‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 98 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

tés dans cet arsenal mobile, rempli de munitions et de fascines, les assiégeants tiraient continuellement, sans danger, par les ouvertures; trois portes sur le devant permettaient aux soldats comme aux ouvriers de faire des sorties et de se retirer. Un escalier les conduisait à la plate-forme supérieure, d'où, avec des poulies, on soulevait une échelle qui, s'allongeant en pont, s'accrochait au rempart ennemi.

Les Grecs nommaient cette gigantesque machine Etuy^- TcoXiv. Quatre autres, montées sur des roues, fonctionnaient à côté d'elle.

L'énorme tour est incendiée. Les Turks avaient pratiqué des mines vers la Porte Cgligaria : un ingénieur al* lemand, Jean Grant \ les évente^. Renversés pendant le jour, la nuit, les murs se relèvent, et pourtant, afin de ne laisser aux assiégés le temps de rien réparer, les Turks, malgré les ténèbres, continuent les attaques, en plaçant des torches au bout de leurs lances.

« Je jure, par tous les prophètes, » s'écria une fois Muhammed, « que jamais je n'aurais cru les Grecs ca« (( pables de si grandes choses en une seule nuit. »

Déjà le siège durait depuis un mois, et chaque jour ces combats sans relâche mutilaient Tintrépide garnison. Dans cette troupe magnanime, combien de cœurs ne battaient plus! Que de vides dans ses rangs A

« O revpaôa; repjxavo;. Léon. Chiensis et Phranzès *. • Voir Notes et pièces jmti^atives (XV).

* Y oit Notes et pièces jwtificativei (XVI).

peu nombreux ! Néanmoins la résistance était la même : sur ce terrain si énergiquement disputé, les Turks n'avaient pas gagné la longueur d'une lance.

Un jour, à la clarté d'un splendide soleil , cinq vais* seaux armés en guerre^ s^avançant du fond de la Propontide , apparaissent. L'un appartient à Constantin, les autres aux Génois. Ce sont des frères^ des amis.

La ville entière les salue de ses acclamations.

Mais trois cents navires turks, croissant immense, s'étendent en face du port, dont deux chatnes de fer leur interdisent l'entrée : hardis autant qu'habiles, les cinq bâtiments chrétiens qui portent tes vétérans delà Grèce et de l'Italie, tous vrais lions de mer , leur envoient simultanément une meurtrière décharge d'artillerie; douze mille Ottomans périssent dans les flots ; ceux de leurs navires échappés aux boulets des Francs gagnent, à toutes voiles, les c6tes de l'Europe et de l'Asie. L'énorme chaîne qui ferme le pont s'abaisse, et l'intrépide Mauricio Cataneo, avec ses vaisseaux amis, entre triomphalement'dans la Corne d^Or.

Des hauteurs de Péra, Muhammed a contemplé cette scène ; il en descend, écumant de rage. Au risque de se noyer, il lance son cheval dans la mer, comme pour arracher la victoire aux Grecs, s'approche de ses vaisseaux, éclate en injures contre les officiers, et veut faire empaler Balta-Oghiou, capitan-pacha (c* était un renégat issudes princes de Bulgarie, chez lequel unesordide avarice souillait de grandes qualités militaires). Gérant

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