CHAPITRE PREMIER
De la situation géograpliique de la Sardaigne. — De sa fornir , de sou étendue, de sa circonférence et de sa superficie.
Les anciens , qui n’avaient pas poussé très loin l’art de dresser des cartes géograpliiques, parvenu de notre temps à un si haut degré de perfection , avaient pourtant en ce genre des ébauches grossières ' ; mais comme ils se plaisaient à tout représenter sous des figures connues , ils avaient donné à diverses contrées de la terre, des formes d’objets usuels , comme ils avaient prêté aux constellations des formes d’hommes et d’animaux. Les Indes présentaient , suivant eux , la figure d’un rhomboïde; le Péloponèse, celle d’une feuille de
' BoaiMT. Méinoirea de l’Académie des Inscriptions , tome aS.
LA SAHDAIGNE
platane; l'Abruzze, celle d’une feuille de chêne; la Mésopotamie, celle d’une galère; l’Italie, celle d’une jambe humaine ; la Sardaigne , celle d’une sandale. C’est de là que cette île a reçu son premier nom de Sandaliotis. On croyait voir dans sa configuration géographique une sandale , dont la pointe était dirigée au nord vers la Corse, et le talon au sud vers la côte d’Afrique.
Tous les auteurs anciens qui ont parlé de la Sardaigne se sont trompés sur sa situation géographique et sur son étendue, à l’exception peut-être du seul Straèon, qu’on peutsupposery avoir abordé dans ses voyages. Les auteurs modernes étrangers qui ont répété ce qu’avaient dit les anciens, et qui ne connaissaient pas le pays plus qu’eux , sont tombés dans les mêmes erreurs. Quant aux écrivains nationaux, soit par la même raison, soit clans l’intention de donner à leur île plus de considération et d’importance , ils en ont tous exagéré l’étendue, que plusieurs ont trouvée égale ou même supérieure à celle de la Sicile , ce qui est une supposition plus que hasardée. Du reste , tous les historiens et géographes , tant anciens que modernes , qui ont parlé de la Sardaigne , ont extrêmement varié sur l’étendue qu’ils lui assignent. ,Te ne chercherai pas à mettre d’accord entre eux Pausanios, Pline, Mercator, Vico, Cimier, Para, f’itale , le chevalier Cossu, l’abbé Madao et le
ANCIEITIfE ET MODERNE. 3
docteur Massala. Je ne saurais mieux faire que de m’emparer des calculs très récents et très bien faits du Père NapoUy qui a parcouru File dans tous les sens , et l’a mesurée avec la plus minutieuse exactitude ; travail de patience qui a servi de base à la confection de sa carte, dont la réduction est placée en tête de cet ouvrage.
La Sardaigne est située entre le 6* et le 8* degrés de longitude , et entre le 38* et le 4s* de latitude nord.
La longueur, du sud au nord / à partir du cap Teulada jusqu’au cap Longo-Sardo, est de i46 milles géographiques, et, en y comprenant la petite île de Sainte-Marie, de i5o, ce qui répond à i85 lieues marines de 76 au degré. Sa largeur varie comme ses contours. Du point le plus occidental , qui est le cap Gacda, jusqu’au cap Comin o , qui est le plus oriental , on compte 84 milles géographiques , ou io5 lieues marines. La largeur moyenne est de 68 milles , ou 8a lieues.
La circonférence de la Sardaigne , tracée en ligne droite de cap en cap , y compris tonies les îles adjacentes , est de 4oo milles géographiques , qui répondent à 5oo lieues xnarines. C’est à peu de chose de près la mesure qu’en avait donné l’exact Sirabon , en lui assignant 4>ooo stades de circuit. 8 stades font 1 mille antique , qui est l’équivalent èe la lieue marine.