‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 172 sur 217 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

<( forts de la plus redoutable des forces, la nécessité, a oe respirant que batailles, pour venger leur général « et rapporter à Muhammed la gloire d*un éclatant a exploit.

(( Croyez-m'en : ils feignent de youloir se rendre, ils « simulent le découragement; mais leur plus ardent « désir, c'est d'en venir aux mains, de se venger de « nous. Gardons-nous, si c'est possible, de cette extré* ce mité.

«Mais admettons que, de leur part, il n'y ait ni ruse, « ni fraude : réduits à tout craindre, ils ne craignent « plus rien : or, quoi de plus dangereux que d'attaquer a des hommes n'ayant d'autres ressources que leur dé-* « sespoir même ?

« Ëcoutez-moi donc, chers compagnons, et nous en « viendrons promptement à bout, car ils manquent da « tout ; or, une armée sans pain est d'avance une armée « vaincue sans combat.

« Fermons toutes communications; que ni secours, « ni vivres ne leur arrivent; hérissons notre bien-afaiée « Croïa de vaillants défenseurs, et bientôt Pennemi, c< muré de toutes parts, réduit à la honte de se rendre « ou dévoré par la famine , disparaîtra, jusqu'au der» ce nier, sans l'honneur d'une bataille. »

Ces sages paroles plurent à quelques membres de l'assemblée, mais elles ne calmèrent nullement l'esprit des soldats, plus ardents, plus exaltés que jamais contre les Turks. Pour la première fois, un violent tumulte

s'éleva dans le camp : « A l'ennemi^ à rennemi» » criaiton de toutes parts; a n'écoutons pas Scanderbeg , que ce i'âge^ de hardi guerrier qu'il était, a rendu timide.

(( A nous autres, nés pour les armes, ne veut-il pas ce Ater les armes? Aujourd'hui» ce n'est pas le général « qui manque de soldats^ mais les soldats qui manquent « de général! Qu'on nous laisse seulement faire, car, « pour vaincre, nous n'avons pas besoin d'officiers. Aux « armes! aux armes! »

Les chefs n'apaisèrent qu'à grand'peine ce commencement de sédition ; encore fallut-il promettre qu'aussitôt après l'approvisionnement de Croïa, Tennemi serait attaqué.

Sans perdre de temps» Scanderbeg mande les deux envoyés turks, et les renvoie à leurs généraux, avec cette réponse :

<c Vous êtes entrés en Albanie sans ma permission ; « vous n'en sortirez pas de même. »

Déjà, par ses ordres, divers détachements s'étaient emparés de tous les passages.

D'autres troupes , envoyées vers l'Ismos {Vlsanué)^ protégèrent le débarquement de nombreux approvi* sionnements; et telle fut la diligence dans l'exécution, qucn trois jours Croïa fut ravitaillée pour six années.

Au plus fort de cette opération» Scanderbeg apprit qu'à l'entrée de la nuit, les Turks, chassés de la plaine de Tyranna par la famine, avaient, non sans perdre beaucoup de monde et tous leurs bagages, forcé les pae*

Page 1