‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 100 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Au IX® siècle, quand les Normands vinrent deux fois assiéger Paris, eux aussi, ils traînèrent leurs barques, sur un espace de deux mille pas environ, pour regagner la Seine ; au siècle suivant, lies galères du patricien Nicétas passèrent, grâce au même procédé, dans le port de Corinthe; et les Vénitiens, en 145S, conduisirent leur flotte de l'Adige au lac de Garda. Au siège deNicée, les croisés avaient traîné leurs vaisseaux, depuis Khios» sur le golfe Cianus (aujourd'hui golfe de Mudiana)^ jusqu'au lac Ascanius; ce fut à peu près un parcours sur terre de trois lieues.

£n une nuit, quatre-vingts galères turkesoubrigantins de cinquante et de trente rames, partis de ce point du Bosphore où s'élève aujourd'hui le palais de Beschiklasch [Diploncion], glissèrent, à force de bras et de poulies, sur un chemin de forts madriers enduits de graisse, s'avancèrent derrière le champ des morts, les capitaines à l'avant, les lamaneurs à l'arrière, les trompettes sonnant, les tambours battant, toutes voiles déployées; elles gravirent la colline de Péra, et furent lancés dans le port parle vallon encaissé deSaint-Dimitri, à l'ouest de Galata.

Au point du jour, quand cette flotte, à l'ancre au milieu du port, apparut, la stupeur des Grecs fut inexprimable; (c ils comprirent que leur ruine allait « s'accomplir ; aussi la parole s'éteignit dans leurs bou- « ches, et le feu du désespoir s'alluma dans leurs « cœurs *. » Une prédiction, répandue parmi le peuple,

* Solak Zadeh.

n'annonçait-elle pas que la ville succomberait quand on verrait des flottes voguer sur la terre?

Pour compléter ce sinistre spectacle, un pont de bateaux allait s'élever à leurs yeux, ou plutôt un mâle, large de cinquante coudées et long de cent.

Fixé, d'un côté, au rivage de Galata, et traversant le golfe dans sa largeur, il aboutissait à la plage opposée, au pied des murs de Constantinople, vîs-à-vis de la porte du Cygénion. Afin d'éteindre le feu des Génois, et de foudroyer la ville, les Turks y placèrent des batteries protégées, ainsi que le mâle, par une double rangée de bateaux bien armés, tandis que les quatre-vingts galères, les troupes et les échelles approchaient du point le plus accessible, celui par où les Latins avaient autrefois em« porté la ville.

Nécessairement des deux côtés on devait se disputer la chaîne qui fermait encore Feutrée du port; aussi se livra-t-il de fréquents, d'acharnés combats. Mais le nombre l'emportait sur le courage et sur la discipline. Brûler la flotte ottomane devint donc la dernière ressource des assiégés : Giustiniani et une troupe d'élite résolurent ce glorieux incendie.

Depuis quarante jours , le feu des Turks ne s'était pas ralenti ; une attaque générale devenait imminente. Déjà une partie de la seconde muraille était détruite; quatre tours et plusieurs bastions, broyés. Cependant le courage restait toujours debout. Sans finances, réduit, pour solder ses troupes, à dépouiller les églises, en pro-

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