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des populations albanaises en serait-elle ébranlée? Les princes chrétiens continueraient-ils leur assistance? la guerre enfin, cette guerre nationale et religieuse, allait-elle être encore possible? De si graves questions préoccupaient Scanderbeg, lorsque le plus imprévu de tous les coups vint le frapper : le meilleur de ses capitaines, son intime confident, Mosès ( de Dibra), trahissant son prince, sa patrie, sa foi, avait passé à l'ennemi. Peut-être tout Tor du Sulthan n'eût- il pu l'ébranler, mais Toffre de la couronne d'Albanie triompha de sa fidélité. Quoique blessé au fond du cœur, Scanderbeg ne parla de cette défection qu'en termes très-modérés, imposant même silence à ceux qui prétendaient qu'elle était depuis longtemps préméditée. « Dieu veuille , » s'écria-t-il, après quelques instants de silence, « qu'avec Mosès toute « trahison et toute infortune aient quitté l'Albanie! »
Ayant ensuite congédié ses troupes, et rendu compte au roi Alphonse des derniers événements, il alla embras-, ser sa sœur Manisa, triste veuve de Musakhî, donna pour tuteur à ses enfants Tanusios, et lui laissa, avec l'administration de toutes les affaires, l'usufruit de la principauté de son mari. Une telle confiance ne pouvait être mieux placée, car la sœur était digne du frère. C'est là que Scanderbeg apprit l'arrivée à Croïa d'une ambassade du roi de Naples. Il se hâta d'y retourner pour la recevoir. Alphonse lui envoyait de riches présents, et mettait de nouveau à sa disposition troupes et subsides.
Pendant ce temps, Sewali rentrait à Andrinople, avec
une pompe triomphale. Précédés des étendards chré* tiens, paraissaient d'abord les prisonniers, les mains liées derrière le dos; puis les armes, les dépouilles, les lètes hideuses qu'on jeta par les rues, et qui servirent de jouets aux enfants ; la paille fétide qui les remplissait se vendit au poids de l^r. Parmi les captifs italiens, les jeunes furent adjugés aux plus offrants enchérisseur?: quant aux vieux, aux blessés, on les empala vifs, ainsi que tous les Albanais. Pas un, au milieu de leurs tortures, ne renia son Dieu; tous, glorieux martyrs, se consolaient de mourir ainsi pour le nom de Celui qui est mort pour tous.
Certes, de tels supplices furent doux à la haine de Muhammed; mais, ce qui la flatta le plus, ce fut la présence de ce Mosès, jusqu'alors si fidèle à son prince, si redouté de ses ennemis. N'était-ce pas, aux yeux da monde, la plus significative de toutes les victoires ; aux yeux de l'Albanie, Je présage d'une inévitable défaite? Comblé de caresses, Mosès reçut d'abord une pension considérable. Mais il ne put obtenir ce qu'il demandait avec instance, le commandement d'une armée contre Scanderbeg. Objectant l'approche de l'hiver, Muhammed lui répondît qu'il valait mieux attendre le printemps. Trop avisé pour se confier sans épreuve à un traître, et sachant flue qui a trahi peut trahir encore, il se réservait ainsi les moyens de sonder la sincérité de son nouveau serviteur. Toutefois, pour ménager sa susceptibilité, le Sullhan n'envoya pas d'autre général en Epire,