I. A SARDAIGNE
J-Æs Pisans, plus habiles, et s’apercevant du parti qu’on pouvait tirer, avec de l’argent , d’un empereur qui vendait les états, vinrent l’année suivante (i i65) mettre une enchère sur la Sardaigne, et en offrirent à Frédéric i3,ooo marcs. Un si beau marché ne pouvait manquer d’étre accepté. Aussi l’empereur, après en avoir touché le prix , accorda, par un diplôme daté de Francfort, le i5 mai 1166, à la république de Pise , l’investiture du royaume de Sardaigne , comme fief de l’empire, révoquant toutes les donations quelconques faites jusqu’à ce jour.
Cette intrigue des Pisans fut pour leurs éternels rivaux un grave sujet de mécontentement et de colère. Le conti*e-coup de toutes ces menées politiques se fit sentir en Sardaigne ; les folies de l’ambition et les spéculations de l’avarice furent encore payées du sang de ses habitants. Les guerres intérieures de nie continuèrent avec pins d’acharnement que jamais. Les juges prirent parti les uns pour les Pisans , les autres pour les Génois ; et dans l’impossibUité de suivre les variations de leur politique et de leurs passions , on voit seulement qu’ils se mi-
poreiir , son nescii , qui faisait la gueire au pape Imcîus III. Cette cirronstaoce a fait tomber M. Dt Voltaire dans une forte méprise. II s’est imapné que rc roi de Sardaigne était le fils du bailli qui avait aeluté le titre de mi. Ce sont scs espressions. Pierre II d’ Arborée , fils de Barisone, oecu|'é en ii85 ,à défendre tant bien que mal sa petite principauté cooC'C son turbulent \oisiii de (iagliari , n'était gtière en état de rommander l'armée inqH-rialc en Italie.
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rent plus que jamais à se tlécliirer entre eux , sans savoir très bien ni pour qui ni pour quoi.
Les Génois, cependant , ne voulurent pasnc^diger la voie des, négociations. Quoiqu’ils eussent appris par expérience qu’on ne pouvait pas compter beaucoup sur la constance de l’empereur Fnidéric, ils lui députèrent à Lodi, l’année suivante , en 1166, quand il revint en Italie, des envoyés chaînés de lui (aire sentir l’injustice de la conces> sionquelui avaient extorquée leurs rivaux. Ges envoyés , réunis dans une espèce de congrès à ceux des Pisans, parlèrent avec tant d’éloquence, que l’empereur, qui avait peu de mémoire, toujours dispose à donner raison au dernier qui parlait , et surtout à celui qui payait le mieux , se leva et dit : «« Cela est juste ; je me rappelle nos conventions ; i» je ne chasse pas les Génois de l’île ; je ne veux » ôter ni aux Pisans ni aux Génois ce qui est à eux , » ni à Barisone ce qui lui appartient ; il faut exa- » miner les choses et s’entendre. »
On ne sait pas ce que coûta une si belle décision ; mais ce qui est certain, c’est que personne n’en fut content. On se sépara plus ennemis qu’avant de se voir , et quoique l’empereur eût recommandé de s’entendre, on s’entendit moins qu’auparavant. Les Pisans s’éUiient assurés de la fidélité des juges de Gallura et de Logudoro, auxquels ils avaient fourni des secours d’hommes et d’argent. Celui de
Ciigliari tenait aussi pour eux. Ces trois juges avaient envahi la province d’ Arborée, et dévasté les domaines de Barisone , qui s’était livré aux (îénois , et à qui ils ne pardonnaient pas d’avoir voulu être leur roi. Les Génois, de leur coté, traitaient de même les états de ces trois princes , quand ils en trouvaient l’occasion ; et ils saccagèrent complètement la ville de Torrès. Barisone , encouragé peut-être par les paroles impériales prononcées au congrès de- Lodi , trouva enfin les 4,ooo marcs qu’on lui avait si infructueusement prêtés, et rentra dans ses états d’ Arborée, après avoir été huit ans privé de sa liberté chez ses protecteurs et ses amis. Toutes ses possessions étaient détruites et ruinées , et loin d’avoir soumis ses égaux à l’obéissance, il avait perdu son ancien patrimoine. Dégoûté de l’apprentissage de la royauté , qui lui avait valu la perte de son repos et de sa liberté , il ne songea plus à reculer les limites de ses petits états , sur lesquels il régnait encore en 1182, content du vain titre que l’avarice avait vendu à l’ambition.
A^'CIEN^E ET MUDEK>E.