiennent une fraîcheur délicieuse, et donnent aux vergers et aux jardins , riches de toutes les variétés de fruits, une extrême fécondité. 1
' O11 a remarqué qu’il y avait dans les enviions d'Iglesias une quantité
La ville d'Iglesias n’a guère de remarquable , en fait d’édifices publics, que le palais épiscopal , bâti en 1763 , et qui est orné d’un fort beau jardin en plein rapport. La maison de ville et la cathédrale sont fort ordinaires ; quelques maisons de particuliers ont un aspect assez agréable.
L’arrondissement de Suivis , proprement dit, est loin d’atteindre à cette prospérité. Ce pays , où furent trois villes antiques , Pupiduni , Tegula , Bioea, etoù figurèrent depuis trente communes dont on ne voit pas même les ruines, n’a plus qu’une population presque nulle, éparse sur un vaste territoire. L’avantage qu’il a d’être situé sur un golfe spacieux , et de se composer de terres d’une grande fertilité, auxquelles il ne manque que des bras pour les cultiver, fait espérer le succès des efforts du gouvernement pour le repeupler.
Ses productions consistent en céréales, fèves, pois chiches , et autres légumes , poissons de mer et des étangs, et en sel blanc, qu’on fabrique près de Porto Pino et de Teulada.
Superficie :
Population:
Cixerro , 260 milles carrés.
Sulcis , 35o milles carrés.
Cixerro, 5, 200 habitants.
Sulcis, 6,000 habitants.
vraiment prodigieuse de merles et de rossignols ; ee qui s’explique assez par la nature du pays.
16. L’île de Saint- Antioche, qui forme le sixième arrondissement de la province de CagUari, est la plus grande de toutes les lies adjacentes. Elle a io milles de longueur sur 5 de largeur, et 4o milles carrés de superficie. Son terrain est inégal; elle a des plaines et des montagnes peu élevées. Les premières produisent en abondance des grains et des légumes, particulièrement des ognons, remarquables par leur goût et leur grosseur. Les terrains sablonneux ont des vignes qui donhent des vins de bonne qualité. Les parties hautes et couvertes de bois sont riche» en gibier ; mais il y a plus d’un demi-siècle que personne n’y a eu1 un seul de ces chevaux sauvages dont Cetti } Gemelli, et M. Azuni, d’après eux p '.prétendent qu’était autrefois remplie la forêt d q Candi.
Les fréquentes incursions des Barbaresques dans cette île, sans défense, Lavaient fait totalement abandonner pendant plusieurs siècles; mais la découverte faite en iGi5 des ossements du saint dont elle porte le nom , qui fut un tnotif pourplusieurs familles de pâtreset decultivateursdu Sulcis, à qui on accordait des terrains et des franchises , de venir s’y établir, et surtout l’installation d’une tonrmre en 1771 , formèrent insensiblement une petite population , qui prend tous les jours de l’accroissement, au village de Suint-Antioche, où l’on compte aujourd’hui plus de mille habitants.
Il n’y en a guère encore plus de trois cents dans un autre village , que l’on nomme Calaseta. Cette population naissante est assurément bien loin de celle qui composait dans l’antiquité l’opulente ville de i Sulci , dont on ne voit plus que de tristes restes et des débris.
On a fait à l’étang de Calaseta des salines artificielles d’un bon rapport. La mer est si poissonneuse de ce côté , ainsi que dans le golfe de Palmas } qu’on pourrait y établir des pêcheries très lucratifs.
Saint-Antioche offre partout les traces d’une convulsion de la nature. Ses monts et ses roches , formés en grande partie de laves , de brèches , de porphyre et de pouzzolane , attestent que dans cette île fut un volcan , dont les éruptions ont modifié sa structure et sa forme , ainsi que celles des îles voisines. Son rivage occidental est percéd’un grand nombre de grottes , assez profondes , composées de substances volcaniques, asiles d’une quantité prodigieuse de palombes ou pigeons sauvages *.