‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 55 sur 78 · CHAPITRE XXXVTI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVTI

Règne mémorable à'Àtfonse f'. — Ce prince , le meilleur et le pins aimable de son temps , fait jouir U Sardaigne des bienfaits de son administration.

— Il complète les institutions constitutionnelles. — Les deux fils de Leonard, don Antonio et don Salvator, lui succèdent , et meurent sans enfants.

— La couronne d’Aragon veut prendre possession du marquisat d’Oristano , qu’elle regarde comme lui étant dévolu. — t^n prétendant se présente et prend le nom de Leonard II. — Il est battu et fait prisonnier. — La Sardaigne entière est incorporée à l’Aragon, et en fait partie intégrante.

— De 1428 à 1478.

Le roi Àlfonse K, rappelé à Naples par la reine Jeanne II, qui avait de nouveau besoin de ses secours, fit un second séjour en Sardaigne, où il était venu prendre de l’argent et des troupes. Il en profila pour compléter les institutions du pa^^s, qu’il assimila entièrement à celles de l’Aragon , et pour perfectionner la marche de l’administration publique , autant que le permettait l’esprit du temps , qui n’était pas très avancé sur cette matière.

Quoi qu’il en soit, l’ordre et la tranquillité furent établis sur des bases solides, elles rapports entre l’île et lamétropole devinrent plus fréquents, plus faciles et plus familiers. Cette liaison était naturellement

LA SAKDAIGNE

entretenue par les seigneurs aragonais et catalans qui avaient reçu des fiefs dans l’île de Sardaigne, en récompense de leurs services, et qui, possessionnés dans les deux pays, étaient unis à l’un et à l’autre par la communauté d’intéréts. L’abus, qui se mêle à tout , rendit par la suite cet état de choses nuisible à la prospérité de l’agriculture ; mais dans les premiers temps il servit à accélérer l’amalgame.

La cour d’Aragon , d’ailleurs , pour se concilier les Sardes , dont elle ne voulait pas offenser l’irascible amour-propre , avait eu le bon esprit de ne réserver pour les Espagnols que les places les plus éminentes de l’administration publique, et de laisser celles du second ordre et tous les emplois subalternes aux ' nationaux.

Quant au roi Àlfonse V personnellement, les Sardes avaient de lui la même opinion que ses sujets espagnols et que l’Europe entière, et il fut, pendant tout le temps de son heureux et long règne , aussi estimé que chéri ' .

■ Peu de rois ont été plus dignes de l’amour de leurs peuples. Alfonse était l’un des plus grands hommes , et certainement le meilleur , le plus spirituel et le plus aimable prince de son temps. Plein de bravoure , habile eapitaine, bienfaisant , généreux, il joignait les bonnes qualités du coetmauv belles qualités de l’aroe; et le surnom de Magnanime , qui lui fut di'ccmé, ne convint mieux à personne. Alfonse avait une très grande popularité, et il mettait scs délices à en jouir. Un courtisau |iarut craindre un jour qu'il ue s’exposât , en parcourant seul et sans suite les rues de la capitale : EU ! <jae 'l voulez-vous , lui dit le roi , que craigne un pire au milieu de ses enfants ? lYe suis-je pas là dans ma famille ? Fort éclairé bii-méme, Alfonse accordait aux lettres et à ceux qui les cultivaient la plus éclatante protection. Il avait

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LéonanI, marquis d’Orislano , avait coulé des jours tranquilles à l’ombre de la puissance ara^onaise et de la faveur ^ Alfonse. .Quand il eut ter- ' miné sa carrière , son lils aîné , don Antonio , lui succéda, et étant mort sans enfants, il fut naturellement et sans dllïlcullé remplacé par son frère, don Salvator.

En i4S8 , l’Aragon et la Sardaigne eurent à pleurer la perte A'Alfonsc Don Juan //, son successeur et son frère, ordonna, eu i4(>o , la réunion formelle de la Sardaigne au royaume d’Aragon.

agrandi , par l’étude et par la lecture , les facultés de son esprit. Au .siège de Gaéte , les pierres dont on ebai'geait les grosses pii-ecs vinrent à manquer, et on lui proposa d’en tirer d'un édiiiee antique , qui avait été* une des niaisons de campagne de Cicéron. Il dérlara qu’il aimait miens lai,SMU- .son artillerie en repos , que de profaner la demeure d’un si grand philosophe et d’un si eélèhre orateur.

Aucun roi n’a plus ressemblé ({u'Jlfome f à Ifenri If. Il n’était pas moins remarquable par sa valeur , par sa franehise, [lar scs mots heureux et par la visaeité de ses reparties. Comme lui , il eut un rojaunu^ à emiquérir , celui de .Sicile , «t virtorieux, il inspira également aux vaincus le regret do l’avoir eomballu si loiig-leiu|is. Sou (ils natunl , Ferdiiianii , monta sur le trône do Naples ; car il eut aussi des enfants naturels , et e’est un rap|»ürt do plus avec le bon Béarnais, dont on dirait ipi’il n-été le inodcio, surtout par sa galanterie et par sa passion pour Ic,s femmrs. Il di.-.iit que jxjur faire un bon ménage, il faut que te mari soit sourd rt ta femme aeeugle. Il ne trouva |>oint dans sou intérieur l'appliralion de eette denuere partie de .son axiome conjugal. La reine, qui vovait très clair, le tourmenta toute sa vie, par une jalousie qui était saas frein, mais qui n’était pis sans motif. C’e-«t encore un trait de ressemblance avec la destinée de Henri IC. A la mort de ce prince, il ronrut des bruits , e,ilomnicii\ sans doute , sur Marie de. Medieis. Iji reine d’.\i-ngoii porta ses rmqis moins haut ; elle se contenta <le faire étrangler sa rivale.

Dix ans après , en 1470 > don Salvator , marquis «rOristano , mourut , comme son frère , sans laisser «l’enfants.

Le fisc aragonais , se prévalant de l’extinction de la ligne directe et masculine du primitif acheteur , renouvela les prétentions qu’il avait déjà produites à l’époque de la mort à' Eléonore , et déclara dévolus à -la couronne les domaines de Léonard , qui se composaient alors de la province proprement dite d’Orlstano , du comté de Goceano , du Margliine, du district de Monteferro , de la ville de BoSa et de son territoire. Il se disposait à les mettre provisoirement sous le séquestre , quand un prétendant , qui s’annoncait comme l’héritier légitime, en prit possession. Ce nouveau prince, qui était, par sa mère donna Benedetta , petit-fils de Léonard Cubello , et appartenait lui-même à la famille à'Jlagon, prit le nom de Léonard IL. On le crut d’abord peu redoutable , et on commença par le traiter comme un rebelle sans importance ; mais il prit si habilement ses mesures , et sut tirer si bien parti du désir qu’avaient les habitants de l’ancien et illustre judicat d’ Arborée de continuer à former un état séparé , comme au temps des Mariano et des Hugues, qu’il fit armer pour sa cause toute la population active , et se mit en état de résister aux troupes qu’on envo)'ait contre lui. Les Génois, que trouvaient toujours ceux qui , en Sardaigne , voulaient

lever rétendard contre l’autorité dominante , ou

qui étaient en état de payer leurs services , lui

fournirent des secours en hommes et en bâtiments.

Aussi non- seulement repoussa-t-il, pendant l’espace de plusieurs années , toutes les attaques que l’on tentait contre lui; mais il eut l’audace, en 1475 , d’aller mettre le siège devant Gagliari même. Il fut battu par le capitaine-général don Nicolas Carrés, son ennemi personnel, et forcé à la retraite. Trois ans après, en 1478, le petit corps d’armée qu’il avait rassemblé près de Macomer fut défait et anéanti. Léonard , poursuivi l’épée dans les reins par les vainqueurs , et craignant de tomber entre leurs mains , s’embarqua , ainsi que toute sa famille , à Bosa , pour aller chercher ailleurs un asile. Son malheur voulut qtie le bâtiment à bord duquel il fuyait fut pris , en sortant du port , par l’amiral espagnol Villamarina , qui le conduisit en Catalogne. 11 fut enfermé, avec ses enfants, dans le château de Xativa, et y mourut prisonnier.

Ainsi finit la seconde maison d’ Arborée , ou plutôt celle des CubeUo d’ A lagon, qui avaient succédé aux anciens juges , sous le nom de marquis d’Oristano.

La couronne d’Aragon entra, dès ce moment , en possession des domaines de cet état, dont la confiscation à son profit et l’incorporation absolue furent immédiatement jirononrées. Les rois d’Ara-

gon ajoutèrent désormais à leurs titres celui de marquis d’Oristano et de comte de Goceano.

L’année suivante , le roi don Juan mourut. Son fils Ferdinand , surnommé le Catholique, monta sur le trône après lui, et n’eut plus que peu d’efforts à faire pour rétablir en Sardaigne la paix publique et la tranquille obéissance des peuples , qui , pendant tout le cours de la domination espagnole , ne furent désormais troublées qu’à de longs intervalles et par des causes peu graves et facilement réprimées. C’est à dater de l’avénement de Ferdinand-le- Catholique que la Sardaigne fit effectivement partie intégrante du rovaume d’Aragon, en continuant de se gouverner par les institutions constitutionnelles que lui avait spécialement données le roi don Pèdre , en i355 , et qui ne cessèrent d’étre en vigueur , comme nous le Verrons par la suite , jusqu’à la guerre de la succession.

ANGlENiNE ET MODERNE.

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