LES ' PIERRES DURES
La nature, qui a réservé les pierres précieuses pour d’autres climats , a prodigué à la Sardaigne celles qui , désignées sous le nom de pierres dures , étaient chez les anciens , gravées en creux, et auxquelles le travail de l’artiste leur faisait attacher un si grand prix.
L’une de ces pierres , la sardoine , en a même tiré son nom , en latin sarda , parce que , suivant Pline , elle y a été trouvée en grande quantité
On appelle sardonix les sardoines qui forment des couches accolées , de manière à pouvoir en faire des camées , c’est-à-dire des gravures en relief, où les figures et le fond sont d’une couleur différente.
Les anciens , et surtout les Romains , faisaient le plus grand cas des sardonix j ils en avaient de riches collections 3. C’en était une que Polycrate , tyran de Samos , jeta à la mer , croyant expier ,
' Ipsa gemma vulgaris primùm Ssrdis reperta est. H Ut. natur. lib. J7 , cap- 7-
Quelques critiques ont prétendu que le nom de cette pierre venait de la ville de Sardes , en Lydie.
* Mithridate en possédait quatre mille.
Romanis hase gemma fuit celeberrima. Pline , cap. 6.
par ce sacrifice volontaire , les faveurs dont la fortune l’avait comblé, et qui fut retrouvée dans les entrailles d’un poisson servi sur sa table
On ne sait plus en Sardaigne , à l’exception des traces encore visibles de quelques travaux des anciens près de Bosa ,xde quelles carrières ou de quelles couches ils liraient ces pierres , dont la matière brute avait peu de valeur, mais qu’un art délicat rendait , par la finesse et la pureté du trait, si précieuse à leurs yeux. Si les variations de la mode et du goût ne les avaient pas condamnées à l’oubli , on les y trouverait sûrement encore en abondance ; car elles appartiennent par la nature de leur formation aux terres volcanisées , condition que présente au plus haut degré celle de Sardaigne.
Les sardoines , les cornalines 2 , les agates , soit simples , soit arborisées , ne sont que des variétés de la pierre connue sous le nom générique de calcédoine , qui a pour gîte ordinaire les anciennes coulées de laves , dont elle remplit les soufflures 3. Elles sont assez souvent réunies dans la même colline volcanique.
1 Sardonychen eam gcmmam fuisse constat. Pline, ibid. cap. i.
• Les cornalines et les sardoines sont identiques ; on donne ce dernier nom à celles de ces pierres qui, par une nuance insensible, passent du rouge foncé à une belle couleur brune dorée.
' I-a calcédoine est une pierre de la même nature que le silex ou pierre à fusil ; mais sa pâte est plus fine, sa couleur plus belle , et sa dureté plus con-