‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 20 sur 78 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Eipéditions de Manlius Torquatus et de Tiherius Gracckus contre les Sardes révoltés. — Harsicuras combat pour la liberté. — Sa mort tragique. — Uo grand nombre de prisonuicn est transporté à Rome. — Honneurs du thomplie décernés par le sénat.

Les événements de ce premier siècle de la domination romaine ne sont pourtant pas tous dénués d’intérêt. H en est deux à qui des noms illustres et l’importance de leurs résultats ont donné de la célébrité , et qui ont tenu trop de place dans les annales de la Sardaigne pour ne pas mériter l’attention de ceux qui s’occupent de l'histoire de ce pays.

C’est , à deux époques difierentes , l’expédition de Titus Manlius Torquatus et celle de Tiherius Sempronius Gracchus.

Les Carthaginois ne se consolaient pas d’avoir été contraints d’abandonner la Sardaigne. Ils attendaient toujours et s’efForçaient de faire naître des événements qui leur fournissent l’occasion de la foire rentrer sous leurs lois. Il s’en présenta une, qu’ils saisirent avec d’autant plus d’empressement , qu'elle paraissait offrir toutes les prob^lités du succès.

LA :>AR daigne

Un guerrier courageux , nommé Harsicoras , chef d’un pelitétat situé dans l’une des parties du pays que les Romains n’avaient pu subjuguer , conçut le hardi projet de soustraire l’île entière au joug de l’étranger et de délivrer sa patrie. Carthage, qui connaissait par des messages clandestins et qui avait encouragé les desseins d' Jlarsicoras , se hâta d’envoyer à son secours une armée nombreuse , sous les ordres di Asdrubal Calviis. C’était l’an de Rome 535. I^s Romains, instruits de ce qui se passait, expédièrent en Sardaigne des forces imposantes, dont ils donnèrent le commandement à Titus Manlius Torquatus , qui , dix-huit ans auparavant, avait combattu dans cette île avec un succès éclatant , et y avait fait triompher les armes de la république. Le général romain réunit à Caralis , outre les milices du pays , sur la fidélité desquelles il croyait pouvoir compter , une armée de 22,000 hommes d’infanterie et de 1200 de cavalerie, à la tête de laqueUe il marcha contre Harsicoras , et plaça son camp en face du sien. Le prince sarde était occupé dans les montagnes à faire de nouvelles levées. Son Hiostus , jeune homme trop impétueux , commit l’imprudence d’attaquer l’ennemi en l’absence de sou père et du général carthaginois. Il fut complètement battu, et perdit beaucou|^de monde. Il se retira en désordre dans les montagnes, où Manlius ne jugea pas à propos

ANCIENNE ET MOÜEKNE.

de le suivre. II paraît même que ce dernier , malgré ses avantages , ne tint pas la campagne et rentra dans Caralis ; car Tite-Live dit Asdrubal ayant fait sa jonction avec Harsicoras , leur armée combinée s’avança jusque près de cette ville , ravageant le territoire des alliés de la république , ce qui contraignit Manliiisà. sortir de nouveau de cette ville , qui était sa principale place d’armes , pour s'opposer à ces dévastations.

Après plusieurs rencontres , où les succès furent balancés, l’armée alliée des Sardes indépendants et des Carthaginois se trouva en présence de l’armée romaine. Une affaire générale s’engagea , et dura quatre heures entières. Les troupes sardopuniques se battirent avec beaucoup d’acharnement et de courage ; mais elles furent enfoncées et mises dans la plus complète déroute. 12,000 hommes restèrent sur le champ de bataille. 4»ooo prisonniers et 27 drapeaux furentles trophées de cette journée. Le général en Asdrubal , ses lieutenants Hannon et Magon et le jeune Hioslus furent tués en combattant vaillamment à la tète de leurs soldats. Harsicoras vit qu’il perdait d’un seul coup son armée, ses amis, son fils et l’espoir de la liberté. Malheureux guerrier , plus malheureux père , il no put résister à tant de calamités, et il se donna la mort.

Manlius victorieux poursuivit les débris de

I,A SARDAIGNE

l’armée vaincue , soumit les villes qui avaient été entraînées à la révolte, imposa des contributions soit en argent soit en nature, et détruisit la ville de Cornus, qui comptait environ 5,ooo habitants, et qui semble avoir été la capitale du pays dont le clief était Harsicoras.

Ces désastres du parti de l’indépendance, et les exécutions militaires dont ils furent suivis , assurèrent pendant un assez grand nombre d’années aux Romains la tranquille possession de la Sardaigne. Cet état de paix ne fut troublé que par quelques tentatives sans succès que firent à plusieurs reprises les Carthaginois , et par des soulèvements partiels , qu’excitèrent les indomptables montagnards de l’intérieur.

Quarante ans après la défaite A' Harsicoras , en 675, des causes que n’explique pas Tile-Live, le flatteur des Romains , mais qu’on peut attribuer à la haine qu’avaient excitée contre eux les exactions de leurs préteurs, et à l’amour de la liberté, que rien n’avait pu éteindre dans le cœur des Sardes , firent éclater une révolte générale.

Le consul Tiberius Sempronius Gracchus vint débarquer avec une armée de 22,400 hommes d’infanterie et 1,200 chevaux. Les Sardes avaient si bien combiné leurs mesures, qu’il lui fallut deux campagnes pour les réduire. La première se passa en affaires de postes, dans lesquelles, malgré leur

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Opiniâtre résistance , le consul romain leur tua beaucoup de monde et leur enleva une grande quantité d’objets d’armement. Il la termina en prenant ses quartiers d’hiver dans le petit nombre de places restées fidèles. Pendant ce temps , la révolte gagnait du terrain, et la ville de Carclis elle-même était entrée dans la ligue de l’indépendance ; mais la fortune ne couronna point les généreux efforts des Sardes. Complètement défaits dans plusieurs combats , ils finirent pas succomber partout, laissant un grand nombre des leurs entre les mains de l’ennemi ou sur le champ de bataille. Celte fois l’île presque entière subit le joug du vainqueur.

Tiberiiis Gracchus , empressé de recueillir tous les fruits de sa victoire , voulut donner un exemple capable d’effrayer ceux qui par la suite seraient, tentés d’arracher aux Romains une province pour laquelle ils avaient prodigué leurs trésors et leur sang , et dont la possession leur était si précieuse. Il leva une contribution de guerre , doubla les impôts ordinaires , se fit livrer des otages, et fil transporter à Rome tout ce qu’il put rassembler , non-seulement de bétail et de troupeaux, mais aussi d’hommes en état de porter les armes. L’intérêt de la politique passait toujours chez les Romains avant celui de l’humanité.

Un succès si <lécisif excita dans Rome des Irans-

ports de joie. Lorsqu’à son retour le consul victorieux obtint les honneurs du triomphe , qui lui étaient décernés , il y eut deux jours consécutifs de fêtes publiques , et on immola aux dieux quarante victimes de la première classe. Le triomphateur fît placer solennellement dans le temple de l’Aurore (dea Maluta) , un tableau représentant la figure de la Sardaigne et le simulacre des combats, avec une inscription portant que V armée de la République , après avoir délivré les alliés, rétabli les tributs , tué ou pris So^ooo hommes , était rentiée dans ses foyers triomphante et chargée de butin ' .

' Le Père NapoU ( note illustrate } refuse d'ajouter foi aux 80,000 Sardes pris ou tués. Le général romain a , suivant lui , exagéré ses succès et enflé son bulletin. Cela s’est vu plus d’une, fois, même à Rome. 11 voudrait que de res 80,000 victimes on en retrauchlt au moins cinq mille. Ce n’était peut-être pas la peine de marchander jHiur si peu. 11 fait, au reste, la remarc|ue judicieuse que la Décade de Titc-Live où se trouve le livre i.vi, d’où sont extraits les détails du triomphe , est apocryphe, et que l’authenticité en a été contestée. Le malheur est que d’autres historiens de l’antiquité ont raconté à peu prés les mêmes résultats de l’expédition de Sardaigne , et qu’il est universellement connu qu’à une certaine époque, qui ne peut être que celle du triomphe de Tibrrius Cracclms , il y avait à Rome sur la place publique une immense quantité d’esdaves sardes à vendre, d’où est même venu , à ce qu’il parait , un dicton romain dont nous aurons occasion de ]>arler plus loin.

ANCIENNE ET MODEENE.

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