‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 69 sur 108 · Le nom grec de l’arrondissement de Coros · texte numérisé non relu

Le nom grec de l’arrondissement de Coros

a fait croire , à quelques érudits , que c’est dans ses limites qu’avait été bâtie l’ancienne ville d ’Ogrylle , dont on fait remonter l’origine jusqu’aux premiers colons. F ara prétend qu’il a eu autrefois dix-sept villages de plusqu’aujourd’hui, où le nombre en est réduit à six ,dont le chef-lieu est Canedu , grosse et riche commune , et dont la population est de 8,000 habitants , sur une superficie de 75 milles carrés. ,

Il y a beaucoup de mouvements de terrain dans l’arrondissement de Coros , qui est riche en pâturages couverts de troupeaux , et qui produit une assez grande quantité de grains, devin, d’huile, et de fruits.

La célèbre abbaye de Santa Maria de Paludibus (Sainte-Marie-des-Marais), réunie, en i432, à l’église de Sassari, est aujourd’hui un monceau de ruines.

20. La ville d ' A Ighero } chef-lieu de l’arrondissement de son nom, est située à la partie occidentale de la Sardaigne , en face du cap Caccia , dont elle est distante de 6 à 7 milles , par 6 de-

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grés de longitude, et 4°" 3o' de latitude , à i5 milles de Sassari , et autant de Posa. Elle fut bâtie, au commencement du douzième siècle, parles Doria , alors tout puissants au cap supérieur , qui la possédèrent jusqu’à l’année i353 , où , après un long siège, et un combat naval entre la flotte combinée de l’Aragon et de la république de Venise, et celle des Génois , venus au secours des assiégés, elle se rendit aux Aragonais par capitulation. Le parti du juge d’ Arborée, Mariano IV } qui avait déclaré la guerre à ces derniers, avant pris le dessus dans le nord de l’île, les Doria , ses alliés, redevinrent les maîtres d 'Alghero. L’année suivante , don Pedre IV vint débarquer avec une armée nombreuse à Porto Conte , mit le siège devan t Alghero , et enleva la place , malgré les efforts et la défense courageuse de la ligue sarde. Le roi d’Aragon, pour mettre à jamais fin aux révoltes de cette ville , résolut d’en renouveler la population. Il fit rentrer dans l’intérieur et dispersa les Sardes et les Génois qui la composaient auparavant, et y transporta une colonie de Catalans, qu’il fit venir de Barcelone , et desquels descendent les habitants actuels d 'Alghero , nommée autrefois Barcelonette , qui ont conservé la langue , les moeurs , la gaieté , l’activité , l’industrie et l’esprit militaire de leurs ancêtres.

Les Aragonais , maîtres d 'Alghero, voulurent

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en faire le boulevard de la Sardaigne sur la cote occidentale. Les travaux qu’ils y firent alors, dans cette intention, furent depuis augmentés et complétés. Alghero est aujourd’hui une place forte , avec une bonne enceinte de murailles , et de bastions suffisamment garnis d’artillerie. On y entretient garnison , et c’est la résidence d’un gouverneur. '

La cathédrale, qui est belle, et dont le clocher est élevé , peut être considérée comme le seul édifice remarquable d 'Alghcro.

Cette ville fait un commerce assez considérable avec l’étranger, et avec les autres parties de la Sardaigne. Son port, qui est sous ses murs, ne reçoit ' que de petits bâtiments marchands , et au cap Galera est une rade ouverte ; mais le véritable port d ' Algliero est celui de Porto Conte , qui , enfoncé dans les terres , et environné de hautes montagnes , est un excellent mouillage pour des bâtiments de guerre ou de commerce, dequelque portée et en quelque nombre qu’ils soient.

Lesarticles les plus recherchés du commerce d 'ALghero sont ses vins rouges, chargés , spiritueux, supportant parfaitement la mer ; ses huiles , dont les plantations toujours croissantes et la culture perfectionnée des oliviers augmentent chaque année la récolte; le corail, dont la pèche attire une assez grande quantité de barques et l’enrichit ; et enfin ,

ses raisins secs, dont il se fait des envois considérables, et qui ne le cèdent en rien aux plus renommés en Europe.

Le territoire d 'Alghero , aride et sablonneux du côté de la mer , n’y est propre qu'à la culture de ce palmier nain que nous avons nommé Palmizzu, avec les habitans de Sorso, et que ceux d’ Alghero , qui en font une consommation énorme, appellent Margallon. En s’éloignant du rivage , on trouve des champs fertiles, des coteaux couverts de vignes, d’oliviers, d’arbres à fruits de toute espècb , et beaucoup de jardins en rapport ou d’agrément aux deux petits villages de Pulijigari et de Valverde.

Les étrangers , qui visitent Alghero, peuvent jouir, si la saison le permet , d’un autre genre de spectacle, que celui de la culture de son territoire, et de l’industrie de ses habitants. On recommande à leur curiosité un ouvrage de la nature, vraiment digne de leurattention : c’est une caverne profonde, connue dans le pays sous le nom de grotte de Neptune, remarquable par la beauté de ses stalactites, et dont l’auteur des Sonnets historiques de la Sardaigne a donné une savante et poétique description '.

' Saggio sionro-lisico supra una grolUi solUrranea esistente presso la citlà ili Alghero. — Del dottore D. Gio. Andrea Massaia , prefcUo dcllc régie scuole. Sassari. i8o5.

La grotte de Neptune se trouve à environ douze milles d 'Alghero, à la droite de la magnifique rade de Porto- Conte, sous le cap delà Caccia. Aprèsavoir doublé ce cap, dont la cime s’élève à une hauteur immense, et reconnu les nombreuses cavités , remplies d’oiseaux aquatiques, dont ses flancs sont percés , on entre dans une petite anse que l’îlot de la Foradada abrite contre les vents de l’ouest et du nord. A peine a-t-on débarqué , que s’offre à la vue ce qu’on appelle la grotte extérieure , tapissée de congélations et de concrétions variées , que l’action de l’air empêche de prendre la couleur et là consistance de l’albâtre, mais qui donnent déjà une idée des merveilles dont les yeux vont être frappés.

L’unique issue de cette caverne aboutit à un lac d’eau salée , plus spacieux que profond , sur lequel on jette une chaloupe préparée à cet effet, et qu’on traverse à force de rames , pour arriver au vestibule de la grotte de Neptune.

A l’effrayante obscurité de cette navigation souterraine , que jamais l’imagination du toyageur ne manque de comparer à celle de l 'Aveme dirigée par l’inexorable nau ton nier, succède une clarté soudaine , produite par les torches et les flambeaux allumés, qui découvre aux regards étonnés une vaste perspective, une création de la féerie , ou ce que l’exaltation poétique a droit en ce moment de nommer le palais du dieu des mers. A droite et à

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gauche, des colonnes, que douze personnes réunies né pourraient embrasser, soutiennent une voûte élevée, ou bordent la rive du lac. Dans quelques endroits, elles sont tellement agglomérées sur trois ou quatre rangs, qu’on dirait une forêt impénétrable, quoiqu’un homme puisse aisément passer dans les intervalles. Là, elles rappellent les anciens temples égyptiens; ailleurs , ce sont les belles lignes et les longs portiques de Rome antique; plus loin on arrive par plusieurs gradins à un superbe amphithéâtre.

En pénétrant dans cet édifice , qui semble un ouvrage des hommes , les prodiges se multiplient, et la surprise augmente. Les yeux ne peuvent se rassasier de cette foule de petits temples , de bustes , de figures d’animaux divers, et de représentations fantastiques, jeux bizarres delà nature, que l’imagination achève et complète. Tantôt c’est un rideau élégamment drapé entre deux chapiteaux; tantôt ce sont des détails de sculpture et des ornements exécutés avec une précision et un fini , que ne pourrait atteindre le ciseau le plus délicat.

La richesse des plafonds correspond au luxe de cette architecture et à ces décorations magnifiques. A toutes les parties de la voûte sont suspendues de petites pyramides renversées , et des colonnes gothiques, qui prennent la forme d’un cône allongé, et se terminent en pointe aiguë.

Ce n’est ni le marbre ni l’albâtre, malgré les ap-

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parences extérieures, qui produiseut ces merveilles souterraines; elles sont l’effet exclusif de la stillation des eaux , et de leur infiltration à travers les terres, opération lente dont les résultats sont des concrétions pierreuses désignées sous le nom de stalactites 1 .

Les habitants d’ Alghero , qui regardent avec raison la grotte de Neptune comme une des^uriosités de leur pays , prétendent qu’elle est plus intéressante , non pas que celle d 'Antipaios, qui est d’une autre nature et d’une formation différente2, mais que celle de Mahon, dans l’ile de Minorque , et que la plupart des plus fameuses en Europe. Il

‘ Les stalactites te forment par la stillation des eaus chargées de molécules calcaires , qu’elles tiennent en dissolution à la faveur d’une surabondance d’acide carbonique, et qu’elles déposent à mesure qu’elles se dépouillent de cet acide. Elles ont diverses nuaurcs , suivant la couleur des terres dont sc sont imprégnées les eaux qui leur ont servi de véhicule ; elles ont souvent des veines comme le marbre ; mais celles qui , composées de carlmnate de chaux , sont entièrement blanches, passent pour les plus belles. C’est la qualité de celles de la grotte d' Alghero. Ces dernières peuvent se travaillera U scie , à la lime , au ciseau , et sont susceptibles de recevoir un beau poli. On a eu quelquefois la pensée d'en tirer parti ; mais le poids de cette substance . qui a la même pesanteur spécifique que le marbre, et U difficulté de l'extraction , empêcheront toujours de l'employer par blocs.

a La grotte d'Antiparos , dont Tournefort a donné une si belle description , est la plus curieuse de toutes , par le nombre et la variété de scs stalagmites , concrétions ou excroissances minérales produites par une opéra lion .de la nature , differente de celle qui forme les stalactites. L’illustre botaniste appuie sur cet exemple son système de la végétation des pierres , adopté depuis par Linne’c , et par presque tous les minéralogistes.

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est certain , qu’elle est supérieure du moins par son étendue et parla beauté des accidents aux autres grottes de la Sardaigne, celle de San Mialis, près de Cagliari, et celle à'sicqua Rutta , près de Domus- Noas, dont nous avons parlé. Elle deviendrait l’objet d’un plus grand nombre de visites, si on prenait quelque soin d’en rendre l’accès moins difficile, ce qui ne demanderait ni beaucoup de travail, ni beaucoup de dépenses'.

Trois gros ruisseaux , après avoir arrosé le territoire A'Alghero, vont se jeter dans le grand étang qui en est voisin, et qui, communiquant avec la mer, fournit à cette ville, ainsi que la mer ellemême, une grande quantité de poisson de toute espèce.

On évalue à 120 milles carrés la superficie de l’arrondissement d 'Alghero. Sa population , c’està-dire celle de la ville et de sa petite banlieue, estdey,5oo habitants.

La province de Torrès } ou du Logudoro, n’a dans ses eaux aucune autre île adjacente , qui mérite ce nom, que celle de Y A s inara ; Pegna, Porri} Ratti , Maddalene , etc., ne sont que des îlots , ou des écueils.

1 Un commandant de marine, a l'époque de la découverte de cette grotte, fit placer à son entrée une pièce de canon , et se donna le stupide plaisir de briser plusieurs de ses plus belles colonnes , sans aucune utilité , et sans aucun autre but que celui de détruire.

O a cru long-temps l 'Asinara la plus grande des îles adjacentes. Il est reconnu maintenant qu’elle est inférieure en étendue à Saint- Antioche , et qu’elle n’a pas plus de superficie que Saint-Pierre , qui n’en a, comme elle, que 3o milles carrés. Entre les montagnes, qui s’élèvent au nord et au sud, est une plaine d’environ deux milles d’une rive à l’autre, où se trouvent de bons pâturages, qui nourrissent des chèvres, et autres bestiaux. Les pâtres ont formé à Castellazzo une petite commune, qui ne passe guère 200 âmes , mais qui peut s’accroître , à cause de la sûreté et du nombre des ports et des anses de cette petite île. L’un des meilleurs de toute la province est le Trabuccato.

Le petit détroit qui sépare l’ Asinara du cap Falcone , extrême pointe de la grande île , et au milieu duquel se trouve Mot de V ina, est un passage périlleux et plein d’écueils.

Le titre de duché a été institué sur Me de Y Asinara en faveur des marquis de Mores et Tiesi, de la maison Manca.

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