‹ Histoire de Savoie (volume 2)Chapitre 1 sur 38 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

L hi.sioire e^t la science àv l'buniDie vieî) lissant. Tnndîï mit la jevnpjMtf s'uvance ffn n>gardant l'avenir, l'hontirie qui a vécu 9e retOiTiie vers le passé dont il commence à faire partie» et if cbenchp dans les fi|érténÉtions disparues le pressentiment des choses qui viennent', et qa il ne retira pBfi.

Le p. DoxiNtQi'E Lftr.OttDAin.

(Discovrs sur la loi fie l'hiitoi¥é.J

L'histoire est une (jrande chose et qui exige tm merveilleux assonblaye, a dit un maître en l'art d'écrire * ; c'est déjà fort beau de faire un corps solide ens'entenmtt aux faits. A mesure qu'on y introduit des idées, la difficulté augmente; que si Von veut y tenir en échec ou en combinaison des idées presque contraires, cela devient encore plus périlleux. Ce péril n'est que trop réel en Savoie ou Thistoife, pour rester impartiale et devenir instructive, doit rechercher les origines perdues, les sacrifices oubliés, et ne pas craindre d'écarter les systèmes de fantaisie et de rejeter dans Tombre tes réputations mal acquises.

Aujourd'hui que la pensée embrasse d'un coup d'œil la terre que nous habitons, ce grain de sable disparaît à nos yeux dans l'infini de la

*- M. Sâinte-BeuVe. — Lettre écrite à rauteuf, au sùj«t de ce livre, le 19 juillet 1865.

création. Cet infini lui-même nous échappe

{)ar sa grandeur, et l'homme, borné ici par 'étroitesse de son asile d'un jour, arrêté là par l'inquiétude de l'espace, se retourne sur luimême et, pour agrandir son horizon, recule avec l'histoire, interroge avec passion ces siècles évanouis remplis d'ardeurs qui se sont éteintes, et de vies restées mystérieuses. A ce point de vue, les études historiques me paraissent le dernier mol de la curiosité humaine, l'intérêt le plus direct de son activité, et aussi l'effort le plus attrayant et le plus dangereux de la philosophie appliquée à la pratique de la vie. Mais le charme du sujet en fait oublier le danger; de môme qu'au sein de nos Alpes, le regard perdu dans les blancheurs éternelles, le voyageur séduit côtoie négHgemment l'abîme.

L'histoire est toujours à faire, a dit Villemain ; tout esprit consciencieux, s*aidant luimême du progrés d'idées qu'il adopte ou qu'il combat, découvre dans les événements racontés par d'autres des leçons et des vues nouvelles. Et Guizot ajoute : La multitude des écrits sur une matière prouve, non pas que cette matière est épuisée, mais qu'elle est iné-

Îmisdble. On s'est habitué à ne faire dater 'histoire de la Savoie que d'Iiumbert aux blanches mains, et, suivant à l'aveugle les traces des chroniqueurs du moyen-âge, on a confondu l'histoire spéciale d'une dynastie de soldats heureux avec celle du peuple qui a si fidèlement servi leurs ambitions. Il en est résulté une méthode singulièrement fausse * ;

* Léon Menabrea. — De la marche des étudee historiques en Savoie, — 34d.

l'histoire n'a plus été qu'une compilation d'erreurs volontaires *.

La première mention historique des Allobroges se rencontre dans le récit, par les historiens latins, de Témigration de JJcllovèse au delà des Alpes, Tan 587 avant Tère chrétienne. Nos origines se trouvent donc reculées de seize siècles I Et combien de glorieuses étapes sur cette route obscure du passé, dont les études contemporaines soulèvent à demi les voiles.

L'histoire des AUobroges, les grandes luttes de Tindépendance à l'époque de la conquête latine, la période gallo-romaine, l'invasion des Burgondes, l'établissement du régime féodal, toute une longue série d'annales obscures qui servent d'introduction et d'explication à l'histoire connue de la Savoie. Car notre véritable histoire n'est point celle d'une idée ou d'une dynastie; l'idée meurt, renaît, disparaît encore, se transforme en se renouvelant ; la dynastie n'est qu'un instrument de la Providence, qui se brise quand sa tache est finie. Ce qu'il faut écrire, ce qui n'a pas été écrit, cest ï Histoire du peuple de Savoie, de ses institutions primitives successivement modifiées par un progrès lent mais continu, de son organisation Ultime, de ses défaillances et de ses ardeurs. Magnifique histoire et qu'on a longtemps jugée indigne de figurer à côté de l'épopée des combats *.

* D'Héran et Darbier. — Etat de la Savoie en 1833, p. 83.

* Guichenon parlant de l'histoire de Savoie que Dominique Machanée écrivit en italien et qu'il dédia à François I^', le blâme de s'attacher à dés puérilités, à des choses domestiques, lesquelles ne sont ni d'exemple ni de coriséquence, et de laissir

Contradiction singulière ! Les Savoyens ai-^ ment passionnément leur pays, et bien peu eepenaant, je parle des plus lettrés, en ont appris rhistoire. Un homme éminent, le mar-^ quis Costa, s'est expliqué sur ce point dans une page éloquente :

a Par quelle déplorable insouciance nos pères ont- Us été si peu soigneux d'étudier et de faire connaître les illustrations de leur patrie. A peine est-il une ville autour de nous, dans la Suisse, le Dauphiné, la Bresse, le Piémont, dont Thistoire civile, administrative ou religieuse ne soit écrite ; on a rédigé les annales ou disserté sur l'origine de Lyon, de Genève, de Gfe^ aoble.^ die Cherasco, de Bobbio, de Sommariva, etc., et Cbambéry n'a pas trouvé un historien ! il faut donc suppléer à ra])sen€e presque complète des sources écrites par le secours des documents inédits * . *

€ 11 faut le dire à notre hoqte, ajoutait l'abbé Roissai en 1851, notre histoire nationale a été jusqu'ici presque complètement oubliée dans l'enseignement public. On ne trouve sur ce sujet (|ue des ouvrages difnis ou des abrégés incomplets. On a vu souvent des jeunes gens sortir de nos collèges sans savoir même le nom des princes qui ont gouverné ce pays pendant n en f siècles. »

Ce qui s'est appelé jusqu'ici l'histoire de la

par ainsi les publiées et les importantes. Mais ce soin, a pré^ ciséjneDt fait le charme et le prix des livres des Italiens en général, de Guichardin et de Tillani en particulier. Ailleurs, à proj^os de Philibert de Pingon, Guichenon dit aussi : L'auteur i^'est souvent amusé à déciire des bals, dm densefi.des feslinst ce qui choque la dignité de l'histoire,

* Introduction à Y Histoire des Seigneurs de Compey. (Edir. de 1844. Chambérj'.) Depuis 1844, Menabrca et T. Chapperon ont publié des essais, malheureusement incomplets, sur l'his- Ipire de Chambéry. M. CroisoUet va publier VBistoire munie^ale de Rumilly, et M. Bonnefoy, de^ Sallanches, a réuni par vfiïjgt ans dé patientes recherches les* mat^«irî ée rJSfst^fte Sèi'ièèlléifs du Ptmoigny (1868).

Savma n'est d'ailleurs gu'un jour dans la ^m de3 siècles; surtout si Ton recule jusqu'auK traditious légendaires de l'Hercule grec, et pi, remontant aux premiers habitants des Ajpes, on se hasarde aux conjectures possibles dans ce nouveau champ d'études qui va chaque jo^r s'élar^ssant.

D'ailleurs, à ne considérer que les neuf siè?cles traités historiquement, combien ne trouvet*on pas de lacunes involontaires à côté d'oublis prémédités et d'erreurs systématiques \ sans compter les incertitudes dont la science se contente trop souvent à défaut de vérités absolues. Les plus sérieux historiens de c^ pays en ont fait l'aveu.

Tous ceiujc qui ont écrit de la Savoie, dit l'abbé Grillet ^^ont gcjtrdé un silence où volon-

^ Du X^ au XIl^ siècle on fiibriqua dans Io€ Gaules quantité cte faux cartaïairos, de lettres apostoliques apocryphes, de titres Dieûteurt). l\ moi suffira de rappeler ie fait de Sigibode. ^tti tramiliaU pour rarc]»ov<'que oe Yieniu) (Nouveau trente de diplomatique, par deilx religieux Bént'djrtins. YT. 162); les aventures du Iniissaire Nicolas, secr<îtaire do Saint-Benwrd, qui, chassé de Clairvanx, fut ù Rome en grand erëdit et te rendit nécessaire à trois papes fSancti Bernardi epi$t0laf, 298) : 6t les doutes récemment élevés sur l'authenticité de^ cartulaires de Saint-Hugues de Grenoble fUlém. de 1 4^ad. Bdph. — liépouae de M. Gariel. 1. 99). On sait le prix que Baluze se fit )[>«yer pour rédiger son Histoire de la mi^^on d' Aux^ergne^ et quel fut l'arrêt de la Chambre de TArseijal Kontre un faussaire eonvaincu, vers 1705, d'avoir ftibHqtié le taftulaire de Brioude. (Mémoires du duc de Saint-Simon^ II, ch. LVll.) Au XVI le siècle, on vendit fort cher au duc ^ Sayoie, qui élevait des prétentions sur Monaco et M coton, une collection de titres faux parmi lesquels figure une donation faite en 954 par Guy, comte de YintimiUe, à Vabhé die Lérina, do ùdï de Sabourg. — Voir Tarrêt du conseil du roi, du le' jifûllel 1686, défeudant a«x moines de Lérins de battre HLOniiaie; -rles mémoires de Promis et d'Olivieri aur la eoptreCiçdn de$ monnaies, et la Revue des sociétés savantes, y. 510.

' Dictionnaire historique j I. Discours préliminairr, pj^ge 8.

taire ou forcé sur les révolutions qui y ont été opérées. Sans dire comme un pamphlétaire d'il y a trente ans * que Vhistoire de la Savoie devint un mensonge perpétuel, on peut se convaincre, par les témoignages les plus désintéressés, des circonstances fâcheuses qui ô turent à la plupart des travaux publiés sur ce sujet la sincérité et la critique. Guichenon n'osait écrire une ligne qui n'eût été pesée et mise au creuset de Turin ^\ et le cardinal Gerdil avouait que la lecture des pages les plus vantées de cet historien faisait hausser les épaules ; Denina, dans la préface de son Istoria delV Italia occidentale, indique les travaux considérables du P. Lama, dont le manuscrit fut payé fort cher, puis caché parmi les papiers secrets des archives de cour, comme suspect d'indépendance et s'écartant de la réserve qu'un sujet doit garder sur les affaires publi-

Îjues ^. Il ajoute que, jusqu'au XVIIP siècle, 'histoire de Savoie fut scelleratamente tratlata. Muratori lui-même eut beaucoup de peine à obtenir l'autorisation de lire quelques documents des archives royales et il lui fut interdit de les publier *.

L'abné Pasini, qui professait à Turin vers le milieu du XVIIP siècle, écrivait chaque jour le récit des faits contemporains; mais il ne

* Etat de la Savoie en 1833.

* Bayle. — Dictionnaire philosophique.

' Ce» manascrito se composent de trois volumineux in-folios et de quantité de pièces justificatives dont le dépouillement exigerait plusieurs mois d'étude. (Lettre de M. le sénateur Castelli du 3 février 1865.)

* Rerum italicarum» XXIIl. — Préface de la Chronique du Mont fer rat.

confia son secret à personne et cachait les cahiers de son manuscrit derrière les livres syriaques et hébreux de la bibliothèque. On les découvrit par hasard, en 1803, dispersés sur les tablettes et dans les armoires. Le P. Semeria, qui publia en 4831 une histoire de Charles-Emmanuel II, où il utilisa ces papiers, raconte le fait sans en paraître surpris. Lorsque le curé Besson publia ses Mémoires ecclésiastiques (1759), il fut abreuvé de dégoûts, et se plaignit en termes assez vifs de 1 indifférence et de la jalousie de ses contemporains :

c Mon projet a passé pour ridicule et extravagant auprès de bien des gens de ma robe. Ma perquisition dans les archives n'étoit pas bien reçue ; et j'ai souvent essuyé le sort du bœuf de la fable, qu'un chien couché sur un tas de foin empêche de s'en approcher par ses abois. ]»

Le comte F. dal Pozzo raconte avec infiniment d'esprit quels étaient avant le XIX® siècle les procédés de la cour de Turin à l'égard des écrivains indépendants. Lorsque Terreur, sous toutes ses formes, a présidé ainsi à l'éducation d'un peuple, il est malaisé de dissiper d'un seul coup cette atmosphère morale viciée depuis des siècles. L'histoire la plus fidèle d'une nation est écrite dans ses lois ; cette source même nous échappe.

Les Statuts d'Amédée VIII furent réimprimés en 1586, sur l'ordre de Charles-Emmanuel, avec des suppressions capitales (Multis in locis emendata, porte le titre de l'édition de Nicolas Bevilacqua). Ainsi, l'acte de votation y devient une simple promulgation ; les députés des trois ordres perdent leur qualité de délibé-

rsuats p,Qiur y de venir des témoio^ muets, etc. n est prouvé aujourd'hui, de l'aveu de§ plus éminents critiquer, que les recueils officiels du maître des comptes Alexandre JoUy ^ , du sénateur Borelli et du ministre Mellai^ède iw doivent être consultés qu'avec une extrême circonspection. Toutefois , l'avocat Gaspard Bally put, grâce au contrôle indépendant du Sénat de Savoie (1679), rédiger sa cx^mpilation avec plus de fidélité.

Lorsque Capré de Mégève publia à Lyon (1662) le Traité historique de la Chambre des comptes, c'était l'opinion commune qu'il y cacha de propos délibéré bien des points essentiels * ; et l'auteur de la magnifique et consciencieuse collection des lois et édits ^ blâme en plus d'une occasion la foiblesse ou V obéissance dés chroniqueurs et des annalistes, et accuse les historiens de Savoie d'avoir été généralement peu exacts et peu curieux. Beaucoup d'originaux furent perdus ou détruits ; les textes antériem^ au XVP siècle ne furent publiés qu'après qu'on les eut expur^jés ou interpolés % et les travaux historiques, rédigés avec le même

* Même quand il est sincère il n'est pas toujours eiaci. j^insi il donne, aux folios 38 et 39, un Edit du duc Charles III sur le domaine, daté de Turin le 21) octobre 1555. Or, en 1555 les Ftancais occupaient Turin, et Charles était mort à VerceiJ en 1553/

* l^niar. -^Bistoire du Sériât. Tome II, page 76.

' i^uboin. ^^ RaccoUa per ordine di materie deUe kaggi, firQVt)idmxe, e^iui^ mQ>nifes(h «ce* deW anno lQ%h sino llèQ. -r rormp, 18X8.28 volupes in-folio de chacun 1,200 à 2,000 pages. Tonte l'histoire du peuple est là.

* Consulter, k ce propos, les dissertations du marquis Costa et d6 F. dal Pozzo et les intitulés des Recueils de lois ou fie CO.u4^ru9S imprimép en 1586, 1679 et 1684.

esprit de méfiaoce ou de flatterie, ne rtepro^* diiiseut pas, à coup ^ùv, l'histoire sincère du pays. Depuis le chanoiue Paradiu (1550) jusquà Tabbé Fro/A^l (1827), ces écrivains, à qui jadis Ton attnl)ua le monopole de puiser aux sources, eurent le toi! de st* pi'êter aux vues étroites de certains ministres, et d'accommoder l'histoire aux tendances des cours ; ce sont eux qu'atteint le mot brutal de Joseph de Maistre : VhiMoire est une c-onspiraimn permanente contre la venté \

Au moyen-âge, le passé ne comptait pas; le présent était tout pour celui qui ne se fiait qu'à son épée, et dont l'horizon moml ne dépassait point les limites de sa seigneurie. De temps à autre, un moine, prêtant Toreille aux bruits du monde, notait jour par jour l'histoire de son monastère, et consignait les faits, vrais ou faux, qu'il entendait raconter par les pèlerins et les marchands. C'est ainsi que fut écrite, vers 1060, la chronique de l'abbaye de Novalèse en Piémont. Au XI V« siècle, puis au XV^, les récits se multiplient avec le nombre des voyageui^ et des lettrés. La chronique en langue romane de la grande patrie de Savoie'^, les chroniques latines de Machanée, des moines de Uautecombe, etc., fournissent ça et là (juelques éléments sérieux à la critique historique, au milieu d'assertions inexactes et de faits imaginaires. Vers 1463, Servion écrit en français une chronique de Savoie, pendant que son maître, Philippe-sans-Terre, le fils turbulent

' Considérations sur la France. Edit. de Làasanne, 1796.

* Archives royales de Turin. — Storia deUa reoX casa. (Storie p^rticolari. IX.)

du duc Louis, est enfenné au château de Loches. Je me suis mis d ce livre en y passant le detiil de ma tristesse et déplaisance, dit-il en s'adressant au loctour. (îe début ne vaut-il pas ceux si vantés de Villani et de Froissart? L'auteur anonyme de la Relation des événements et singularités qui ont été observés pendant la régence de très illustre dame Yolant de France \ avec la même grâce que Servion, n'en a point les allures familières ; il se ressent déjà du contact des courtisans ; trop de précautions et l'abus des flatteries gâtent le naturel de son récit. En 1508, Claude de Seyssel, homme d'église et homme de cour, effleure à peine l'histoire de son pays dans ses Histoires singulières de Louis XII. Vax 4515, Symphorien Champier publie ses Grans Chronics de Gaules et Savoye, qui rappellent les narrations chevaleresques de Froissart et la narquoise bonhomie du sire de Join ville ; mais au talent de conter ne se joignent encore ni la sagacité politique de Comines, ni l'esprit d'observation de Villani. La critiaue historique va naître avec l'italien Guicharain, que ne sait pas imiter Paradin, et dontTabouet^ et Philibert de Pingon ^ suivront mieux les traces; seul, René de Lucinçe, dans son beau discours sur la manière de lire Vhis-

* AR. TURIN. — Siorie ftariicolarU XHI.— Une faut pas confondre cette chronique inédite avec celle de Lambert, secrétaire de la duchesse, publiée par Menabrea.

' Procureur pour le roi au Parlement français de Chambéry f 1557-1 560), il écrivit un abrégé historique (Geriealogia prineipum SabaudiœJ qui servit de modèle à ceux du président Hénault.

' Pingon, baron de Cusy, dont Guichenon a utilisé les volumineux manuscrits latins, doit être considéré comme ayant le premier fouillé les textes et défriché Vhittoire de Savoie.

toircy devance les modernes ; mais Tamertume d'une vie perdue par excès de grandeur d'âme le fit se condamner de lui-même au silence. Ses mémoires latins sur les négociations diplomatiques (1572 à 1585) sont le modèle dû genre. Un siècle plus tard, Tavocat Samuel Guichenon, sacrifiant sa conscience aux caprices de la raison d'Etat, imagine avec beaucoup d'art une Histoire de la Maison de Savoie, dans laquelle il ne sera ni chroniqueur, ni philosophe, ni critique, ni citoyen. Ses livres cependant, pleins (l'érudition, ont fait les frais de toutes les histoires générales de Savoie publiées jusqu'à ce Jour : Thomas Blanc a abrégé Guichenon [Abrégé de VHist, de la Royale Maison de Savoie, Lyon, 1668,3 vol. in-32); Chilliat a abrégé Thomas Blanc (Abrégé de VHist. de Savoie, Paris, 1697); Ferrero de Labriano a copié les sommaires de Chilliat (Hist. généal. de la roy. mais, de Savoie. Latin-français, avec portraits gravés. Turin et Annecy, 1702, un vol. in-folio) ; V Essai hist. sur la Maison roy. de Savoie , de 1779 (Monet , Chambéry, in-8o); V Abrégé de l'abbé de Martilly (en vers, 1780) ; la Notice hist. et géog. de Lullin rChambéry, 1787, in-8«) ; Y Abrégé de 1820 (Annecy, feurdet, imp., in-12), ne sont euxmêmes que des extraits de Guichenon et de Thomas Blanc.

Guichenon, qui trompe moins par ses récits que par son silence, protestait dans ses livres de son indépendance à la façon de ces gens dissimulés qui répètent sans cesse : Je suis franc ! On lit dans son avis au lecteur, au livre vi du tome m de YHistoire généalo^ gique :

a Quoy que les bistoriens ne soyent point ob)i^^é« de donuer des cautiuiis et des garants des choses uu'ils escriveiit et (jij(î ceux qui ont la curiosité de lire leurs ouvra}<os se doivent i'iv.v A leur proiiité, je conjure le lecteur dç don/ier créance à ceste compilation ; car, outre que je nonnne les lieux d'on j*«y tiré loule/S les |>ièces avec désignation de ceux qui m'en ont fak la (ronnuunication, je fais prol'ehsion d'honneur et de ne jarnais rien laire par complaisance (|ui me puinse attirer du hiasme ou do reproche. >►

MallicmcMisonuMit, il cmvjiit, l(î20;ivrll 1055, ;iu manjuis fie fMaiiozzc, uno hîttre ({ui cornpromettait siîij^nilièrciruMit s(*s pri^lontiorjH an. riîpjorisme :

« J'uy assiez de luéntoh'tin et de matières |M>ur escrire la vie ilu duc E/ninanueUPhililmrl ; maif<, co«mno je sut^ ob%é, Mk'., de ourler de doiui Matilde ', de son niariafçe avec leu M-' u'Albiîffiy et de vous, je ne le veux pas entreprendre que V. K. ne lut^ii prescrive ellemême les termes jKnjr ne rieji Hiire qui lui puisst» désaîjrécn*. »

i^uandil iiiscrivail fij iHv ilc s<jn lirre ano* nyme'^ qu'oji ne lui porniit pas (l'iriiprirn<*r f)OUr ne /uw c}iO(iuer ceux de ypiris^''\ celt^* lière pi'ol(*sla(ion :

« Je suis François de uaissanc^î et de party ; je .^-uis pej'sonne qui n'ay point de dépendaru:e ni de commandement d'escrire -, si je cèle mon iH>m, ce n'est poiat crainte d'aucune chose (|ui m'y ohlij^e, puisque je vis

' i''iUu naturelle d'iâiiioiainiel-f hîtihiti-l el arrièrn grnndmhre du riuirquU de VUxucz/Ai.

' Voir la rcauirquabio étude de crjUiiue |iabiiée en li50*i uar l(; marquis Cosfa de Beauregard, souii le titre de : RecherchfK uurUbvfé anonyme, ouvrage iivédii de Samuel Guiefienmi.

=» AR. TORI^'. - Lettre du comte d'A^K^ à Gnî«»h<»iioii ; 7 noCii 1655.

en nn royaume où le» langues né sad»! pas pH9«nmèref( nj les plumes esdaves. >

n n'hésitait pas, avec la nirnie encre, à dire an comte d'Agtié :

^ Je n'ay entrepris celle pièce que poui* phire à leuFs Ahesses Royales et détendre leur» mléréftfr ; je seray toujours saUsfeit quand je femy ce qu'elles me voudront prescrire \ »

La correspandance échangée à cette époque entre Gnichenon, Capré * et le marquis de Piane^^ze, donne le ton de la sincérité hrstoriqne du XVIF siècle, et fournit une preuve de pîtis deTécailque l'intérêt des hommes maintiendra toujours entre la vérité absolue et les vmtés relatives.

Quand on n'a pas pesé sur les historiens ou qu'ils n'ont pas été vendus, on a toujours cherché à se les attacher par la flatterie. C'est encore Guichenon qui nous en fournit une des preuves les plus piquantes par son récit de la surprise de Tmîn (Itist, Savoie, il, 936) et la lettre écrite à ce propos par le marquis de Lnlliniç, le i5 fémer i657. Après Guidhrenôn, Thomas Blanc résuma en trois volumes l'his-

* ItOitre du 9 npveHibrc 1665. — Les Mémoires de iSioola!i Choftet fAtad. delph., 1867) contiiînnent dï? piqtrantcs rf£\€haitîotts sur le caiiactèité de 6oa eoiitenipciraiii' (sr^iehenom et \e rôle de GregoFlo Letti et de yill(»ri0 Sirt^ emplôyié» tour à tour comme diplomates on historiens prar les cabinets de Turin et de Saint-Germain.

* CAfté écrit à Gtelcherwn-, le 4 jnilfet 1654, lY^njoufs à propos d» tirfe anonytno sur le titre royal : On ttwive volrfe livre earrdiHE et rare ; iiotts verrou», quaiit- à l'impi^ssiôn, si la pblW ^në pe^mettiia'qn'cm aill^ s^giiar îàt'gttm avee* )é9 y^nftîéil^ ¥^reàliti» «t Cpênois, qtti sont ces a«i)i^esHâi ftsàes Méli* ay«& l«llM^ebfcs.

En 1852, (îlaûde Genoux publia un résumé de V Histoire de Savoie (in-l2 de 480 pages, Annecy), dont les excellentes intentions ne rachètent pas les erreurs de faits et de dates.

En 1853, Joseph Dessaix écrivit, dans un sens libéral, avec une verve toujours lieureuse et de piquantes réflexions, les premiers chapitres aune Histoire de Savoie racontée aux enfants (in-12 de 120 pa^es, Annecy), travail resté inachevé, dont je citerai une phraç^e expressive :

«[ Dans les temps paessés, on écrivait Thistoire pour les enfant!» des rois ; moi, je Fécris pour les enfants du peuple, de ce malheureux peupla trop oublié, et qui aurait fait ombre aux grandes figures de rois enluminées par les Guicitenon et autres historiographes de cour. Les classes laborieuses, souveraines par rintélligeiïœ et le travail , réclament leurs pages dans l'histoire . »

Plus récemment, Ed. de Barthélémy et la princesse Belgiojoso (Paris, 1859-1861), avec leurs compilations sur la Maison de Savoie, retombèrent dans les préjugés du XVIF siècle, niai coiTigés par les tendances italiennes ; ce sont des pamphlets plutôt que des histoires.

A Turin, le comte Sclopis, le comte Litta, les avocats Ricotti, Barroni, Carutti, et surtout le comte Cibrario, ont publié des travaux de pifemier ordre sur l'histoire générale de lâ Savoie ou les histoires particulières des prine^. Je ne parle que pour mémoire des coK lections considérables de textes originaux itn^ primées sous les auspices du gouvernement piémontais, et qui ont continué dignement la céJèbf e compilation de Muratori. (Hèrum iia^ licarum scriptores ab anno 500 ad oinnuitH

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4500; — Antiquitates Raliœ medii oevi, etc.^ 1672 à 4750) ; les Monumenta historiœ patriœ, la Raccolta délie leggi, le recueil des Traités publics, etc., sont pour Tétude des sources aussi abondantes que sûres.

En dehors de ces livres consciencieux et par conséquent durables * , à part quelques publications récentes de ce que j'appellerai 1 école historique franco -savoyenne *, on ne trouve dans la quantité des mémoires académiques ou des écrits de circonstance que peu de faits justifiés et moins encore de vues comparées. C'est le sort de certains savants, enfermés dans un cercle tellement restreint qu'ils n'ont d'autre ressource que de s'attaquer l'un l'autre à propos de Fàge d'un morceau de fer ou de l'orthographe dun vieux nom^

II y a bien des manières d'écrire l'histoire ; toutes ont leur attrait et toutes ont leur péril ; les plus séduisantes ne sont pas les moins

* Ce rapide coup d'oeil sur ceux qui ont écrit historiquement de la Savoie n'étant pas un index bibliographique» je crois inutile de citer quantité de compilations, d'écrits spirituels ou de travaux d'érudition pure que j'ai dû, par conscience, lire et analyser, mais qui ne m'ont pas servi. Je note an passage les manuscrits de PhiUbert de Pingon ; l'histoire de Savoie, en italien, de Joseph Cambiano ; les Mémoires inédits de René de Lucinge ; le manuscrit italien de Geoffroy Pacomel ; les vers héroïques latins et français de l'évêque Delbène, d'Honoré d'Urfé, de Jean Frixat, d'Andréa Alberti, et tutti quanti^ etc., etc., etc.

* Il faut citer V Histoire du Sénat de Savoie (1865), par M. Burnier ; VHistoire des Chevaliers- Tireurs (1866), par M. André Perrin; Les Franchises de Saint-Genix d'Aoste (1868), par M. Naz, etc.

^ C'est un triste emploi de l'érudition, a dit M. Daru (Histoire de Bretagne), de ne la faire servir qu'à répandre des doutes sur rhistoire et à détruire ces traditions nationales qui entretiennent chez les peuples l'amour de la gloire et dé la pstrie.

dangereuses. Si Ton écrit en érudit, on risque fort d'être ennuyeux ; en philosophe, on moralise dans le vide ; en annaliste, on se perd dans les particularités; en romancier, tout n'est que fcruit et couleur; en juge, on est taxé de présomption. Et pourtant, il y a une place entre les érudits modestes qui s'ensevelissent dans la poudre des archives et ces peintres passionnés qui jettent une époque en pleine lumière et qui la retournent plus vivante à tous les regards ; à quoi bon citer tant de témoignages si on ne les résume pas? Il n'est pas d'opinion qu'on ne s'expose à heurter toutes les fois qu'on essaie de marcher libre au milieu des systèmes. La synthèse devient un crime et l'analyse un travers. La suppression d'un fait oiseux vous est reprochée comme une lacune ; si l'on néghge une date connue, c'est preuve d'ignorance ; fait-on marcher de front les faits simultanés qui, de divers pays, convergent dans un même sens et 'dont la relation comparée dissipe certaines ombres, on sort du sujet, on s égare. Emet-on une idée nouvelle*, c'est de la fantaisie; cite-t-on un fait tombé dans le domaine public, c'est un eniprunt.

Ces fâcheux de la pensée ne sont pas nés d'hier. Il y a des gens, disait Pascal % qui voudraient qu'un auteur ne parlât jamais des choses dont les autres ont parlé; autrement on V accuse de ne rien dire de nouveau. Mais si les matières qu'il traite ne sont pas

Ml y a des choses qu'on n'aperçoit et qui ne prennent au vif que du jour où elles sont dites d'une certaine manière. (Sainte-Beuve. — Portraits contemporains, II, 351.)

< Pensées. — Edit. de 1824, l'e partie, X, S I^' V^S^ ^^'

nouvelles, la disposition en. est neuve. Quand on joue à la paume, c'est une même balle dont on joue Vun et Vautre; mais l'un la pla>ce mieux.

Aussi bien, le seul parti à prendre est d'exprimer son opinion personnelle sans avoir souci de satisfaire les prédilections ou les rancunes d' autrui. C'est dans ce sens que Qiâteaubriand a dit : Linexorahle histoire repousse les systèmes les plus ingénieux lors^ qu'ils ne sont pas appuyés sur des documents authentiques * . Je n ai donc procédé que des faits recueillis aux sources, et ces sources sont inépuisables.

Il n'est pas de pays dont les archives publi-

3ues aient subi plus de vicissitudes que celles e la Savoie. Ce fonds commun des souvenirs et des actes de la nation, cette source unique des travaux historiques sérieux, devraient être conservés avec sollicitude comme le plus précieux des trésors. La mission des gardiens de ces dépôts publics est souvent mal comprise ; on oublie trop que l'âme d'un peuple est ensevelie sous ces amas de papiers poudreux et déchirés. Les hommes d'aifaires du moyen-âge n'attachaient aux archives qu'un intérêt immédiat de possession ; les princes les retenaient comme autant de titres de propriété, les communes comme la garantie écrite de leurs privilèges. Mais les parchemins relatifs à la réunion des assemblées délibérantes , au répartement, au recouvrement et à l'emploi des taxes, à la procédure criminelle, une fois l'assemblée dissoute, l'impôt payé, la sentence exécutée, ne

^ Introduction aux Etudes historiques.

paraissaient plus utiles, étaient quelquefois même considérés comme gênants, et négligés ou supprimés ^ C'est un hasard lorsqu'on retrouve le texte des enquêtes, le procès-verbal des délibérations. Quelquefois, les bourgeois d'une ville, inquiets de la conservation des rouleaux de parchemin qui constituaient leur livre d'or, prenaient certaines mesures de précaution. En 1496, les syndics de Chambéry, émus par les nombreux passages de soldats suisses, de lansquenets et autres mercenaires, qui se rendaient en Italie, et redoutant les suites d'une émotion populaire ou d'un caprice de soldat, firent décider par le Conseil de ville que les franchises de la commune, transcrites sur vélin, reUées en bois et en fer, seraient attachées par une chaîne dans un réduit de pierre, près de l'autel, dans le chœur de l'église de Saint-Léger. Les bourgeois du Chàtelard, de Thonon, d'Yenne, de Sallanches, etc., n'ont pas eu ce soin pieux. Aussi leurs archives se réduisent-elles à quelques chartes déchirées, à quelques registres épars.

L'institution en Savoie de la Chambre des comptes (1295), du Conseil de justice sédentaire (1329), de la Chambre des monnaies (1358), avait pourtant créé, par le seul fait de l'existence de ces compagnies judiciaires, des dépôts pubUcs dont l'importance augmentait chaque j.our. La pratique des affaires, le besoin de recourir à des précédents, de réduire en lois écrites des coutumes et des habitudes, eurent vite montré l'intérêt social et politique des

* L'avocat Pillet a écrit en 1861 des choses fort justes sur les Documents ]^ublics de la Savoie et la conservation des mo' numents historiques.

archives. Dès le XIII® siècle, le transfert des archives fut ordonné dans la grosse tour du château de Chambéry ; ce fut un dépôt central qu'on interdit de déplacer, mais dont la porte resta fermée. Les princes de la maison de Savoie crurent longtemps qu'il était d'une bonne politique de dissimuler, même aux érudits, les arcanes de leur gouvernement ^ Aujourd'hui, les savants conservateurs des archives royales livrent sans réserve leurs précieuses collections, et poussent la courtoisie jusqu'à indiquer les cartons négligés où dorment les dépêches diplomatiques et les récits qu'on aimait jadis à soustraire à la curiosité de l'histoire.

Aux XIP, XIII® et XIV® siècles, les Allemands brûlèrent les archives des châteaux de Suze*, Aveillane, Turin. Les incendies, qui plusieurs fois éclatèrent dans le château de Chambéry, firent aussi éprouver des pertes sensibles. En 4536, lors de l'invasion des Français, des serviteurs trop zélés voulurent soustraire aux magistrats du nouveau Parlement les titres les plus précieux de la cour de justice et des archives ducales ; les uns furent portés à Turin, d'autres égarés, un certain nombre cachés dans un tombeau de la Sainte-Chapelle,

* Au XVllIe siècle, il fallait un billet royal pour obtenir communication, dans un intérêt même privé, des documents déposés aux archives de Turin ou de Chambéry. La Raccolta 4e Duboin rapporte à ce propos le cas du prêtre Donadei (26 juin 1713). Muratori, Sclopis et le comte dal Pozzo, ont cité de piquants détails.

* En 1174, Frédéric Barberousse y brûla tous les titres de la Maison de Savoie. Guichenon dit naïvement à ce propos : Le malheur n'eut pas été trop grand si Frédéric, pour se venger, 86 fût contenté d'exercer sa colère sur dei habitants, des pierres et des meubles.

d'où on les retira en 1559. Lors des invasions de 1600, 1630, 1690 et 1703, des articles particuliers de la capitulation réservaient le sort des archives \ En 1601, après le traité de Lyon, remise fut faite à la France de tous les titres concernant les provinces de la Bresse et du Bugey, échangées contre le marquisat de Saluées. On agit de même lors de la rectification de frontières avec Genève en 1754, et avec la cour de Versailles en 1760. En 1720, lors de la suppression de la Chambre des comptes de Sorvoie, ce qui restait à Chambéry de ces précieux documents fut transporté à Turin *. Les archives du Conseil de justice résident de Chambéry (de 1329 à 1536) furent aussi portées à Tunn, partie en 1536, partie en 1720 ; ce qu'on en rencontre dans les archives actuelles du Sénat ne consiste guère qu'en quelques registres oubliés, des procédures incomplètes, des copies de titres féodaux ou ecclésiasti-

aues, dont la production devant le Parlement e Chambéry ou le Sénat de Savoie fut nécessaire^. Les accidents, les vicissitudes de la politique et les exigences administratives ne lurent pas les seules causes de la dispersion et de la perte des archives ; la rage aveugle des

' Les titres et papiers relatifs aux Etats d'au-delà les monts seront, après inventaire et triage, transportés à Turin, et ceux de Savoie retenus.

' Rouleaux contenant les comptes particuliers des Châtellenies, ceux des trésoriers de Savoie ; registres des informations et arrêts de la Chambre souveraine, titres produits à l'appui des procédures, etc. (Depuis 1295 jusqu'en 1720).

^ En 1802, le gouvernement impérial avait obtenu la restitution de documents fort intéressants pour l'histoire du moyenâge ; le cabinet de Turin les' fit réintégrer en 1824 dans les archives du royaume.

partis compléta l'œuvre du temps ou de Tignorance *.

En 1536, rinvasion bernoise détruisit dans le pays de Vaud, le Chablais et le Faucigny, des documents dont la perte est irréparable; de 1590 à 1600, les protestants de Lesdiguières et les Espagnols d'Olivaros commirent les mêmes excès en Maurienne et dans la vallée de Flsère ; le vandalisme de 1793 fit table l'ase de ce qui restait dans les abbayes, les églises, les châteaux, les maisons de ville *. A Thonon, les titres du château des Allinges, formant la charge de quatre charriots à bœufs, furent brûlés sur la place du marché, aux applaudissements insensés de la foule. Ce triste exemple fut suivi partout ^ Comme s'il avait suffi de déchirer un papier pour rompre un contrat! comme si les devoirs et les droits de chacun n'étaient pas plus profondément gravés dans la conscience publique que sur un lambeau de parchemin !

Il reste à Chambéry les Archives dy, Sénat de Savoie *, les Archives mu7iicipales ^ et les an-

* Au Sëoat, le registre secret n<> iv a pour reliure une longue bulle de Martiu V aux religieux bénédictins d'Ambronay (1417 à 1431) ; superbe parchemin recouvert d'une fort belle écriture.

* Le 19 juin 1792, Condorcet, pris de folie sans doute, fit décréter d'urgence par la Convention la destruction de tous les titres ecclésiastiques et féodaux existant dans les dépôts des administrations départementales et municipales.

^ Pour ce qui se passa à Moûtiers le 29 juin 1793, voir PREUVES, no XCII.

* Ces archives sont, h vrai dire, les titres de noblesse de la magistrature savoyenne. 11 serait digne des hommes éminents qui en sont les chefs d'ordonner que ces milliers de titres fussent vérifiés, classés, et qu'un inventaire détaillé constatât r existence des documents uniques qui y sont déposés.

s Ces documents sont, depuis plusieurs années » dans des

eiennes Archives de V intendance aénéraW y^our lesauelles il serait à désirer qu on revînt aux traditions de l'ancien régime *.

Il faut citer aussi les Archives ecclésiastiques des évôchés de Saint- Jean de Maurienne, de Tarentaise et d'Annecy, où Ton est mieux accueilli que du temps du curé Besson, et les Archives municipales qui, si Ton n'y prend garde, ne seront bientôt plus qu'un souvenir ^ Quelques collections particulières et les papiers des anciennes familles de la Savoie permettent encore des découvertes précieuses ;

eames scellées entreposées dans la galerie des archives à la préfecture. L'inventaire en a été brûlé lors de l'incendie du théâtre en 1864.

' Lors de lannoxion de 1860, le gouvernement piémontais fit transporter à Turin les titres féodaux, les registres doma* niaux et les inventaires ecclésiastiques. La revendication de ces documents, mal engagée dès le principe, n'a pas abouti ; c'est un bien pour les études ; nulle part mieux qu'à Turin ces collections, corollaires naturels des archives de la Chambre des comptes, ne seront classées dans leur ordre et rendues d'un accès facile. D'ailleurs, quand il s'agit de documents ou d'objets d'art, la décentralisation n'est plus que de Téparpillement et devient une lourde faute.

' 11 y a dans le château de Chambéry des archives remplies de titres et livres terriers relatifs aux domaines de »a Majesté et à ceux des vassaux ; on a fait un répertoire des noms, toujours au courant, et un inventaire net et bien raisonné, afin que le public puisse se faire prAter les documents qui lui seront utiles, sans rien payer, mais avec une permission par écrit et les précautions d'usage; rarchivistesecrétaire est un sujet fort entendu et dont le public se loue. — Ceci se passait en 1756. (Instructions données par le général des finances de Grégory à l'intendant de Savoie.)

' J'en excepte certaines communes dont les maires ont à rœur de sauver ce patrimoine public : ainsi Montmélian, Saint- Pierre d'Albigny, Bourg -Saint- Maurice , Beaufort, Evian. Rumilly, Samoëns. Moûtiers, etc. (PREUVES, n»* LXXX et LXXXVl.) Un document officiel signalait récemment las deux départements de la Savoie parmi les cinq qui n'ont encore publié aucun inventaire*

mais c'est à Paris, Grenoble, Bourg, (îenève, Lausanne et surtout à Turin qu'il faut aujourd'hui aller chercher toutes ces richesses inédites que renfermaient les collections savoyennes et à travers lesquelles il est à la fois si intéressant et si malaisé de suivre les évolutions du génie national de la Savoie.

Les sociétés savantes de la Savoie, et en particulier la Société savoisienne d'histoire et a archéologie de Chamhéry, suivant l'exemple donné avec tant d'autorité, à Turin, par l'Académie royale des sciences et arts, à Genève par la Société d'histoire et d'archéologie, à Lausanne par la Société d'histoire de la Suisse romande, ont rendu de grands services mr la publication de documents inédits dont 1 existence était ignorée ou de pièces dont la lecture devenait difficile à d'autres qu'aux paléographes de profession. Les matériaux sont devenus si nombreux que l'essentiel n'est plus dans la découverte mais dans le choix.

Quant à l'emploi des documents originaux, il a varié avec les interprétations de la méthode historique et surtout avec l'esprit du temps. C'est ainsi que, jusqu'à nos jours, la préoccupation constante des ministres piémontais ayant été la reprise de Genève, qui n'a jamais cessé de faire partie des Etats de Sa Majesté, disait-on encore à la veille de 1792 *, les his-

* Archives du Sénat. — Nous regardons messieurs de Genève comme sujets de S. À. R. (le sénateur Deville en 1674) ; il est de principe qu'on considère Genève comme faisant partie des Etats (le ministre Mellarède , 4 septembre 1728) ; vos sujets de Genève (le président Astesan, 9 juin 1749) ; les chefs de famille habitant les paroisses qui demeurent usurpées par vos sujets de Genèvt (le baron ^q MontaiUenr, 7 octobre 1764).

toriens officiels, les seuls à qui Ton permit d'écrire, n'ont pu dire de auel poids la liberté de cette ville a pesé sur les destinées de la Savoie. Tout un côté, et l'un des plus curieux, de la vie morale et politique du pays est rejeté dans l'ombre. ^ ^

Cette petite républiaue, perdue au pied des Alpes, a eu pourtant la singulière fortune de jouer un des plus grands rôles de l'histoire. Sa mission fut d'être l'asile des opinions persécutées et des libertés compromises *. C'est à Genève que César inaugure la guerre des Gaules ; c'est à Genève que l'arianisme bâtit ses plus solides autels et que les Burgondes rédigent cette loi du partage qui humanisait l'invasion; c'est là aussi que la nation franque, après la défaite du Midi, vint achever la conquête des Gaules. Ville catholique et commune libre, Genève devient, pendant tout le moyen-âge, comme le foyer où se retrempent les traditions celtiques et le souvenir des municipes çallo-romains. Ville protestante, elle rompt la double servitude que lui veut imposer le duc Charles III ; le XVI^ siècle tout entier s'agite autour d'elle; un instant,

* Les matériaux pour servir h l'histoire de Genève sont fort nombreux ; l'usage que les modernes en ont fait prouve combien, avec les intentions les plus sincères, mais en voyant les mêmes faits d'un point de vue différent, il est aisé de se tromper. Comparez l'Histoire de V établissement de la Réforme à Genève (édition do 1844), par Mgr Magnin, à IHistoire de la Ré formation du seizième siècle, par M. Merle d'Aubigné. Pour qui veut connaître le pour(juoi de bien des choses genevoises, il faut lire le manuscrit du secrétaire d'Etat Jean- Antoine Gautier (Archives de Genève, XVII^ siècle.) et le travail consciencieux, honnête, impartial, puisé aux sources authentiques, du pasteur Jean Gaberel, Histoire de l'Eglise de Genève (4 volumes in-d^', dont un de pièces justificatives}.

Téquilibre européen parut être le prix de sa possession. Et toujours, depuis les premières tentatives du comte Amedée V jusqu'aux jalousies du roi Victor-Amédée III, Genève restera, pour les princes de la Maison de Savoie, le ver rongeur qui sape leurs combinaisons et fait avorter leurs rêves. Il semble qu'on ait affecté de méconnaître l'éternel malaise que la conquête toujours manquée de cette enclave gênante a jeté dans la diplomatie piémontaise. Il est toutefois impossible d'expliquer certaines alliances des cabinets, certaines sympathies des peuples, sans rap-

f)rocher les faits de ces deux histoires pai^alêles, dont l'une est à l'autre ce que le levain est à la pâte.

Il en est de l'oubli systématique de Genève comme du rôle des assemblées représentatives ou Etats généraux, dont on a nié l'action et jusqu'à l'existence légale *. En 1660, Capréde Mégève ne craignait pas de contredire ce que lui-même rapporte des anciennes institutions du pays, en affirmant avec une singulière audace que la royale maison de Savoie règne depuis plus de six cents ans avec une autorité absolue '. Une autre école historique blâme l'attitude du Sénat de Savoie, cntique son indépendance, l'accuse d'abus de pouvoir et d'avoir fait au clergé une guerre déplorable ^ ; niant l'incontestable initiative du tiers-état, ses aspirations soutenues, ses progrès virils, cette école proclame qu'au XVlIfi siècle, personne,

* Voir aax Pièces justificatives le docoment n^ XI.

^ Traité hist, de la Chambre des comptes. Livre I^', ch. I^.

3 Bumier. Histoire du Sénat, tome II. page 313.

en Savoie, ne sdngeait à réclamer la liberté individuelle et celle de la presse, ou même V égalité des citoyens devant la loi. Avoir une bonne justice et payer peu d* impôts, c'est tout ce que demandait le peuple * .

Parler ainsi (Vun peuple qui, méfiant par exi)érience, a peu de goût pour les nouveautés, mais qui possède un sens droit et beaucoup de finesse, n'est-ce point en faire une multitude inerte et passive, sans émotions et sans fierté? Déjà, Joseph de Maistre avait discrédité dans Topinion le tiers-état de Savoie :

(c Le tiers-état, disait-il % n^existait pour ainsi dire

f)as* Les paysans ne se souciaient nullement de devenir )ourgeois, Quoique la bourgeoisie ouvrit un accès aux charges de Ja magistrature. En quinze ans, six personnes seulement payèrent à Chambéry les vingt-cinq louis d'usage pour acquérir ce droit. Le peuple, à cette époque, n*étaitpas encore fait pour la liberté. Lorsau'on s occupa du racnat de la taillabilité personnelle, en i 762, et de laffranchissement des censés, les asservis opposèrent beaucoup plus de difficultés que les nobles ^. » — Ou sait d'ailleurs que Tillustre écrivain, peu partisan des réformes libérales, a dit dans ses Comidéraiiom sur la France : « Le peuple réunit éminemment les trois qualités qui forcent les lois à lui donner des tuteurs : il est toujours enfant, toujours fou et toujours absent. 5>

Mais la conspiration du silence ou le laisseraller des opinions toutes faites n'ont jamais

* Mémoiret dtt l'Académie de Savoie, II<^ sériOf tome VU. pages an et 312.

' Mémoires politiques et correspondance diplomatique de Joseph de Maistre. (Édition de Pans. 1858. Tome I, page 3.)

' En Toir la cause réelle aux Pièces justificatives ; documents n<» LXXVIU et LJ^XIX (toine.Ui 4e ce tivre).

prévalu que pour un temps contre la vérité. Les faits ont une éloquence singulière ; et mes travaux n'ont d'autre but que de restituer à la Savoie les plus vrais éléments de sa grandeur. Le plan de ce travail est simple : les ori-gines^ depuis les traditions fabuleuses et les

{)remières traces historiques, jusqu'à la Réorme de Luther, en traversant le moyen-âge mêlé de lumière et d'ombres (de l'an 587 avant J.-C, émigration de Bellovèse en Italie, à 1516 de l'ère chrétienne, date de l'association de Genève avec l'Helvétie) ; — les temps modernes, depuis la diffusion de l'imprimerie et les révoltes de l'esprit d'examen jusqu'aux traités d'Utrecht, consécration de l'équilibre européen (1516 à 1713);— /a Révolution, depuis les réformes du roi Victor-Amédée jusqu'à l'annexion définitive de la Savoie à la France (1714 à 1860). Pour remplir ce vaste cadre, sans rien omettre, il faudrait dix volumes ; mes lacunes sont volontaires ; je ne développe que les faits capitaux ; je n'insiste que sur ce qui n'a pas été dit.

Encouragé dans cette voie par d'éminents esprits qui représentent, par ses côtés les plus vifs, l'art de bien dire et de juger sainement, j'ai abordé cette lourde tâche avec une inquiétude que sept années de labeur n'ont point dissipée. Plus je fouillais dans ces richesses éparses, plus je comparais le parti pris des livres à l'imprévu des documents originaux, et plus je me passionnais pour ce peuple de Savoie, aussi mal connu que ses Alpes, aussi indomptable qu'elles.

Remplissez une regrettable lacune, m'écrivait le créateur de la méthode historique en

Italie * ; faites connaître complètement un pays que le Piémont chérit et admire, et qui mérite l'affectueuse considération de tous les peuples civilisés. — Ne procédez que de vous et des faits que vous aurez examinés et recueillis aux sources, ajoutait Thistorien de Port Royal, le plus délicat des critiques, le plus perspicace ^ des moralistes ; soyez vous-même ; bâtissez sur vos propres fondements. Ne vous inquiétez pas des idées plus ou moins philosophiques de tant de gens de talent qui ont obéi à leur imaginalion plus qu'à l'exacte vérité ; vous les rectifierez ^plutôt que de les suivre. — Vous rendrez un grand service et je voudrais bien vous aider, me disait aussi celui de nos historiens qui sait le mieux ressaisir dans Fombre les hommes du passé et les jeter devant nos yeux, si palpitants de vie qu on accuse l'enchanteur de poésie beaucoup plus que de réalisme ^

Ces témoignages inespérés de sympathie, venant de si haut et frappant si juste, ont coupé court à mes hésitations. Je n'appartiens ni à un parti ni à un système ; je ne cherche dans les faits ni des excuses ni des preuves. Aussi, au risque d'être taxé de pédantisme, me suis-je fait une loi de ne pas affirmer un seul fait nouveau sans en citer aussitôt la source, publiant autant de pièces inédites par citations dans le texte, extraits dans les notes, ou in extenso aux documents justificatifs, que me l'a permis le cadre restreint de ce livre. Ce soin pourra pa-

* Le comte Louis Cibrario, qui a tant et si bien écrit de la Savoie. (Lettre du 5 seplembre 1865.)

^ Je n'ai sans doute besoin de nommer ni Sainte-Beuve ni Michelet. (Lettres des 19 juUlet 1866 et 7 avril 1867.)

raître puéril ; mais il évitera des doutes, facilitera les recherches, et surtout permettra le contrôle.

Seuls, les érudits pouvaient suivre sans trop de difficultés la vie politiaue et sociale du peuple savoyen à travers le dédale de Thistoh^e universelle ; mais aujourd'hui, tout le monde veut apprendre, et tous les citoyens ont le droit de savoir. Entre le métier qui fait vivre et le délassement qui repose, il n y a malheureusement plus de place pour l'étude approfondie et les recherches ardues. La science, la méthode, les muses se font petites filles pour entrer dans nos écoles. Le labeur lui-même est devenu hâtif, et la foule croit tout comprendre, parce qu'elle en sait assez pour effleurer tout. Est-ce un bien, est-ce un mal qu'il y ait moins d'étoiles dans le ciel et plus de flambeaux sur la terre? Insolubles questions, problèmes toujours neufs. Prouver que le progrès n'est pas f)lus* dans l'inconsistance que dans l'immoniité, que la législation procède des mœurs publiques et non pas les mœurs des lois, que dans tous les temps il y eut de mâles vertus et de tristes ambitions, c'est le dessein de ce livre. Ecrivant l'histoire d'un pays mal étudié, dont la gloire a disparu dans celle de ses princes, je veux montrer que si les dynasties, dépositaires des traditions publiques, sont le plus souvent l'expression vivante du rôle historique de la patrie, il est juste de dresser aussi la généalogie des nations. Certes, les infortunes des princes ont je ne sais quoi de grand qui s'impose au res-

i)ect, et comme un reflet du divin martyre qui es rend plus touchantes ; mais sait-on de combien de larmes est faite la misère d'un peuple?

Le triàte mot de Gomines : Quia le succès a VhonneuVy semble être devenu la devise de ces fanfarons de matérialisme dont les doctrines absurdes font la satire de notre temps. Je ne crois pas, pour si peu, la société en péril. Mais il faut saisir l'occasion, chacun dans la mesure de ses forces, de réveiller dans les consciences le sentiment réfléchi de la puissance des devoirs, de là fragilité des droits ; de rallumer dans les âmes cette flamme du sacrifice sans laquelle y disait un apôtre, tout homme n'est qu'un misérable, quel que soit son rang,^

La pensée a ses limites, le droit a ses bornes ; depuis des siècles on les appelle la religion, le devoir. Toute société qui ne les respecte pas descend à Tabime. Si l'arsenal des lois est impuissant à maîtriser une liberté dont l'heure est venue , si les nations tenues en tutelle tombent inévitablement dans l'oisiveté qui les conduit à la dépravation, puis au désordre, l'histoire, qui juge les rois comme les gueux, enseigne aussi qu'il n'y a de ressort chez un peuple que par l'équilibre entre la vie privée et la vie publique, et surtout par ce sentiment intime de la légalité qui devient comme la probité du citoyen.

« Le peuple, a-t-on dit dans un noble langage, es.t le fond ae la société humaine ; il se compose de tous ceux qui travaillent pour vivre parce que le travail de leurs ancêtres ou le leur propre ne les a pais encore élevés à l'indépendance d'un patrimoine suffisant. Le peuple est le sol vivant de la patrie. C'est de lui que part tout ce qui monte, c'est en lui que rentre tout ce qui descend V i^

• Le P. Dominique Lacordaire. Conférences de Toulouse: (Edit. de 1857, page 190.)

Entre les parvenus qui s'enferment dans le privilège, les ignorants, les impuissants, les

f)aresseux qui subissent l'arbitraire, ou les vioents qui le veulent saisir corps à corps, il y eut, et il y aura toujours, car la spirale du progrès social se continue sans jamais s'interrompre, des hommes énergiques, magistrats, prêtres, soldats, tribuns, pour prendre en main la cause . du peuple, c'est-à-dire la cause de la patrie. Ce sont les hommes du tiers-état, héros presque toujours restés obscurs. La Savoie l'a compris et, dans ses hommages, s'est noblement rendue solidaire des esprits éminents qui, à travers les siècles , l'ont maintenue à une égale distance de la démocratie sans limites et de l'autocratie sans contrepoids. Il y a trois statues sur le sol savoyen, toutes trois payées par des collectes publiques. Ces images de bronze, qui se dressent dans les villes épiscopales d Annecy et de Saint-Jean de Maunenne et dans la cité royale de Chambéry, ne sont point celles des princes, des saints ni des victorieux. Ce sont des hommes du tiers-état : le jurisconsulte Antoine Favre, le chimiste Claude Berthollet, le médecin Joseph Fodéré. Le bon sens mêlé d'ironie des Savoyens les a bien servis. Toute leur histoire se résume en ces trois types : finesse, savoir, indépendance. Heureuses les nations qui possèdent encore cette qualité et ces vertus.

Qu'il me soit ici permis de remercier les hommes aimables et savants qui se sont associés à mes travaux par leurs communications ou leurs conseils * . Après les illustres correspon-

* Je dois aussi un témoignago public à YÀoadémit de

dants que j*ai nommés, je dois une particulière reconnaissance à M. le sénateur Castelii. directeur générai des arciiivos du royaume altalie, qui, non content de mettre à ma disjKjsition les aocuments les plus rares, a bien voulu abrécer mes recherches en les dirig(;ant pcTsoimellement; à M. le procureur général Mourier, qui m*a ouvert hî précieux dépôt des archives du Sénat de Chambéry; à M. le manpiis d'Oncieu; à M. le manjuis (^osla de lieaure^ard; à M. Jules Haux, de Hourg; à M. l'archiviste Lacroix, de Valence; à M. Tabbé (chevalier, de Romans; à M. le conseiller d'Etat Stûrler, de Berne; à M. le pasteur Gaberel, de Genève, et à tant d'autres dont je citerai les noms â mesure que je ferai usag(î des documents qu'ils m'ont fournis*.— (^araetères généreux, cœurs patriotes, bien dilTérents de ces esprits inquiets dont l'érudition prend à tache de jeter le discrédit sur tout ce qui n'est pas eux-mêmes, merci! C'est à votre collaboration que je devrai le succès de ce livre, si Dieu permet que mon espérance soit remplie.

Savoie, h laquelle j'avhjs communiqué In pnrtie de ce travail qui traite du moyen-àge (10 (U â 1499;, cl qui, h pré» un exflnicn appri'fondi de pluriicurt» nioin, u volé le di'pot du inunuscrit dant» iieif ^rchivea et tt'cHl exprinit'u sur mon œuvre avec une courloltfie el un t»i-l dont je conhervii à nii*8 coilèguea une recoiinuisbanco <'gHlo & luur oinprcHsi'iii(*nt. (Conipie-rcndu de M. le chanoine Clunnou oet. bccréiaire perpélud. — Séance du 10 janvier 1807.)

* Je aollicite inatnmmcnt tout lecteur qui s'apercevra d'une erreur ou d'un oubli, qui connaitru un doruniunl jni'dit ou un déhiil négligé, do in'i'n l'aire pari, dana riniéif^l de la vérité historique. Un travail comme le noire ne contient presque pas de point qui no soit sujet à des retouches ; l*' court det annéer amène et fait toriir dn document i nouveaux oui nécehtairement ajoutent ou corrigent quelque choèe a ce quon iavaU ei a ce qu*on avait écrit.

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