‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 171 sur 217 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

tèrent devant lui. Leur mission était singulière : ils venaient, au nom des généraux et des troupes, solliciter la permission de retourner, sains et saufs, dans ^ leur pays, en livrant armes, chevaux, bagages. Scanderbeg ne voulut pas répondre à une semblable proposition sans avoir consulté ses conseillers habituels et ses capitaines. Invité le premier à donner son avis, Josaphat Barbaros'en excusa : « La Seigneurie de Venise, » dit-il, « ne m'a envoyé en Albanie que pour résider auprès du ce prince, et combiner avec lui les secours qui lui peuce vent être nécessaires. »

Moins diplomate, l'impétueux Lecchas Dukhagin s'exprima plus énergiquement par un seul mot : En avant I voulant dire ainsi quMl fallait exterminer l'ennemi* Presque tous partagèrent cet avis, l'archevêque de Durazzo surtout; il invoquait l'exemple de Jules César, qui, vainqueur des Pompéiens dans les mêmes plaines, les avait poursuivis sans quartier.

Scanderbeg fut d'une tout autre opinion : « Votre coure rage, braves et chers compagnons, » leur dit-il j « m'est « connu depuis longtemps; et ces ennemis, tant de fois « terrassés par vous, vous êtes prêts, j'en suis sûr, à « leur donner aujourd'hui le coup de grâce. Mais ne « convient-il pas de se rappeler quelquefois cette sen- « tence du sage : Durant le caltney souhaiter la tempête, « c'est folie?

« Dans sa bonté, Dieu nous a envoyé du ciel la vicc( toire, sans combat, sans carnage; la ville est délivrée

« du siège; notre implacable ennemi^ Balaban a péri; d son armée est en fuite; nous sommes en repos^ tout « nous sourit : pourquoi donc chercher la tourmente? « Pourquoi tenter Taveugle et inconstante fortune?

« Gomme moi^ vous savez combien une faute à la « guerre devient irrémédiable. Dans les négociations, « dans les autres affaires , une faute se répare ; mais, (( en campagne, il n'en va pas de même.

« Voilà pourquoi ces illustres capitaines de Panti* « quité préféraient tant la discipline au nombre. Car le (( succès des batailles est douteux) l'issue des guerres d incertaine; ce n'est pas notre main qui en décide, « c'est la fortune. L'ennemi se doit toujours craindre, « jmai mépriser; la victoire remportée, la campagne (( finie , il faut user d'autant de diligence qu'ayant « l'épreuve, et ne pas courir témérairement aux armes.

ce Quant à Tennemi qui est là, sous nos yeux, si nom (( voulons courir la chance, nous livrons au hasard (ce «dont Dieu nous garde!) notre salut, maintenant « assuré.

(c Comprimez donc cette impétuosité. N'ayons-nons « pas assez de victoires? Contentez-vous de tant de (( triomphes, de tout de carnage, et que ces constants « sourires de la fortune vous suffisent. D'ailleurs , « songez-y bien , ces armées inépuisables sont-elles «c une plèbe ignoble? C'est la fleur , la force même « de l'Empire Turk , tous hommes de choix , hommes » d'une vaillance éprouvée, toujours prêts au combat.

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