CHAPITRE XI
Lti Sarücs mouIaguïrJs ré:>islciit à la puissance des Romains. — Ils ravagent leurs établissements. — . Moyens atroces employés par les Romains pour les réduire.
Deux leçons si terribles, reçues dans l’espace de 4o années , ôtèrent désormais aux Sardes l’espoir raisonnable de tenter en rase campagne le hasard tics combats, et de lutter contre une puissance colossale qui aspirait à la domination universelle. Bien tôt les résultats de la troisième guerre punique et la destruction de Carthage décidèrent la grande querelle qui avait divisé le monde , et fixèrent ses destinées. Il faUut subir le sort commun et plier sous le joug de la nécessité.
Les habitants des villes, les propriétaires de la plaine , les commerçants des ports , plus façonnés à la civilisation , et plus sensibles aux jouissances de la vie , se résignèrent sans peine à un ordre de choses qui leur assurait, avec les douceurs de la paix, les avantages elles faveurs par lesquels la politique romaine savait intéresser et attacher à son gouvernement les peuples qu’elle avait conquis.
Ceux dont l’ame plus fière conservait l’amour
LA SAUUAHiNE
sacré de la liberté et ne pouvait supporter sans horreur la domination étrangère, s’exilèrent volontairement, et allèrent grossir les peuplades indépendantes qui habitaient les montagnes de l’intérieur. Là, réunis aux lUens , ces descendants de l’ancienne colonie troyenne, et aux fils des compagnons à' lolas , qui, sur la foi de l’oracle do Delphes, croyaient leur liberté impérissable, ils se vouèrent comme eux à la vie sauvage , et reçurent des Romains, irrités de leur indompitable opiniâtreté , le nom de Balari et Barbari , c’est-à-dire brigands et barbares , nom que ces conquérants avaient coutume de donner aux peuples assez audacieux pour repousser leur joug, et qui, traversant l’antiquité et le moyen âge, s’est converti en celui de Barbaricini , sous lequel on désigne encore aujourd’hui les peuplades , fort peu civilisées même par le christianisme, qui habitent en Sardaigne la Barbargia.
11 est vrai de dire que les montagnards firent tout pour justifier un nom qui convenait si bien à leurs habitudes et à leurs mœurs. Ils ne se tenaient pas continuellement cachés dans les forêts, dansies rochers et dans les cavernes; ils ne se contentaient pas toujours du lait des chèvres , de pain d’orge et de fruits sauvages; souvent ils s’élancaient de leurs retraites inaccessibles, comme des animaux de proie , ravageaient le territoire des colonies
AMCIENHE ET MODERNE. .‘>g
romaines et des villes alliées, et s’en retournaient chaînés de butin. Les préteurs romains avaient beau leur opposer des troupes régulières j les terribles Balares , même quand l’avidité ou la vengeance les avait poussés trop avant dans leurs excursions, et qu’on les voyait au moment d’étre cernés ou pris , se divisant et s’éparpillant en petites bandes , s’échappaient par mille sentiers inconnus, et impraticables pour d’autres que pour eux, et après avoir fatigué ou égaré leurs ennemis, disparaissaient pendant la nuit, jusqu’à ce que l’occasion se présentât de faire une nouvelle descente ou de tomber sur une nouvelle proie. Les premières expéditions de guérillas remontent à ce peuple et à cette époque.
Les excursions et les brigandages des Balares ne cessèrent de donner de l’inquiétude et de l’occupation aux Romains, qui eurent souvent à déplorer des malheurs et des pertes. Marcus Pinarius ne les battit qu’après avoir été d’abord repoussé et obligé d’aller chercher des renforts à Rome. Le préteur Aurelius Orestes , et plus tard Quintus Metellus , remportèrent sur eux des avantages disputés.
Un général romain, Marcus Poniponius Menius, imagina un moyen qu’il crut propre à détruire ces intrépides montagnards , mais qui n’obtint pas un succès aussi complet qu’il l’espérait, et qui ne servit qu’à prouver son inhumanité. Il lit veriii-
4o I..V s Ail DA IGNE
d’Ilalie des chions d’uiie taille enorme et d’une Jurande férocité , soigneusement exercés à ce nouveau ^enre de chasse , qu’il fit lâcher dans les montagnes, et qui, dirigés par la finesse de leur odorat , eurent sur Pnmponius l’avantage de dévorer quelques malheureux que ses armes n’avaient pu atteindre. Un si glorieux exploit valut à ce . héros les honneurs du triomphe.
C’est ainsi qu’on a vu , de notre temps , des généraux d’aine grande puissance maritime faire poursuivre et déchirer les nègres , réfugiés dans les mornes , par des dogues dressés à ce service. Nos voisins ont cherché souvent leurs exemples à Carthage; ils doivent celui-ci aux Romains.
Il n’y eut pas d’excès auxquels ne se portât ce gouvernement inexorable envers un ennemi dont la longue résistance irritait son orgueil , et qui savait si bien braver sa vengeance. Ceux que le hasard livrait entre ses mains étaient ou impitoyablement massacrés, ou déportés en des provinces lointaines. Rome n’avait qu’un moyen, dit. Florus, de dompter ces hommes opiniâtres et perfides , c’était de les effrayer par les malheurs de la guerre , et par la crainte de perdre à jamais de vue le sol de la patrie ’. Les principes du macliiavélisme politique sont bien plus anciens qu’on ne le pense,
' Ut gens coutiunu vUisque Martis mctu et dcsiderio patrii .soli possit domari. ’ FMavs.
ANCIEHITE ET MODEHUE.