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à l'heure de F Angélus; chacun, sans exception, jeûnera trois fois la semaine, pendant quarante jours. Ordre aux vagabonds, fainéants et étrangers de vider les Etats dans les trois jours, à peine de la hnrt pour les vagabonds, du fouet pour les porte-balles et merciers. Ordre à tous ecclésiastiques qui lèvent des dîmes de distribuer aux pauvres une part de ce revenu <nim forte qu'il sera juste ; après eux, pareille aumône sera faite par les habitants aisés des lieux barrés à cause de la contagion ; $Tils ne le font de bonne grâce, ils y seront contraints. Mettre des gardes aux portes et n'en laisser qu'une ouverte pour la visite de ceux qui entrent et sortent ; défense de circuler sans un billet du magistrat. Dans les villes, ordre de dresser par quartiers et par rues le rôle des habitants qu'on distribue par dizaine ; chaque matin, le dizenier fait descendre tous ceux dont il a la charge ; s'il y a un absent ou un malade, la maison est barrée et les habitants sont conduits aux cabanes1 des pestiférés. Quiconque refusera de sortir de sa maison pour aller aux cabanes sera tué aussitôt pour éviter un plus grand dommage. Les cureurs feront, dans les maisons infectées, les fumigations habituelles, et brûleront les meubles. On ira deux fois le jour aux cabanes porter l'eau et le pain ; ceux qui essayeront de sortir de l'enclos seront arquebusés. Défense aux valides de s'assembler, soit aux tavernes ; soit à la fontaine ; d'aller la nuit par les rues sous peine de lahart pour les vilains, de trois tours d'estrapade pour les autres ; etc. »
Toutes les villes de la Savoie étaient barrées ; on ne voyageait plus qu'en troupes nombreuses et bien armées pour résister aux attaques des paysans qui couraient sus à l'étranger. L'arbi-
1 Du 8 juillet au 20 novembre 1587, 365 maisons infectées par la contagion furent murées à Chambéry; il y mourut 1,133 personnes; 13 malades furent laissés en quarantaine dans les cabanes du Verncy. — Certificat des syndics du 5 janvier 1588, à la demande du conseil d Etat. (Manuscrit n° 2430.)
traire et la violence servaient toutes les mauvaises passions; les régiments espagnols et napolitains étaient plus redoutés encore que les huguenots de Lesdiguières; les soldats des milices eux-mêmes traitaient parfois leurs compatriotes comme des vaincus. En 1591 , Chabod, juge-mage de Savoie, et Duverney, auditeur des camps, sont délégués pour informer sommairement contre les voleurs, assassins, incendiaires, <aw£ de gens de guerre que d'autres vagabonds, et en purger le pays. De 1592 à 1599, des peines sévères sont édictées contre les syndics, procureurs et autres qui ont prévariqué lors des levées de subsides ou réquisitions, ainsi que contre les seigneurs qui exigent de leurs vassaux au-delà de leur dû. Les sénateurs et maîtres des comptes, Crassus, Favre, Empereur, de Lespigny, etc., furent fréquemment chargés d'iniormer pour de pareils faits; les enquêtes aboutirent toujours au payement de fortes amendes au profit du prince, jamais â la restitution des deniers ou biens spoliés. En 16(H , le nombre des accusés détenus dans les prisons de Chambéry était tel que, faute de place et de pain , il fallut s'en débarrasser au plus vite; le Sénat siégea matin et soir, même les jours de vacances, pour juger au criminel1.
1 Toutes les fois que le général des galères du duc de Sa» voie manquait de rameurs, on ramassait les suspects; il n'y Hvait plus d'exécution à mort que pour les cas atroces, et tous les criminels étaient dirigés sur Nice. Après la paix, nouvelle commutation de peine, des galères en bannissement, pour éviter de nourrir des bouches inutiles ; on appelait cela rapfd du banc.