AVANT-PROPOS
Si, tout a coup, après un sommeil de plusieurs siècles, l'héroïque poussière des Hunyades, des MathiasCorvin, des Wladislas, des Capistran, des Constantin Paléologue, des Scanderbeg, des Sobieski, se ranimait ; si, rappelés, un moment, à la vie terrestre, ces intrépides champions de la Foi voyaient FEurope chrétienne marcher, en armes, au secours de ces mêmes Infidèles perpétuellement combattus par eux, quel ne serait pas d'abord leur étonnement? Une telle croisade ne leur apparattrait-elle point comme un rêve inexplicable, comme une mystérieuse illusion de la tombe?
b AVANT-PKOPOS.
Que de changements en effet! quelle transformation dans Tétat général de l'Europe !
Au XV' siècle, Tlslamisme, en pleine conquête, était une permanente menace, un péril universel ; alors la Chrétienté avait à défendre contre lui sa civilisation, son existence même; au xix* siècle, la présence des Turks est devenue une sauvegarde, une condition d'équilibre général; aussi la Croix abrite-t-elle le Croissant.
Et ce qui, dans les appréhensions de l'Occident, remplace aujourd'hui les Baïezid I*% les Muhammed II, les Suleïman P', c'est un empire chrétien, géant à sa naissance, mais affaibli bientôt par l'imprévoyant syslème de succession * qu'établit Wladimir P', régénéré, de 1462 à 1505, par Ivan III, entré , le dernier , dans la grande famille européenne, et qui, depuis Tavénettient d'un homme extraordinaire, en 1682; plus tard, sous la puissante main d'une femme justement surnommée le Grands a pris un rapide essor, et marche, sans relâche, dans les voies d'une domination toujours en progrès.
1 \\ avait, de son vivant, distribué des apanages a ses douze flls. De là, les nombreuses principautés, soumises, de nom, au grand prince de Kiew, mais, de fait, indépendantes ; de là bien des rivalités coupables, et de funestes dissentions.
( Césak Cantd, Histoire Unkef selle, Çofin» XU. )
AVANT.PÈOl>OS. c
Le théâtre reste à peu pfrès le même, mais tout le drame est renouvelé ; les rôles soflt intervertis.
De vieilles aniraosités, des rivalités séculaires ont disparu. Comme fttix temps de Philippe- Auguste et de Richard CcBurnie-Lion, la France et r Adgleterre sa donnent la tttâin ; elles ont ùoble^ lâent recominiencé leur fraternité guerrière.
Depuis loUgteinps Torage toutdit àUt fiance dé FEoroffe. Si Ton peut s'étonner, c'est qu'il d'ait pas éclaté plus tôt.
Miftià enfin l'heure des batailles a sonné, et, S€fldn Fèxpi'essioti arabe, la poudre parlé.
Que fotts iios éœurs s'unissent , se confcifl* dent en un seul vœu, en une inêfrie prière, appe* tant les bénédictions du ciel sur les drapeaux de la patrie, sur ces magnifiques armées de terre et de mer qui gardent intact le dépôt sacré de nos gloires, de notre iudépendance nationales ; qui, en si peu de temps, viennent de l'enrichir, avec tant d'éclat, et partout, admirables modèles d'héroïsme à la fois et d'humanité , savent porter si haut le grand nom de la France !
Puisse de ces luttes gigantesques sortir bientôt une paix durable; puisse le Monde ébranlé se raffermir pour longtemps sur des bases mieux assises, et les peuples renouer entre eux ces rela-
d AVANT-PBOPOi.
tioDs bienveillantes, g^g^s et garantie de la prospérité universelle !
Déjà, de mémorables événements se sont accomplis ^ d'autres sont imminents.
Un champ immense ^ sans limites prévues , s'ouvre devant l'historien. Mais le parcourir n'est pas ma tâche ; telles surtout ne seraient pas mes forces. C'est dans un chevaleresque épisode du xV siècle que se renferme mon étude consciencieuse ; c'est le dernier représentant des héros de la Grèce antique, c'est le plus éminent précurseur des héros de la Grèce moderne , et l'inébranlable défenseur de la Chrétienté menacée, dont je vais esquisser la mâle figure.
Par les proportions de sa nature morale, par ses qualités guerrières, par les merveilles d'un courage qui semble tenir de la Fable, Scanderbeg appartient à rimmortelle phalange des grands hommes de Plutarque, mais avec la Foi au cœur et l'auréole chrétienne au front.