CHAPITRE VII
GUERRES DU PIÉMONT. ~~ ROLE OE SAliNT FRAN- ÇOIS DE SALES ET DU PRÉSIDENT FAVRE EN SAVOIE.
« Ah ! Monsieur mon amy , il est vray , V Europe ne pouvoit souffrir aucune mort plus lamentable que celle du grand Henry1! » Ce cri du saint évèque de Genève fut celui de tous les hommes sensés et de tous les politiques de bonne foi. Le comte de Fuentès avait raison2 ; l'Espagne était sauvée. En juin 4610, la reine mère et Concini désertent les alliances du feu roi, et affichent les négociations nouées par don Pèdre, en 1608, pour rattacher le Louvre à l'Escurial par les liens d'un double mariage. Charles-Emmanuel ne chercha plus d'issue que dans un dédale de duplicités. Il rompt avec 1 ambassadeur don Juan de Vivès, se rapproche
1 Lettre écrite d'Annecy, le 27 mai 1610.
* Gassendi (Vie de Peiresc. Edition de Lyon , 1658) avoue la confiance publique du comte de Fuentès dans la mort prochaine d'Henri IV.
du ministre français Gueffier, joue Villeroy, mais se laisse surprendre à Suze par la brusquerie de Lesdiguières comme une fois déjà à Brusol. Ne voyant de salut que dans la rivalité des Maisons d'Autriche et de Bourbon, il essaie de séduire le duc de Nemours et le comte de Soissons ; fait offrir par l'évêque de Maurienne le mariage de son iils avec Elisabeth de France, dont la dot eût été, comme celle de Marguerite en 4559, la restitution des provinces récemment annexées ; combine en même temps les mariages du prince du Piémont avec la fille du roi Jacques, et de Marie de Savoie avec le prince de Galles ; sollicite à la fois le cabinet de Madrid de lui livrer Genève, et la cour de France de lui permettre la conquête de Gênes, défendues, la première par la tradition politique de François Ier et d'Henri IV, la seconde par les flottes espagnoles' ; envoie le marquis de Lullins auprès de Paul V protester de son ardeur catholique, le comte de Verrue à Venise au nom de la liberté du commerce, le comte de Gabaléon à Londres dans le dessein de s'y entendre avec Stuart, qui , tout aussi mobile d opinions que Charles-Emmanuel, persécutait les puritains et faisait pendre les catholiques. Ce chaos de con-
1 Le président Favre, peu partisan des combinaisons d'Henri IV, annonçait coup sur coup au duc la découverte de^ ' omplois tramés contre sa personne. Le 23 avril 1610, ce magistrat signalait au prince les menées des gens de (1 renoble et le prévenait que les Huguenots, remontant en grand nombre du Vivaraiset du Languedoc à Genève, laissent entendre qu'ils feront bientôt crier dans Chambértj : Vive Genève ! Le duc obtient l'appui du pape, la promesse de 5,000 Italiens réformés par le connétable de Castille ; mais la reine-mère eut un éclair de sens politique, protesta à Rome, fit déclarer les Contons et donna l'ordre à Lesdiguières d'entrer en Savoio.(AR. GRENOBLE. CH. C. Commissaires des guerres. Rôles des gîtes d'étape en 1611.)
tradictions volontaires ne pouvait aboutir qu'à «lus déceptions. A Madrid, le jeune Philibert, esprit brusque, mêlé d'audace et de dissimulation, supplie Philippe III de pardonner à son père V instant d'égarement qui Va fait acquiescer aux plans d'Henri IV ; à Turin, le duc Charles-Emmanuel se résigne au licenciement des milices de Savoie qu impose AI. de Villeroy (10 mai 101 1); à Suze, il se rapproche de Lesdiguières(15 novembre), et propose la quadruple alliance de Savoie, Venise, Angleterre, Hollande, pour chasser de France les Médicis et d'Italie la Maison d'Autriche1. La mort du comte de Fuentès le prive du seul ami sur au'il eût à Madrid , celle du prince de Galles ue Tunique espoir qu'il fondât sur la vacillante volonté du roi Jacques, celle du comte de Soissons de l'appui qu'il comptait trouver dans les intrigues des princes français. Désespérant d'empêcher les mariages espagnols, gêné par l'embarras de ses finances et la présence- des troupes étrangères 2 , il négocie de nouveau
1 De Hassan. Hisf. (j>:)fJrule et raisonnêe de la diplomatie française. Tome IV. Livre m. — (lomberville. Mém. du duc de Nevers. Edit. de 1(505. II. 880.
2 Les Espagnols traversaient sans cesse les Alpes pour aller en Flandre. Ils tenaient garnison à Turin depuis 1001. Ce contingent coûtait au duc 02.085 livres sur les revenus de Savoie. Les dépenses militaires s'élevaient, pour l'îll, à plus de 700,000 livres, non compris les troupes d'Italie ; les revenus étaient de seulement 1,598,674 livres. (AIL CH. C) Chabod était grandinaitre de l'artillerie en Savoie, le marquis de Lans général de la cavalerie, au traitement chacun de 2,000 ducatous ou 9,750 livres. (Patentes des 35 avril 1008 et 21 septembre 1611. AH. SENAT.) Cuichcnon rapporte, eu manière d'éloge, que le duc pénétrait jusque dans les cabinets des princes voisins par Us intrigues qu'il y cultivait ; mais le prix des consciences est variable, les espions coûtent cher, et le duc s'épuisait à payer une multitude d'agents secrets qu'il eût remplacé avec profit par