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Mattéi, l’insinuant Mellarède, se détachaient de l’Autriche pour passer aux Anglais, il consacrait à la reconstruction des villas ducales de la vallée du Pô, incendiées en 1706, des millions1 qu’il eut mieux employés à réparer les pertes que le passage des armées laissait en Savoie; triste imitation des ruineuses folies de Louis XIV à Versailles, à Marly, à Maintenon.
Enfin, le traité d’Utrecht fut signé le 11 avril 1713 ; il restituait à Victor-Amédée tout ce que les Français occupaient en Savoie et en Piémont, et lui accordait l’île de Sicile et le titre de Roi2.
Jamais la Maison de Savoie n’avait été plus merveilleusement favorisée par les événements. Victor forçait la fortune à lui rendre plus qu’elle ne lui fit jamais perdre3 ; mais les blessures de la guerre se cicatrisaient lentement dans les provinces, et cet éclatant succès, dû à la patience plus qu’au génie, à la finesse plus qu’au bon droit, consacrait surtout l’ingratitude du Piémont.
En Savoie, les patriotes n’avaient cessé de désirer une solution conforme aux intérêts du pays. Un parti puissant, mais fort prudent, si l’on en juge par son attitude en 1711 , continua pendant toute la durée de l’occupation fran-
1 Denina. Storia dell'Ilalia occidentale. XIV. — Carutti Storia di Vittorio Amedeo II.
* Voir le texte aux Traités publics. Louis XIV échange Exiles, Fénestrelle, les vallées d’Oulx, de Bardonnèche et de Pragelas contre la vallée de Barcelonette ; Philippe V admit le droit de la Maison de Savoie an trône d’Espagne, pour le cas où il ne laisserait pas d'héritier direct; la dynastie de Savoie a toujours pris des précautions pour les éventualités futures, si improbables qu’elles parussent. Les affaires italiennes furent réglées arec l’Autriche au traité de Rastadt (6 mars 1714).
* Marquis de Saint-Hilaire. Mémoires polit, tt milit. III.
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çaise, à entretenir avec les ministres piémontais une correspondance secrète; les syndics des villes étaient eux-mêmes en communication, et se tenaient mutuellement informés des accidents de la politique1. On ne peut blâmer cette attitude, car entre l’accession à l’Helvétie, l’annexion à la France ou le retour pur et simple au Piémont, les Savoyens avaient certes le droit de choisir, et surtout de discuter le parti le moins contraire à leurs sympathies et à leurs besoins. Mais le prince n’avait perdu le souvenir ni de l'indifférence avec laquelle la Savoie avait tant de fois vu les ofliciers et intendants piémontais battre en retraite devant l’armée française; ni de l’opposition respectueusement énergique du Sénat de 1080 à 1090, de 1690 à 1703; ni de sa malheureuse campagne de 1711 ; sans l’insistance de Mellarède, nul ne se fût inquiété de la Savoie à Utrecht*, et les premiers actes de Victor-Amôdée, à son retour, marquent une secrète amertume, à demi combattue par la crainte de trop brusquer la fierté nationale ou l’opinion des magistrats.
Victor-Amôdée arriva à Saint-Pierre d’Albigny au mois de mai 1713'; le 5 juin, M. de
' Je donne aux PliEl'VES, n°* I.Vill et LIX. deux lettres inédites qui résument cette situation. I.'nne de Mellarède aux syndics de Chambéry (11 avril 1713), l'autre des syndics de Chambéry aux syndics de Moûtiers (18 avril).
! L’art. X du traité stipule que le commerce de la France avec l’Italie se fera : par mer. au port ale Villefranclio ; par terre, sur la chaussée de Turin à Lyon par le Mont-Cenis, Chambéry,
Les Echelles, le Pont-de-Beauvoisin. Il avait été question d’adopter le pertuis du Mont Viso et les routes dauphinoises. La
convention de Paris (4 avril 1718) régla certains détails d'exé- \
cution et de limites.
1 A cette date, un ordre du magistrat de la santé interdit
17ÎM713
Prades lit au comte de Schüllembourg la restitution officielle des Etats. Le 2 août, les villes, bourgs et villages de Savoie reçoivent l’ordre d’allumer des feux et d’illuminer trois nuits de suite, pour la paix, à peine d’amende contre ceux qui ne manifesteront pas leu r joie. Le Sénat avait été invité à ne poursuivre provisoirement personne pour les faits qui s’ôtaient produits pendant l’occupation'; cependant, le comte de Schüllembourg révoque les officiers des bourgeoisies et fait brûler les drapeaux à la croix blanche qui ont servi depuis 1706 *.
La cour de Turin fit immédiatement publier l’édit de répartition de la taille pour les sept derniers mois de 1713, frappa des réquisitions de vivres jusqu’à ce que la réinstallation des services militâmes fût terminée, ordonna une taxe extraordinaire du tiers en sus de l’impôt foncier
fiour la réparation des ponts et chemins3, et evadeux régiments de milices pour l’Italie4.
toute relation avec l'Allemagne, lu Suisse, les Grisous, infectés par la peste ou suspects de contagion. En novembre, sur lu preuve des mesures sanitaire? prises par Berne et Genève, on rétablit la libre pratique arec la Suisse.
1 Billet royal du 2! juillet 1713. La paix fut l’occasion do grandes fêtes à Chambéry, du 5 au 11 août.
* Les chandelles el le drapeau neuf, ainsi que le cin d'honneur offert au comte do Schüllembourg à son arrivée, le 10 septembre 1713, coûtèrent 315 florins aux bourgeois de Montmélian. fArch. manicip.J
* Les bourgeois de Montméliau furent tirés h 5,720 florins 3 sols 2 deniers de taille et 1,800 florins décapitation pour les sept mois de 1713 ; le 20 février 1714, ils sont taxés è 4,992 florins de taille, plus 1/3 pour les chemins ; ceux d'Aiguebelle à 3,019, ceux de Moûtiers à 7,01-2, ceux de Bonneville & 1,984, etc. (ÀR. CH. C.)
* Chaque paroisse y contribua, en proportion du nombre de *M habitaafs, 4'aRf|ès qna ^valuation provisoire. L’édit du *4
La Savoie ressentait les premières atteintes des traités d’Utrecht;elle exagérait aussi, par ce sentiment d’égoisme naturel aux peuples comme aux individus, les rancunes ou les prévisions du cabinet de Turin; elle se plaignit d’être épuisée pour des besoins qui n’étaient pas les siens, pour des ambitions qui lui devenaient étrangères, et ne mit point dans la balance les bienfaits dont le nouveau César accompagnait ses décrets absolus. Tandis que le roi échangera la Sicile contre la Sardaigne et, pour tout ramener dans ses mains, fera appel aux maximes les plus hardies de l’esprit révolutionnaire, la peste va terrifier les populations, le Sénat désertera son rôle séculaire, mais les communes n’abdiqueront pas leurs privilèges ; et, en dépit de ces contradictions apparentes, le progrès social continuera à marquer sa course par des étapes qui, pour être imprévues, n'en seront pas moins sûres. La mort de Louis XIV (1715) accentue les résolutions de Victor-Amédée en faisant disparaître dans ce subit naufrage tout un \
monde vieilli. Soixante et douze années de règne avaient appesanti sur l’Europe un joug intolérable; il sembla qu’un coup de vent chassait le brouillard et que le jour se levait.
septembre 1713 ordonnant le recensement des nulle t ne fut exécuté qu’en 17-18. Franrin et Arbin fournirent ensemble 4 hommes, la ville de Montmdlitin 3, ConQaus 3, Thonon 6,
Annecy 9, etc. (Archiviu militare.J