‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 23 sur 78 · I.A SAKDAIGNU · texte numérisé non relu

I.A SAKDAIGNU

Long-temps après, quand la Corse fut jointe au gouvernement de la Sardaigne, les deux îles réunies lurent déclarées la première province prétorienne du Peuple Romain. Marcus f^alerius est le })remier qui les ait gouvernées en cette qualité. C’était le mode d’administration établi pour les temps ordinaires ; mais dans les circonstances impérieuses et dans les grandes nécessités de l’élat , la province de Sardaigne devenait consulaire , pour rentrer , après que la crise était passée , dans son rang de provincov prétorienne. C’est sous le consulat de Marcus Altilius Regidus qu’on voit le premier exemple de ces mutations. Cette mesure politique donnait aux ressources d’uii pays riche et fertile de plus grands moyens de développement.

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Des cause» Je l'impoi iauce que les Romains attachaient à lu |iussession de lu

Sa I daigne.

Le gouvernement romiûn était trop habile et avait des vues trop étendues pour n’avoir pas jugé d’abord tout le parti qu’il avait à tirer d’une telle province, et pour n’y point attacher une haute importance. L'expérience de huit siècles a fait voir en effet de quel prix était pour lui sa possession.

Parmi les avantages de tout genre dont la position maritime de la Sardaigne , son industrie , ses arts , son commerce , et les richesses qui en proviennent, assuraient la jouissance aux Romains, celui qu’avec raison ils estimaient le plus , c’était la prodigieuse fertilité de son’ sol , qu’aucun besoin , aucune nécessité ne trouva jamais en défaut. Aussi la Sardaigne une fois unie à leur empire , ils eurent moins à redouter le fléau de la famine , qui pesa si souvent sur eux , et qui eut une si grande influence sur les événements de leur histoire. Ce que racontent les auteurs de l’antiquité, historiens, géographes et poètes, du produit mira-

LA SARDAIGKE

culeux des champs de la Sardaigne, donne lieu de croire que les habitants avaient porté la pratique de l’agriculture, dont ils avaient reçu la tradition de leurs ancêtres et des colons grecs, au plus haut degré de perfection. Les Romains trouvaient toujours, et presqu’à commandement, dans les moissons de cette île , alors si florissante , des ressources aussi assurées qu’elles étaient inépuisables. Combien de fois , à toutes les époques de leur domination , la fertile Sardaigne ne fournitelle pas ce qui était nécessaire , non-seulement à la consommation de leur immense capitale , mais simultanément à plusieurs de leurs armées!

On la voit en même temps approvisionner les troupes en Macédoine , en Italie , en Afrique, et à la moindre réquisition envoyer à Rome des quantités de grains qui .«surpassent tous les besoins. Sous la préture de Titus Claudius Nero, outre les secours de tout genre prodigués par la Sardaigne aux armées d’expédition et à la flotte romaine , qui , battue par la tempête , vint se réparer dans ses ports , on fit passer tant de grains à Rome , que les anciens magasins n’étant plus suffisants , on fut obligé, suivant Tite-Live, d’en construire de nouveaux. lien fut de même sous la préture Ae Lentulus , et l’abondance fit tomber la denrée à si vil prix , que les fournisseurs furent réduits à laisser aux marins une partie de la cargaison pour le paiement du fret.

AWCIEÎSNE ET MODEUI«E. /,f>

Dans les années de disette , une simple invitation de venir au secours de la métropole suffit j^ur mettre toute l’ile en mouvement , et en un instant le mal est miraculeusement réparé.

Outre les grains que la Sardaigne fournissait par profusion aux Romains , on la voit à plusieurs épo* ques, quand ils étaient accablés d’embarras de tout genre , et que leur trésor était épuisé, se charger de la solde et de l’entretien des troupes et de la flotte. Des villes sardes , pendant les hivers rigoureux , pourvurent seules , par leurs propres moyens, à l’habillement complet des soldats.

U y eut peu de circonstances, où la fertilité de cette île fut d’un plus grand secours aux Romains , que dans une disette qui vint les affliger au temps de Cicéron. Le sénat, sur la proposition de cet orateur, chargea de la direction suprême des vivres le grand Pompée , qui connaissait bien les vastes ressources de cette île , que dans les années précédentes il avait défendue des incursions et du brigandage des pirates. Le noirveau chef de l’annone y envoya, muni de ses instructions et de ses pouvoirs, Quintus Tullius , frère de son illustre ami, et le chargea de l’approvisionnement de Rome. Cette mesure eut le plus grand succès , et tira la ville et l’armée des embarras où elles se trouvaient.

Ce n’est pas seulement dans la brillante période des prospérités de la république , que Rome sut*

LA SARD.VIGWE

mettre si bien à profit les richesses naturelles de la Sardaigne. Ses moissons et sa fidélité lui furent assurées jusqu'aux derniers moments d’une domination de huit cents années. Aussi à toutes les époques, depuis la conquête des Romains jusqu’aux invasions des barbares , les historiens , les géographes , les orateurs et les poètes ont-ils célébré ses avantages et sa fertilité. Poljbe vante l’abondance de ses productions de tout genre ; arma , la bonté de son sol et l’aspect de ses campagnes. Horace, dans une boutade philosophique , déclare qu’il ne désire pas les riches moissons de la fertile Sardaigne. Strahon , contemporain ÿ Auguste, fait le tableau de ses inépuisables ressources. F~alère Maxime , qui vivait sous Tibère , appelle la Sicile et la Sardaigne , les nourrices de Rome ; et Lucain , qui écrivait sous Néron , dit qu’elles remplissent les greniers de la capitale du monde. Silius Italiens , dont le poème historique est du temps de Domilien, nonmie la Sardaigne la favorite de Gérés. Elien, qui professait à Rome, sous le règne ^Alexandre Sévère , lui donne le nom d’excellente mère des troupeaux. Deux poètes du Bas-Empire , Prudence et Claudien , qui brillèrent sous le règne de Théodose et sous celui de ses fils Arcadius et Honorius, chantent les immenses récoltes de la Sardaigne, qui font écrouler les gre- . niers de Rome. Enfin , au cinquième siècle , Sal-

ANCIENNE BT MODERNE.

vianus , déplorant les perles de l’empire, s’écrie que les Vandales , en envahissant la Sicile et la Sardaigne , ont coupé les veines de l’état.

Les Romains devaient naturellement faire le plus grand cas de cette île si féconde en ressources de tout genre , et dont les services et l’ulilité ne se démentirent pas jusqu’au moment où ils la virent échapper à leur puissance expirante. Aussi attachaient-ils la plus haute importance à la possession d’une province qui , outre les avantages qu’ils tiraient de sa belle position maritime, de l’exploitation de ses mines , de la diversité de ses richesses naturelles, leur assurait chaque année, par les produits de sa florissante agriculture , une grande partie de l’approvisionnement de leurs armées et de celui d’une ville immense dont la population fut , pendant plusieurs siècles, de cinq millions d’habitants '.

Leurs plus grands généraux et leurs premiers hommes d’état manifestèrent plus d’une fois , et surtout pendant les guerres civiles qui déchirèrent la république, l’opinion qu’ils s’en étaient formée.

' On lit dans Tacite (Annal. , liv. xi), que le recensement opéré soua le règne de Claude présenta une population du 6,944,000 habitants. Il diiit )' avoir U une erreur de chiffres. La Chronique d'Eusèie me parait plus exacte. Suivant elle , le recensement fait apres la bataille d’Actium porta la population de Rome à 4, 164,000 habitants, et relui qu'on fit cinquante ans après, sous à 4344?ooo. Une différence en plus de G8o,ouu, dai»

l'espace d'un demi-siècle, est plus vraiseiidilalile que celle de 1,780,000.

Jules César, entré précipitamment à Rome après sa première victoire sur Pompée , au lieu de perdre un lemps précieux à la poursuite des vaincus , aima mieux s’occuper de s’assurer des ressources pour le reste de ses opérations et d’organiser le service des subsistances; son premier soin fut de faire occuper par ses lieutenants la Sicile et la Sardaigne.

Octave, son fils adoptif, n’y attachait pas moins de prix. Lorsqu’il fit avec Antoine le partage de l’empire , il exigea , pour condition absolue , que la Sardaigne entrât dans son lot ; et lorsque , plus tard , la division se fut mise entre lui et son associé, il employa tous les moyens , les promesses , la corruption , la violence , pour la retenir en son pouvoir et la conserver. Devenu chef suprême de l’État , il fit de cette île , qu’il montra toujours l’intention de visiter, la troisième province romaine.

A»CIEr«NB ET MODERNE.

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