‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 96 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

n'était pas éteint y et chaque jour se renouvelaient des luttes scandaleuses. Uanimosité des dissidents était à son comble : d'un côté, le clergé de la cour, les chapelains, les diacres assistaient, avec l'Empereur, au service catholique, célébré par le cardinal Isidore; de l'autre, les abbés, les archimandrites, les moines s'en éloignant avec horreur, ne quittaient pas le clottre de Pantocrator, où Gennadius avait été conGné. Du fond de sa cellule, le patriarche foudroyait les azymites; Vhénoticonj ou décret qui ordonnait la réunion des deux Ëglises, il le dénonçait comme une convention impie , et proclamait saint Thomas d'Âquin coupable d'hérésie. Accueillies comme autant d'oracles , ses paroles entraînaient à de folles discordes une multitude de fanatiques, discordes qu'envenimait encore la haine implacable de Lucas Notaras, l'homme le plus puissant de la cour contre les catholiques. Moins égaré y le peuple déclarait que , s'il fallait opter, il préférerait au joug des Turks, ennemis jurés de la foi chrétienne, le joug des Latins, puisque ceu^^ci croyaient au Christ et à la Sainte-Vierge *.

Au lieu dé s'unir 'pour la défense commune. Grecs et Latins se fuyaient, les églises étaient vides ; les prêtres' refusaient les sacrements aux moribonds du parti contraire; les moines et les nonnes repoussaient tout confes* seur ayant reconnu Vhénolicon. Une sorte de vertige

< Ducas, pag. 448.

s'était emparé des couvents; une religiense, au grand scandale des fldèles^ avait adopté le culte et jusqu'au costume des musulmans, mangeait de la viande et adorait le Prophète. Ainsi s'était passé le carême *.

Et néanmoins^ malgré d'aussi violentes antipathies, Nicolas y, inébranlable dans l'exercice de sa paternité suprême, avait supplié l'Europe de s'armer contre l'ennemi commun.

Plus tard, Calixte III^ son successeur^ invoquant la protection divine en faveur des Hongrois, que Huhammed II poursuivait d'une guerre d'extermination ^ ordonna que , chaque jour, à midi y dans toutes les paroisses de l'Europe, on sonnât les cloches ; saint et touchant appel aux prières des Qdèles.

Pour mieux exciter cette fraternelle ferveur, pour ne faire de toutes les voix qu'une seule voix , de tous les cœurs qu'un seul cœur, Calixte accordait des indulgences à tous les chrétiens qui, au son des cloches, réciteraient le Paier et VAve Maria. Telle fut la pieuse origine de Y Angélus, que l'Eglise catholique a conservé et maintenu jusqu'à nos jours, comme tant d'autres coutûmes si bien en harmonie avec la nature de l'homme et sa destinée soit ici-bas, soit là-haut.

Mais, dans cette lamentable extrémité, Constantinople agonisante avait à sa tète , pour sanctifier sa mort et ennoblir ses funérailles, un véritable empe-

1 Hammer, Histoire de l'Empire Ottoman^ tom. II.

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