‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 26 sur 78 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

AdminUtralion des préteurs vomaios. — Exactions et malversations.

La riche.sse de la Sardaigne , la libéralité de ses habitants, la proximité de la métropole, faisaient extrêmement rechercher la préture de cette province, et on la regardait comme une des places de faveur dans le service du dehors. L’évêque Para * a compulsé tous les Ixistoriens anciens pour composer la liste des préteurs qui l’ont régie. On y trouve les plus beaux noms du patriciat , les Cornélius, les Mutins, les Lentulus, leà Plaminius , les Claudius , les Fabius ; mais la Sardaigne paya souvent fort cher l’honneur d’être administrée par ces personnages historiques, dont la plupart, en sollicitant cette commission , avaient beaucoup moins en vue de faire exécuter les lois et d’assurer le bonheur du peuple qui leur était confié , que d’augmenter leur fortune et d’amasser des richesses. Les institutions politiques et financières, les vues conservatrices du gouvernement , et les

’ De rebus Serdois.

garanties du régime munic^^al qui protégeait les villes sardes , n’étaient pas des freins sufBsants contre des hommes avides, corrompus, fiers de la faveur des clicfs de l’état, et qui sacrifiaient tout à leur intérêt , à leur vanité, à leurs plaisirs et aux besoins du luxe. '

On |ieut se faire une idée de l’opulence de la Sardaigne , à ces époques , aujourd’hui bien éloignées d’elle , par le tableau des malversations , des exactions et des brigandages de ses préteurs. Les tributs ordinaires et extraordinaires n’étaient qu’une partie des charges imposées au peuple sarde. Il ne suffisait pas de prodiguer l’or à ces terribles l'onctionnaircs pendant leur temps d’exercice , et de satisfaire leur avarice ou leur somptuosité ; il fallait encore les voir partir chargés de butin , et les mettre en état de jouir long-temps du fruit de leurs rapines, La Sardaigne a eu aussi ses p'errès , auxquels il n’a manqué que la célébrité du crime.

Un hasard singulier fit que le grand orateur romain, qui avait accusé avec tant d’énergie le brigand fléau de la Sicile, eut le malheur de défendre un autre préteur , non moins vil et non moins odieux, qui avait à peu près traité la Sardaigne et ses principales villes, comme P~crrès Agrigente et Syracuse. Ce préteur était Marcus Emüms Seau rus, qui s’était livré à tant de cruautés et d’excès , que les villes sardes , et notamment

A>CIE?tSE ET MODERNE. Sj

t'eue de Nora, malgré leur longaniniiU', fiu’ent réduites à le dénoncer publiquement. Elles furent moins heureuses que les villes de Sicile, qui avaient confié l’accusation à Cicémn; la leur fut portée par .un avocat moins célèbre, V alerim Triarius, auquel réjïondit l’accusateur de Verrès , prenant ici l’inverse de son autre rôle, et n’épargnant ni les railleries ni les injures à un peuple innocent qui avait eu le tort de ne pas se laisser dévorer, sans se plaindre, par un homme de l’une des plus opulentes maisons de Rome. Cette cir-« conslance de la vie , d’ailleurs .si glorieuse, de Cicéron, ne fait d’honneur peut-être qu’à la flexibilité de son talent.

Un autre préteur , nommé Titus Albulius , .se rendit aussi par ses vols et son inhumanité , l’objet d’une dénonciation publique. Ce ne fut rien moins Jules César qui parut cette fois comme accusateur. Il n’avait pas encore passé le Rubicon. Aussi bon plaisant qu’il était grand capitaine , il accabla l’oppresseur de la Sardaigne d’excellentes épigrammes, qui valaient bien celles que Cicéron lançait contre les opprimés. Ce fut la seule satisfaction qu’en tirèrent les victimes.

11 parait au reste que cette conduite des administrateurs romains en Sardaigne était à peu près passée en usage, et qu’ils ‘voulaient même qu’on leur sut gré du mal qu’il ne faisaient pas. Un

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