LIVRE IV
mettant de restituer quatre fois la valeur des objets pris; presque sans ressources au milieu des riches, qui, loin d'assister la patrie, enfouissaient honteusement leurs trésors ; souvent même insulté par une vile populace, qui, incapable de courage, inaccessible à tout patriotisme, lui reprochait, en pleines rues, les témérités de sa résistance ; obligé d'Intervenir de nouveau entre ses deut principaux lieutenants , mais plus artif, plus résolu, plus digne du trône que jamais, Constantin faisait des prodiges, et son exemple électrisait la magnanime poignée de braves groupés autour de lui.
De tous les postes , le plus menacé, le plus périlleux, c'était la Porte Saint- Romain. Là , à côté de l'Empereur, combattaient l'intrépide Giustiniani, avec trois cents Génois, don Francesco de Tolède et une élite de soldats grecs. Deux frères, ses compatriotes, Paul et Antonin Troïlns Bochiardi , gardaient la Porte d^Andrinople ou Myriandri. Un habile archer et l'artilleur allemand Jean Grant se tenaient à la Porte Caligaria (ou Charsias]^ aujourd'hui Egri-Ka-^ pou.
Un autre guerrier, et des plus braves, défendait toute la ligne du Cynégion jusqu'à l'église de Saint-Démétrius : c'était le cardinal russe Isidore; commandant une troupe d'Italiens et d'autres soldats amenés de Chios. Peu de mois auparavant, le Safnt-Siége l'avait envoyé pour présider à la réunion des Églises grecque
et latine , d'après les bases posées au concile de Florence.
Jérôme Minotto, bayle de Venise, occupait le palais impérial des Blachernes; Titalien Jérôme et le génois Leonardo de Langosco^ la partie basse de ce même pa-^ lais, la Porte de Bois, donnant sur le port et voisine de la mer, ainsi que la tour d'Anemas,
Malheureusement les Génois de Galata , durant ce siégOi pour se ménager l'appui du vainqueur, quel qu'il fût, trahirent à la fois Turks et chrétiens : la nuit, ilg expédiaient secrètement des secours aux Grecs, et le jour, ils apportaient aux Turks l'immense quantité d'huile nécessaire pour laver, après chaque décharge^ le grand canon *.
L'ennemi fut averti par eux.
Lorsqu'à minuit Giustiniani s'approcha , les Turks, sur leurs gardes, firent feu; fracassé par un. énorme boulet, son vaisseau coula avec cent cinquante jeunes gens, élite des Grecs et des Italiens; Giustiniani n'é* chappa qu'avec peine; presque tous ses compagnons fa<* rent noyés.
Loin d'abattre l'héroïsme , ce revers ne fit que le raviver. Un Vénitien, Jacques Kok voulut brûler le pont de tonneaux qui traversait le port, et toute la flotte turke à l'ancre sous les murs mêmes de la ville. Muni de feu grégeois, et d'autres matières combustibles, il s'avança, par une nuit obscure, avec quarante jeunes
1 Dacas, xxxviii.