PROVIHCB OU JUDICAT DE GALLURA
la Gallura , autrefois la région la pins peuplée de la Sardaigne , transformée en un désert. — Traces multipliées des malheurs de la guerre. — Vastes pâturages, nombreux troupeaux. — Archipel intermédiaire. — Golfes spacieux et sûrs. -»— Fontaine décolorante. — Torrent impétueux sortant d’une profonde caverne. — Productions naturelles de la Gallura.
Les limites de la province ou ancien judicat de la Gallura ont varié suivant les vicissitudes politiques qu’elle a eu à subir , depuis les commencements de son existence historique. Telle qu’elle est aujourd’hui , elle peut être naturellement divisée en deux départements , comme elle l’est en effet déjà en deux diocèses , savoir : La Gallura septentrionale , ou Gallura proprement dite , et Galtelli , aujourd’hui Nuoro , qui comprend le reste de l’ancien judicat , ou la Gallura orientale, agrandie de quelques cantons de la Barbargia Ollolai , qui appartenaient autrefois à la province ou judicat d 'Arborée.
On évalue la superficie de la province actuelle
de Gallura, en y comprenant celle des îles adjacentes, à i,4oo milles carrés.
Ledéparlement delà Gallura septentrionale peut être regardé comme le plus montueux de toute la Sardaigne , puisqu’une grande partie de la chaîne du Limbara et les montagnes d ' Aggius lui appartiennent. On y trouve cependant quelques plaines, vers les bords du Coghinas , dans ce qu’on appelle les marines de Tempio , et près de Terra nova , où l’on récolte du grain , de l’orge , et du vin pour le moins médiocre. On ne fait aucun cas de ces produits. La principale richesse /Je ce département consiste dans ses nombreux troupeaux de toute espèce, surtout de chèvres et de cochons, que nourrissent les épaisses et vastes forêts dont il est couvert, et les excellents pâturages do ses vallées , arrosées d'une multitude de ruisseaux et de sources intarissables. L’île de Corse , qui n’en est séparée que par le petit détroit des bouches de Bouifacio , s’v approvisionne de viandes fraîches et salées . dont il se fait aussi des exportations pour Livourne.
La Gallura proprement dite est peut-être la partie de la Sardaigne qui offre le plus de traces des maux de la guerre , dont elle a été le déplorable théâtre pendant plusieurs siècles , lors des guerres acharnées des juges et des Daria , des Pisans et des Génois , des Guelfes et des Gibelins. U n’y a plus que trois cantons habités , Geminis ,
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Terranom , el les îles intermédiaires ( Isole interrnedie). Les autres , au nombre da dix , sont de vastes solitudes et des déserts. On peut, à coup sùr , donner ce nom à l’immense espace de terrain , nommé les Marines de Tempio , qui n’a pas moins de 5oo milles carrés de superficie , sans autre habitation que les cabanes isolées où demeurent, une grande partie de l’année , les riches pâtres de Tempio et A'jlggius. Un autre canton, également désert , et contigu à Terranova , est celui qu’on appelle Orfidis , qui a été très peuplé du temps des Pisans et des juges , et où les anciens , qui lui donnaient le nom à'Equaria , avaient de beaux haras , et des ohevaux renommés.
1. La principale commune de l’arrondissement de Geminis est Tempio , qui en est le chef-lieu , ainsi que de toute la Galluna. Tempio , quoique résidence d’un évêque , du gouverneur , et d’un délégué ou préfet , n’est pourtant pas considéré comme une ville ; mais ce village , puisque c’en est un , est habité par un grand nombre de familles nobles ou aisées , et compte , avec ses hameaux et ses pâtres , plus de 10,000 âmes. Il a une célèbre collégiale desservie par des chanoines.
Situé au nord , sur le revers des monts Limbam , Tempio éprouve toutes les rigueurs d’un climat froid , ce qui empêche le raisin des vignes dont il est entouré de parvenir à une parfaite ma-
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turité. On fait pourtant beaucoup de vins à Tempio } mais on «est obligé , pour lui donner de la force , du corps et de la durée , de le mélanger avec un vin cuit , qu’on appelle Saba.
Les habitants de Tempio sont propriétaires d’une grande partie des nombreux troupeaux qui paissent dans les cantons déserts. On y fait des salaisons , qui ont de la réputation en Sardaigne , et même dans l’étranger. Les arbres à fruits sont cultivés avec succès dans les terrains bas et dans les vallées.
On regarde les habitants de Tempio , et ceux de la Gallura , comme les plus beaux hommes de toute la Sardaigne , et la fraîcheur des femmes de ce pays est renommée. Ils passent pour être pleins de feu , d’activité , d’amour de l’étude , excellents militaires , mais malheureusement trop enclins à la vengeance personnelle , et trop pénétrés de ce principe subversif de l’ordre social -, que chacun , au défaut des tribunaux , a le droit de se faire justice par lui-même.
A Tempio il n’arrive guère de jours que l’on n’apprenne des environs la nouvelle de quelque meurtre. Les habitants de cette région de l’ile participent beaucoup plus des coutumes et des mœurs des Corses , leurs voisins , que de celles de leurs compatriotes méridionaux. Ces malheureux se font la guerre, non-seulement de famille à fa-
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mille, mais de peuplade à peuplade, comme les sauvages. Quelquefois à Tempio, on voit, au point du jour , les habitants de deux hameaux couchés aux deux côtés opposés de la place publique , en attendant le moment de signer une trêve.
Les pâtres d ' Aggius sont les plus fameux de tous par leur esprit inquiet et remuant, par leur farouche courage , et par leur intrépidité. Tout près de ce village, qui est le second du Geminis , est un mont escarpé, d’un difficile accès, nommé Cucuru, qui est le lieu de refuge ordinaire et l’impénétrable asile des malfaiteurs, des bandits, et de ceux qui ont échappé aux poursuites de la justice.
L’arrondissement de Geminis est arrosé par une grande quantité de ruisseaux et de sources d’une eau pure et limpide , qui prennent naissance au versant septentrional des monts Limbara. Quelques fontaines des parties les plus élevées ont la froideur de la glace ou de la neige fondue. Celle de Fuuzoni est célèbre dans le pays à cause d’une particularité remarquable. Lorsqu’on y plonge une bouteille de vin , quelque bien bouchée qu’elle soit , il perd , au bout d’assez peu de temps , une partie de sa couleur et de son goût , sans rien perdre de sa force.
Le Geminis a 180 milles carrés de superficie , et dans cinq villages une population d’environ 8,000 habitants, outre celle de Tempio et de ses ha-
ineaux , qui en forment une de plus de 10,000.
2. Terranova , qui est le second arrondissement de la Galliira septentrionale ou proprement dite , se réduit à ce seul village, bâti sur les ruines , ou du moins près de l’emplacement de l’antique ville à'Olbia, et auquel on a donné ce nom , parce que celte construction nouvelle succédait à la ville détruite de Fausania ou Fausina, qui elle-même s’était élevée sur les débris de la cité romaine. Le désert d’ Otfidis , dont les pâturages nourrissent une grande quantité de bestiaux , a pris la place de cette population si active et si nombreuse des siècles passés.
Le village maritime de Terranova est situé à l’entrée delà vaste plaine de Padrogianu , dans le fond du golfe de son nom , formant un port , qui a été autrefois un des meilleurs de l’île entière . mais qui , presque comblé . soit par la main des hommes pendant la guerre, soit par les courants et les ensablements , n’est plus praticable que pour de petites embarcations.
La population de l’arrondissement de Terranova ne s’élève pas à plus d’un millier d’habitants.
3. On considère les îles intermédiaires (isole intermedie) , c’est-à-dire celles qui sont jetées dans le détroit de Bonijacio , sur la côte de la Sardaigne, entre cette île et la Corse , comme le troisième arrondissement de la Gallara septen trionale.
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l^a plus considérable de ces îles adjacentes est la Maddalena, qui a 16 milles carrés de superficie. Près d’elle sont les petites îles de Caprera , qui en a huit , et de San Stefano , qui en a cinq. Plus loin , au nord et à l’ouest , sont les îlots de Santa Maria, de Rizzoli , de Bxidelli , de Spargi , de Spargiatti , et d ePaganetlo. Tous ces îlolssont inhabités. Il n’y a que quelques cabanes pour les bergers, qui vont y faire paître les troupeaux appartenant aux habitants de la Maddalena.
On a établi dans cette dernière île, au lieu dit Calagaveta, qui forme un port commode et sur , il y a soixante-quinze ans, une petite commune, composée presque entièrement d’originaires de laCorse,
dont le nombre , maintenant arrivé à plus de i ,5oo âmes, et la prospérité commerciale ne font que s’accroître tous les jours.
Les habitants de la Maddalena sont renommés pour leur industrie, leur vivacité, et leur gaîté. Ils passent pour de bons marins. Ce sont eux qui fournissent en général les équipages des galères sardes.
Outre les îles intermédiaires, qui bordent la côte septentrionale de la Gallura , et auprès desquelles se trouve une espèce d’archipel d'îlots et d’écueils, restés comme des jalons et des témoins de l’ancienne union de la Sardaigne et de la Corse , avant la catastrophe de leur séparation , plusieurs
autresîles adjacentes, qui n’ontaucune importance, ni pour leurs produits ni pour leur étendue, se présentent à la vue, en sortant de la Maddalena , pour descendre la côte de l’est.
La plus grande est l’île de Tavolara, l’ancienne Hernuva. Le sol de la Tavolara est tellement élevé, que, vue à unecertaine distance en mer, on la prend pour une montagne escarpée. Couverte de brous* sailles et de bois, sans aucune espèce d’habitation, elle est peuplée d’une prodigieuse quantité de chèvres sauvages, ce qui attire assez souvent les amateurs de cette chasse difficile et périlleuse, quand il ne croient pas avoir à craindre un danger plus grand encore, celui de tomber entre les mains des Barbaresques et des pirates , accoutumés à se retirer ou à se mettre en embuscade dans les anses de cette île déserte.
La moins petite de ces îles inhabitées et inhabitables, après celle de Tavolara , est la Molara } dans les eaux de laquelle s’est donnée la fameuse bataille navale qui a fait perdre aux Pisans l’empire de la Sardaigne.
La côte de la Gallura , au moyen de tous ces îlots adjacents, et de la multiplicité des pointes et des caps, est pour ainsi dire découpée en un grand nombre de golfes et de rades. Entre le cap de la Testa et celui de Longosardo , s’ouvre le golfe de Santa Reparata , défendu par le fort élevé à ce
dernier cap, et où s’est formée une commune autour d’un petit port, qui ne peut recevoir que des bâtiments marchands. Il n’en est pas de même du golfe appelé Liscia Grande dans le fond duquel est Porto Poglio, renfermé entre la Sardaigne, l’ile de la Maddalena, et l’archipel des îlots. Il est aussi vaste que sur, et l’amiral Nelson, qui vint le reconnaître , et relever toutes ses positions , trouva que c’était une excellente station pour quelque flotte que ce fût.
La réputation du golfe d 'Arsaquena est faite depuis loug-temps. C’est aussi une station militaire fort estimée.
Le golfe de Terranova n’est pas moins profond et moins spacieux ; mais le port du village maritime de ce nom , qui fut autrefois la célèbre Olbia , a été détruit pendant les guerres si longues et si acharnées des Pisans et des Génois ; il n’y a plus que deux passages étroits pour des felouques et des barques de pêcheurs.
On ne trouve plus guère , sur le reste de la côte appartenant à la Gallura septentrionale, que des anses et des cales, qui ne sont ni commodes, ni sûres.
Ce département, baigné par une foule de ruisseaux et de petites rivières cjui descendent des monts Limlara , et vont se jeter clans ses trois grands golfes, est le mieux disposé peut-être de
lou le la Sardaigne pour recevoir un grand nombre d’élablissemenls et de villes. Aussi les anciens, qui appréciaient l’avanlage de la position maritime et de l’abondance des eaux , avaient bâti , dans ses seules limites , dix ou douze villes , dont ou lit le nom dans les auteurs de l’antiquité , et dont les ravages du temps et la fureur des hommes ont dévoré jusqu’aux ruines. On compte plus de soixantedix communesdétruitesdans ce magnifique désert.
La seconde partie de la province, ou ancien judicat de GaUura, c’est-à-dire la Gallu.ru orientale , ou département de jNuoix), autrefois Gallelli , se compose de quatre arrondissements , savoir : Bilti, Nuoiv , Posada et Orosei.
La Gallura orientale est un pays montueux , fort bien arrosé, et abondant en bestiaux et en grand gibier.
1. Le chef-lieu de l’arrondissement de Bitti est un gros village, de plus de a, 5oo habitants , situé dans une vaste et fertile plaine qui produit des grains, du vin , du fromage et des fruits.
Les habitants de l’arrondissement de Bitti , qui, sur une superficie de terrain de ioo milles carrés, ne passent guère le nombre de 3,ooo, paraissent appartenir, par la rudesse de leurs mœurs , aux peuplades intérieures qu’on appelait Barba ricin/.