‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 108 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

(c Misérables Grecs ! ï> s'écrie Ducas avec une patrio^ tique indignation, ce c'est à des prophéties que vous re- <c courez! C'est d'un Ange que vous attendez votre salut! Ci Ah I si, au milieu des calamités qui vous écrasent, un « Ange descendait du ciel, vous promettantd'exterminer « vos ennemis, mais à la condition d'accepter la réunion <c des deux Eglises, vous repousseriez ce moyen de salut; « ou, si vous l'acceptiez, ce ne serait que pour vous « parjurer encore !

« Ils savent si je dis la vérité, ceux qui déclaraient, c< il y a peu de jours, préférer au secours des Latins, au <c salut venant d'eux, le joug des Turks* »

Dès huit heures du matin, Constantinople entière était au pouvoir des Ottomans.

Durant trois jours, selon la sinistre promesse du Sul* than, elle subit toutes les horreurs du plus épouvantable pillage. Ëgorgements, profanations, sacrilèges, tout ce que Tinfernale imagination de barbares sans frein peut concevoir, fut consommé.

Après ces exécutions, dignes préludes de sa pré-» sence, Muhammed, entouré de ses vézyrs, de ses pachas, de ses janissaires , vint triomphalement prendre possession de sa nouvelle conquête; il entra par la Porte Saint'Romain.

Presque tous les prisonniers de marque qu'on lui amena périrent dans les supplices.

Soixante mille habitants furent traînés en esclavage , quarante mille environ avaient succombé sous le fer du

vainqueur; beaucoup d'autres, en voulant se sauver, moururent au milieu des flots.

Isidore, cet intrépide légat du Saint-Siège, qui avait si vaillaniiment combattu au poste de Saint-Démétrius, tomba entre les mains des Musulmans, mais sans être reconnu, car se dépouillant de son habit de cardinal, il en avait revêtu un mort. Heureux d'être débarrassés d'un tel ennemi, les Turks coupèrent la tête du cadavre, et la portèrent en triomphe, couverte du chapeau rouge. Ainsi soustrait à leur fureur, le prélat fut vendu comme un prisonnier vulgaire, à Galata. Mais, s'étant échappé, il gagna le Pélopbnèse, puis l'Italie. C'est de lA qu'il adressa à tous les princes de la chrétienté un touchant tableau des désastres dont il venait d'être le témoin ; il les exhortait à réunir tous leurs efiforts contre l'ennemi commun.

Pendant ce temps une flotte considérable, équipée par Nicolas V, de concert avec les Vénitiens, les Génois et les Catalans , était en mer : c'est le 30 mai , le lende* main de la prise de Constantinople, qu'elle atteignit l'île de Négrepont. Selon MonstréletS elle consistait en vingt-neuf galères, commandées par Jacques, arche* vêque de Raguse, et légat de Nicolas V, en Grèce. Sans nul doute, si cette flotte fût arrivée plus tôt, si les Hongrois avaient envoyé le secours promis, les Turks au-

*■ Commençant où finit Froissard , ses chroniques vont de \ 400 à U53.

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