‹ Histoire de Savoie d'après les documents originauxChapitre 20 sur 48 · ÉTAT POLITIQUE ET SOCIAL DES POPULATIONS · texte numérisé non relu

ÉTAT POLITIQUE ET SOCIAL DES POPULATIONS

de la savoie, d'après les documents inédits de la chambre des comptes et du sénat. — les finances et le commerce.

— vie intime des nobles, des bourgeois et des paysans.

La Savoie, pendant les quatre-vingt-seize années qui s'écoulèrent entre l'invasion de François Ier et le traité de Cherasco, trois fois conquise par les Français, trois fois restituée, subissant les coups de fortune et les revers des cinquante ans de bataille de Charles-Emmanuel, n'avait compté cependant sur son propre territoire que douze années de guerre sérieuse (1536, 1588 à 1598, 1600 et 1630). Traitée avec de singuliers ménagements par les généraux français, elle avait échappé, sauf pendant les guerres de religion (1588 a 1598), aux atrocités dont ]& Piémont fut le théâtre de 1536 à 1558 et de 1588 à 1631 . Mais l'occupation espagnole qui se perpétua presque

sans interruption, à des titres divers, de 1583 à 1630; le passage journalier des Italiens, des Catalans, des lansquenets, des reîtres, des Bohèmes qui traversaient les Alpes pour aller piller les Flandres ou saccager la Lombardie ; les rassemblements des milices, la perpétuelle maraude des vétérans licenciés, des déserteurs ou des bandits , infligèrent à ce malheureux pays, soi-disant en pleine paix, d'aus&i pénibles outrages que ceux qu'il avait subis de Lesdiguières ou des Bernois. Quelle fut, sur l'état social des Savoyens, Faction pacifique et moralisante des vingt années de réformes d'Emmanuel-Philibert ? Quel fut le dissolvant qu'y jeta l'arbitraire de son fils?

Ces résultats, que néglige l'histoire générale, et qu'on ne recueille d'ordinaire que dans les monographies, se dégagent des milliers d'accidents dont se compose la vie sociale. En les interrogeant, on ne crée plus de systèmes, on ne cherche plus des étais pour sa pensée, on fait revivre l'homme intime, ondoyant et divers. L'étude d'une société dans les faits insignifiants du train de chaque jour n'est pas sans quelque danger; il faut se tenir en garde contre la tentation de la synthèse, et ne point grandir outre mesure les personnages, les querelles, les coteries, les audaces d'une époque qu'on jugerait mal, quelle qu'elle soit, si 1 on y apportait un parti pris d'enthousiasme ou de dénigrement. Un fait excessif, anormal, ne peut servir de type à la condition moyenne d'un siècle ; il est malaisé parfois de lui conserver sa mesure, son degré * précis d'importance ; la lecture des documents originaux peut rendre fréquents ces naufrages de la critique ; le

péril n'est-il pas compensé, si Ton y tombe, par T accent inappréciable de la vérité?

J'ai puisé dans les Archives inédites de la justice et dans celles des finances tous les faits que je vais dire, et ne me suis inspiré dans mes rapprochements que du précepte de Muratori : Il faut chercher dans l'histoire non pas ce qui plaît, ou ce qui paraît flatteur, mais la seule vérité. De 1559 à 4031 , du traité de Cateau- Cambrésis à la convention de Cherasco, le progrès social s'affirme en ce sens que, malgré la déplorable condition des populations , / arbitraire, cet éternel fléau de la liberté, battu en brèche de toutes parts, recule.

L'argent a toujours été le nerf des affaires humaines ; l'impôt, le souci des sujets ; le déficit, la terreur des princes. Le chiffre relatif des taxes publiques , et la manière lente ou prompte, abusive ou consciencieuse dont la justice est rendue, révèlent le degré de civilisation et de bonheur d'un peuple avec une certitude presque absolue. Au XVIe siècle et au XVIIe, on ne se croyait riche que par l'or ; le crédit comptait pour peu de chose, le travail et l'échange pour moins encore ; les altérations des monnaies n'avaient point cessé, et les arts utiles s'appelaient, comme au movcn-àge, des métiers frappés d'interdit. Les finances de Savoie, réorganisées par Emmanuel-Philibert, furent, depuis sa réforme, assez régulièrement administrées. Les trésoriers, tenus en bride par le contrôle permanent de la Chambre des comptes, abusaient peu du désordre des écritures et des méthodes élémentaires de cette comptabilité compliquée. Cela tint surtout à ce qu'il n'y eut pas en ce pays de puissants financiers qui, comme en

France, prenaient le royaume à ferme et le livraient ensuite aux sous-traitants, et ceux-ci à ces milliers de sangsues qui suçaient la moelle du tiers-état, la seule classe qui payât toujours.

En Savoie, la ferme des gabelles était souvent renouvelée ;les receveurs des villes et paroisses, surveillés par leurs débiteurs et par les syndics responsables de l'impôt, vivant dans la crainte salutaire des commissaires du Sénat et des enquêtes subites, volaient peu et comptaient juste, pour ce temps-là s'entend. Il est toutefois impossible de reconstituer le budget complet de ces époques de tâtonnements administratifs. Les revenus y sont aussi variables que les impôts; tantôt des cotisations volontaires 1 , tantôt des subsides de l'étranger s , tantôt des réquisitions. Quant aux dépenses, inscrites à leur date, au hasard de leur nature , sans rappel du billet ducal , du mandat des Comptes ou du visa du trésorier, elles chevauchent d'une année sur l'autre, sans classement régulier ni contrôle apparent. Les seules inductions qu'on puisse tirer, au point de vue spécial des finances, de ces pages couvertes de mentions disparates J sont des termes de

1 En 1596, un impôt dit Quartier de la paix est levé dans le Bugey et en Tarentaise, sur l'offre des communautés. (Compte du trésorier Dyan. Rouleau CCLX.) Voir aux PKEUVES, les Donatifs du Val d loste.

* En 1589,1e trésorier reçoit des mains du duc 233,322 livres en doublons neufs d'Espagne.

3 Le compte du trésorier de Savoie, Dyan, pour 1585, réuni! dans la même phrase les dépenses que voici : — Libravit 2 licres et 5 sols pour avoir exécuté à fouet et coupé Vaureille àAnthoine Saulvage par mandat du Sénat du 13 janvier 1585. — Libravit à Guichard, à cause de son estât d'istoriografe de S. À. la somme de 585 livres ducales pour ses gaiges de 1584.

relation pour le chiffre des fonds affectés à tel ou tel emploi. Les dépenses militaires sont toujours de beaucoup les plus considérables. En 1588, à la veille de la guerre de Saluées, Charles -Emmanuel consacre plus de 200,000 livres à son infanterie et à ses forteresses; en 1589, il en dépense plus de 371 ,000*. C'était énorme pour un temps où l'équipement de vingt-cinq hommes ne coûtait que 277 livres 9 sols4; mais les armes étaient hors de prix; un mousquet d'Allemagne se payait 180 livres3, et il ne parait pas que les fabriques installées en Piémont par le duc Emmanuel -Philibert aient suffi aux préparatifs d'armement des milices de Savoie pendant les guerres que provoqua ou que soutint son fils. En 1632, la cavalerie coûte 275,724 livres, l'infanterie 108,505, les régiments étrangers de Lorraine, de Saxe, de Suisse, 352,000.

Pendant le règne militaire de Charles-Emmanuel, il y eut toujours plus de besoins que de ressources; on ne comblait le déficit que par des expédients ruineux pour la fortune publique. Les impôts de Savoie, qui produisaient 557,675 livres en 1582, s'élèvent progressivement à 882,630 livres en 1590, 919,737 en 1591 , 1,372,557 en 1597, 1,665,797 en 1599, pour retomber avec la paix4 à 709,038 en 1606, etre-

1 Pour l'infanterie des présides : 297,467 livres ; — la cavalerie : 49,627 ; — les forteresses : 18,601 ; — la marine : 5,466.

* Compte du trésor. Emm. Dyan. En 1592, payé pour l'achat de cent aunes de drap de Maurienno et la façon des balaudrans (capotes) de 25 soldats à Morcstel. (Rou)êau n° 254).

3 Nicolao Àrnaldo paye 8,196 livres ducales à Genève pour 450 mousquets (Compte de 1614).

4 Si l'on tient compte de la perte de la Bresse, le ohiffrt réel est aussi lourd qu'en 1599.

monter, avec la guerre, à 1,258,747 en 1609, 1 ,598,674 en 1611 , 2,311 ,743 en 1617, 2,833,532 en 1628, 5,573,561 pour 1629 et 1630 l. Si l'on s'en tenait aux règlements de finances, on aurait une idée fausse de la véritable condition des contribuables; lisez la loi du pays, par exemple le recueil des coutumes du val d'Aoste (livre VI, titre v, art. 3 à 16) :

« Les tailles générales se résolvent et arrestent au Conseil général du pays et se départent et assient par mandements, paroisses et communautés selon le nombre des focaiges, le fort portant le foible. — En impositions on aura aussi égard à la qualité et industrie des

Eersonnes et à la charge des femmes et des enfants. — 'exaction sera faite par les syndics des lieux ou autres choisis par la communauté. — Us les verseront aux trésoriers du pays. — Les collectes, taxes et compositions arrestées par les deux tiers des personnes y appelées d'une paroisse sont exécutoires contre tous. »

D'après les édits de 1576 et 1584, sont seuls

1 L'élude des Archives de la Chambre des comptes m'a permis d'établir lu iislc des trésoriers généraux pour la période la plus embarrassée, de 1524 à 1632. Antoine Bave, trésorier de Savoie de 1524 à 1536, a pour successeur Nicolas Carraz, (1537 à 1541) et Joachim Carra (1542 à 1559). F. de Lallée, seigneur de la Tornette, trésorier général du 31 août 1559 au 23 mars 1566, avait pour adjoint F. Jourdain, qui le remplaça (1566 à 1570) ; puis on trouve : Jean Genevois (1570 à 1577), Louis Bruno (1578 à 1583), Emmanuel Dyan (1584 à 1613», qui conserva pendant près de trente années le maniement des finances; Nicolas Àrnaldo (1614 à 1616), Sylvestre Monteoliveto (1616), Bernardino Novarina (1617 à 1G20), Horatio Buonfiglio (1020, Constance Frezia (1621), Alexandre Rolliaz (1622 à 1627), Louis Roliiaz (1628 à 1632). Chacun de ces ministres eut des trésoriers adjoints ou provinciaux dont le nom n'est pas toujours accompagné de détails suffisants pour permettre de reconstituer, in integrum, le personnel financier du duché de Savoie. Ces sources inexplorées de l'histoire nationale tenteront, espérons-le, la patience et le talent de quelques jeunes érudits Savoyens.

exempts de la taille les ecclésiastiques pour le patrimoine de l'Eglise, les nobles, les anoblis qui le sont depuis cinquante ans, les officiers qualifiés du titre de conseillers du prince. Cet ordre n'est qu'apparent 1 . Dans la pratique, l'arbitraire et les exceptions troublaient toutes les prévisions des trésoriers et, d'une saison à l'autre, pouvaient rendre écrasante la taxe légère qu'avait jusque-là payée une famille. En sus de l'impôt annuel, des taxes extraordinaires, des donatifs, des décimes, des réquisitions, des étapes , des logements de troupes , des fournitures ou ustenciles , il y avait encore les dépenses accidentelles mises à la charge des villes et des communautés, à la réception d'un prince 2, au passage d'un ambassadeur 3, pour

part exorbitante de l'imprévu.

Les splendeurs de la cour ne souffrirent pourtant jamais de la pénurie du trésor. Les folles dépenses que Charles-Emmanuel avait faites à la cour d'Espagne en 1585, à la cour de France en 1600, se renouvelèrent pendant son règne,

1 L'édit du 1er février IC94 ordonne la révision du répartement de la taille par le motif que le premier édit avait été mal compris : toute la charge ayant esté distribuée sur les pâvres et les foibles, les riches n'ayant point ou très peu esté cotisés, tant par le moyen de leur autorité et crédit que par leurs intrigues ; et prescrit, une fois de plus, l'inscription aux rôles de tous ceux qui ne sont pas de qualité noble. SENA.T. Registre XXVil. folio 196. — Voir ci-dessus, page 92.

* En 1773 , la comtesse d'Artois passe une demi-heure h Montmélian ; la ville dépensa 367 livres 15 sols (Registre des délibérations du conseil de ville, folio 179).

3 En décembre 1593, le cardinal de Joyeuse s'arrête deux jours à Chambéry ; la ville dépense 2,ci09 florins pour sa nourriture et celle de ses gens. (Compte de François Ballin, châtelain de Chambéry.)

sans compter la

toutes les fois qu'il en trouva l'occasion. En 4608, le duc dépensa plus d'un million pendant les dix- sept jours que durèrent les fêtes du mariage de ses tilles 1 . On a publié le récit de ces festins, de ces ballets et de ces cavalcades 2 ; le prince de Piémont menait une troupe de contadines qui chantaient la fameuse ronde :

Noi, chc siam de pie di monte

Contadine

Pcregrine, D'aurei fior cinte le frenti Di bel gigli e margherite

Colorite Giunte insieme in grappi d'oro Aramiriam l'alto lavoro!

Le trésorier Dyan note que la musique en fut faite par un cornette des gardes, gentilhomme de Savoie, dont il oublie le nom, et qu'on récompensa par une bourse de cent ducats. Cette cantate inspira Benserade lorsqu'il composa plus tard , pour une occasion semblable 3 , la ballade :

Quand vous verrez fleurir la violette Le joly temps qu'il vous semblera doux !

Et la musique, vive et tendre, rappelle l'air de danse qui accompagne le chœur des pastorales, au second acte de TAlceste de Gluck :

Parez vos fronts de fleurs nouvelles !

1 On voit parmi ces dépenses, 200,000 écus pour velours, draps de soie, satin et dentelles achetés à Milan pour les habits des dames et des seigneurs, la livrée des pages, etc. — 15,000 écus de flambeaux et de confitures.

2 Mémoire exact de ce qui s'est passé aux noces des infantes de Savoie. — In-12, imprimé à Turin en 1608.

3 Ballade pour le mariage du duc de Savoie avec Mademoiselle. (Œuvres. Edition de IC97. Tome I,page 14.)

Les frais énormes de ces fêtes avaient nécessité des combinaisons financières qui attestent l'embarras du trésorier général; ainsi, des ventes de droits féodaux 1 et des emprunts à l'étranger*. En 1619, les fêtes offertes à Chambéry à la Tille de Henri IV, Chrestienne de France, pour son mariage avec le prince de Piémont, coûtèrent plus de trois cent mille écus payés par le trésor, non compris les dépenses faites

Rar la ville et le Sénat. Le compte du trésorier fovarina note , entre autres articles curieux,

?u'il en coûta 250 livres pour faire venir, de rrenoble à Chambéry, le nain et la naine de Madame avec leur suite; 2,014 livres pour des bateaux à poupe dorée sur le lac du Bourget; 5,000 livres pour faire remettre des vitres et des portes dans les salles du château de Chambéry. En 1625, on dépensa 150,000 livres pour les noces du prince Thomas. Un détail donnera l'idée de la recherche et du luxe des repas de la cour ; pendant l'Avent et le Carême et quoique, dans cette saison surtout, les communications fussent très difficiles et les moyens de transport rapide fort coûteux , on installait un service journalier pour fournir à la table du prince les truites du lac de Genève et les lavarets du lac du Bourget". Ces somptuosités

1 Par lettres-patentes du 18 avril 1609, le duc, ayant besoin d'argent pour le mariage des princesses Isabelle et Marguerite, autorise neuf paroisses de Mauriennc à se racheter de la taillabilité moyennant la finance de 7.000 ducatons de 13 florins de Piémont pièce. (Sénat. Keg. XXXIX. 137.)

2 En 1613, le duc fait rembourser aux quatre frères Diesbauh une somme de 78,219 livres qu'ils avaient remise pour lui, le 16 octobre 1609, à son agent secret à Lucerne (AR. CH. C. Rouleau Arnaldo. Folio 712).

3 Du 13 décembre 1624 au 25 mars 1625, on dépensa 4,835

étaient partout à la mode ; sans parler des riches costumes que les simples gentilshommes étaient tenus de porter dès qu us paraissaient à Turin, et dont le goût s'était vite répandu dans les provinces , je rappellerai seulement qu'en 159o, à une époque où Henri IV avait à peine de quoi payer les services publics , Gabrielle d'Estrées parut, au baptême du fils de MIIÎC de Sourdis, vêtue d'une robe de satin noir tant chargée de perles et de parures qu'elle ne pouvoit se soutenir sans appuy. Son mouchoir coûtait 1,900 écus *. Ce prodigieux écart entre les caprices du prince et les misères du sujet n'estil pas le plus solide argument contre les regrets des partisans du bon vieux temps '?

Pour suffire aux dépenses, Charles-Emmanuel abusa des taxes extraordinaires 2 et des réquisitions forcées3, les plus lourds, les plus

livres pour le poisson venu de Savoie ; 4,048 livres de novembre 1627 a mars 1628 (Rouleau 293.) On avait dépensé 12,900 livres du 4 décembre 1619 au 20 juin 1620 (compte d'Horatio Buonfiglio).

1 Journal de Lestoile. Des prodigalités semblables eurent lieu au château de Chambéry, en 1775, pour les noces de Clotildo de France.

2 Le 20 avril 1591, le marquis de Saint-Rambert, lieutenant général en Savoie, donne des lettres de commission à divers magistrats pour aller dans les provinces répartir sur les plus aisés la levée pour la solde et l'entretien d<>s troupes. (Registre XXVll, folios 119 à 124.) Le l^ septembre 1592, ordre au magistrat des munitions de Savoie de faire procéder à la levée d'un moudurier et demi de froment pour chaque florin annuel de ce qui se paye en nos gabelles et c'est pour Ventretènement des gens de guerre. (Reg. XXVII, folio 151.)

3 Commission au président de la Roche de se transporter en Genevois pour se concerter avec les syndics et procureurs et faire une levée de grains, montures et bétail. (Reg. XXVII, folio 134.) Ordre du lieutenant général d'Albigny à Jacques Mattel, châtelain du Rourg-Saint-Maurirc, de requérir des vi-

inconséquents des impôts. En arrachant brusquement au paysan son mulet , son bœuf ou son blé, on supprimait la culture, on réduisait une famille à mourir de faim, on jetait l'homme sur les routes comme une bête fauve et les femmes à la suite des armées. Lorsque le pays se fut épuisé à payer l'impôt légal sous toutes ses formes, le prince, abusant imprudemment de la misère du peuple, se lit une arme de la mauvaise répartition des charges et de l'arbitraire du recouvrement; l'individu était appauvri par la multiplicité des taxes, on exploita la communauté par la terreur; les arrêts de justice sont l'éloquent et triste commentaire des édits de finance. Dès 1588, lors de la guerre de Saluées, le duc délègue des sénateurs, le plus souvent le conseiller Crassus et le président de Rochette, avec tous pouvoirs de juger sans appel ni recours, la seule sentence de mort réservée au Sénat, pour informer sur les vexations, malversations et fraudes commises dans la levée des taxes. A la suite des enquêtes, où toute dénonciation est admise comme preuve, les paroisses sont taxées en bloc à d'énormes amendes; puis le prince, pesant sur ces malheureuses populations de toute la terreur de l'exécution militaire , condescend , par pure débonnaireté et amiable composition, à libérer les manants et communiers des crimes d'usure, monopole, assemblées illicites, transport de grains, etc. , moyennant des finances calculées sur le chiffre de la population, la fortune

vres et fourrages sur les mandements de Villette, Aime, le Bourg et le Val d'Isère pour la nourriture des compagnies de cavalerie campées au Bourg. (Reg. XXXI, folio 1er.)

présumée des habitants, et surtout la foiblesse ou l'énergie des syndics1.

Le recouvrement de l'impôt n'était pas facile ; on exécutait les paysans , on rendait les syndics responsables, mais les villes importantes, les corporations , la noblesse et le clergé, opposaient souvent à la loi une force d'inertie

1 Les Archives du Sénat sont pleines de détails navrants. En feuilletant les registres d'entérinement des lettres de grâce expédiées à la suite des enquêtes, je note quelques noms et quelques chiffres. Pendant les mois de janvier, février et mars 1589, le duo accorde des lettres d'abolition aux communiers de la Chapelle» en Tarentaise, moyennant 400 écus d'or à payer entre les mains du trésorier de S. A.; à ceux de La Rochettc pour 2.500 écus; à ceux de la Maurienne, de l'Estable et Lans le Bourg pour 1,200 écus; de Saint-Jean, La Chambre, Aiguebelle, pour 7,000 écus; de Saint-Michel pour 2,000 écus à raison de 6 florins l'écu d'or 5 de Saint-André, Modane, Villaroux, Fourneaux, pour 1,000 écus. (Registre des lettres-patentes. XXVII, folios 7 à 17.) Antoine Dunand, de Cévins , bourgeois de Moùtiers, avait été condamné par les délégués ducaux à une amende de 1,000 livres pour délit de finance ; il lui est fait remise de 700 llorins à condition qu'il en payera 1,800 dans le délai de huit jours. Le 20 février 1589, il est fait abandon de moitié des amendes ducs par des laboureurs détenus en Tarentaise pour excès usuraires et délits sur les règlements des notaires, 6'ils font payer comptant le surplus. Le contrôleur des guerres Bruno, et l'avocat Bouvier sont délégués en Tarentaise pour y faire rendre compte aux syndics, greffiers, châtelains et autres officiers des villes et des campagnes des recettes levées et réquisitions faites, en denrées et en deniers, depuis le commencement des guerres. Le mot légal était exactions ; il est resté le synonyme de perceptions arbitraires, tant l'abus était alors inséparable de toutes les questions de finances. L'enquête des commissaires aboutit comme toujours à des taxes exorbitantes dont la province de Tarentaise se racheta au prix de 7,000 ducatons. (Registre XXV III , folios 2 à 19.) — Des lettres d'abolition, du 11 mai 1611, tirent cesser les procédures dirigées contre des notaires et autres particuliers de Saint-Jean, Modane, La Chambre, moyennant la finance de 3,000 ducatons de 80 sols pièce. L'étape de Lanslebourq , composée de huit villages (Lans, Bessans, Lanslevillard , Termignon, Sollières. Bramans, Auxois, Montaymont), se racheta pour 1,010 ducatons. (Reg. XXVI 11. folio 227.)

qu'on n'osait brusquer. Ainsi , après le refus du clergé bressan de payer l'imposition taxée par le duc et le bref du Pape autorisant le prince à percevoir deux décimes, le Conseil d'Etat fut obligé de déléguer le premier président de la Chambre des comptes, chargé de faire auprès de ces ecclésiastiques les exhortations requises pour les décider à acquitter les subsides accordés par le Saint-Père sur les revenus de leurs bénéfices1. En 1592,1e clergé du diocèse de Genève est exempté des logements militaires, des réquisitions, en vivres pour les troupes de passage et en hommes pour faire le guet, à la charge d'acquitter une taxe d'un décime; en 4598, cette contribution n'était pas encore soldée. Le duc fait usaffe vis-à-vis des ecclésiastiques récalcitrants de procédés qui ne lui sont pas habituels ; il sollicite l'intervention du Pape, comme on le lit, en 4558, pour le clergé du diocèse de Lyon, et, en 4602, le nonce apostolique à Turin écrit à tous ceux qui se plaignoient dJestre trop tirés pour le subside accordé à S. A. d'envoyer à Rome la note exacte de leur revenu et le chiffre de leur cotisation 2.

Les difficultés du recouvrement se compliquaient de poursuites criminelles contre les magistrats les plus haut placés. Le trésorier général Emmanuel Dyan qui fut, de 4584 à 4643, pour le duc Charles-Emmanuel un ministre des

1 Déjà en 1561, les chanoiues et prêtres de la Bresse, du Bugcy et du Valromey, invités à contribuer pour le logement des gens de guerre lors d'un passage de troupes, répondirent qu'ils n'avoient rien à y faire et qu'ils n'obéyroient en rien à telles requestes, (Registres consulaires de Bourg. 12 avril 1561).

5 Registre XXVII, folio 215. 157, XXVIII, folio 169.

finances aussi résolu qu'intègre, poursuivait la fraude partout où il la soupçonnait, sans acception de personnes Mais l'argent passait dans trop de mains avant d'arriver aux coffres de l'Etat pour qu'il fût aisé de liquider les comptes et de faire à chacun sa part de responsabilité.

Un autre danger , plus général que l'improbité des collecteurs d impôts, était la multiplicité des monnaies et leurs falsifications incessantes qu'avait un instant atténuées l'édit de 1562. En 1594, le duc crut nécessaire de fixer de rechef la valeur légale des pièces d'or et d'argent qui avaient cours en Savoie ; la consé-

auence de cette mesure fut une élévation subite u prix des denrées, à ce point qu'un édit autorisa le Sénat à taxer les vivres de première nécessité1. Il était évident, en effet, que si la valeur nominale du florin diminuait subitement d'un tiers, le marchand devait, pour ne pas perdre, augmenter d'un tiers le prix de la veille. En 1590, on avait déjà décrété contre les faux monnayeurs et les rogneurs d'or les peines de la confiscation et de la mort. Le trafic des monnaies se faisait surtoutenTarentaise; on primait, en Piémont, l'échange des écus ou des florins de Savoie contre des parpioles de bas aloi ou

1 En 1584, abolition dos procédures faites contre le sieur de la Tornette, conseiller des comptes, accusé de péculat depuis 1597, pour la gabelle du vin (Reg. XVI II, folio 202), dix ans plus tard, billet ducal attestant que le baron du Bourget, président de la Chambre dos comptes, (G. -F. Bcrliet, devenu archev. de Tarentaise en 1598), et cinq autres conseillers, accusés de malversations par le trésorier Dyan, sans preuves vérifiées, sont gens d'honneur et de probité (Reg. XXIV, folio 138. — XXVII, folio 250).

» Registre des édits et lettres-patentes. XXVII, folio 246. — Edit. du 6 novembre 1594.

des pièces fausses ; il y avait à Castiglione en Lombardie un atelier de faux monnayeurs qui profitaient de la multiplicité des types monétaires, des variations du change et du peu de fixité du poids pour inonder de leurs produits les vallées des Alpes. Un arrêt du 8 juin 4590 appliqua les rigueurs légales à plusieurs Tarins qui estoient allés au lieu de Chasiillion porter quelque peu de bonne et grosse monnaye et avoient rapporté de la menue pour le dotible et des parpioles et quarts semblables aux cinq de Savoye. Le trouble jeté dans les transactions par ces fraudes se compliquait d'une mesure imprudente; on décréta le cours forcé des monnaies de bas aloi et des pièces rognées; il fallut bientôt renoncer à cet expédient qui doublait le bénéfice des faux monnayeurs 1 .

Aussi la politique des princes se piquait peu de fixité dans l'application; il s'agissait avant tout de tirer parti des ressources communes sans trop indisposer les débiteurs 2. Quand les moyens de rigueur étaient usés, on lâchait un

(>eu le frein. Le Sénat avait peine à maintenir a balance égale entre les classes que favorisait

« Registres XXY1T, 94, 106 et 127 — VI, folio 39. L'uniformité des monnaies ne fut introduite rigoureusement dans la pratique qu'en 1717; le tarif de réduction des écus, florins, sols el deniers de Savoie en livres piémontaises de 20 sols ne suffit pas à décourager la fraude; en 1725, on trouve encore des enquêtes contre les ateliers clandestins de la Tarentaise et du Val d'Aoste.

2 Le 6 septembre 1610, vu V incertitude de nos finances et pour l'égalité des surcharges, le duc ordonne la perception de tailles ordinaires, de fournitures de blés et fourrages pour l'armée, fait réviser les rôles, réduit les exemptions et supprime les privilèges pour lesquels les villes de Chanibéry , Annecy, Moùtiers, Montmélian, avaient payé de fortes finances au trésor. [Raccolta, VIII, 267.)

tour à tour le duc Charles-Emmanuel, et Ton trouve, à la même époque, des mesures contradictoires, et le rétablissement imprévu sur un point de ce qu'on a détruit dix lieues plus loin. Le 15 mai lo05, le duc choisit pour châtelain d'Yenne le bourgeois Benoit Berthet, sur une liste de trois candidats désignés par les syndics , en remplacement d'un Claude Reverdel dit Goybet, nommé par surprise et reconnu être sans expérience ny agréable au peuple f. Le 15 février 1607, des lettres-patentes reconstituent au milieu de la ville de Thonon, en faveur du marquis de Lullin, une sorte d'enclave féodale qui contraste singulièrement avec les franchises bourgeoises * ; on dirait une protestation contre l'esprit républicain de Genève, mal éteint chez les convertis du Chablais. De pareilles contradictions avaient marqué le procès de Celse Morin (1560), successivement avocat, prêtre et magistrat, dont les aventures étranges fourniraient à elles seules la matière d'un gros livre ; le procès des seigneurs de Varax et de Gye (1562), graciés par le prince, puis punis de mort par le Sénat, à vingt-quatre heures d'intervalle; et nombre d'autres affaires dont le détail sort des limites de ce travail.

Combien de traits inconciliables dans les agitations de cette société sensuelle et mystique,

1 Registre XXVIII, folio 237.

* Le marquis de Lullin aura le droit absolu de juridiction dans l'étendue de sa terre et de sa maison dite la petite bastie, dans Thonon, sans préjudicier aux privilèges de (a ville, avec pouvoir d'y établir des juges et des prisons et de juger ceux de sa famille, ses serviteurs et les étrangers pris en délit dans cet enclos ainsi que dans le ressort de ses châteaux de Lullin et de la grande bastie (Reg. XXIX, folio 48).

raffinée autant que brutale, dont on peut répéter ce que La Bruyère a dit de Rabelais : Allant jusqu'à V exquis lorsqu'il est bon, passant au delà du pire quand il est mauvais. Paradin raconte avoir vu dans l'église de Brou , sur ce pavé de briques émaillées où François de Canarin avait peint de délicieuses figures de femmes, en costume bressan ou italien , les cheveux relevés sous une résille :

<t Un gentilhomme qui , faisant conscience de marcher sur ce pavé, cracha au visage d'un gros villainpastissier ayant le nez tout fleury de gros houtons tamcts en escarlate, disant n'y avoir heu en toute l'esglise, plus sale pour cracher que cestuy-là. »

Triste plaisanterie ! Et qui n'aurait pas été du goût de saint François* de Sales, lequel, pour peu qu'il vist le temps aspre, se faisoit scrupule d'envoyer un homme à trois lieues loin. La dignité de l'homme s'entendait, en effet, de mille Façons suivant qu'on était de la ville ou de la cour. Les plus grands seigneurs ne dédaignaient pas de s'appeler domestiques des princes; on avait des lettrés et des artistes à gages, et une phrase de l'évêque de Genève marque comment en Savoie, si l'usage distinguait peu entre les valets et les serviteurs de l'ordre le plus élevé, il y avait pourtant un réveil de fierté :

« Je crains, disait-il , de rencontrer des secrétaires que, quand on leur dit, donnez-moi ma botte, bridez ce cheval, faites ce lit , ils répondent : je ne suis pas pour cela. »

La lecture des Arrêts du Sénat pour servir de règlement donne de la société savoyenne du XVIe siècle une idée plus juste que ne le fe-

raient dix volumes de dissertations. En 1566, les liens de l'autorité paternelle étaient singulièrement relâchés ; il se fit quantité de maria-

(jes illicites et clandestins; les fils de famille se aissaient séduire par des filles de basse condition ou des coureuses d'Italie; des inconnus ou des manants ont surpris le consentement de filles riches 1 ; il fallut donner Tordre aux curés, à peine de saisie de leur temporel et de poursuites au criminel, de ne plus marier personne hors la présence des parents ou tuteurs.

La propriété territoriale n'était pas mieux respectée que les droits de la famille. Le 22 mai 1568, un samedi, l'avocat général Perratone dépose sur le bureau du Sénat un fagot de jeunes rameaux de vignes chargés de raisins. Il raconte que les serviteurs d'un gentilhomme sont entrés, le matin même, dans une vigne aux Charmettes, contre le gré du propriétaire, ont coupé la haie, chassé aux lièvres et levraux avec des lévriers et chiens, de sorte que les ceps ont été foulés, les provins cassés. Il cite Cicéron : De officiis, et réclame bonne et prompte justice dans l'intérêt du droit de propriété, qui est, d'après lui, la première des libertés sociales. La cour, faisant droit à ses réquisitions, prononce qu'en tel cas les maîtres payeront V amende de mille livres, et que les serviteurs seront fouettés et envoyés à la rame. Les soldats se gênaient moins encore que les serviteurs des gentilshommes; ils avaient pris l'habitude de quitter leurs enseignes, d'aller piller, incendier, violenter, mettre les villages et bourga-

1 Requête des syndics de Bourg. Les tuteurs qui marient leurs pupilles avant qu'elles soient en âge séant sont punis d'amendes arbitraires.

des à composition; à tout le moins, ils foulaient le blé et le faisaient manger en herbe à leurs chevaux. Le Sénat (1568) autorise les serfs et villageois à tuer les chevaux qui vagueront par les blés et à sonner les cloches pour courir sus aux maraudeurs. En 1563, le baron d'Aix, gouverneur de Bresse , tolérait les insolences des souldaz, leurs pilleries et saccagements des maisons et villaiges, le bruslement des portes des cassines et jardins, les coups et misères, à ce point que lui-même fut révoqué de ses fonctions par le prince et remplacé par le comte de Montre vel, qui avait administré la province pendant l'occujiation française. Le capitaine d'une des compagnies les plus décriées , Hugues de Montjouvens, fut tué quelque temps après dans une rixe avec les bourgeois. Quiconque s'en va par les chemins ou les bois et trouve une bête fauve, loup, ours, renard, sanglier, a le droit de la tuer, mais il est puni des galères s'il tire un pigeon à V arquebuse ou V arbalète, et s'il emprunte la chasse du prince.

Ces détails n'ont par eux-mêmes qu'une importance médiocre ; ils en ont une très grande si Ton veut reconstituer dans son imagination l'originalité de ces temps si loin de nous. C'est à dessein que je mêlerai aux faits historiques, qui sont comme la trame de la vie d'un peuple, ces accidents locaux, ces singularités de l'usage ou de la loi, ces noms maintenant obscurs qui en furent le dessin et la couleur. Qu'on repeuple avec ces menus faits et ces indications saillantes les cités étroites, murées, de cette époque, dont les vieilles estampes donnent une image exacte. Qu'on s'y représente le choc obstiné du privilège contre le droit, la té-

nacité patiente des uns , l'insolence hardie des autres. Et le paysan qui laboure, sème, moissonne à la hâte, l'œil et l'oreille au guet, avant i que l'homme d'armerie, toujours en chasse, n'ait tué ses bœufs, mangé son grain, foulé son blé; et ces couvents, asiles où Luther vient de jeter la torche; et ces gentilhommes vêtus de drap d'or, ces dames couvertes de perles, de point de Venise, de brocart des Indes, qui s'étalent somptueusement au soleil des carrousels et ne possèdent au fond de leurs châteaux ni la moralité du montagnard des Alpes, ni l'exquise propreté de la bourgeoise de Hollande 1 . Avec ces tableaux sous les yeux, le lecteur prend aux ; abstractions de l'histoire un intérêt plus vif; il devine ce qui se cache confusément derrière tant de splendeurs et de gloires.

Un édit de 1560 interdisait le port d'armes apparentes ou cachées, dagues, pistolets, arquebuses, et ce, attendu les homicides qui se commettaient tous les jours. De nombreuses exceptions furent faites à cette défense et les meurtres se multiplièrent. Les registres du Sénat, de 4562 à 1580, mentionnent cent trente-cinq lettres de grâce pour homicide par surprise, non compris les commutations de peine accordées à des soldats. Les premières grâces octroyées par Charles-Emmanuel le furent à Bernard de Forax pour l'assassinat de Charles Goy, châtelain d'Yenne, et à Scipion de Cordon pour le meurtre d'Antoine de Montdragon. Le 20 février 1584, un édit révoque tous les permis de port

1 Voir dans Saint-Simon ce qu'était, un siècle plus tard, la vie intime des rois. Un commis à 1,200 fr. ne voudrait pas, aujourd'hui, du logement des Noailles et des Montespan dans les soupentes de Versailles.

d'armes, non pas qu'on se préoccupât outre mesure de la sûreté publique, mais attendu que le prince avoit tant donné de ces sortes de permissions que , voulant lever des milices en Savoy e, ceux qui avoient obtenu le permis des armes n'aur oient point voulu s'enrooller*. Les routes n'étaient pas sûres, pas plus

3ue les maisons isolées. Le 8 août 1590, le duc onne une commission de capitaine de campagne à noble Jean Chifflet pour appréhender et chaslier certains voleurs et malvivants qui détroussoient les, marchands et laboureurs. Le 1er juillet 1598, la paix étant faite et les milices licenciées, le duc, pour couper court aux désordres ordinaires lorsque tant de gens déshabitués du travail et d'humeur brutale rentrent aux villages, donne mandat au capitaine de justice, Claude Rey, de visiter les provinces du duché avec ses archers, le plus rapidement que faire se pourra, de courir sus aux vagabonds, fainéants, guetteurs de chemin et mendiants, et de les juger à mort sans apjwl*. Le 21 septembre , nouvelle prohibition du port d'armes ; le 23 décembre, défense absolue de chasser à quiconque n'est pas noble ou privilégié par faveur spéciale 3. Un sieur de Cornillion, vieux et infirme, se retire à la campagne en 1603; on lui permet, sur sa requête, de chasser, lui et douze

1 La chasse était lo délassement à la mode, même pour les ecclésiastiques. En 1585, un chanoine de Bresse tue par inadvertance une femme en tirant un renard. (Reg. XXIV, folio 191) Pendant l'occupation française, on essaya do réprimer le braconnage en prohibant dans lés hôtelleries la vente du gibier. (Reg. VI, folio 142). Voir ci-après, chapitre XIV.

* Registre XXVIII, folios 228,73, 88.

3 Registres des arrêts. XXVIII, folio 25.

Page 1