‹ Histoire de SienneChapitre 1 sur 38 · I. — L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

I. — L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE

De l'art siennois à l'époque romaine et aux débuts du Moyen Age, nulle relique importante n'est parvenue jusqu'à nous. Une petite collection de poteries étrusques, quelques blocs de maçonnerie romaine, çà et là un ornement byzantin sculpté, quelques arceaux romans, voilà tout ce que nous possédons ; et parmi ces reliques nous ne trouvons rien qui revête un caractère local particulier, qui nous révèle l'existence dune école artistique indigène : s'il ne faut pas y voir la main d'artistes étrangers, on y retrouve leur enseignement et leur inspiration. Il existe des preuves qu'un mouvement architectural s'était déjà manifesté à Sienne dans la seconde moitié du xne siècle, mais l'histoire ininterrompue et authentique de l'art siennois ne commence qu'au xin9. Comme partout, c'est dans l'architecture que les émotions populaires trouvèrent leur première expression artistique ; comme partout encore, les premières émotions qui se traduisirent sous cette forme avec une certaine importance furent des émotions religieuses. L'histoire artistique de Sienne commence réellement à la construction de sa cathédrale. Mais, lorsqu'ils édifiaient leur Dôme, les Siennois n'obéissaient pas seulement ni même principalement à l'ardeur de leur foi religieuse : leur nouvelle cathédrale fut avant tout une manifestation de l'esprit

civique qui animait à cette époque les habitants du nord et du centre de l'Italie.

Depuis des temps reculés, des édifices consacrés au culte avaient successivement occupé cet emplacement. Une tradition ancienne veut qu'avant l'introduction du christianisme, un temple dédié à Minerve s'y soit élevé. Suivant Pecci, c'est au vme ou ixe siècle que le premier sanctuaire de la communauté chrétienne y fut construit, pour remplacer une cathédrale antérieure, qui s'élevait au Gastelvecchio. On rapporte aussi qu'au xne siècle un pape siennois, Alexandre III, aurait consacré la seconde cathédrale bâtie sur ce petit plateau. L'édifice actuel date du deuxième quart du xme siècle. A cette époque, par suite, comme nous Pavons vu, du développement du commerce extérieur, les citoyens s'enrichissaient ; ils commençaient en outre à subir l'influence des idées nouvelles et des aspirations qui s'éveillent tout naturellement dans l'esprit d'un peuple engagé dans des entreprises commerciales étendues et aventureuses. L'ambitieuse jeune Commune voulait posséder un temple national qui fût à la fois le symbole de sa richesse et de sa puissance, en même temps que le témoignage concret de la gratitude d'une ville envers sa céleste protectrice. Les Siennois tenaient à ce que leur cathédrale égalât en magnificence celles des cités rivales ; la nouvelle église serait dédiée à la Vierge et commémorerait son Assomption, dont la fête a toujours été chez eux en effet la plus grande solennité.

On ignore quand fut entrepris le nouvel édifice ; Malavolti opine pour l'année 1245. Les témoignages documentaires appuient faiblement cette assertion, car le plus ancien compte qui subsiste encore, de dépenses faites pour sa construction, remonte seulement à 1246 \

1 Borghesi et Banchi, Nuovi documenti per la Storia dell'Arte Seneser Sienne, Torrini. 1898, p. 5.

Page 1