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nolithes, et comme quoi il devint nécessaire de construire exprès des navires, qui excitèrent la surprise des contemporains. Il ne faudrait pas croire que, dans cet art, les anciens fussent très en arrière des modernes, ainsi qu'on est disposé à l'admettre généralement, lorsqu'on se borne à examiner cette question superficiellement. Bien que, de nos jours, les ingénieurs disposent de la vapeur et de Téleclricité, forces nouvelles inconnues aux anciens, au moins dans leur application , bien que la science de la mécanique ait été admirablement agrandie et à la fois simplifiée, il est certain, toutefois, que les ingénieurs grecs ou romains ont toujours triomphé avec succès des obstacles opposés aux entreprises les plus difficiles. Ils ont pu, pendant quatre siècles, abaisser et remuer les obélisques de l'ancienne Egypte, les charger sur des bâtiments construits pour les recevoir, leur faire traverser la mer, au moyen de la navigation à rames, toujours incertaine, leur faire remonter le Tibre, les remettre à terre, les traîner jusqu'à la place assignée pour leur érection, et les y relever, aux applaudissements du peuple romain.
Le navire qui servit à porter le premier obélisque qu'Auguste lit placer dans 1^ grand cirque, fut, après le succès de celte opération, consacré à cet empereur, et conservé dans l'arsenal de Pouzzole. Celui qui transporta l'obélisque du Vatican était tellement grand, que sa cale put contenir cent vingt mille boisseaux de lentilles, qui furent distribués au peuple de Rome. Claude l'employa ensuite à transporter, à l'embouchure du Tibre, un amas énorme de pouzzolane, destinée à la construction du port qu'il y faisait établir. Le bâtiment fut ensuite coulé pour servir à la fonda-
tion do môle d'Ostie, et Pline raconte qnll pat porter la con5tnic:i . d^ane grande partie do côté ganche de ce môle» cô*é snr leqnel forent élevées trois tours, dont nne sar le modèle da pbare d* Alexandrie.
Lorsque Constantin, à l'exemple de ses prédécesseurs, vonlat faire amener à Rome Fobélisqae placé depuis par Sixte-Qaint près de Saint-Jean de Latran, il choisit an de ceax qai existaient encore intacts à Thèbes, et il le Ot abaisser à terre, oà il resta longtemps jasqa'à ce qae tout fût prêt pour son transport. Embarqué sur le Xil, le monolithe fut débarqué à Alexandrie, et là, on construisit, pour le conduire à Rome, un navire d'une dimension extraordinaire, qui devait être mis en mouvement par trois cents rameurs. Constantin étant mort pendant ces préparatifs, son Ois Constantin, qui lui succéda en 337, attendit environ vingt ans avant de se décider à le faire transporter à Rome. Excité à la fin par ses adulateurs, il le fit charger sur le navire depuis longtemps équipé pour le recevoir. La traversée par mer s'effectua sans accident. L'obélisque remonta le Tibre, comme ceux amer ' ^, antérieurement et fut mis à terre à trois milles de Rome, sur la voie d'Ostie, à Tendroit où se trouvait un bourg nommé Vicus Alexandri. Là, il fut placé sur une espèce de traîneau glissant sur des rouleaux; il entra ainsi dans Rome lentement, par la porte d'Ostie, et il futintroduit par la piscine publique dans le grand cirque, à la décoration duquel il était destiné. Ammien, qui raconte ces circonstances, explique que la plus grande difficulté consista à le relever, et qu'on craignit de n'y pas parvenir. On construisit à cet effet des échafaudages de bois qui produisaient l'effet d'une forêt. On attacha tant de cordages aux poutres, et
aux autres pièces de charpente, qu'ils présentaient l'aspect d'un immense filet interceptant la lumière du ciel. Les efforts réunis de plusieurs milliers d'hommes» parvinrent à élever lentement cette énorme aiguille au milieu du grand cirque.
Depuis cette époque, aucun obélisque n'avait été amené à Rome, et presque tous ceux que les empereursy avaient fait élever, gisaient abandonnés depuis plus de douze siècles. Il n'y en avait plus qu'un seul debout et d'un seul morceau, c'était celui du Vatican. Il avait eu l'heureuse chance de résister aux tremblements de terre, et d'échapper aux dévastations des barbares; A l'avènement de Sixte-Quint, il s'élevait encore sur l'emplacement du cirque de Caligula, nommé aussi cirque de Néron, emplacement qui était devenu en partie celui de la nouvelle basilique de Saint-Pierre et de sa sacristie. Le monolithe était peu éloigné de ce dernier bâtiment : son fût presque entier sortait de terre, mais son piédestal et sa base étaient enfouis sous des décombres, et on ne pouvait plus y lire l'ancienne inscription, répétée de deux côtés sur sa partie inférieure :
Livo Cœsari Divi Julii F. Augusto Ti, Cœsari Divi Augusti F. Aiiguslo Sacrum,
On croit que le pape Nicolas IV avait eu le projet de le transporter ailleurs, de faire poser aux quatre angles de sa base les statues des évangélistes, et sur sa pointe celle du Rédempteur, portant la Croix. On raconte que Jules II et Paul III firent part de cette idée à Michel-Ange, mais que ce grand architecte refusa de la mettre à exécution, dans la crainte de briser le monolithe en le transportant, et aussi à
cause de Texcessire dépense qae ce trayail occasionnerait. On affirme encore que Grégoire XIII avait repris ce projet et manifestait nn vif désir de le mener à fin^ pour illustrer son pontificat^ Quoi qu'il en soit, Thonneur en était réservé à Sixte et à son architecte Dômenico Fontana ; ce qui a fait dire à Silvio Antoniano :
Cuncta licet fuerint urbis dejecta trophaea, Yasta tamen moles înviolata manet.
Cur hanc poDtîfîces non erexere priores? Pontificis Sixli scilicet illud erat.
« Bien que tous les trophées de Rome aient été renversés, une seule masse énorme reste encore intacte. Pourquoi les précédents pontifes ne Tont-ils pas relevée? C'est que cette tâche glorieuse était réservée au pontificat de Sixte. »
Dès les premiers mois de son règne, le nouveau pape résolut de tenter cette entreprise. Mais il ne faudrait pas croire que c'était l'amour de l'antiquité, de ses monuments ou de son histoire, qui le déterminait à transporter l'obélisque de Caligula sur la place de Saint-Pierre. Le chef de l'Église catholique était dirigé par une autre pensée. Domenico Fontana parait avoir fidèlement exprimé les intentions de son maître, dans l'avertissement qui précède son livre : — « Sa Sainteté, dit-il, comme un très-excellent et trèssage prince, abhorra toujours le culte des faux dieux, que l'on appelle idolâtrie; c'est pourquoi, dès la première année qu'il eût été appelé au pontificat par la Providence du souverain créateur de toutes choses, il s'efforça, de tout son pouvoir, non-seulement de détruire, mais d'effacer entièrement le souvenir des
1. Tempesti, t. I, lib. XIV, n»* i à xxii, p. 22t et suivante?.
idoles qui furent exaltées si souvent par les païens, au moyen des pyramides, des obélisques, des colonnes, des temples et autres célèbres édifices : et au contraire, il chercha de toutes les manières à glorifier le plus possible les ministres et les mystères de la religion catholique. Aussi, se complut-il à donner libre cours à ce pieux désir et à ce zèle ardent, au moyen de Fobélisque du Vatican, pierre merveilleuse, en le purifiant et en le consacrant pour servir de pied à la très-sainte croix, lequel pied serait le plus singulier, le plus remarquable de ceux sur lesquels le signe de notre Rédemption ait été encore élevé... En outre, il devait servir d'éternel témoignage de la piété et dévotion que ce très-saint père, notre pasteur, a eo particulier pour la croix sacrée. C'est pourquoi, ayant reçu de lui la commission de transporter cet obélisque, qui était placé, auparavant, dans un lieu peu fréquenté, et de le dresser au milieu de la place de Saint-Pierre, je me suis proposé de mettre par écrit tout ce qui a rapport à cette entreprise, et de laisser, autant que mes faibles forces le comportent, une notice de cette œuvre, afin qu'elle puisse être utile à ceux qui auraient à mouvoir des pierres de cette dimension, toujours difficiles à remuer. Ce qui m'a déterminé à agir ainsi, c'est que, jusqu'à ce jour, aucun auteur, que je sache, n'a laissé par écrit la moindre explication sur les moyens à employer, pour mener à bonne fin une œuvre aussi ardue', qui n'avait pas été renouvelée depuis près de quatorze cents années^. Je décrirai
t. Fontana se trompe d'environ deux siècles; Tobélisqae de Constance, qui fut le dernier élevé à Rome, ayant élé érigé vers 358, et celui du Vatican, par Sixte, en 1586, il n'y a que 1228 années entre les deux opérations.
donc tout l'art employé pour le transport et Térection de cette aiguille, mettant, pour plus de clarté, sous les yeux des lecteurs, les dessins des machines et des manœuvres qui ont servi à cet effet. Tellement que, si je ne me trompe, avec peu de fatigue, d'autres, examinant les moyens pratiqués, lesquels ne seront plus cachés sous les ténèbres, parviendront facilement à profiter de la présente invention mise en lumière, invention qui a réussi plusieurs fois, et qui doit réussir également à l'avenir, pour la gloire de Dieu et à rhonneur du pape Sixte-Quint. Ainsi, j'expliquerai la méthode employée par moi pour mesurer et peser facilement les obélisques, à cette fin de ne pas se tromper dans la préparation des bois, des ferrements, des cordages et autres engins nécessaires à cet effet. En outre, je traiterai de toute la construction de l'échafaudage fait pour élever l'aiguille, des armatures, des moufles, cordages, cabestans et de leurs dispositions, des leviers, coins et autres objets qui ont servi à l'entreprise, en y comprenant la couverture ou enveloppe établie autour de la pierre, pour la défendre de toute offense qui aurait* pu lui arriver. Je décrirai la procession faite par ordre à Notre-Seigneur, pour purifier cette aiguille et la consacrer à la croix, qui fut placée à son sommet, à la place de cette boule dorée dans la quelle on disait que les cendres de César étaient renfermées, bien que je sois convaincu du contraire, par les raisons que je déduirai plus tard. J'expliquerai, alitant que j'ai pu le comprendre par conjectures, les moyens que les anciens devaient employer pour manœuvrer et remuer de semblables pierres, et je les comparerai à ceux dont je me suis servi ; de telle sorte qu'il ne sera pas malaisé de reconnaître quels sont
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^jenx qui sont les plus sûrs et les plus convenables. » On ne doit pas s'étonner des éloges naïfs que Dômenico Fontana se décerne ainsi à lui-même, après le succès de son entreprise. La probabilité de sa réussite avait été non-seulement mise en doute, mais niée absolument par un grand nombre de savants, d'ingénieurs, d'architectes et surtout dans l'entourage de Sixte. On disait que l'énorme poids de l'obélisque» évalué pour son fût seul à onze mille cinq cent quarante-quatre palmes cubes, défierait tous les moyens» tous les engins dont il serait possible de disposer ; on ajoutait que ce motif, et l'énorme dépense avaient déterminé plusieurs papes à renoncer à cette entreprise. Des mémoires et des écrits de toutes sortes furent adressés à Sixte en ce sens pour l'en détourner; et un des cardinaux* alla jusqu'à lui dire : « Que Votre Sainteté y réfléchisse bien, car il s'agit d'une affaire qui fera dépenser beaucoup d'argent, et dont la non-réussite porterait une grave atteinte à la gloire de votre gouvernement. » Et, dans le fait, le conseil était prudent, car Sixte entreprenait trois choses également difficiles : la première, d'abaisser l'obélisque à terre; la seconde, de l'amener à sa place, devant la basilique de Saint-Pierre; la troisième, de le relever de nouveau. Or, à supposer que les deux premières opérations eussent réussi, la troisième venant à manquer, toutes les dépenses se trouvaient jetées au vent, et le pontife demeurait exposé aux railleries et aux risées, non-seulement des Romains , mais surtout des ennemis de l'Église.
Mais la résolution de Sixte demeura inébranlable : il voulait consacrer l'obélisque au triomphe de la