‹ Histoire de Sardaigne, ou, La Sardaigne ancienne et moderne, considérée dans ses lois, sa topographie, ses productions et ses moeursChapitre 74 sur 78 · CHAPITRE L ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE L ET DERNIER

Précis sommaire des sessions du parlement des cortès , les plus remarquables |>ar leurs actes ou par des mesures d’utilité puisque, pendant le temps de l’cxbtence des institutions constitutionnelles.— Résumé des événements historiques |tarticuliers à la Sardaigne , depuis le règne de Ferdinand et Isabelle , jusqu’au testament et à la mort de Charles II. — De 1481 à 1700.

Après ces notions nécessaires sur l’origine , la nature et l’esprit des institutions politiques et judiciaires de la Sardaigne , il convient , pour l’ordre et pour l’intérêt de la narration , de reprendre le cours des événements , interrompu par l’historique de la fondation de la constitution et du code qui l’ont régie pendant plusieurs siècles.

Ferdinand d’ Aragon , dit /e Catholique, en succédant à son père Juan II, ne suivit pas, à l’égard de la Sardaigne , un autre svstème d’administration et d’économie publique que celui qui avait été adopté par ses prédécesseurs. 11 lui laissa ses lois nationales , quoique sa réunion pure et simple à la couronne d’Aragon eût été itérativement prononcée , en i48i » par cortès de Catalogne. Cette île , dont la possession avait été autrefois si convoitée et

si appréciée , avait jierdu avec le temps beaucou]i de son prix aux yeux de la métropole , surtout depuis que la fusion de l’Aragon et de la Castille , par l’effet du mariage de Ferdinand et à' Isabelle, avait formé la vaste et puissante monarchie espagnole. On l’abandonnait à peu près aux vice-rois , et l’on sait comment la plupart de ces vice-rois la gouvernaient.

Les pranières années du règne de Ferdinand ne furent pas exemptes de troubles ; les querelles des provinces s’étaient ranimées ; les vieilles animosités de partis étaient en fermentation. La tyrannie du vice-roi don Ximene Perès , qui s’était montré constamment opposé aux usages et aux lois <lu pays, et avait fait assassiner la femme d’un noble sarde , distingué par sa valeur , n’avait fait qu’irriter les esprits et ajouter au mécontentement. Le rappel de ce vice-roi , et le coup d’état énergique auquel Ferdinand s’était décidé, en chassant de l’île les Pisans et les Génois , et tous les seigneurs italiens , n’avaient pas été des moyens suffisants pour rétablir l’ordre et l’union. Il crut en avoir trouvé un plus puissant dans la célébration des cortès du royaume. Le parlement fut convoqué en i48i , sous la direction du vice-roi don Simone Perès.

Notre intention étant de ne parler, dans ce précis sommaire , que de celles des sessions du parlement sarde auxquelles on peu! accorder quelque atten- I 5o

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don , nous nous contenterons de mentionner les sessions antérieures à celle de i48i, qui, outre le vote ordinaire des impôts et dons gratuits , objet principal de la convocation , ont de quelque manière marqué leur passage ou signalé leur existence.

Entre la session solennelle de l’année i355 , qui fut ouverte par le roi don Pèdre en personne , pour l’inauguration du parlement des cortès, et celle que convoqua, en i48i, Ferdinand le Catholique , on n’en compte guère que quatre auxquelles se rattachent quelques circonstances ou quelques travaux dignes de mémoire.

i388. C’est dans une session extraordinaire, présidée en i388 par le vice-roi don Simone Perès , que la princesse Eléonore vint avec son mari Brancaleone Doria > et son jeune fils Mariano, signer et ratifier le traité qui réglait les nouvelles reladons politiques et l’ordre de succession de ses états d’Arborée.

1421. Une des sessions du parlement de Sardaigne lut honorée, comme l’avait été celle de i555 , parla présence du souverain. Ce fut celle de l’année i42i , dont le roi Aljbnse F , qüi se trouvaif en ce moment à Cagliaii , fit lui - même Fouverture.

Les trois ordres de l’Etat j firent entendre l’expression du vœu général en faveur de la caria de

Logu , dans laquelle une expérience de vingt-six ans avait fait reconnaître toutes les conditions nécessaires pour satisfaire aux besoins publics , et une connaissance approfondie des moeurs nationales. Ce vœu fut entendu. Lacharte, conçue et rédigée d’abord pour l’usage et pour les convenances locales du seul judicat d’Arborée, fut étendue par les cortès de i42i au royaume entier, et devint, dès ce moment, le code de la jurisprudence sarde. Les motifs qui avaient conseillé cette sage mesure firent rejeter toute exception en faveur des villes de Cagliari, Sassari , Alghero , Dosa et Iglesias, régies jusqu’alors par leurs propres statuts , conformément à d’anciens pri\iléges.

Le parlement fit plusieurs lois organiques pour la mise en activité de la caria de Logu, et pour l’observation de ce qu’elle prescrivait relativement aux obligations des diverses juridictions les unes envers les autres. Ce sujet était plein de difficultés. La situation politique du pays et le principe féodal rendaient presque imjiossible l’uniformité delà législation , en ce qui touchait à l’exécution des jugements d’un lieu à l’autre, et à l’extradition des coupables. Il était naturel que les grands feudataires ne se prêtassent pas avec autant de résignation qu’on devait le désirer pour l’intérêt du bon ordre, à l’abandon des droits dont ils étaient en

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posse^^iun , et auxquels leur orgueil altaclxait du prix. Des litres du temps prouvent que plusieurs lieux d’asile privilégiés furent conservés , notamment le château d’Ardara. La question de la réciprocité des juridictions fut loin d’être épuisée dans la session de i , et on la reproduisit dans plusieurs autres , à diverses époques.

Celle de i448 fut remarquable par on nouvel effort des cortës pour arriver à l’uniformité compatible avec l’état des choses et du pays. On se plaignait des variations de la valeur des monnaies pn divers lieux du royaume , très voisins les uns des autres , particulièrement Cagliari et Oristano. Il fut ordonné, sur la pétition ‘ de l’ordre militaire, qu’on réduirait toutes les monnaies sardes à un cours identique.

Il fut pris , dans la même session , diverses mesures réglementaires pour l’exécution et le perfectionnement du code pastoral et rural.

4^2 . L’ordre militaire renouvela, dans une session tenue en i452 , la proposition précédente relativement à l’uniformité du cours des monnaies, et obtint le complément de sa demande. Le même principe fut appliqué aux mesures de capacité. On ht quelques additions aux lois sur la culture et sur les pâturages.

' Dans la langue paricmeiilairc de la Sardaigne . le mot pétition, appliqué à im des ordres de l’ÉIat , veut dire proposition.

VNCIEMNE ET MODERKE. 4t>9

Le but que s’était proposé Ferdinand le Catho- i4^^i • lique en convoquant le parlement des certes dans l’année i48i , était de rétablir la paix et l’ordre, compromis par les vicissitudes du temps. Il ne l’atteignit pas d’abord. Le vice-roi don Simone Petès, à qui la direction en avait été confiée, était un brouillon qui ne fit qu’aigrir les esprits. Il fallut le rappeler. On le remplaça par don Guillaume. Peralta.

On arrêta néanmoins, dans cette session , quelques dispositions de détail sur l’action réciproque des juridictions , sur la procédure civile et criminelle , et sur le système des poids et mesures.

La fondation de la charte n’y avait admis que la simple question ordinaire , dans les cas où il y avait prévention de vol, et avait voulu qu’on l’appliquât seulement aux hommes mal famés, aux gens sans aveu , et aux malfaiteurs de profession. Les cortès , sur la proposition de l’ordre militaire , déterminèrent expressément, pour éviter toute interprétation , les classes de citoyens qui , jamais et dans aucun cas, ne devaient être appliqués à la question .

L’année i5i i fut mémorable pour la Sardaigne. » J» i i . Les rapports des cortès avec la couronne furent réglés , et leui's prérogatives furent désormais fixées. Le roi Ferdinand, engagé dans des enti-eprises , qui aiigiiienlaieiit déniesuréinenl ses be-

soins et les fardeaux des peuples , convoqua le parlement en 1 5 1 1 , et lui demanda , outre les dons gratuits , qui avaient été accordés amplement dans toutes les circonstances d’usage, une contribution régulière, sur laquelle on pût compter, dans le principe de ce que nous appellerions aujourd’liui un budjet fixe. L’assemblée des cortès sentit qu’elle ne pouvait trouver U ne occasion plus favorable pour revendiquer ses droits , jusqu’à ce moment un peu indéterminés, et pour user des privilèges inhérents à sa constitution politique. Elle n’accéda que par capitulation , pour ainsi dire , aux propositions du trône , et imposa des clauses et conditions. Les agents de l’autorité n’étaient point faits à ces résistances , et ils ne pouvaient manquer d’en être fort irrités. Aussi la session fut-elle très orageuse. Quoi qu’il en soit , les discussions qui sortirent des prétentions opposées de la couronne et des représentants de la nation , établirent ce principe désormais consacré, que d’une part, quand le roi propose , les ordres mettent en délibération la proposition qui leur est faite , et indiquent avec une liberté entière tout ce qu’ils croient être dans l’intérêt de la chose publique ; que de l’autre , lorsque l’initiative vient des états , le roi jouit de toute l’étendue de sa prérogative , d’après laquelle il peut, à son gré. approuver on refiiser. La session de i5ii servit de précédent et d’autorité pour le formulaire et la tenue des sessions subséquentes.

Le roi Ferdinand le Catholique étant mort en i5i6.

1 5i6, sa fille unique, Jeanne , veuve de Philippe /” d’Autriche , qui avait péri par le poison , lui succéda, mais ne porta que le vain titre de souveraine. La faiblesse d’esprit de cette princesse la rendait incapable de conduire ni les autres ni ellemême , et lui fit donner le surnom de Jeanne la Folle ( la Loca ). Les cortès de Castille se déterminèrent à nommer régent son fils Charles, devint si célèbre sous le nom de Charles- Quint , et qui gouverna la Sardaigne en la même qualité.

Les cortès furent convoquées en 1620, sous la i52o. direction de don Angel de ViUanova. Elles ordonnèrent quelques additions et modifications à la partie réglementaire du code criminel et civil.

Une proposition de l’ordre militaire fit préciser , mieux qu’on ne l’avait fait encore , les cas où certains individus, seulement prévenus d’attentats à la sûreté publique , pouvaient être appliqués à la question ordinaire.

Les cortès s’occupèrent en outre de quelques réformes dans les dispositions législatives concernant le régime dotal , les testaments et les dons mutuels entre les époux. Elles réglèrent le système des douaires, et fixèrent les avantages accordés aux veuves pendant les mois de deuil , qu’on appelle en Sardaigne Vannée de plor.

L’Espagne était en guerre avec la France. Une lüaj.

SARUA1GN£

division de la flotte française , aux ordres d’^ nei/'é Doria, alors au service de François vint en 1627 , jeter l’ancre sur les côtes de la Gallura , et débarqua un corps de troupes qui dévasta la ftartie septentrionale de l’ile , et prit Sassari. Fier d’un premier succès , l’ennemi allait se porter sur Cagliari , quand le gouverneur d’Algbero , don Zeranlo Zetrillas, le repoussa et le mit en fuite.

1D28. Lajoie produite par cet heureux événement ne fut pas de longue durée. La peste qui s’était introduite dans l’île par le même point que l’ennemi , et peut-être à sa suite, se déclara, en 1628, dans la province de Gallura , et continua ses ravages jusqu’au commencement de l’année suivante.

1 53o. Don Martin de Cabrera fut chargé de convoquer le parlement des cortès. Cette session , qui remplit l’année 1629 et une partie de l’année i53o , vit adopter plusieurs sages dispositions , ayant pour but d’améliorer l’administration publique et la législation.

1 5.33 . L’empereur Charles-Quint , occupé de son expé-

dition contre Tunis , vint , de sa personne , en l’année i533 , dans l’île de Sardaigne , qui , ainsi qu’on l’a vu dans un autre endroit de cet ouvrage, lui parut réunir toutes les conditions nécessaires pour former un établissement politique et militaire de la plus haute importance. Ce prince , homme

d’un esprit supérieur, et habile politique , sol mettre à profit l’ardeur belliqueuse que sa présence développa en Sardaig’ne , et qui était dans l’esprit des habitants , où eUe s’est lon^-tenips maintenue par l’elFet de l’institution très remarquable dont il fut le créateur.

Chartes- Quint fonda en Sardaigne les milices nationales. Il établit en principe que tout homme qui jouit des avantages de l’état de société doit à la patrie , en échange de la protection accordée à sa famille et à sa propriété, le secours de son bras. Tous les Sardes , en état de porter les armes étaient appelés à faire partie de la conscription générale. Les propriétaires campagnards et les cultivateurs , accoutumés à la fatigue et à une vie laborieuse, étaient les membres les plus appréciés et les plus utiles de cette armée citoyenne , dont ils formaient le fond toujours renouvelé et toujours permanent. On en avait exclu les oisifs , les vagabonds , et tous ceux qui , n’ayant rien à perdre , n’ont rien à défendre.

Les miliciens nationaux ne recevaient aucune solde de l’Etat , et à l’instar des Romains dans les premiers temps de la république, ils s’équipaient et s’entretenaient à leurs frais. L’auteur de celle institution , à qui son expérience avait appris qu’une force armée, composée de pareils éléments , est bien préférable à des troupes mercenaires, que

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le inécontentemeDt , la désertion , des défaites . peuvent facilement anéantir, voulut aussi , fidèle à l’esprit qui l’avait dirigé , lui donner une autre législation pénale que celle qui était imposée aux hommes enrégimentés et soldés. Un édit de l’empereur ordonna que les miliciens , ayant , comme tous les autres habitants , le titre et les droits de citoyen , dont les devoirs du service ne les avaieot pas privés , n’étaient justiciables des tribunaux militaires que pour des délits purement militaires , et que , dans tout autre cas , ils ne pouvaient dépendre que des juges ordinaires.

Depuis cette époque , le gouvernement militaire de la Sardaigne fut partagé, sous le commandement d’un capitaine général, en plusieurs divisions , subdivisées elles - mêmes en bataillons , escadrons et compagnies. Il fut des temps où la cavalerie put être portée au complet de 1 2,000 hommes, et l’infanterie à 60,000. On trouvait, dans cette organisation militaire, tout l’avantage des armées régulières , sans avoir à en supporter les frais , ni à craindre et à punir les dilapidations des fournisseurs.

i54o. Sardaigne souffrit , en i54o, le fléau de la famine. L’historien Para en fait une effrayante peinture.

Les guerres continuelles que Charles-Quint était obligé de soutenir , pour ce que les grands rois

ANCIEIÏIÎE ET MODERNE.

appellenl l’intérêt de leur gloire , avaient épuisé toutes ses ressources , et l’avaient mis dans le cas de demander à la Sardaigne de nouveaux secours et l’augmentation des dons gratuits. Il convoqua, en i545, le parlement des cortès , sous la direction de don Antomo de Cardona.

La session de 1 545 prit diverses mesures fort sages et fort bien entendues sur les poids et mesures, sur les cuirs et peaux d’animaux , et sur les moyens d’assurer et de garantir la propriété des bestiaux de toute espèce. L’ordre militaire fit la proposition , qui fut adoptée , d’appliquer une marque à tous les bœufs et à tous les chevaux du royaume. On fit dans la même session quelques additions ou modifications au code pénal. Le système de responsabilité et de solidarité communale fut étendu aux domaines des barons , qui en avaient été jusqu’alors exempts , et à tous les fiefs et terres féodales de l’île.

Un des maux de l’Etat , dont la session de i545 fit l’objet de ses délibérations, dans la vue d’y |X)rter un remède , fut l’introduction du luxe dans les usages de la vie , et surtout dans les habillements. Les relations journalières avec la métropole continentale, à qui la conquête récente des Indes avait ajouté un nouveau degré d’opulence et de prospérité, en avaient donné à la noblesse et aux femmes l’habitude et le goût. Le parlement fut

frappé , non-seulement de ce que ces modes et ccs fantaisies , importées d’un pays plus riche , avaient de contraire aux bonnes mœurs , mais encore de l’inconvénient qui résultait pour une île pauvre , dont le commerce était entièrement passif, de l’exportation continuelle de son numéraire.

Les trois ordres furent unanimes pour la proposition d’une loi somptuaire , qui passa en effet , et restreignit l’usage des habillements de soie à un petit nombre de classes de la société , auxquelles mêmes on en prescrivit les qualités et les prix.

1 656. Philippe //, monté sur le trône , après l’abdication de son père, en i656, confirma ce que ce dernier avait fait pour l’oi^nisadon de la milic c nationale.

La Sardaigne , placée loin de la sphère d’activité de ce génie terrible , n’eut pas d’occasions d’en sentir la violente action. Son obéissance passive lui fit trouver grâce à ses yeux ; elle eut même à se louer plus d’une fois de ses faveurs. Un édit daté de Tolède , en i56o, assimile entièrement les Sardes aux Espagnols, pourl’avancement etles promotions dans le service militaire.

Ce prince , qui avait peu de goût pour les assemblées délibérantes , fit pourtant réunir plusieurs fois, pendant la durée de son règne , le parlement sarde. 11 est vrai qu’on ne laissait guère autre chose a faiw aux cortès, que de voter les iin|iôb et dons

j'ratuits , qu’elles ne s’avisaient jamais de refuser . ni même de faire attendre lonç-temps.

La session de i56o se signala néanmoins par i5(io. quelques travaux d’une certaine importance , et par des mesures d’utilité publique. Elle fit des améliorations à la législation de l’étal civil , notamment en ce qui louche aux dispositions testamentaires, et, sur la proposition de l’ordre militaire, toujours attentif aux matières d’économie publique, elle perfectionna les lois rurales.

La Sardaigne dut à PlUUppe II l’institution du tribunal supérieur , connu sous le nom de la royale audience {reale udienza). Cette haute magistrature, ou cour suprême , qui domine tout le système judiciaire , reçut parla suite des développements plus étendus; mais son illustration remonte aux premiers temps de son origine.

Les corlès de 1 565 s’occupèrent de la révision de 1 565. quelques parties du code , relativement au mode des appels et aux actes des notaires. L’ordre militaire provoqua une loi, qui fut adoptée, sur l’amélioration des races de chevaux.

Celles de 1575 firent des lois sur la procédure 1575. civile , sur les salaires , sur le régime dotal , sur les testaments, sur les rapports entre les créanciers et les débiteurs , et sur la prescription.

Entre ces deux sessions des cortès , dans l’an- i566. née i566, l’imprimerie, qui était inventée depuis

LA SARUAIGM B

, un siècle, fut enfin introduile' en Sardaigne. Les savants du pays pensent qu’on avait fait, vers la fin du quinzième siècle , quelques essais typographiques, et imprimé la caria de Logii et la vie de trois saints en vers sardes; mais un art dans l’enfance ne pouvait prospérer en des mains inhabiles , et ces timides essais n’eurent aucune suite. C’est à un ecclésiastique plein de zèle et de lumières , que la Sardaigne dut enfin cet art admirable , dont la privation la laissait en arrière de tout le reste de l’Europe. Don Nicolas Canyellès , chanoine de la cathédrale de Cagliari, établit une imprimerie à ses frais , et la dirigea lui-même avec succès. Il fut récompensé de ce service rendu à la patrie , par le siège épiscopal de Bosa.

1586. Les cortès convoquées en i586 demandèrent et firent adopter quelques modifications aux lois relatives à l’instruction criminelle , aux transactions sociales , au notariat , à la procédure , et aux baux de bestiaux.

1587. L’année suivante , en 1687, fut établie l’administration des tours du royaume , destinées à la protection des côtes. Ces tours , élevées dans des temps reculés, jetées au nombre de cent trente-huit sur le littoral de l’île principale et des'" îles adjacentes, en vue les unes des autres, et pouvant de tout temps se mettre en correspondance , formaient un svstème de défense fort bien entendu pour l’é-

poque où on l’avait conçu , et pour le but qu’on se proposait , celui de pouvoir toujours signaler les corsaires barbaresques, et s’opposer à leurs invasions. Toutes ces tours peuvent au besoin devenir des postes militaires ; mais une partie seulement reçoit des garnisons permanentes. On imagina, en 1687 , de faire de ce qui concernait l’entretien et le gouvernement des tours une administration particulière et spéciale , et on la dota d’un revenu qui lui appartient en propre , et qui se compose des droits de sortie sur les fromages , les peaux , les cuirs , les laines et le corail.

Le règne de Philippe IJ , si funeste à quelques ' autres parties de son vaste empire , ne fut point pour la Sardaigne une époque de désastre et d’adversité. Elle n’eut rien à souffrir de sa farouche énergie, et lui dut même de la reconnaissance pour lui avoir donné quelques institutions , et surtout pour lui avoir laissé celles qu’elle avait.

Une des sessions les plus honorables du parle- i5g3 ment sarde, est celle qui eut lieu en iSgS, peu d'années avant la mort de ce prince. Elle se distingua par ses lumières , par sou amour du bien , et par son humanité. Ses travaux nombreux eurent pour objet toutes les parties de la législation , les garanties de la propriété , et le maintien de la sûreté et de la paix publique. Les mœurs tendaient à s’adoucir, etla civilisation avait fait quelques progrès,

LA SARDAIG^rE

même en Sardaig^oe. Le voeu général appelait la réforme du code pénal. Les cortès l’entreprirent avec beaucoup de discernement et de mesure. Elles s’efforcèren d’atlténuer le principe de férocité, qui comraençaità ne paraître déjà plus en harmonie avec les idées qu’on se faisait d’une sage distribution de la justice. Elles supprimèrent , autant qu’elles lepurent, les mutilations des membres, et leur substituèrent des peines moins dégoûtantes et moins barbares. Les femmes , coupables du crime d’empoisonnement, cessèrent, depuis lors, d’être condamnées au supplice du feu, tandis que les hommes % n’encouraient que la mort ordinaire ; et dès ce moment fut abolie la peine du talion , dont l’aiqplication était presque toujours si cruelle , et très souvent si ridicule.

1602 La plus longue session du parlement de Sarà daigne, depuis l’institution du régime représeni6o5. latif jusqu’à son extinction par désuétude , est celle qui s’ouvrit en 1602 , sous la direction du vice-roi don Antonio Colombo, comte d’Elda , et ne se termina qu’en 1600. Quoique, dans le recueil des actes, on divise cette période pariementaire en autant de sessions distinctes, qu’elle a duré d’années, on ne doit la considérer que comme une seule et même session , continuée jMir prorogation.

Les travaux de ce long parlement eurent en général, pour le pays, une importance propor-

tionnée à sa durée. Ils eurent particulièrement pour objet la réforme de la législation , suivant le principe héréditaire dans les cortès nationales , qui voulait que la révision s’en fit dans chacune de leurs réunions, pour y apporter les changements que l’expérience , les lumières et les besoins avaient pu suggérer dans l’intervalle de l’une à l’autre.

L’ordre militaire eut encore dans cette session, suivant son constant usage, l’honneur de l’initiative des propositions les plus utiles à l’intérêt général. On lui dut de nouvelles dispositions très sages sur l’administration des terres communales , sur la garantie des propriétés privées , et sur l’amélioration de l’économie rurale. Un incident amena sur ce dernier sujet des altercations assez vives , mais qui finirent par se terminer à l’amiable , entre le syndic ou président de l’ordre, et le premier député de la ville de Sassari.

On s’occupa d’une manière particulière , dans la session de 1G02 , de l’encouragement de l’agriculture, et de la multiplication des plantations et des semis. Un des chapitres ( lois des cortès ) ordonne , dans la vue de bannir l’oisiveté , que tout habitant des villages qui possède assez pour paver une imposition , mais pas assez pour avoir des bœufs , est tenu d’ensemencer en blé , ou en orge , une [Xirtion de terrain indiquée , sous peine d’une amende, <[ue

tlüil encourir aussi le major des jurés, s’il a négligé de faire exécuter la loi.

On s’aperçut de l’inconvénient de la trop grande bigarrure des coutumes et privilèges accordés aux villes et villages, dans les temps reculés. 11 fut décrété qu’on en ferait un recueil pour les réviser , les corriger ou les supprimer, s’il y avait lieu.

La session de i6o5 fixa la juridiction des consuls étrangers résidants en Sardaigne , qu’on exempta du droit dit de rnealla ou nialla, jusqu’alors exigé d’eux. Elle attribua au magistrat consulaire du pays la police sur tous les étrangers qui n’y avaient pas de consuls particuliers , ainsi que le soin de les prendre sous sa protection , jusqu’à ce qu'ils se fussent pourvus devant leurs puissances respectives.

L’acte qui honore le plus la session quinquennale du parlement sarde , ce fut la demande que firent les trois ordres , de l’érection de l’université destinée à l’enseignement des sciences et des lettres. Un édit du roi Philippe III organisa cet établissement.

Le parlement fournit avec générosité à ce prince les secours extraordinaires dont il avait besoin. i6i4 Le vice-roi, àncde Gandia , fut chargé de la et convocation et de la direction des cortès en i6i4. i6i5. Cette session se prolongea jusqu’à l’année i6i5. Les mêmes matières à peu près qui avaient occupé les sessions précédentes furent soumises à ses dé-

ANCIEMSF ET MODERNE. 48Ô

libérations. \ quelques corrections et modifications laites aux codes pénal, civil et rural, on ajouUi des dispositions nouvelles sur la juridiction consulaire et sur les lois somptuaires déjà en vigueur.

Ij’ordre ecclésiastique fit, relativement à la prescription, une proposition favorable aux établissements religieux.

Pendant le coursdes années i6i4 , i6i5et 1617, 1617. l’archevêque de Cagliari, don Francisco de Esquivel, fit faire des fouilles en différents lieux , non pour retrouver les antiquités, qui l’intéressaient peu , et dont quelques-unes, qu’il ne cherchait pas, revirent la lumière en cette occasion , mais pour découvrir les corps des martyrs , qu’il savait y avoir été enterrés dans le temps des persécutions. Ce prélat recueillit une si grande quantité de ces saintes i-eliques, qu’il fallut agrandir la cathédrale pour les y placer. Cette exhumation , qui fut à cette époque un grand événement pour la Sardaigne, devint la matière de plusieurs ouvTages ' . et fut racontée par le vénérable archevêque lui-même , dans une relation histori([ue , adressée au roi Philippe III , laquelle offre, parmi quelques erreurs . fort excusables , elles longues descriptions de miracles , des faits curieux et des découvertes intéressantes^.

' Entre auli'es celui de Denis flonfant , Triiimpho de los Sanlos.

’ Relacion de la invencion de lo» Cuer|ios Saiilos.

iG24- C’est peu de temps après, en 1624 > qu’eut lieu celle de toutes les sessions du parlement de Sardaigne dont les opérations eurent le plus d’influence sur l’état du pays , ainsi que sur la condition des habitants delà campagne , et méritèrent le plus la reconnaissance des contemporains et de la jKJstérité.

Ce mémorable parlement , convoqué et dirigé par le vice- roi, don Giovanni Vives , se signala par un acte dont la pensée hardiment conçue , et dont les mesures d’exécution , combinées avec habileté , donnèrent en quelques années à la Sardaigne une richesse territoriale qu’elle ne connaissait pas , et changèrent en peu de temps sa situation agricole.

Cette métamorphose fut l’elTet d’une seule et simple idée , qui était naturelle , mais qu’on avait négligée , celle de l’introduction de la greffe des oliviers. L’île entière était couverte d’oliviers sauvages ; mais on n’en cultivait qu’un petit nombre dans les environs des villes , et les Sardes ne savaient tirer aucun parti de ces présents de la nature. Les auteurs anciens , qiiiont tant vanté sa fertilité en tous genres , n’ont jamais parlé de la culture des oliviers, toujours en effet délaissée dans cette île , même par les Romains. Les invasions auxquelles la Sardaigne fut en proie aprèsla’ chute de l’empire, et les déchirements, les guerres, l’esprit de faction dont elle fut la victime pendant l’occupation

desPisans , avaient empeché l’introduction de celte précieuse culture, que Mariano et sa fille Eléonore avaient entrevue et songé à encourager , mais avec des moyens d’exécution étroits et bornés.

La Sardaigne dut le bienfait de cette révolution agricole aux Espagnols , de qui elle apprit , par l’exemple des méthodes pratiquées à Valence et à Mayorque , les incalculables avantages qu’elles hii offriraient en se naturalisant chez elle. Lescortès de 1624 firent sur cette matière une loi, modèle de prévision, de sagesse et de bonne politique, qui leur aurait assigné une place distinguée dans les annales de l’économie publique , si par un hasard singulier tout ce qui concerne ce pays n’avait pas été condamné à l’oubli et à l’obscurité.

La loi de 1624 porte que tout habitant contribuable des lieux dans le territoire desquels croissent des oliviers sauvages , est tenu , sous peine d’amende , d’en greffer chaque année dix pieds. Ces arbres deviennent, dès l’instant, la propriété de celui qui les a greffés , à la charge d’une légère redevance au seigneur. Quand l’opération de la greffe a mis ainsi en plein rap|X)rtau delà de cinq cents oliviers, le seigneur est obligé, sur la demande de ses vassaux, d’établir dans l’espace de trois ans un moulin à huile.

Le succès prodigieux de celle loi fondamentale a dépendu de rheureiisc combinaison des jK^ines et

LA SAHDAIUML

des récunipenses , qui infligeait au paresseux ou à l’ignorant une amende et la honte, et investissait le cultivateur diligent et docile d’une propriété nouvelle.

Celte mesure ne suffisait pourtant pas. L’art de la grefîe était inconnu aux Sardes. Le roi , sur la proposition du parlement, fit venir aux frais de l’État, de la province de Valence et de l’île de Mayorqiie , un certain nombre de cultivateurs connus par leur habileté , lesquels y demeurèrent trois ans , et formèrent d’excellents élèves.

Un grand danger menaçait les jeunes greffes. L’usage existe en Sardaigne, de temps immémorial, de mettre le feu aux chaumes , après la récolte , et à tous les buissons isolés , dans la double vue de préparer la terre aux semailles de l’année suivante , et d’assainir l’air. Des peines très rigoureuses , entreautres celle de l’excommunication, furentporlées contre les paysans incendiaires dont les feux intempestifs et destructeurs , hors des époques et des localités prescrites , auraient pu compromettre le sort de ces arbres si utiles et si précieux.

Mais ce qui donna un caractère particulier et assura un succès décisif à la loi sarde sur la greffe des oliviers, ce fut le parti qui fut inspiré au parlement, par une haute pensée administrative et par Une pari'aite connaissance des hommes , d’offrir, sur une plus grande échelle, un appüt à l’intcrét et un

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encouragement à l’industrie. Un article de la loi porte que les terrains produisant des oliviers sauvages , soient qu’ils lassent partie du domaine de la couronne , soient qu’ils appartiennent aux barons , sont concédés et abandonnés en toute propriété aux cultivateurs qui prendront l’engagement d’y appliquer l’opération de la greffe. La distribution de ces terres est faite par une commission pour celles qui appartiennent aux barons, par des délégués royaux pour celles qui viennent du domaine de la couronne. On a prévu les abus et la paresse; ceux des concessionnaires qui ne remplissent pas leurs engagements, ou négligent la culture par eux soumissionnée , sont dépossédés et punis.

Cette loi fort remarquable, et qui dut le jour à de véritables hommes d’état , fut l’une des sources de la prospérité de la Sardaigne; car on ne saurait reprocher à ses auteurs le peu de soin qu’ont pris ceux qui sont venus après, de perfectionner leur ouvrage. Il est certain que l’expérience et les faits parlent pour elle. La Sardaigne, qui jusqu’au dixseptième siècle ne connaissait que les oliviers sauvages , dont on Ikisait du bois à brûler et du charbon pour la consommation de la ville de Gènes et de l’état pontifical , voit aujourd’hui les coteaux de Sassari , de Cuglieri et de Bosa , et les fertiles plaines d’OrisUino , couverts d’oliviers bien cultivés, d’un ])roduit abondant, et dont il ne tien-

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drait qu’à leurs habitanls de tirer plus de parti encore. Le professeur Gemeüi ' , dans son admiration pour cette loi nationale , qui changea la face de la Sardaigne , dit qu’il n’hésite pas à la comparer , pour son but et ses résultats , en gardant la mesure des proportions , au fameux acte de navigation de l’Angleterre , et à l’elTet qu’il produisit pour l’amélioration de son agriculture et l’agrandissement de son commerce.

^^9* Don Giovanni Privés, qui avait attaché son nom aux mémorables Cortès de 1624, était encore viceroi, quand fut convoquée une nouvelle session en 1629. C’est dans cette année que fut fondée la marine sarde. Le parlement vota les fonds pour la construction et l’équipement de six galères. Les trois ordres s’imposèrent spontanément pour en faire les frais. L’ordre militaire contribua pour la moitié, l’ordre ecclésiastique pour un huitième , l’ordre royal pour le reste.

Le roi régnant, Philippe IV, envoya expressément en i63 1 à Cagliari don Louis Blasco , ministre du conseil suprême d’Aragon, pour réunir les corlès du royaume, auxquelles il avait à faire des demandes d’hommes et d’argent. On fit une levée extraordinaire de 1,200 hommes, qui furent équipés etarmcs sur le-champ. Les cortès votèrent, jxiur l’entre-

' Rüicrin;<'iilo (li lln ‘'ardr-iiîi.

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lien .de ces corps, une contribution extraordinaire qu’elles s’engagèrent à payer pendant quinze ans.

Le parlement se réunit de nouveau en i632.

11 y eut encore une session en i653, sous la di- iG32. rection du vice-roi , marquis de Bajona. 1 633 .

Au mois de février 1637, une expédition fran- 1G37. çaise se présenta sur la cote occidentale de la Sardaigne. Elle était commandée par Antoine de Bourbon, archevêque de Bordeaux, et par Henri de Lorraine , comte à' Harcourt. Les Français débarquèrent près de la ville d’Oristano, dont ils s’emparèrent sans résistance. Mais des secours étant venus de Cagliari , ils ne purent s’y maintenir que quelques jours, et en furent chassés.

Dans la même année , les cortès furent convoquées par le vice-roi don Fabricio Doria.

Un édit du roi Philippe IH , de l’année i65i , ajoute une sale, ou section criminelle , au tribunal iG5i . suprême de la royale audience.

En 16.02, la peste fut apportée dans la ville d’Alghero, s’étendit successivement jusqu’à Sassari et 1662 Cagliari, malgré tous les cordons sanitaires, et à ravagea l’ile jusqu’en i656, c’est-à-dire pendant iG5G. l’espace de quatre ans.

Une flotte française se montra à l’entrée du golfe.

On eut le temps de se mettre en état de défense, et elle se relira.

L’Espagne avait un urgent besoin d’huinines.

Quoique le lléau , dont on venait à peine d’étre délivré^ eût fort diminué la population, on fit une levée générale , avec une célérité incroyable. A mesure que les hommes arrivaient à Cagliari , on leur faisait endosser un uniforme , et en peu de jours tout fut prêt à être embarqué.

Peu de temps après , une flotte française reparut en vue de Cagliari. Elle aurait eu beau jeu pour s’en emparer, si telle eût été son intention. La place n’avait guère d’autres défenseurs que les moines , qui s’étaient armés à la hâte. Mais on n’eut à essuyer que quelques bordées de coups de canon, et il ne fut pas fait d’entreprise sérieuse.

A la fin de cette même année i656, le vice-roi se trouva engagé dans une très mauvaise affaire, dont il ne se tira point sans peine. Il avait annoncé l’intention de faire abattre le couvent de Saint- Augustin , qu’il avait jugé nuisible au système de fortification de la place. La nuit même qui précédait le jour où l’on devait commencer la démolition , le feu fut mis au palais par une main inconnue , et tout ce qu’il contenait fut brûlé , sans que rien échappât. Le peuple et les religieux du couvent condamné reconnurent clairement, dans cette circonstance, l’intervention du Ciel, et le vice-roi fut forcé par la clameur publique d’aller demander pardon au saint , et de faire à son église amende honorable.

La mort de Philippe , arrivée au mois de iG66. septembre i665, bien que suivie de ISi paix avec la France, fut pour la Sardaigne le signal de troubles sérieux , qui se prolongèrent pendant plusieurs années. On convoqua les cortès en 1666, et quoique les charges du trésor dussent être diminuées par le rétablissement de la paix , on leur demanda la continuation du don gratuit extraordinaire de 80,000 écus sardes, que le royaume payait depuis quarante-cinq ans. .

Les états représentèrent que le pays avait eu à soufFrir, pendant trois années , du fléau des sauterelles, et, pendant quatre, de celui de la peste; qu’il était épuisé ; que cependant on n’avait refusé aucun sacrifice ; mais , que puisque enfin les calamités de la guerre avaient cessé , il était juste d’obtenir au moins quelque diminution dans les impôts.

Le vice-roi ayant renouvelé ses pressantes instances , les cortès proposèrent une transaction , celle de payer le don gratuit extraordinaire , mais à condition que dorénavant les emplois publics seraient remplis par des nationaux et que le royaume jouirait à cet égard du même privilège que ceux de Valence et d’Aragon.

Cet incident ayant amené plus d’aigreur dans la discussion , et ni le vice-roi ni le parlement ne pouvant parvenir;! s’entendre , ils envoyèrent , cli;icun

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de leur coté, des agents à Madrid, pour plaider leur cause, et rendre le roi lui-même juge de leurs différends. La cour se garda bien , en pareille matière surtout, de se prononcer contre le vice-roi, qui la servait si bien. Le roi déclara impertinentes les conditions qu’on prétendait lui imposer , et il les rejeta d’emblée. Il promit seulement de prendre en considération , quand tel serait son bon plaisir , les réclamations des états de Sardaigne.

16G8. 'Le mauvais succès de l’ambassade du marquis de Laconi, qui avait été envoyé à Madrid comme syndic de l’ordre militaire , et le triomphe complet du vice-roi, marquis de Camarassa, avaient porté l’animosité qui régnait entre le vice-roi et la noblesse au plus haut degré d’exaspération. Gîtte triste époque fut ensanglantée à plusieurs reprises. Au mois de juin 16G8, le marquis de Zaco/u'fut assassiné. Le vice-roi, marquis de Camarassa, le fut le mois suivant à son tour. Quelque temps après , le marquis de Z,ea eut la tête tranchée sur l’échalaud.

1 678 La tranquillité et l’ordre s’étant à la fin rétablis , à le parlement fut convoqué, pour s’occuper des 1G88. affaires publiques, en 1G78, en 1680 et en 1688. iGqq. La peste qui se déclara dans l’année 1699 à Cagliari , et lui enleva la moitié de sa population , termina le siècle de la manière la plus sinistre , et fnl comim* le prélude et l’avant-coureur des évc-

nements et des révolutions, par lesquels allaient être signalés les commencements du siècle suivant.

Le roi d’Espagne, Charles II, mourut le 1" 1700. novembre 1700. Ce prince, célèbre par sa faiblesse, ses irrésolutions et son incapacité , s’était beaucoup moins occupé, pendant les dernières années de sa vie , des devoirs de la royaqté , que du soin de se trouver un successeur. Il avait signé , un mois avant sa mort, ce fameux testament ({ui appelait au trône d’Espagne le dm d’Anjou, petit-fils de Louis XIf~, et qui , pendant un grand nombre tl’années, mit l’Europe en feu.

La Sardaigne , comme une des provinces de l’Espagne les plus exposées aux attaques de l’ennemi, ne pouvait manquer de jouer un rôle assez important dans ce grand drame politique , dont le dénouement amena |X)ur elle un résultat inattendu, et changea tout à coup sa situation, ses maîtres et sa destinée.

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