CHAPITRE XXXVI
tiariano V succède à Eléonort, sa mère. — U meurt sans enfants. — Les notables de l’état d’ Arborée appellent à la succession un seigneur français, neveu A'EUonore, le vicomte de Narbonne-Lara. — Le vicomte prend possession de .ses nouveaux étals , malgré l’opposition des Aragonais. — Il forme contre eux une ligue sarde , qui obtient d’abord dessueccs. — Combat de .San-Luri. — Le vicomte est complètement l>attu. — Il va chercher des secours en France. — Léonard Cubello d' Alagon , son parent et sou lieutenant , achète aux Espagnols les états d’Arborèe , qui prennent désormais le titre de marquisat tt Orislano. — Narbonne, de retour, fait de vains efforts ]X)ur rentrer en possi>ssinn. — Il vend sa princi|iaiité au roi d’Aragon, et ne peut réussir à s’en faire («yer. — Il meurt en France, laissant pour héritier Pierre de Tinierrs d’Apchon , ou à son défaut le baron de Talleyrand. — Le prétendant ne peut enfter en jouissance. — Le projet d’un contrat de vente au roi d’Aragon est repris , et cette fois le traité est exécuté. — Grand commerce d’états et de souverainetés. — De 140Î à i4a8.
Le fils cl l’unique héritier à' Eléonore lui succéda, sous le nom de Mariano V ; mais ce jeune homme ne survécut que quatre ans à sa mère. En lui finit la ligne directe des princes de la maison d’Arborée.
Brancaleone , qui avait exercé , à ce qu’il semble , plus d’influence sur le gouvernement du jeune Mariano que sur celui de la sage Eléonore , se mit alors en mesure de faire valoir quelques prétentions. et n’hésita pas à se présenter comme le successeur naturel de son fils. Mais les Arboréens, qui,
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tout en l’estimant beaucoup , avaient de sa capacité politique et administrative la même opinion que l’auteur de la charte , se montrèrent peu disposés à seconder ses vues. On lui préféra son neveu , le vicomte de Narbonne-Lara , qui était à la fleur dé l’àge, qu’on disait plein de talents et de valeur, qui appartenait à l’une des premières famille.s de l’Europe et qui devait paraître plus capable que
' La maison de Karbonne-lMm était doublemeut illustre par la fusion qui s'était faite en elle de deux des plus grandes familles de l’Europe, la famille française de Narbonne et la famille espagnole de Lara. Celte fusion , qui a été l'origine d'une seconde maison, devenue ellc-mémc illustre et puissante, date de l’an 1168, et est due à ime femme d’un grand raractèrc et d’une élévation d’ame remarquable, qui, comme F.leonore eu Sardaigne, et plus de deux siècles avant elle, avait été aussi l’honneur de son pays et de son sexe. Parvenue , |»r son habileté, à rentrer en possession de la vicomté de Narbonne , qui avait été enlevée à sa famille , cette femme active et courageuse se roK elle-même à la tête de scs troupes , qui marchaient contre les Sarrasins , et , en 1 1 28 , mit le siège devant Tortose. Elle se fit autoriser par le roi iMuis-le-Jeune à rendre la justice par elle-même, quoique les lois romaines, strictement suivies alors en Languedoc, le défendissent aux personnes de son sexe. Cette femme était Hermengarde, vicomtesse de 3'aréo/ine. Deux fois veuve et se voyant sans eufants, elle fit venir à sa cour yiimery de Lara, fils de sa sœur Ermessinde , qu’elle adopta et désigna pour son héritier. Aimery mourut sans enfants, en 1177. Raymond, comte de Toulouse, voulut, comme stuerain, s’assurer do la ville de Narbonne, afin d’em[)écher Hermengarde de se donner un autre héritier sans sou aveu. La vicomtesse , avant fait une ligue avec les grands vassaux languedociens et le roi d’.\ragon , parvint à déjouer les projets du comte de Toulouse. Elle se démit , en 1 1 92 , de la vicomté de Narbonne , en faveur de Pierre de Lara , son autre neveu, qu’elle avait appelé auprès d’elle, et mourut ,i Perpignan, où elle s'était retirée après sou abdication. L’histoire de I-angucdoc dit que la cour lY Hermengarde était une des plus brillantes de la province , que les poètes provençaux y étaient accueillis avec dictinclion, cl qu’elle tenait souvent cour d’amour dans son palais.
La maison de fxtra était, dason côté, l’une des plus dLstinguées de toute
LA SAnDAIG^E
le faible et médiocre Doria, de gouverner l’Etal en des circonstances difficiles , et de s’opposer aux projets d’envahissement des Aragonais. Guillaume III de Narbonne- Lara était petit-fils ^Aimerjr et de Béatrice d’ Arborée , sœur aînée à' Eléonore , et fils de Guillaume II , à qui sa mère , en mourant , avait laissé des biens considérables. L’assemblée des notables d’Oristano arrêta qu’une députation serait envoyée au vicomte , qui se trouvait alors en France, pour lui faire part de son élection , et lui prêter , au nom de ses nouveaux sujets , le serment de fidélité. Guillaume ne se fit pas long-temps attendre, et, suivi d’un assez grand nombre d’amis et de serviteurs qui s’étaient attachés à sa fortune , il vint prendre possession du judicat. Brancaleone essaya de faire quelque résistance ; mais se voyant sans appui dans le peuple , il prit le sage parti de s’accommoder avec celui que protégeait la faveur publique. Désormais unis et faisant cause commune , ils agirent de concert et dans le même intérêt , ce qui détermina les autres branches de la maison Doria , les Malaspina ,
l'Espagne , et elle avait contracté plusieurs alliances royales. Ellejouissait dans les cortès de Castille d’une singulière prérogative. I.e chef de cette maison devait voter le premier dans l'ordre de la noblesse , et les assemblées étaient regardées comme illégales quand il n'y siégeait pas. C'est ce qui arriva aux cortès tenues à Avila, en 1420, par le roi Jean II ; leurs opérations furent auuulccs par ce seul motif qu'on avait délibéré- dans l'absence du chef de la maison de, J^ra.
et toutes ces vieilles familles possessionnées dans nie et ennemies naturelles des Aragonais, à entrer dans la nouvelle ligue dirigée contre ces derniers.
On ne s’était pas trompé sur les dispositions et les projets des Aragonais , qui , s’appuyant d’un article du traité de i58y , confirmé l’année suivante en pleine assemblée des cortès , prétendirent que le jeune Mariano , à la personne et à la descendance duquel seulement avait été garantie la possession des états d’ Arborée , étant mort sans héritiers en ligne directe , ils étaient de droit dévolus à la couronne.
Les troupes de la nouvelle ligue arboréenne repoussèrent d’abord celles que le vice-roi avait envoyées pour mettre à exécution les décisions de la cour. Les premiers succès des confédérés furent même tels, qu’ils se virent, comme au temps de Mariano IV , au moment d’être maîtres de l’île entière. Mais l’arrivée à Cagliari de don Martin, roi de Sicile , prince héréditaire , et fils du roi d’Aragon , changea totalement la face des affaires. Don Martin avait amené avec lui, de Barcelone, où il était allé concerter l’expédition de Sardaigne , des troupes d’infanterie et de cavalerie , et un assez grand nombre des gentilshommes aragonais , catalaus et Valenciens. L’armée du roi du Sicile , forte de huit mille hommes d’infanterie et de trois mille de cavalerie, et celle du vicomte de Narbonne , que
LA SAKDAKiKE
Zurita élève à plus du double , se rencontrèrent , le 26 juin 1409 » près de San-Luri , dans une plaine qu’on appelle encore aujourd’hui le Cliainp de Bataille , et s’y livrèrent un combat furieux. Le vicomte perdit le quart de son armée et se retira en désordre. Don Pedro de Torielias, qui commandait en chef l’armée aragonaise , enleva le château de San-Luri , celui de Monreale et plusieurs autres , où il fît beaucoup de prisonniers, et , poursuivant Narbonne l’épée dans les reins , il entra victorieux à Oristano , qu’il l’avait forcé d’évacuer. Le vicomte et Brancaleone furent assez heureux cependant pour lui échapper. Ils se réfugièrent à Sassari , que l’influence des Doria et de deux puissantes familles de cette ville , les CatonieX les Poli , avait fait déclarer pour eux.
Une circonstance imprévue vint retarder la ruine de la ligue arboréenne. Le jeune roi don Martin tomba malade de la fièvre endémique , qu’on ‘appelle intempérie , et mourut précisément un mois après le combat de San-Luri. Ce prince avait généreusement récompensé les habitants de Cagliari , qui l’avaient arraché aux Barbaresques tunisiens , entre les mains desquels il était tombé en faisant une promenade en canot dans le port. Il était fort aimé du peuple et des troupes. La nouvelle de sa mort , qui avait jeté la consternation parmi ces dernières, ranima le courage du parti de Narbonne.
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Des bâtiments génois , commandés par Anloùie Doria, profitèrent du trouble qui régnait dans Gigliari pour saccager ses faubourgs. Le vicomte reprit plusieurs places , et vint mettre le siège devant Oristano; mais le général aragonais Tort'elias repoussa toutes ses attaques , et le força d’aller se renfermer de nouveau dans Sassari.
Le vicomte de Narbonne , réduit aux abois , prit le parti de repasser en France pour y chercher des renforts et tâcher de faire quelques nouvelles levées. Il laissa en qualité de son lieutenant en Sardaigne un certain Léonard Cubeüo , de la maison éü A lagon , et allié de celle à" Arborée. Il est à supposer que Brancaleone Doria était mort peu de temps après le combat de San-Luri; car depuis ce moment on ne le voit plus reparaître. Quoi qu’il en soit, Léonard, se trouvant , par l’effet du hasard , à la tète d’un parti auquel il ne prenait pas un intérêt bien vif, et dont la ruine absolue lui paraissait imminente , se mit en tète de profiter de sa position pour devenir titulaire d’une principauté souveraine. Il savait que le général aragonais Torrelias , qui ne tirait des secours du continent qu’avec beaucoup de peine, était dans de grands embarras d’argent, et, comme il en avait beaucoup, il ouvrit avec lui des négociations , et lui offrit de se rendre acquéreur d’un état qu’il ne pouvait plus espérer ni de conquérir ni de défendre. Le inai'ché
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fut conclu et signé le 29 mars i4io, sauf la ratification du roi d’Aragon, laquelle fut immédiatement accordée.
Le contrat de vente portait que , moyennant le paiement comptant de 3o,ooo florins d’or , et l’obligation d’en payer 5, 000 par an à perpétuité, Zeonarif Cuheüo éü Alagon serait mis immédiatement en possession de la province d’ Arborée, qui lui appartiendrait , à lui et à ses enfants légitimes, comme grand fief relevant de la couronne d’Aragon , et sous le titre de marquisat d’Oristojw. Torrelias voulut installer lui-même ce riche et ambitieux feudataire ; et le peuple qu’il avait acheté, et qui crut l’avoir élu librement , le nomma juge par acclamation .
Les affaires du vicomte de Narbonne paraissaient alors désespérées ; mais il était homme de cœur , et il ne perdit pas courage. Le Gel parut un moment vouloir le servir. Le roi d’Aragon , dont le fils unique , don Martin , était mort à Cagliari , mourut lui-même en Espagne , sans héritiers naturels, et sans en avoir indiqué par testament. Il en résulta un interrègne et des troubles , dont le contre-coup se fit sentir en Sardaigne. Torrelias le suivit de près au tombeau. Guillaume sut profiter habilement de ces circonstances favorables , et reparut plus brave et plus entreprenant que jamais. Giaudement servi par ceux de ses sujets qui lui
étaient restés fidèles, et à qui le marquis d’Oristano n’avait pas fait oublier le juged’Arborée, ilfit contre les Aragonais et contre Léonard, leur créature, une campagne brillante , qui , sans lui faire obtenir complètement le but de ses efforts , améliora du moins considérablement sa position et sa fortune.
Ferdinand /*' dit le Juste , qui venait d’être élu roi d’Aragon , et qui désirait de se délivrer de toute inquiétude sur les affaires de Sardaigne , fit proposer au vicomte une entrevue et un accommodement à l’amiable. Narbonne , ayant reçu ces ouvertures , laissa le commandement de son corps d’armée à son cousin , le baron de Taüejrnnd , et se rendit , par Barcelone , à Lérida , près du roi Ferdinand , qui le reçut avec magnificence. 11 résulta des conférences , qui furent entamées sur-lechamp , un traité , par lequel le vicomte àeNarbonne vendait au roi d’Aragon tous les états , biens et fiefs qu’il possédait, tant en Sardaigne qu’en Espagne, pour la somme de i53,ooo florins d’or; savoir: 73,000 , pour ceux de Sardaigne , et 80,000, pour ceux d’Espagne. Le vicomte de Narbonne eût fait un contrat fort avantageux si on en eût exécuté les articles; mais il parait que ce n’était pas l’intention de l’autre partie contractante , qui ne se décida jamais à débourser le plus faible à compte , et se contenta de payer en fêtes et en galas le pot-de-vin du marché.
Quand Guillaume se fut aperçu , bien qu’un pteu lard, qu’on lui faisait jouer un rôle de dupe , il s’arracha aux honneurs perfides de la cour d’Aragon , et alla reprendre les armes et recommencer les hostilités en Sardaigne. Le marquis d’Oristano, qui avait eu le temps de s’affermir, fit bonne contenance , et resta fidèle à la cause des Aragonais , qui l’en récompensèrent en arrondissant ses domaines et en l’égalant aux plus puissants des anciens juges d’Arborée. Il n’avait pas , au reste, moins d’intérêt qu’eux à repousser celui qui voulait le dépouiller de ses possessions , et qui le regardait comme un usurpateur.
Le vicomte de Narbonne , voyant avec chagrin qu’il ne faisait aucun progrès , et dégoûté de la Sardaigne et des Sardes, retourna en France dans le courant de et ne revint plus. Il comman-
dait en i4i6 un vaisseau de guerre , et il se distingua en divers faits d’armes contre le parti du duc de Bourgogne , et contre les Anglais. Devenu adjudant du connétable A' Arnuignac , dont il était le gendre, et dont il partagea tous les malheurs , ensuite conseiller et ami du dauphin, depuis Charles VII, et l’un des signataires du traité de paix qui fut conclu , en i4i9, à Pouilly, entre ce prince et le duc Jean de Bourgogne ', il fut tué en i424
’ Ce Iraité , par lequel les (Jeux prinresjiirèreul de s'entr'aimrr rl assistrr comme frères, fui suivi, uu mois après , de l’assassinai du duc de Bourgogne
à la bataille de Verneuil, où le corps qu’il commandait fut entièrement détruit.
Le vicomte , n’ayant pas eu d’enfants de son mariage avec Marguerite d' Armagnac , avait par testament nommé pour héritier de ses états d’ Arborée et de ses biens en France Pierre de Tinières , seigneur à'Apchon, son frère utérin, qu’avait eu d’un second lit sa mère Guérine de Beaufort - Canillac , veuve de Guillaume II de Narbonne - Lara, A défaut de postérité du sire de Tinières , la succession devait passer au baron de Talleyrand. L’héritier du vicomte étant encore en bas uge , ce fut son père , Guillaume de Tinières, qui vint prendre possession, à la fin de i424> de ses domaines de Sardaigne. Mais il eut beau , en exécution d’une clause du testament de Guillaume III qui voulait que son successeur prit son nom et ses armes , décorer son jeune fils du nom de Guillaume ly et du titre de juge d’ Arborée , il ne trouva d’appui et de partisans que parmi les possesseurs de grands fiefs du Logudoro , anciens alliés du vicomte , et ennemis naturels de la puissance aragonaise. Il ne pouvait pas compter sur. la faveur populaire , si passagère quand on ne sait pas la cultiver. Narbonne, à sa première apparition dans l’île , en avait recueilli tous les fruits; mais la fortune n’avait pas voulu
sur le polit de Montcreaii, où avait été disposée une ronfémirc, qui avait |Hiur but A'arranger tous tes différends à l'amiable.
LA SARDAIGNK
qu’il en profitai , et ses légataires n’avaient pas les mêmes droits que lui à la revendiquer. Les sujets d’Arborée s’étaient accoutumés à leur nouveau chef, qui avait acquis par le fait possession d’état , qui habitait au milieu d’eux , et dont l’étroite union avec la cour d’Aragon était pour eux le gage de la tranquillité et de la p»aix , ce premier besoin des peuples après de longues agitations politiques. Quel intérêt pouvaient-ils prendre à un prince entant, né et élevé en pays étranger, et à un seigneur français, son tuteur, qui les réclamait au nom de son pupille , comme un immeuble faisant partie d’un grand héritage?
Si le sire de Tinières vit qu’il n’avail rien à esj>érer des Arboréens proprement dits , il ne devait pas trouver et ne trouva point en effet de disp>ositions plus favorables cl»ez les autres Sardes, et bien moins encore dans la noblesse. Le roi d’Aragon , Âlfonse V, le plus sage et le meilleur prince de son temps, qui avait succédé en i4i6 n F'erdùuind, était venu, en i4i9> visiter la Sardaigne, pour diriger de là une expédition contre l’île de Corse , et y était revenu en i42i-, en se rendant à Naples pour secourir contre Louis III, duc d’Anjou, la reine Jeanne II, sa mère adoptive. Ce prince, pwur s’attacher la noblesse sarde , l’avait comblée d’honneurs et de grâces, et il avait distribué des fiefs à ceux qui l’avaient aidé dans la première expédition ,
et qui l’accompagnaient dans la seconde. C’est pendant son séjour à Cagliari , en \[\% i , que le parlement des cortès, assemblé par ses ordres, étendit à tout le royaume la Charte d' Eléonore, et fît de ce recueil de lois locales , dont une expérience de vingt-cinq ans avait démontré la sagesse , le code universel. Alfonse n’avait pas borné ses bienfaits à la noblesse espagnole et sarde ; il s’était occuptî aussi des intérêts et du bien-être du peuple. Les bases d’une administration publique uniforme et régulière avaient été fixées par lui; on appréciait ses intentions paternelles , on honorait son nom , et la domination espagnole , établie sur les principes de l’utilité commune, s’était complètement nationalisée.
Le sire de Tôlières , tuteur et gérant d’un prétendant en bas âge , ne pouvait guère opposer à cet état de choses que d’impuissants efforts ; aussi ne fit-il pendant quatre ans qu’une guerre de partisan et d’aventurier, non moins ruineuse et meurtrière qu’elle était insignifiante. Désespérant de parvenir à ses fins, il se décida enfin , pour ne pas tout perdre par son obstination , à faire remettre sur le tapis le traité d’aliénation que le vicomte avait signé à Lérida , quatorze ans auparavant , sans pouvoir en obtenir l’exécution. Le roi Alfonse-le- Magnaninie , qui désirait en finir avec les héritiers de Narbonne , fut de meilleure foi que ne l’avait
été Ferdàiand-le- Juste. Le sire de Tinières vendit à la couronne d’Aragon les droits, prétentions et titres de son fils à tout domaine et à toute possession quelconque dans l’ile de Sardaigne , pour la somme de 100,000 florins d’or, et ü en obtint le paiement peu après la signature du contrat, qui eut lieu le 2 janvier 1428.
Cette espèce de marché était alors fort usitée. On vendait les peuples comme des troupeaux et' les états comme des métairies. Ces bizarres contrats ne déshonoraient ni le vendeur ni le chaland. Ceux qui s’y trouvaient le plus intéressés , les sujets , destinés à servir, quel que fût le possesseur titulaire , mettaient eux - mêmes peu de diATérence entre un maître et un autre.
Le sire de Tinières était fort habile dans ce commerce de souverainetés , et il avait la main heureuse. Quelques années après avoir vendu au roi d’Aragon les états de la maison de Narbonne en Sardaigne , il vendit ceux de la même maison en France, au nom de son fils, qui en était l’héritier, à Gaston de FoLc , pour un très bon prix.
Depuis ce moment, Léonard Ciibello, soumis au roi d’Aragon , son suzerain , comme l’exigeait sa situation et comme la reconnaissance lui en faisait un devoir , jouit paisiblement de son marquisat d’Oristano, sans être troublé davantage dans sa possession .
ANCIENNF. ET MODEIl^E.