LIVRE IV
néanmoins aux instances des Janissaires, il se montrera clément : on emmène Balta-Oghlou chargé de chaînes; quatre esclaves rétendent aux pieds du Sulthan qui lui marche sur le corps, et le frappe cent fois de son topouz, sorte de massue en or, insigne du commandement saprêrae.
Après cet ignominieux châtiment, un azab lance au visage du patient une pierre qui le blesse grièvement, et le vieux amiral, à moitié brisé, dépouillé de tous ses biens, exilé, bénit l'ineffable bonté d'un maître qui daigne lui laisser la tète.
Un secours aussi opportun ranima Tespoir des Grees; mais, en même temps, par son exiguïté même, il accusait l'indifférence des peuples de l'Occident, de ces froids alliés dont l'égoïsme égalait l'imprévoyance. Bien fortifiée par sa position même contre ses ennemis, Conslantinople était d'un abord facile à des auxiliaires; un armement peu considérable des puissances maritime» aurait maintenu cette grande forteresse chrétienne au cœur même de l'Empire ottoman.
Cinq vaisseaux, voilà toute l'assistance obtenue !
Sur ces entrefaitse, un envoyé hongrois arriva au camp de Muhammed pour lui annoncer qu'Hunyade, remet-* tant les affaires du royaume entre les mains de Wladislas, son souverain, la trêve, conclue depuis un an, devait, quoique non expirée, être considérée comme rompue*.
1 Malheureusement cet agent, dominé par le fatal préJQgé (voir ci-dessus, page 4S0) s'efforça d'accélérer, autant que possible, la
Tant que les Grecs resteraient maîtres du port intérieur, Constantinople serait imprenable; leur récent avantage venait de le démontrer ; car de ce côté les remparts étaient plus accessibles que partout ailleurs. Mais les deux chaînes de fer, gardiennes inexpugnables, défendaient toujours l'entrée de la Corne d^Or^ et les cinq vaisseaux avaient pointé leurs canons en face de Kadi-Keni.
Quant a la partie septentrionale du port^ elle n'avait pas assez d'eau pour les gros bâtiments grecs et génois; plus légers, les navires turks pouvaient seuls y mouiller.
Le Sulthan résolut de transporter par terre sa flotte sur ce point. Conception hardie, mais qui n'était pas nouvelle; car c'est ainsi que dans la guerre du Péloponèse, les Spartiates arrivèrent à Pylos* avec soixante de leurs navires, traînés à travers l'isthme de Leucadia ; c'est encore ainsi qu'Ànnibal avait introduit de nombreux vaisseaux dans le golfe de Tarente, et qu'Octave Auguste* transporta lès siens, à travers l'isthme de Nicopolis, dans le golfe d'Ambracie.
chute de Constantinople; c'est lui qui, un jour, indiqua au maladroit pointeur du grand canon le moyen d'ouvrir plus promptement une brèche : ainsi un Hongrois avait fondu le canon , et un Hongrois apprit aux Turks à s'en servir.
Hammer, Histoire de l'Empire ottoman, tome IL I Thucydide, IV, 8.
« Gibbon traite de fable cette tentative d'Auguste , sans fournir aucune preuve à Tappui de son incrédulité.
(Histoire de la décadence et de la chute de V Empire Romain^
chap. Lxvii.)