‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 106 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

gnait l'immense cité. Ivres de fanatisme, embrasés de la soif du pillage, les Turks montaient avec ragea l'assaut, s'attachant des pieds, des mains, des dents à ces murailles ruisselantes du sang des leurs.

La résistance des Grecs n était pas moins acharnée : déluge de feux grégeois, chaudières d'huile bouillante et de bitume fondu, meules de moulins, quartiers de roches, grêle de mousqueterie , nuée de flèches, la mort, sous mille formes hideuses , broyait les assiégeants. Telle fut l'énergie de la défense, que, pendant plusieurs heures, les Grecs, malgré leur très^petit nombre^ tinrent la victoire en suspens; du côté du port, Tennemi fut même repoussé avec de grandes pertes.

Mais ce succès devint un malheur : composés du rebut des troupes turkes, de volontaires indisciplinés, de vieillards, d'enfants, de paysans, de vagabonds affamés du butin, ou de fanatiques ardents au martyre, les pre-^ miers rangs avaient disparu sous le fer ou la mousqueterie; puis des centaines d'autres assaillants étaient tombés de même. Or, tant de cadavres, en comblant le fossé, servirent de pont à l'ennemi.

C'est alors qu'à cheval, le topouz à la main , entouré des scheiks Àhmed-Kourani et Ak-Chems-Uddin qui récitaient, tout haut, avec une ardente et sombre fer* veur, les versets du Koran sur la prise de Constantinoplé^, dirigeant lui-même de la voix et du geste ces flots d'hommes, frappant de mort tout ce qui hési-

tait , le Sulthan lança en avant ses ardents Janissaires.

A ce moment décisif, trompettes, clairons, tambours» timbales étouffèrent les cris de la douleur ou de l'effroi ; comme un mur de feu, Tartillerie des lignes, des galères, du pont des assaillants, foudroya les Grecs sur tous les points; et le camp, la ville, les assiégeants, les assiégés» tout, au milieu d'effroyables détonations, disparut dans un nuage immense.

Quoique décimés, les Grecs, néanmoins, n'avaient pas fléchi, et l'intrépide empereur ne cessait d'eiciter les siens à la délivrance de la patrie.

Mais il en est de la vie des empires comme de la vie de l'homme : quand sont venues les heures fatales, il suffit, pour en finir, du plus simple événement. Du cAté delà terre ferme, vers la tour Baclatineaf non loin de la Porte Saint' Romain j c'est-à-dire au plus fort de l'action, Giustiniani est blessé; une balle a traversé sa cotte de maille; la douleur est telle qu'il tombe évanoui. Pour le panser, on l'emporte loin du combat ^

1 L*ennemidéjà était maître de la place. Alors Giustinîani, s*étanl retiré à Galala avec les débris de ses compagnons, descendit dans Tîle de Gliios et y mourut bientôt. Ainsi l'imputation d^une indigne pusillanimité, à la vue de son propre sang , pèse sur sa mémoire. Mais, au récit de Phranzès, on aime à opposer celui de Michel Ducas. Comment admettre qu'un aussi vaillant guerrier, qui tant de fois avait joué sa vie sur les champs de bataille, se soit ainsi troublé pour une blessure? L'héroïsme a sa logique, et de telles^nconséquences ne sont pas admissibles. Dans le doute, Thistoire ne doit pas flétrir une noble vie.

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