MMM
avec Marie de Médicis et, pour se rallier les Italiens, publie le manifeste célèbre qui finit ainsi :
« Mes armées sont la sauvegarde de l'Italie ; le roi d'Espagne tient sous le joug Naples et Milan ; les embarras ue Venise se multiplient ; la Toscane est comme assiégée ; Rome hésite ; Gênes, sous le canon des flottes de Barcelone, n'obéit qu'aux ordres de Madrid ; si je désarme, la péninsule ne comptera plus que des traîtres et des esclaves. Que l'opinion des Italiens dicte ma réponse ! »
Ces alliances si brusquement rompues, si tôt renouées, puis brisées de nouveau, inspiraient la défiance et prêtaient aux suppositions les plus étranges. En juin 1642, un mouvement éclate à Turin sur le faux bruit de l'assassinat du duc ; le peuple faillit massacrer indistinctement les Français et les Espagnols, retenus en assez grand nombre dans cette ville par une politique qui menaçait tous les intérêts sans en satisfaire aucun. La mort de François de Gonzague vint offrir enfin au duc de Savoie l'occasion de sortir violemment de l'imbroglio ou l'enchaînaient ses propres fautes et la réprobation universelle. Le 22 avril 4013, Charles-Emmanuel, prenant sans ambages le cœur et le rôle d'un prince italien, envahit le Montferrat1 ; sept
une politiquo ouverte cl franche. Ën 1612, la mission de Chabod de Jacob en France se solda par dix mille écas; M. de Monthoux pratiquait en Saxe, le baron de Villette ù iiàlc. De 1613 à 1618, le président Favre et M. de Sainte -Colombe furent chargés de plusieurs missions ù Paris ; Gabaléon ruina le prince par ses folies de Londres. Le compte du trésorier Bernardino Novarina renferme quantité d'articles de dépense avec la mention : Pour services secrets à l'étranger.
1 François, duc de Mantoue et de Montferrat, ne survécut que quefques mois à son père Vincent, et mourut en 1612; il laissait une fille âgée de trois ans, de son mariage avec Mar-
villes prises d'assaut, un manifeste applaudi 1 stupéfient l'armée espagnole; l'attaque de Nice menace la Provence, le camp de Montmélian le Dauphiné*; M. de Nevers est oflert aux Italiens comme un vengeur, et l'Espagne signe la trêve de Milan. Les diplomates piémontais qui pratiquent, à la fois et dans des vues différentes, a Paris, à Londres, à Madrid, à Rome, à Venise, firent évanouir, par trop de finesses, les résultats si vite obtenus Tépée à la main. Les campagnes de 1644 et de 1615, en Piémont, restent célèbres par la fougue impétueuse des milices de Savoie, que le duc conduisit en personne au passage de la Sesia, à l'escalade de Zuccarel, à la journée de Certosa. D'aussi prompts succès ne pouvaient continuer longtemps; le duc fut bientôt obligé de reposer ses troupes en assiégeant Asti; Charles a'Angennes et le marquis d'Inoyosa profitèrent de ce répit pour négocier la paix. La prise d'armes du prince de Condé entravait la politique française qui, cependant, ne pouvait pas plus permettre la conquête de l'Italie par le Piémont que son retour absolu aux mains de l'Autriche. Le P. Pentorio, confesseur du duc,
guerito de Savoie, fille de Charles-Emmanuel. Le duc réclame la succession pour sa petite-fille à titre de fief-femelle. L'Espagne attribuait l'héritage au cardinal Ferdinand, oncle du feuduc § 'a France avait un prétendant tout prêt, Charles de Nevers, chef d'une branche collatérale des Gonzague.
1 Manifesto stampato in Torino nel 22 maggio 1613. — En 1617. on imprima, à Lyon, une consultation juridique sur les droits du prince, signée par le président Favre, Pobel, Porporato, Balbo, Menocchio.
* Le marquis de Lans y réunit 8,000 fantassins des milice* et 1,000 cavaliers. Voir, pour le détail des guerres du Piémont, l'Hist. milit. du comte de Saluces. (Tome II!, ch. 36.)
1WMM5 — 254 —
homme fort habile et dont l'esprit maniable et souple atténuait ce que son maître avait de brusque et d'impérieux, réussit à faire signer le traité d'Asti (21 juin 1615), à la veille de revers inévitables. Don Pèdre remplace à Milan le marquis d'Inoyosa devenu suspect; il refuse d'exécuter le traité d'Asti et compte sur la neutralité de la cour de Krauce qui consommait enfin sa double alliance de famille avec la Maison d'Autriche, son réve depuis sept ans*. Mais Charles, trop dissimulé lui-même pour ne pas s'attendre aux trahisons, avait profité des trêves pour réparer les pertes de la guerre, compléter ses armements, conclure de solides alliances avec Londres et Venise -. Aux sommations de don Pèdre, Charles répond par d'ironiques protestations. Surpris de cette attitude, le général espagnol cherche à détacher du cabinet de Turin les puissances garantes de la convention de 1615, en même temps qu'il fait éclater à Venise la conspiration des Dalmates3,
1 9 et 22 novembre 1615. Le jeune roi Louis XIII épouse, à Bordeaux, l'infante Anne d'Autriche, fille du roi d'Espagne; une de ses sœurs est promise à l'infant, âge* de dix ans, qui fut depuis Philippe IV.
1 Les Archives de la Chambre des Comptes constatent, en 1615, le payement de sommes considérables pour les levées de cavalerie et d'infanterie en Savoie, les troupes rassemblées par le duc de Nemours dans sou apanage du Genevois et du Faucigny, la compagnie de cuirassiers français du baron de Bussy, l'achat de mousquets à Genève, la solde' de 1,000 Lorrains, etc. — Le roi Jacques, souhaitait que la rupture italienne fit diversion aux affaires de Clèvcs ; Venise, en guerre avec l'archiduc de Glatz, protecteur des pirates uscoques qui venaient enlever des navires jusque dans les passes du Lido, le savait soutenu par don Pèdre. Les deux gouvernements fournirent au duc de Savoie ce dont il manquait le plus, l'argent.
* Deux ans plus tard (1618), le duc d'Ossuna et l'ambassadeur Bedmar devaient y renouveler cette tentative par la conjuration
1614 -îeie
à Nice le complot de Grimaldi 1 , en Savoie la prise d'armes du duc de Nemours. À Nice et à Venise, les complots avortent. En Savoie, le prince de Piémont, audacieux et brave, ne laisse pas à son cousin le loisir d'entraîner les mécontents. Il passe les Alpes avec deux mille vétérans, recrute des Suisses, fait appel aux milices de toutes les paroisses de Savoie, à la tète desquelles marchent les gentilshommes- et les syndics3, et rejette Henri de Nemours au-delà du Rhône. Le prince, confus de sa mésaventure, sollicite un pardon vite accordé, car il fallait à tout prix étouffer ce péril4 ; d'autant que, malgré 1 élan des gentilshommes et de quelques \illes, certaines ahstentions, la tiédeur des uns,
dont l'abbé do Saint-Réal a écrit le roman fConjur. des Espagnols contre Venise. Edition de 1757.)
1 AnnibaldeGrimaldi, comte de Beuil, trahi lui-même, la veille du jour où il devait livrer la ville, est puni de mort. Voir Capriata (Dell* istorie nel secolo XVIIn. — IV. 27) et L. délia Chiesa (Corona reale di Savoja. Parte II. cap. X).
i Les compagnies de cavalerie étaient commandées par MM. d'Aix, de La Chambre, de la Serraz, de Travernay, d'Hermance, de La Dragonière, etc. Il y avait aussi un escadron de Saxe, et un autre du Dauphiné. {Comptes du trésorier de Savoie Monte- OlivetoJ.
* En particulier ceux de Saint-Julien, Fa verges, Rumilly, Chambéry. {Comptes des syndics et trésoriers de ville.)
4 Henri de Savoie-2\emours fut remis en possession de ses biens ; on lui paya comptant 20,000 ducatons en lettres de change sur Lyon, on lui promit une somme égale tous les ans, à titre de pension, assignée sur les tailles du Genevois et du Faucigny, la première année devait être de 45,000 ducats pour soulager ses affaires; l'exécution de la transaction était confiée à ses amis d'Ali ncourt , Guise et Lesdiguières. Pour toute garantie, le duc Charles met une garnison de 100 hommes dans le château d'Annecy (Acle du 14 novembre 1616. — Traités publics. 1. 300 ) Ces conditions étaient exorbitantes. (1 fallut aussi payer Lesdiguières et le comte d'Auvergne; 74,250 livres à l'un, 30,840 à l'autre, fkreh. Chambre des comptes.)
l'inertie des autres , firent craindre à Victor- Amédée que le parti du duc de Nemours ne comptât plus d'adhérents que ne l'avait avoué le président Favre. C'est à cette date qu'il faut rapporter les soupçons dont la famille de Sales fut l'objet, depuis le saint évéque de Genève 1 jusqu'à ses frères et en particulier Louis de Sales, le premier pourtant à tirer l'épée contre les Espagnols qui, de Franche-Comté, menaçaient Seyssel et Rumilly. Le prince, dans un manifeste du 26 octobre 1616, constate :
« Qu'ayant faict appeller par lettres nostre noblesse de cet Estât, les aultres s'en seroient partis et retirez sans avoir pleinement satisfait à leur debvoir et sans aulcune permission, et les autres mesprisant nos ordres et l'obligation qu'ils ont à nostre service n'ont comparu ny personne pour eulx, nous déléguons les trois susdits pour composer avec eux sur les peines encourues, en ayant esgard à leurs facultés, à leurs vieil âge et nombre d enfants, et sans que les dictes compositions puissent apporter aulcune note d'infamie à leur honneur ny rester préjudicielles *. »
Les campagnes de 1616 et de 1617 ruinèrent le Piémont pour dix ans, tant les Italiens du duc Charles-Emmanuel et les Espagnols de don Pèdre rivalisèrent de cruautés inutiles3. A court
1 * 11 me dit aussi tous les mauvais lours que lui avoit joués le duc de Savoye et comme il avoit maltraité quelques-uns de ses parents, très honnêtes gens, sans qu'il ait jamais voulu s'en plaindre ; ayant rendu, au contraire, toutes sortes de services à ce duc » (Hém. sur Port-Royal. Utrecht. 174-2. 1. 301).
5 SENAT. — Registres des appels et levées. — Le trésorier général encaissa de ce chef une somme de 27,000 écus d'or /'Comptes de 1617).
' Le duc incendiait les moulins et jetait à la rivière les sacs de blé; les Espagnols, mourant de faim, brûlaient les villages, pendaient les paysans aux arbres; yoir les détails du sac de
— 257 — ÎW04M7
d'hommes et d'argent, le duc de Savoie conclut avec Berne un traité d'alliance offensive et défensive (23 juin 4617), confirme les traités de Nyon et de Saint-Julien , accepte des Suisses un contingent et des subsides l. Hector Milliet, président des Comptes, fut le négociateur des traités qui assuraient les frontières de la Savoie contre les entreprises du vieux Lesdiguières et les coups de main des Huguenots. A Venise*, à Berne et à Bàle, il fut soutenu par le roi Jacques3; à Genève, sa tâche fut rendue aisée par une série de faits qu'ont négligés les historiens de Savoie. La peste avait désolé le Chablais, de
Montîglioct lire les récits d'F.migîiani (S otizie fécondité. MSS. de la Bibtioth. de l'Université de Turin), et de Aîuralori fAnnali d'Italia. II). Il n'y avait point de discipline parmi ces armées faites de vingt peuples et que divisaient l'amour-propre national et la vanité des chefs. A Montegrosso, l'infanterie piémontaise croisa la pique conire les gmtilshommes français qui voulaient aborder l'ennemi les premiers. L'opération la plus sérieuse de cette guerre fut le siège de Verceil, défendu avec obstination par l ingénieur savoyen comte de Saint-Front (du 25 mai au 25 juin 1617;, et que ne purent sauver ni l'héroïsme des femmes courant aux remparts, ni la vigueur du marquis de Caluso, ni les efforts désespérés du marquis d'Urfé.
* Ce traité, négocié par Jean Gabaléon, cédait aux Bernois les droits de la Maison de Savoie sur le pays do Vaud, ainsi que ceux que le duc avait acquis de Louis XUl en 1611 ; le Sénat sopposa longtemps à son entérinement, et ne l'admit que le 18 juillet 1629.
* Le duc s'engageait à ne jamais traiter isolément ; la république lui allouait un subside annuel de cinquante mille marcs. Les conventions de 1611 et 1613 furent résumées dans le traité du 14 mars 1618.
3 L'agent anglais s'appelait Isaac Wahc. Berne fournissait un subside de cent mille écus d'or et un contingent de 4,000 arquebusiers pour une campagne de six mois en Piémont ; ce» troupes ne devaient être employées que là oit les chances sont égales, ny sur mer, ny aux assauts. (A.R. TURIN. Traités avec les Ligues. tfwwVUI, Fascetto XUl).
1613 à 4616; les Genevois prodiguèrent des secours aux villages catholiques ; puis, le Magistrat de santé barra la ville (du 2 août 1615 au 1er janvier 1616), de telle façon qu'il n'y eut plus possibilité de communiquer autrement q ue par le lac, et que les citoyens de Genève, propriétaires de nombreux domaines dans les enclaves du Chablais, ne purent ni couper leurs blés ni vendanger leurs vignes. La libre pratique fut rendue le 2 janvier 1616; le lendemain , de longues files de chariots chargés de vins et de grains entraient à Genève, s'arrêtanl, ceux-ci devant l'hôpital général, héritier du Chapitre et des terres de Saint- Victor , ceuxlà aux portes des particuliers. — • Qu'est-ce donc? dirent les bourgeois ébahis. — Ce sont vos récoltes de Savoye, répondent les syndics des villages. Vécy vostre bien. Quant aux frais de levée et decharroy, ils nous ont esté comptés pour vous par les pestiférés de Thon on*.
Lesdiguières et Charles battirent si souvent don Pèdre que la cour de Paris coupa court aux succès de Farinée combinée par le rappel de Lesdiguières. Paul Gritti, ministre de Venise auprès de Philippe III, soupçonne une trahison
duc de Lerme a Madrid et celle de Concini au Louvre. Le mauvais succès de la conjuration des Espagnols à Venise les rendit plus souples :
« Et Ton vit à cette occasion , remarque l'abbé Vittorio Siri *, deux choses qui trompèrent le jugement des hommes les plus rompus aux intrigues de ce temps :
1 ÀR. GENÈVE. Histoire manuscrite de Jean Gauthier. • Mtmorie fécondité, tome IV, page 28.
et brusque la paix, facilitée
la chute du
la Cour de France désirant de bonne foi le repos de l'Italie; les Espagnols restituant sans arrière-pensée tout ce dont ils s'étaient emparés pendant la guerre. »
La cour du Louvre, menacée par le parti des princes et le réveil des Huguenots, croyait assurer à sa politique un solide appui dans les Alpes. Richelieu apparaissait au conseil; il exécute l'article du traité de Brusol qui proje-
avec la fille d'Henri IV, et laisse entendre que les accords secrets de cette convention vieillie
Îourront se réaliser tôt ou tard 1 ..Le 30 octobre 619, le prince et Chrestienne de France firent à Chambéry une entrée solennelle dont le Sénat , par une flatterie d'Antoine Favre , fit presque tous les frais 2. Ce mariage semblait être le gage d'une association pacifique; mais l'audace inquiète de Charles-Emmanuel ne devait laisser à la Savoie que quelques mois de répit.
Tandis qu'en France Louis XIII, complice innocent de l'Espagne, écrase le Béarn, que Luynes sacrifie son honneur à la fortune de sa maison et essaie d'endormir l'Allemagne,
1 le mariage se fit le 10 février 161 J» ; Chrestienne était née le 10 février 1C06. Le sénateur-abbé d'Hautecoinlv, Sylvestre de Salaces, avait repris, dès 1613, ce projet d'Henri IV ; le cardinal Maurice de Savoie et l'évèque de Genève furent ensuite ebargés de la mission officielle, et, pour traiter les questions d'intérêt, on leur adjoignit le président Favre. Les fêtes du Louvre furent célèbres par leur éclat. Le 12 et le 17, on donna dos ballets dont chacun coûta plus d'un million de livres ; ils avaient pour sujet, l'un la Forêt enchantée, du Tasse ; l'autre la fable de Psyché. On fit venir des provinces, et même d'Italie, quantité de musiciens ; on eut les musettes et les violons pour danser, les luths et les violes pour chanter CMém. du continuateur de Villars I. 597).
1 Chaquesénateurpaya39ducatons. — Cérémonial du Sénat. Msi. de la bibl. du marquis Costa.
tait, en 1610, le
lu prince de Piémont
le duc de Savoie réitère les appels d'hommes et d'argent et prête l'oreille a tous les bruits de l'Europe. Partout où les dynasties s'affaissent, l'esprit de la Réforme souffle l'insurrection. En Allemagne, la guerre de trente ans (1618-1648) va dévorer l'un après l'autre Frédéric V, Ferdinand II, Christian IV, Waldstein, Gustave- Adolphe et Richelieu; en Espagne, la mort de Philippe III (1621) livre la monarchie à Olivarès; en Angleterre, Stuart change de politique en même temps que d'amitiés; en France, si les Religiormaires bravent, un instant, Louis XIII, à La Rochelle et à Montauban, Richelieu recrute les bourreaux qui décapiteront la noblesse, et les démolisseurs qui jetteront bas les dernières tours féodales. Dans les Alpes, à la guerre de don Pèdre succède la guerre de la Valteline, plus longue et plus impitoyable.
Le duc Charles -Emmanuel , suspect à ses alliés comme à ses adversaires, ne pouvait avoir de ligne politique assurée; l'opinion, à laquelle il faisait de fréquents appels, n'était plus dans sa main qu'un roseau brisé. Il donne alternativement aux Français , aux Espagnols et aux Italiens des gages qu'ils n'acceptent pas. Le duc de Féria envahit la Valteline 1 et v massa-
1 La Valteline, profonde vallée que creuse l'Add», descend des Alpes rhétiques au lac do Corne, et commande les trois passages qui, parle Splugon sur Coiro, l'Engadino t i lu Stelvio sur Insprùck, relient le Milanais à la Suisse et au Tyrol. Ce pays, engagé aux Grisons, eu 1510 par Louis XII, po ir 400,000 écus, fut définitivement cédé aux Ligues grises, en 1512, par Sforza, en même temps que les comtés de Bormio et de Chiavenna. C'est, au point de vue militaire, un vaste camp retranché, avec des routes cachées et courtes pour se jeter dans les vallée* voisines : les Grisons étaient protestants, les Italiens de la
cre les Réformés ; Charles-Emmanuel, espérant y servir d'arbitre , proteste pour plaire à la France; la France confie au Pape le séquestre (1621). Louis XIII, battu à Montauban par les Huguenots, se rapproche du duc de Savoie, le caresse aux conférences d'Avignon, le lie par le traité de Lyon 1 ; puis, brusquement, le marquis de Gœuvres occupe la Valteline, et le duc, furieux, ne pouvant décider les Cantons à s'unir à lui2, désespérant de s'attacher Lesdiguières, le roi du Dauphiné % cède aux suggestions du ministre Scaglia, et .massacre les Vaudois * pour rentrer en grâce à Rome et à
Valteline catholiques. Les Espagnols, ne pouvant pénétrer en Autriche ni par les Etats vénitiens indépendants, ni par ln Suisse neutralisée '.les Grisons n'entrèrent dans la Confédération qu'en 1798), ni par la Savoie devenue assez forte pour refuser le passage, imaginèrent de se créer, par la Valteline, une nouvelle roule d'étapes. La France était surtout intéressée à la neutralité de ce passage, le seul par où ses alliés de Suisse pussent librement descendre en Italie, le seul aussi qui lui permît, en ras de rupture avec la Savoie , de communiquer avec Venise.
1 7 février 1623 ; triple alliance de la Franco, de la Savoie, et de Venise pour assurer la neutmlîté de la Valteline. Voir la convention militaire et la répartition dos contingents au tome El, des traités publics. Quant à l'altitude des principautés italiennes, consulter aux AR. TURIN, le manuscrit intitulé : Relasione del neqosiato dei deputati di Sacoja in 3filano sttlle dif~ ferense cou Alantova, net 1622.
2 Le compte du trésorier Roliaz constate que les députés de Berne, de Genève et du Valley furent magnifiquement entretenus h Chamhéry pendant cinq jours, et n'y laissèrent rien que la fiente de leurs roussins (Mss. des Archives de cour cité dans l'hist. manuscrite du P. Lama).
3 Au compte de Roliaz figure une assignation de 112,500 livres sur la gabelle du sel en Savoie, accordée par le duc à Mœe de Lesdiguières. Le 21 octobre 1624, la convention de Suze chargea le vieux connétable de régler les questions restées en litige entre Paris et Turin.
* Voir pour les détails, Gilles (Hist. des Eglises réformées des vallées du Piémont. Ch. LV) et Saluées fÙnt.milit. III. 229;.
Madrid (1624). Il est instructif de noter le rôle que jouent, dans le jeu de bascule de la diplomatie piémontaise, ces trois petits peuples protestants, les Grisons sur la route de Y Autriche, les Vaudois sur celle de la France , les Genevois sur celle de rilelvétie, isolés au milieu de puissants Etats et devenus l'enjeu des batailles ou le prétexte des ruptures. Ecarté de la Valteline, arrêté sur les pentes du mont Viso, Charles-Emmanuel, que la lièvre du succès dévore, s'obstine à réclamer de nouveau des grandes puissances carte blanche pour Gênes ou Genève. Il insiste sur l'occupation de la Valteline , qu'il prétend contraire au traité de 1623, et réussit à faire décider l'attaque de Gênes. Ce compromis le dédommageait, en quelque sorte, de la réponse de Louis XIII au Nonce de Grégoire XV, qui le sollicitait de permettre que Genève fit retour à la maison (Je Savoie : Tentends continuer aux Genevois la protection de mon père Henri IV, et je ferai respecter les traités de Vervins et de Saint- Julien qui assurent leur existence. Cependant l'activité du pape renouvelait les espérances des catholiques 1 et le P. Corona, son agent à Paris et à Turin, ne négligeait aucune des raisons qui pouvaient déterminer la France à déserter sur ce point la politique d'Henri IV, bientôt reprise par Richelieu5.
1 Grégoire XV fonda lo collège de la Propagande. Il canonise, en mars 162*2, saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, saint Philippe de Néri, sainte Thérèse. En juillet 1622, Je connétable de Lcsdiguièrcs, âgé de 80 ans, se fait catholique.
- « Si les républiques ne se bornaient qu'à certaines villes, on pourrait facilement en venir à bout ; mais elles ont des adhérents feittadini e seguaeij partout, à la cour et jusque dans
Ces années, de 1620 à 4624, marquent pour la Savoie une série d'épreuves dont le contrecoup se fit sentir de Turin à Chambéry et à Annecy; du cabinet de Scaglia, de Barberini, de Bérulle, ou de l'antichambre d'Olivarès jusqu'au sein du Sénat de Savoie; de la politique dans les mœurs. Le duc Charles-Emmanuel vieillissant perdait l'un après l'autre tous les soutiens de sa politique. Mgr Berliet 1 était mort en 1607, et son successeur, le conciliant Germonio, envoyé auprès de Philippe III pour y servir de tuteur à l'impétueux Philibert, s'était si bien acclimaté sous ce beau ciel d'Espagne qu'il n'en voulut pas revenir3; Roncas, le rusé diplomate qui négocia les affaires du Marquisat, s'éteignait dans une magnifique retraite3. L' évoque d'Aoste, Ludovic Martini, fin politique, et le président Jeannin, le seul homme qui se souvînt d'Henri IV, moururent
le cabinet du roi ; ils décomposent l'Etat et pourront bientôt expulser le roi de sa propre demeure. Genève est quasi leur Rome. » {Instructions du pape au P. Corona. 18 juillet 1621.— Archives de cour).
1 Premier président des Comptes, archevêque de Tarentaise en 1598, après la mort de sa femme. En chargeant de missions diplomatiques tous les prélats de ses Etats, missions qui les retenaient souvent pendant des années hors de leurs diocèses, le duc évitait des conflits avec les fiefs ecclésiastiques et y prenait de plus en plus une position solide.
* II écrivit de Madrid à son clergé des lettres précieuses pour l'histoire des mœurs {Epistolarnm pastoralium ad clernm et populum Tarentasiensem, 16-20) ; il y nlDurut en 1627.
3 Le palais Roncas, à Aostc, est une superbe habitation dans le grand style du palais Farnèse de Rome. Les portiques en étaient couverts de fresques délicates dans le goût des grotteschi de Raphaël aux loges du Vatican. La sottise des intendants pié mon tais a couvert de badigeon ces libres peintures, dont quelques parties, mal effacées, sont ravissantes de pensée, de dessin et de couleur.