LIVRE VII
mousqueterie furent l'unique réponse. Pour ne lui laisser même aucun doute, les Croïens firent une vigoureuse sortie, d'où, selon leur usage, ils rapportèrent encore, nombre de têtes coupées.
Quant à Scanderbeg, harcelant, jour et nuit, l'armée turke, il ne lui laissait ni trêve ni repos ; le sang ennemi coulait sans cesse.
Bientôt rebuté j Muhammed renonça à son entreprise, et l'on vit, de nouveau, celui qui se proclamait fastueusement le vainqueur des peuples, le maître da monde, reculer devant une poignée de braves.
Mais comment rentrer a Constantinople sans l'apparence au moins de quelque exploit? Sur un certain point de la côte Adriatique, non loin de Durazzo, Scanderbeg faisait bâtir alors unepetite place, nommée Tschorli, construction encore très-peu avancée et sans habitants: c'est vers une telle conquête que se dirigea le Sulthan. Une fois maître de celte position non défendue, il la rasa de fond en comble, et de là courut saccager quelques portions du territoire albanais. Mais, acharné comme un aigle à ses flancs, Scanderbeg, du haut des montagnes, du fond des vallées, le poursuivait à outrance; a chaque pas , une nuée de paysans lui disputait les passages» pillait les convois, massacrait les traînards. *^
Désespérant enfin de cette terre, indoiflptable tant que vivrait un tel homme, Muhammed, après une campagne de six mois, la quitta.
Son retour à Constantinople ne fut pas un triomphe;
:rro HISTOIRE DK SCANDERBEG.
cette fois il ne traînait à sa suite ni captifs enchatnés, ni héros voués aux supplices, ni vierges destinées aux harems.
Deux pachas^ investis de commandements limitropheS| Ali et Haïa^ furent chargés de protéger, avec vingt-huit mille hommes, les frontières turlces; il leur était interdit de prendre roffensive. A peine établis, ils envoyèrent à Scanderbeg de riches présents ; courtoisie militaire à laquelle celui-ci répondit, sans faste, mais dignement.
Cependant ces gracieux procédés, pas plus que l'àge, n'endormaient son ardeur, et le vieil athlète préparait une lutte non moins vive que les précédentes. Avlone, récemment reconstruite par les Turks dans ses Etats mêmes, et munie d'une forte garnison, offusquait ses regards. Résolu de Tenlever, il ordonna des levées considérables. Mais la maladie ne lui en laissa pas le temps.
Déjà Scanderbeg avait parcouru, à cheval, tout le territoire albanais, inspectant lui-même, selon son habitude, les hommes en état de concourir à la défense du pays. Arrivé à Alessio, ville vénitienne qu'il affectionnait particulièrement, et où il avait convoqué tous ses confédérés, une forte Qèvre le saisit.
Le mal empirant de jour en jour , Scanderbeg sentit que l'heure suprême était prochaine. La mort , cette vieille connaissance tant de fois bravée face à face , ne pouvait l'effrayer : c'était sa dernière bataille.
Indifférent r , tout entier A depatriotj-