LIVRE VII.--1464.148l. dfft
Employant aussitôt ses nombreux ouTriers et une partie même de ses troupes , le Sulthan rebâtit et fortiûa l'antique ville des Yalliniens , anéantie autrefois par les Gallo-Grecs, siège aujourd'hui, depuis 1482» d'un sandjiak, non loin des Sopotamiens ^
Puis, laissant dans la nouvelle ville une forte garni* son, ce qui lui assurait à la fois une place d'armes et un centre d'opérations, il se dirigea vers Durazzo, célèbre asile du sénat, quand César poursuivait Pompée* Située sur l'Adriatique, vis-à-vis de Bnmdusiumt où naqiilt Pacuvius et où mourut Virgile, x^'était l'Iiabituel pat» sage de Grèce en Italie : sauf le cèté où des rochers l'attachent au continent, les flots l'entourent. Son port était vaste et sûr; tout près s'étendaient de fertiles plaines et de riches salines. Aussi les vaisseaux y v^aient-ib en foule , les uns chargeant des grains , les autres ap* portant des denrées étrangères* Gràc^ à ce commeroe d'importation et d'exportation, Durauo possédait des capitaux considérables. De nombreuses, de belles églises la décoraient. Plusieurs monuments y avaient survécu à la domination romaine ; et, entre autres statues d'empereur, celle d'Adrien, élevé sur une hauteur, tout près de
1 Le château de Sopoto, dans le vallon de Pl^ri, est remarquable par les constructionfi superposées de ses remparts : on y troa?e depuis la maçonnerie cyclopéenne, qui en forme la base, jusqu'aix restaurations successives des Vénitiens et des Turks.
Pouqueyille n'ose pas affirmer, comme Niger, que ce cbftteau ait remplacé rancienne ville d'Olpé [àmbrakia). {Voyage de la Grèoe, tom. Je'.)
368 IIISTOIKE DE SCANDERBEG.
la porte Caballina. Ce colosse de bronze regardait le septentrion. Le même prince y avait construit un splendide ampliythéfttrc. Une épaisse muraille, flanquée de grosses tours, ajoutait aux avantages naturels de la situation les ressources de l'art ; aussi considérait-on cette place comme très-forte.
Muhammed , qui n'admettait pas d'obstacle à sa volonté, s'était flatté de l'emporter au premier assaat : d'ailleurs, il croyait la garnison faible et composée, en grande partie, de citadins. Mais Scanderbeg et les Vénitiens avaient pourvu à tout : forces de terre et de mer^ rien n'y manquait.
Après un grand carnage des siens> le monarque tnrk fut honteusement repoussé. Surpris d'une telle résistance, il crut Scanderbeg lui-même renfermé dans la ville, opinion d'autant plus vraisemblable à ses yeux qu'on avait reconnu plusieurs compagnons d'armes da redoutable Epirote.
Forcé par un tel adversaire de subir l'habitude des retraites, le Sulthan, à la suite d'un mouvement rétrograde, marcha vers Croïa et Tenveloppa comme d'un immense réseau de fer.
Après les infructueux efforts de ses prédécesseurs et ses propres tentatives, un blocus lui semblait l'unique chance de succès.
Peut-être, au reste, une sommation, parée de ces brillantes promesses dont l'exécution ne le gêna jamais, réussirait-elle. Il en essaya ; mais le canon et une vive