INTRODUCTION
Coup d*œil sur le xye siècle. — D'un côté, marche ascendante de la civilisation; de Tautre^ menaçants progrès de la domination musulmane. — En face du péril, imprévoyante apathie des gouvernements européens.— Cest d'un coin de terre oublié que surgit la résistance à l'invasion turke. — Détails sur l'Albanie.
Entre le xiv* siècle, encore tout hérissé de mœurs barbares , mais gardant une foi jusqu'alors inexpugnable^ et le xvi% qui allait inaugurer, avec Tavénement du libre examen , l'ère des hardiesses philosophiques et religieuses , le xv* siècle apparaît comme une des plus mémorables époques de l'histoire. Conquêtes du génie , personnages , événements» tout y est puissant, fécond , dramatique. Durant cet âge de solennelle transition, au milieu de resplendissantes clartés , d'épaisses ténèbres, d'héroïques merveilles, de calamités lamentables, la vie sociale abonde; elle semble prête à déborder.
C'est qu'un immense enfantement va s'accomplir-
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Profondément agité, l'esprit humain secoue les liens du moyen âge; il les brise pour s'élancer, impatient de l'avenir, vers de nouvelles destinées.
Depuis la chute de TEmpire Romain, que de guerres n'avait-il pas fallu, au milieu de ces vastes débris, pour que chaque peuple se mit à peu près à sa place t A peine commençaient-ils à reconnaître entre eux quelques limites certaines, que tout à coup les limites mêmes du Monde se trouvèrent reculées.
Bientôt, comme fascinée par l'appât de Tor, l'Europe, à travers les abîmes de mers inconnues, se précipita sur des régions si attrayantes ; bientôt les regards d'un monarque espagnol purent errer parmi ses nouveaux domaines sans jamais voir un coucher de soleil. Devant la religion, devant la politique et le commerce , des routes soudaines s'ouvrirent : une incalculable puissance d'expansion développa toutes forces du corp? social; Christophe Colomb venait de déchirer le voile qui jusqu'alors avait caché à l'homme une partie de sa splendide demeure.
Vers le même tempi, un monde bien autrement vaste se révélait à la pensée, car l'Imprimerie mettait l'esprit humain en possession de lui^méme« Dès Tan 926', les Chinois avaient connu cet art mer*;
« Abel UtniJSJi'i, Journal des Savants^ nov. 4818, sept. 1820, octobre 4824.
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veilleux, sans employer néanmoins des caractères mobiles, mais des planches de bois , sur lesquelles l'écriture était gravée en relief et à rebours ; Timpression se faisait, comme elle se fait encore, à la main. En effet , avec l'énorme quantité de signes dont se compose l'alphabet chinois, il faudrait un casier immense et un compositeur multiple, pour employer nos procédés. Là dut s'arrêter leur application. Il était réservé au génie progressif des Européens de substituer des caractères mobiles aux planches et d'obtenir des caractères en métal. Cette gloire appartient à Jean Gu^temberg, de Mayence. Jean Faust ou Fust, riche orfèvre y lui procura les fonds nécessaires à l'établissement d'une imprimerie. Pierre Schœffer, de Gerusheim, en remplaçant le plomb par un métal plus dur, en découvrant l'encre ^ onctueuse propre à cet usage, en inventant les poinçons*, perfectionna la découverte.
Désormais plus d'obstacle à la propagation des idées, plus de mort pour les fruits de l'intelligence,
< Les Mdeiis, \ Taide d*un liquide analogae à ceini dont on se sen actuellement, écrivaient sur le papyrus ou le parchemin avec un roseau eittlé; la pointe en était fendue comme aujourd'hui celle des pliunes, et on en trempait Vextrémilé dans un liquide coloré. L*eucre se composait iivec les diarbons provenant de la combustion dti l^àa \ après les avoir triturés dans un mortier, on y ajoutait .mit dissolution gmnmeuse. — Voir Pline, liv. XXXV, ch. mv.
1 Ce qui permettait, an lieu de graver les caractères un à ùn^ de les fondre au moyen de matrices.
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plus d'Omar* à redouter; mais aussi, pour la conscience humaine, une responsabilité devant la Providence, égale au bienfait.
« Plusieurs écrivains avaient remarqué , » dit M. Yillemain*, <c cette heureuse coïncidence de la « découverte de Tlmprimerie avec Témigration des « lettres grecques en Occident. L'imprimerie fut a inventée à l'époque précise oii elle était le plus € nécessaire, et sans doute parce qu'elle l'était.
« En effet, ces prétendus hasards, qui ont fait a trouver tant de choses admirables, n'étaient presse que toujours qu'une réponse aux besoins et à « l'activité de l'esprit humain tourné plus particu- « Hèrement sur un objet. Toutes les allusions que
* On sait que ce second khalife ou successeur de Muhammed» cousin, à la troisième génération, d* Abdallah, père du Prophète, avait ordonné à son lieutenant d*incendier la célèbre bibliothèque d'Alexandrie, comme inutile, si les volumes qu'elle contenait s'accordaient avec le Koran, et comme dangereuse, s'ils lui étaient contraires. Un lel fait, récemment contesté, semble néanmoins, après mûr examen, peu contestable. Mais ce qui prouve qu'il faut moios en accuser le caractère même d'Omar que la fanatique ignorance de son siècle, c'est sa noble conduite, sa touchante modération après la prise de Jérusalem. Quel contraste entre ce vainqueur si humain et, huit siècles plus tard, le farouche conquérant de Constanlinople !
Longtemps, bien longtemps après le si regrettable aulo-da^fé ma* sulman d'Alexandrie, ne vit-on pas, au centre de l'Italie, sur la place publique de Florence , un immense bûcher, allumé par Savonarola, dévorer les chefs-d'œuvre littéraires et artistiques du monde antique, de ritalie moderne ?
« LascariSf ou les Grecs du xv« siècle»
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« nous avons faites à ce mémorable événement c sont (l*une exactitude littérale. La bulle du pape a Nicolas Y, en faveur du roi de Chypre, est le plus a ancien monument connu de Tlmprimerie , et se a rapporte à Tannée de la prise de Constantinople. a II est également vrai qu'un Grec, allié à la famille « impériale, Jean Lascaris, travailla dans une im- « primerie de Florence, vers la fin du xv* siècle. « Ce Grec, qui était enfant à l'époque de la prise c de Byzance, fut amené en Europe^ où il devint « célèbre par son esprit et son savoir. Laurent de <c Médicis l'envoya plusieurs fois en Orient pour a recueillir des manuscrits antiques ; Louis XII et « François I" l'employèrent comme ambassadeur à € Venise ; Léon X se servit de ses conseils. Jean a Lascaris était poète, et il a célébré la découverte a de l'Imprimerie dans une pièce de vers que Ton (i peut traduire ainsi :
c( Sur ces pages en lettres d'airain, le dieu des a Muses de la Grèce antique a reconnu les carac- « tères qu'autrefois il montra le premier, et il dit « aux Muses : « Que tardons -nous encore? Nous « sommes rappelés à la vie. La Grèce va refleurir. « Par l'industrie de Vulcain et la sagesse de Minerve, a l'âme humaine a reçu d'immortels remèdes à son ce infirmité. L'Imprimerie, comme un don céleste