‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeurs (volume 3)Chapitre 79 sur 108 · LES QUADRUPÈDES · texte numérisé non relu

LES QUADRUPÈDES

Aucune des îles de la Méditerranée n’est aussi riche en quadrupèdes que la Sardaigne. Elle possède environ le tiers des espèces européennes , et quelques-unes lui appartiennent en propre.

La nature l’a douée d’un inappréciable avantage : les espèces féroces et nuisibles, comme l’ours et le loup, ces ennemis de l’homme et des animaux domestiques , y sont inconnues

Le plus beau , le plus utile , le plus noble des animaux , le cheval , est un des principaux ornements et une des richesses de cette île. Les Sardes sont aussi fiers de ce présent de la Providence , perfectionné par leur industrie , qu’ils sont surpris de le voir ignoré de l'Europe presqu’entière , si peu ou si mal informée de tout ce qui les touche.

’ On n'y connaît pas non plus la fouine ni la taupe , destructeurs d’un ordre moins relevé. La musaraigne , qui semble à Dif/fon remplir l'intervalle entre la taupe et le rat, y existe; et outre l’espèce commune, un en voit une variété que les Sardes appellent sorigu d'araniu , souris d'orange , à cause de son avidité pour les oranges mûres, qu'elle vide adroitement |>ar k mot en d’un petit trou , sans détacher le fruit.

Les Chevauûr.

la Sardaigne a eu des clievaux sauvages. — Elle u’en a plus. — Ordre hiérarchique dans Pcspèce existante. — Division en trois classes. — Qualités naturelles des chevaux sardes, perfectionnées par l’éducation. — Appréciés et admirés. — Petite taille des chevaux ordinaires. — Chevaux nains dans les montagnes.

Les chevaux sauvages ont existé en Sardaigne; mais quoi qu’en disent quelques écrivains , il ne s’en trouve plus nulle part. On en voyait autrefois dans les bois de la Nurra , du Goeeano , et de l’île Saint-Antioche. On ne les chassait que pour en avoir la peau ; car personne n’a jamais réussi à les apprivoiser. Il fallait, si on en faisait l’essai, finir par les tuer , à cause de leur méchanceté , quand eux-mêmes ne se laissaient pas mourir de faim '.

L’espèce existante aujourd’hui en Sardaigne se divise en trois classes : les chevaux rustiques ordinaires, la race distinguée ou gentille ( distinta o gentile ) , et la race noble et privilégiée ( nobile e privileggiata ).

■ Ces chevaux sauvages de Pile de Sardaigne sont de la même espèce que ceux qu’on trouve encore quelquefois dans les déserts de la Russie, et dont parle le Voyage du professeur Pal/as. Us ont le corps grêle et le poil hé. rissé ; ils sont généralement hais , et surpassent en Vitesse tous les autres animaux. Les Mogols-jaunes, les Tunguses et tous les habitants de UTarlarie septentrionale , qui savent l’impossibilité d’en tirer aucun parti , les tuent, quand ils peuvent les atteindre, et se nourrissent de leur chair, dont ils font le plus grand cas.

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Les chevaux sardes ont leur hiérarchie : c’est le peuple , la classe mitoyenne , et la noblesse.

Le cheval rustique ordinaire est celui qui naît et vit pour partager les travaux de son maître, sans que celui-ci s’occupe d’en améliorer l’espèce. Presque tous les paysans ont une ou plusieurs juments , qu’ils font couvrir, aux époques d’usa^, par le cheval qui est le plus à leur portée , n’ayant d’autre vue que d’augmenter leur propriété. Il arrive souvent que le mâle est une bête médiocre ou défectueuse; mais quelquefois aussi, surtout dans les pays de haras, les juments rustiques [sont couvertes par de beaux étalons, et il provient d’excellents élèves de ces heureuses mésalliances.

De vieilles habitudes et l’amour du gain empêchent que l’on obtienne ce résultat aussi souvent qu’on le pourrait. Les juments pleines ne sont pas exemptées des travaux ordinaires de la métairie , et n’ont pas une nourriture plus abondante ni mieux choisie; la plupart même ne cessent, qu’au moment de mettre bas , d’être employées à l’exercice pénible de la trebbiatura ( battage du blé par les pieds des chevaux ).

Quoi qu’il en soit , les chevaux qu’elles produisent ainsi, suivant les caprices de la nature et du hasard, sont d’une vivacité, d’une ardeur, et d’une force incomparables. Ils portent fréquemment , pendant toute la durée d’une journée entière, sans

s’arrêter , sans se coucher pour dormir , quand elle est terminée, des charges de plus de 3oo livres. Ces courageux animaux sont également endurcis à la fatigue et à la faim ; ils se contentent souvent, pour toute nourriture, pendant vingt-quatre heures , d’une poignée d’orge, ou d’une petite botte d’herbe.

Les chevaux rustiques ordinaires sont en général assez bien faits, surtout par les jambes ; mais iis n’ont guère plus de quatre pieds et un pouce de haut ; quelques-uns même en ont un peu moins de quatre, et répondent assez exactement à ce qu’on appelle en France des bidets d'allure. C’est la monture favorite des paysans, qui leur font faire, sans peine , et au pas d’amble , quatre lieues à l’heure.

Une éducation plus soignée développe davantage ces qualités , en atténuant les défauts naturels , dans les chevaux qui composent la classe moyenne , la race distinguée ou gentille. Les juments de cette classe sont mieux dirigées, mieux nourries, mieux entretenues , et l’accouplement surtout est ménagé avec plus de soin. Il n’arrive que rarement, par l’effet de la négligence du maître ou du pâtre , qu’on en laisse approcher des mâles médiocres ou dégénérés. Presque toujours les propriétaires de ces juments, qui sont de riches villageois, et qui en ont des troupeaux de plus de 3oo , sont pour-

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