‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 109 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

raient abandonné le siège, puîsque sur la simple nouvelle de Farmement d'Europe, ils eurent un instant la pensée de s'éloigner.

Dans cet ancien Hippodrome, aujourd'hui l'At-Meidani\ où un peuple dégénéré épuisait les restes de son antique vaillance en combats du Cirque, en courses de chars, comme ailleurs s'éteignaient en subtilités théologiques les dernières étincelles de son intelligence, avaient brillé autrefois, dieux et héros, tout un Olympe de marbre et de bronze. Mais avec les statues d'Auguste et autres empereurs, avec les statues de Diane, de Junon, de Pallas, d'Hélène, celle d'Hercule*, de Paris; avec la Louve à laquelle Virgile faitallusion en décrivant le bouclier d'Enée; avec le sphynx au visage de femme, une multitude de chefs-d'œuvre avaient disparu lors de la conquête des Latins, en 1204. Entre ces mains grossières , les plus ravissantes conceptions de Kart, des bronzes inappréciables étaient devenus une vile monnaie.

Parmi les anciens monuments; vénérable décoration de l'Hippodrome, trois seulement survivaient en 1455 : l'Obélisque, renversé par un tremblement de terre, et relevé par ïhéodose ; la Colonne de Constantin Porphyrogénète, qu'une inscription métallique comparait fas-

^ Traduction littérale de Texpression grecque : It7iz6^\loç lieu destiné aux courses de chevaux.

* Attribuée à Lysippe.

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tueasement au Colosse de Rhodes, et la Colonne Serpentine, qui soutenait, dans le temple de Delphes, le fameux Trépied d'or consacré à Apollon , après la victoire de Platée.

Une croyance populaire attachait à ce groupe de trois serpents enroulés et montant en spirale, les destinées de la ville ; Muhammed , comme pour prouver que l'antique Byzance n'était plus, abattit, en traversant l'immense place, une* des trois tètes avec sa hache d'armes.

Trois jours après, le sang des plus illustres personna* ges, attirés par l'hypocrite annonce du pardon, devait inonder cette même place *.

A la vue de Sainte-Sophie, de tant de grandeur et de magnificence, le Sulthan ne put retenir son admiration. Selon les historiens grecs, un ange en avait donné le plan, et, pour sa construction, l'or était venu du ciel. Les cent sept colonnes, précieux appuis de la splendide basilique, toutes revêtues des marbres les plus rarei, marbre serpentin, marbre rose rayé de Synada, marbre vert de Laconie, marbre bleu de Lybie, marbre blanc da Bosphore, granit étoile de Thessalie, d'Epire et d'E-

X En OOO, les deux autres disparurent sans que le gouvernement tnrk ait ordonné la moindre recherche pour les retrouver.

* En faisant de VAl-Meidani le théâtre du massacre des janissaires par Sulthan Mahmoud , presque tous les écrivains qui ont parlé de Constantinople commettent la même erreur : c'est sur Y Et-Meïdcmi , place où cette troupe recevait ses vivres et avait ses casernes, qu'eut lieu la sanglante exécution.

gjpte; les huit belles eolonites de porphyre, tirées de ce temple du Soleil qn'Anrélien avait élevé à Balbek (Hé' liopolis), des temples d'Ephèse, de Cjsique, d'Alexan-^ dria-Troas (Eski-Stamboul), d'Athènes et des Cyclades; ces riches tableaux des Evangélistes et des ApAtres, de! la Vierge et du Crucifix^ tous en mosaïque de verre coiorié, ces merveilles de l'art le frappèrent d'abord d'an muet étonnement K

Ensuite il Qt appeler, par un mueizin, les musulmans à la prière ^ donna lui-même l'exemple, monta à Fdutei et pria*.

Ainsi fut inauguré , dans la basilique chrétieniie,le culte du Prophète ; aux interminables controverses des Grecs et des Latins succéda le dogme musulfnaflf Il n*y a qu'un Dieu! En sortant de la notilrelle maê* quée/.4ya Sophia^ le Sultban se rendit au palais jia« périal.

Là, en présence de toutes ces splendeurs ruinées, d6 ces vastes galeries dépouillées et solitaires, de ce trÔM brisé dans le sang , une impression mélancolique effleura un moment cette âme de fer : « L'araignée, « dit-il avec un poëte persan, « s'établit, comme gardienne, « daos le palais des empereurs, et tire tih rideau stfr h c< porte; la chouette nocturne fait retentir feS vottèi « royales d'Efrasiab de son chant lugubre, v

* Voir Note» et Pièces justificatives (XVII).

* Principe filio iniquitatis suprà 8ane(am mensam loeato.

(ÛocASy XL.>

C'est ainsi qu'au sac de Carthage, Scipion-Êmilien , attendri et songeant à Rome, prononça ces vers d'Homère comme une prédiction des destinées de sa patrie : ce II a viendra le jour où la ville sacrée d'Uion et le peuple <x du belliqueux Hector seront anéantis ! »

Tandis que le conquérant prenait possession , le dernier maître de cette résidence désolée gisait sur le champ de bataille, à sa vraie place d'empereur chrétien*

Muhammed s'étant informé de son sort, on retrouva Constantin sous un monceau de cadavres, tellement dé- Gguré à force de blessures, qu'il ne fut reconnu qu'à ses brodequins de pourpre parsemés d'aigles d'or. Le Sulthan demanda sa tète, et en Gt> autant que possible, constater l'identité par des Grecs notables. On déposa, en même temps, à ses pieds celle d'Ourkhan , petit-fils de Suleïman.

Sur une place publique, consacrée par Constantin le Grand à la mémoire de sa mère, et appelée Augustéon^ Théodose avait élevé une colonne de plomb surmontée de sa statue d'argent pesant sept cents livres. A cette colonne, Justinien en substitua une de porphyre. La statue de Théodose fut fondue et remplacée aussi par une statue en bronze qui représentait Justinien à cheval , tenant dans la main gauche un globe surmonté d'une croix, et, de l'autre main, montrant l'Orient, comme son empire.

C'est au faîte de cette colonne, sous les pieds du cheval, que, remplie de paille, la tète impériale'fut exposée, tout un jour. Cruelle dérision, si l'on songe aux souhaits de victoire chez les Orientaux : « Que les tètes de tes

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