‹ Histoire de Savoie d'après les documents originauxChapitre 26 sur 48 · CHAPITRE Xffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xffl

OCCUPATION DE LA SAVOIE PAR LES ARMÉES DE LOUIS XIV. — LE DUC DE SAVOIE DEVIENT ROI PAR LE TRAITÉ D'UTRECHT.

Le traité de Ryswick consacrait diplomatiquement, malgré l'opposition de Rome et de Venise 1 , le titre royal du duc de Savoie et ses prétentions à la prééminence sur les autres princes italiens; mais la guerre de la succession d'Espagne va rejeter la Savoie, pour un siècle, dans les bras de l'Autriche et la livrer de nouveau, pour près de cinquante ans, aux

Eérils où l'avait tant de fois engagée, déjà, l'amition du Piémont. L'absolutisme de Victor- Amédée se heurte, sur les deux versants des Alpes, à des résistances dont les manifestations

1 Le marquis Costa, dans ses Recherchés sur le livre anonyme de Guichenon (1862), a raconté avec infiniment d'esprit et de justesse la part considérable que cette poursuite du titre royal prit dans la diplomatie de la Cour de Turin et les inconvénients qui en résultèrent pour le jésuite Monod et l'avocat Guichenon, instruments sacrifiés d'une politique à outrance.

varient avec le caractère des populations. Les Savoyens subissent impatiemment la réaction piémontaise et les innovations dédaigneuses du comte Ressan, intendant à Chambéry, dont le proconsulat sème la désaffection; les paysans de Mondovi ne se contentent pas de railler le comte Gropello et de dénigrer ses actes; ils courent aux armes et, pour les vaincre, il faut les détruire 1 . Ce /ut au milieu de ces complications que s'ouvrit la succession d'Espagne ; et le duc de Savoie, sommé par Louis XIV d'adhérer au testament de Charles II, était en même temps sollicité par l'empereur Léopold de le déchirer2.

Moins de dix mois après le mot fameux qui transféra la couronne d Espagne dans la Maison de Bourbon, l'Angleterre, la Hollande et l'Autriche signent le traité de coalition dit de la (fraude alliance (septembre 1701). Le marquis de Torcy, ministre de Louis XI V, réunit en faisceau les Etats secondaires ; le duc de Savoie devait en être l'âme et le nerf; on comptait sur lui pour maintenir l'Italie, inquiéter l'Allemagne, dégager les Alpes ; mais tous les moyens d'action dont on croyait disposer pour diriger

1 Sur la population de 69 paroisses, 145 familles seulement échappèrent aux massacres; on les transporta en masse dans le territoire de Verceil (1008 à 1699). 11 s'agissait encore de la taxe du sel et de la répartition inégale de l'impôt foncier.

5 Charles II était mort le 1er novembre 1*700, après avoir eu pendant trente-deux ans la douleur de voir les ambitions de ses parents et de ses voisins recommencer le partage anticipé de son héritage. Voir les détails aux Àrch. de Turin {Cotresp. mss. des agents diplom. à Paris, Londres, La Hayej et dans le livre du marquis de Torcy (Mém. pour servir à l'hist. des négoc. depuis le traité de Ryswick jusqu'à la paix d'Vtrecht. — Edit. do La Haye. 1757).

sa conduite s'évanouirent aux premières attaques; il se glissa parmi ces diplomaties embrouillées comme un cerf dont les crochets subits déconcertent les meilleurs limiers, disait l'envoyé de Venise ; il rompit toutes ses attaches, provoqua les ruptures, utilisa jusqu'aux apparences, ne recula devant aucune audace, s enorgueillit des manèges les plus effrontés, et, tantôt écarté avec mépris, tantôt passionnément recherché, il aboutit, par cette voie tortueuse, à un succès qu'il ne méritait pas.

Cette guerre, où tout se lit d'inspiration, où rien ne fut prévu, cette politique oscillante, plus capricieuse en ses alternatives que le caprice de la mer, furent pendant douze ans à la discrétion de femmes dont les vengeances, les amitiés, les perfidies brouillèrent les calculs des diplomates et les plans des hommes de guerre, au grand dommage des peuples.

Victor-Améuée tint le fil des intrigues, sup-

|)léant à la force par la ruse, informé de toutes es combinaisons avec de tels détails et un si parfait à-propos, qu'on fit souvent honneur à sa seule perspicacité de résultats qu'il dut uniquement à la promptitude d'avis intelligents. II était au cœur de Versailles par su fille de prédilection, la duchesse de Bourgogne ; la sœur d'Adélaïde, Louise-Gabrielle de Savoie, mariée à treize ans au roi'd'Espagne, Philippe V, qui en avait dix-sept, devint aussi à Madrid un instrument d'autant plus dangereux qu'on s'en méfiait moins. Ces deux femmes, d'une précocité rare, également inquiétantes par l'esprit, la grâce, la passion, eurent le prix de dix armées dans les mains de l'habile Amédée. On dirait, à lire les historiens, que les princes ne

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