Roma, 1672, in-4^ p
s'élevaU à plus de cipq cents ; qu'il en était venu dé Florence, de Lucques, de Côme, de Venise, de la Sicile, de la Grèce et de l'île de Rhodes, et que, parmi eux, il se trouvait plusieurs religieux. Les uns avaient apporté l'explication écrite de leur invention, les autres l'avaient seulement dessinée ; quelques-uns se présentaient pour donner de simples explications verbales, sans dessins ni mémoires à l'appui. La plupart s'accordaient en ce point, de vouloir transporter l'obélisque debout, jugeant chose presque impossible de le descendre à terre et de le relever de nouveau. Ils étaient effrayés par la hauteur et le poids de cette pierre, et ils jugeaient plus facile de la tirer et de l'amener sur pied, par un mouvement lent et régulier, à la place qui lui était assignée. Il y en avait d'autres qui, nonseulement proposaient de traîner l'obélisque debout, mais sa base et son piédestal avec lui. Quelques-uns voulaient le transporter sans le mettre à terre, mais en le laissant suspendu, et formant un angle de quarantecinq degrés à l'horizon. D'autres exposaient la manière de le soulever, les uns avec un seul levier, semblable à la tige d'une balance romaine, ceux-ci à l'aide de vis, ceux-là avec des roues. Fontana donne les dessins de sept des projets proposés par ses concurrents, et qu'il dit être les meilleurs, plus le sien : il est facile de reconnaître que ces sept projets ne présentaient pas une grande probabilité de réussite. Mais, peut-être, a-t-il choisi de préférence ceux qui avaient le moins de chances de succès, afin de montrer, par cela même, la supériorité de son procédé.
Tempesli raconte^ que, parmi les architectes venus
]. Loc, cit,, no V, p. 223.
à Rome, se trouvait Bartolommeo Amtnannati, envoyé tout exprès par le grand-duc de Toscane , frère du cardinal Ferdinando Medici, qui faisait partie de la Congrégation de Tobélisque. Admis au baisement des pieds du pape, il fut interrogé par Sixte , qui lui demanda combien il lui faudrait de temps pour terminer Tentreprise. «Saint Père, répondit Tarchitecle du grand-duc, à inventer et disposer seulement les machines et les ferrements, il ne faut pas moins d'une année. — Une année, reprit le pontife, avec un sourire amer, une année : allez vous-en, allez, vous ne travaillerez pas pour nous. » A la suite de cet entretien, faisant appeler Domenico Fonlana, il l'engagea forlemenl à lui proposer un projet, lui donnant pleine assurance que s'il venait à réussir, il saurait le récompenser magnifiquement. Flatté de ce témoignage de confiance, et sachant bien que Sixte ne l'abandonnerait pas dans la lutte engagée avec tant d'hommes distingués par leur talent et leur expérience, Fonlana se mit résolument à l'œuvre. Il commença par prendre unmorceaude granit provenant des autres obélisques brisés, il le fît réduire à la dimension d'un palme cube, et le pesa avec soin. Ensuite, ayant mesuré la dimension précise, en hauteur et largeur, du fût de Fcbélisque, il en fit un calcul exact, et trouva qu'il contenait onze mille deux cent trois 85,90 palmes cubes romains, et que chaque palme cube équivalait au poids de quatre-vingt-six livres romaines; ce qui donnait pour le fût de l'obélisque un poids total de neuf cent soixante-trois mille cinq cent trente-sept livres. Il inventa ensuite le modèle de l'armature ou revêtement dont il voulait l'envelopper, afin de pouvoir le remuer, sans craindre de le rompre ou de l'endommager.
Cette armature consistait en barres et cercles de fer, qui devaient enlacer et enserrer les nattes et les madriers dans lesquels il se proposait de Tensacher, outre les moufles et autres engins. Il calcula également le poids de tous ces objets, et rajoutant au précédent, il trouva que l'obélisque ainsi disposé pèserait un million quarante-trois mille cinq cent trente-sept livres. Fontana s'empressa de communiquer ce calcul et le procédé qu'il avait employé pour l'obtenir, au pape, qui s'en montra satisfait. Ensuite, il calcula encore quel poids pouvait être mis en mouvement par un cabestan armé de cordages convenables et de moufles d'une force proportionnée, en le faisant manœuvrer par quatre chevaux vigoureux; il trouva que ce cabestan élevait environ vingt mille livres pesant. Il en conclut que pour soulever huit cent mille livres, il fallait quarante cabestans, et qu'en y ajoutant deux leviers manœuvres de loin de toute la puissance de la traction , cet appareil suffirait pour soulever le poids entier du fût de l'obélisque, revêtu de son armature. Il examina ensuite le terrain sur lequel devait poser Tobélisque, et ayant trouvé qu'il n'était pas trèssolide, parce qu'il contenait une grande quantité de sable, il reconnut la nécessité de le consolider, avant d'établir dessus le socle ou traîneau en charpente, sur lequel le fût de l'obélisque devait porter et être tiré à sa nouvelle place. Sûr de ses calculs, Fontana fit un modèle de bois dans lequel il inséra un petit obélisque en plomb, proportionné aux cordes, moufles et autres engins qui devaient le mouvoir : il alla le montrer au pape, le fit manœuvrer avec la plus grande facilité, et démontra qu'il pouvait soulever, descendre à terre, tirer et enlever le petit obélisque en plomb : qu'en
conséqiience, il en serait de même de celui da Vatican, en employant les mêmes moyens, proportionnés à son poids et à sa dimension. Dès ce moment, Sixte ne douta pas du succès de son architecte, et la seconde réunion de la congrégation, qui eut lieu le 18 septembre 1585, ne fut plus qu'une pure formalité; car Fontana avait déjà la parole du pape, comme plus tard Claude Perrault eut celle de Colbert, pour la colonnade du Louvre ^ Néanmoins, il se présenta devant la congrégation muni de son petit modèle en plomb et de son appareil : il y renouvela ses expériences, et fit mouvoir Tun et l'autre avec la plus grande aisance , accompagnant cette épreuve décisive des explications les plus satisfaisantes. Après qu'il se fut retiré, les membres de la congrégation délibérèrent entre eux, examinant Tun après Tautre les différents procédés qui leur avaient été soumis, et, à la suite d'une longue discussion, ils tombèrent unanimement d'accord que celui de Fontana présentait de grands avantages sur les autres, et qu'il devait leur être préféré. En conséquence, ils décidèrent qu'il serait mis à exécution. Mais comme Doraenico n'avait pas encore atteint sa quarante-deuxième année, et qu'à l'exception de la villa du pape et du commencement de la chapelle de la crèche, à Sainte-Marie Majeure, il n'avait pas encore donné des preuves concluantes de son talent, ils crurent nécessaire de choisir deux architectes plus âgés, connus par une longue pratique dans leur art, et de leur remettre le soin de faire exécuter les procédés que Fontana avait inventés. C'est pourquoi, Bariolommeo Ammannatti, âgé de soixante-cinq ans, architecte du grand-duc de Toscane, et Giacomo délia
1 . Voy. V Histoire des plus célèbres amateurs, — ^Vol. de Colbert.
Porta, architecte de Saint-Pierre, furent chargés, tous les deux de compagnie, de conduire à bien cette grande entreprise.
Donaenico reçut communication de cette décision avec un mélange de joie et de désappointement; car s'il voyait, avec un juste orgueil d'artiste, son projet préféré à tant d'autres présentés par des hommes distingués par leur talent et leur science, il se trouvait blessé de la substitution à sa place, pour Fexécuter, de deux artistes absolument étrangers à son invention et peut-être envieux de son succès. Néanmoins, il sut dissimuler son mécontentement, se promettant bien, à la première occasion favorable, de faire écarter, par son tout-puissant protecteur, les deux architectes qu'on lui avait si maladroitement substitués; il laissa écouler sept jours sans se présenter ou se laisser voir au pape, attendant qu'Ammannati et délia Porta eussent commencé à mettre la main à Tœuvre. Après ce délai , ayant quelques affaires à traiter avec Sixte r il alla le trouver à Monte^Cavallo. Le pape, après avoir écouté ce qu'il avait à lui dire, mit la conversation sur le transport de l'obélisque, et lui demanda ce qu'il en pensait. Fontana répondit qu'il avait le pieilleur espoir du succès, sauf qu'étant trèsdésireux de la réussite, il craignait, en voyant l'exécution de son invention confiée à d'autres, que, s'il survenait quelque accident, la cause n'en fût attribuée à son modèle. — « C'est pourquoi, ajoula-t-il, je suis tombé dans une grande inquiétude, et il me semble que, par cette exclusion, je me trouve exposé à quelque préjudice, attendu que je jugeais que nul ne pouvait exécuter Tinvention d'autrui aussi bien que l'inventeur lui-même, puisqu'il n'y a aucun homme
qui soit capable de comprendre complètement Tintention ou ridée d'un autre homme. » — « A la suite de cet entretien, continue Fontana, notre seigneur ordonna que je demeurerais seul chargé de diriger l'entreprise et d'exécuter mon projet. C'est pourquoi j'allai sur-le-champ, avec cinquante ouvriers, faire creuser l'excavation dans laquelle on devait établir les fondations de l'obélisque sur la place de Saint-Pierre» à Tendroit môme où l'on avait planté une poutre, en guise de jalon, par ordre d'Ammannati et de messire Jacopo délia Porta, vis-à-vis de la porte principale de la susdite église. Ce jour-là fut le mercredi, 25 dudit mois de septembre, jour véritablement mémorable et heureux dans le cours de la vie, des actions et des grandeurs de notre seigneur, puisque le même jour il fut créé évêque, et successivement exalté à la dignité de cardinal, à celle de souverain pontife, et consacré; événements mémorables assurément, arrivés dans cet ordre, toujours un mercredi. »
i Fontana ne dit pas que l'endroit, où ses deux compétiteurs avaient fait planter le jalon, pour indiquer la place de l'obélisque, ne se trouve pas exactement perpendiculaire à l'axe de la principale porte de Saint- Pierre. Il est facile de s'en assurer avec un peu d'attention, du péristyle de l'église, et l'on voit que l'obélisque est un peu plus à gauche vers le nord.
En creusant les fondations, on trouva un sol fangeux, avec une [grande quantité d'eau. Il fut nécessaire d'établir au fond un pilotis avec des poutres en chêne et en châtaignier, équarries, de la grosseur de vingt-cinq palmes chacune, et d'un palme de diamètre, enfoncées parle marteau avec le plus grand soin. La maçonnerie des fondations fut faite avec de
petits morceaux de pierres siliceuses et de briques, noyés dans un mortier de chaux et de pouzzolane. On jeta des médailles en bronze dans plusieurs endroits de l'excavation, en mémoire du fait. Vingt-quatre médailles furent placées dans deux pierres de travertin creusées à cet effet; elles présentent d'un côté Teffigie de Sixte, et au revers diverses empreintes. Sur quelques-unes, on voit un homme qui dort sous un arbre dans la campagne, avec la devise : Perfecta securitas, par allusion à la répression du brigandage. Sur d'autres, trois montagnes, avec une corne d'abondance et une branche de laurier, et ces mots : Fecit in monte convivium pingutum. Quelques-unes représentent un saint François agenouillé devant le crucifix avec rÉglise en ruines, et cette devise : Vade^ Francisée, et repara. Plusieurs étaient à Teffigie du pape Pie V, avec la Religion et la Justice au revers.
Pendant que ces préparatifs s'exécutaient, comme il était nécessaire de réunir une énorme quantité de poutres, de ferrements et de cordages, pour établir l'échafaudage et mouvoir l'obélisque. Sixte, par une bulle du 5 octobre 1585, donna pouvoir et privilège à son architecte, dans tout l'État ecclésiastique, d'acheter, vendre et faire exécuter toutes choses nécessaires à l'entreprise.
Voici la traduction de cette bulle, qui rappelle celle que Léon X avait accordée à Raphaël, pour la conservation et la restauration des monuments antiques de Rome.
« Nous, Sixte-Quint, concédons faculté et ample autorité à Domenico Fonlana, architecte du sacré palais apostolique, afin qu'il puisse plus facilement et plus promptement transporter l'aiguille vaticane sur
la place de Saint-Pierre, de pouvoir se servir, tant que durera cette opération , d'autant d'ouvriers et travailleurs qu'il voudra, et de leurs choses (outils , agrès, matériaux), de quelque qualité qu'elles soient, et de les forcer, au besoin, à les lui prêter ou vendre, à la condition toutefois d'en payer convenablement la location ou le prix.
« Il pourra se servir de toutes les planches, poutres et bois de charpente, de quelque espèce que ce soit, qui se trouvent dans les lieux les plus commodes pour ce service, qu'ils appartiennent à n'importe qui, en payant toutefois le prix dû aux propriétaires desdits bois , selon qu'il aura été fixé par deux arbitres choisis par les parties; et il pourra abattre ou faire abattre tous lesdits bois, partout où ils appartiennent à l'Église de Saint-Pierre, à son chapitre, à ses chanoines, et particulièrement dans le domaine appelé Campo-MortOy ainsi que ceux qui appartiennent à Fhôpilal de San-Spiriio in Sassia, ou à la Chambre apostolique, sans aucun payement. Il pourra les conduire par tel chemin qu'il lui plaira choisir, et y faire paître les animaux qui seront employés à ce transport, sans encourir aucune peine, en tenant compte toutefois du domma^ge ainsi causé, d'après l'estimation d'hommes à ce connaissant, choisis à cet effet.
<' Il pourra acheter et emporter les susdites choses, ainsi que toute autre jugée par lui nécessaire à l'entreprise, de quelque personne que ce soit, sans payer la gabelle ou autres droits d'aucune sorte.
« Il pourra, sans permission ou bulletin, prendre dans Rome et les autres villes et lieux voisins, toutes sortes de vivres pour son propre usage, celui de ses employés et des animaux dont il se servira..
« Il pourra prendre el emporter, partout où ils se trouveront, les cabestans, cordages et moiuflès, en promettant toutefois de les rendre et restituer en bon état, el de payer l'indemnité due, ou prix de location. De même, il pourra se servir de tous les engins et de toutes les choses servant à la construction de Saint-Pierre, et donner des ordres aux agents , employés et officiers de cette construction, afin que, dans un délai déterminé, ils rendent libre et disponible la place à côté de l'aiguille, pour qu'on puisse la transporter et la disposer, ainsi qu'il sera jugé convenable à la réalisation de Tenlreprise.
« Il pourra (si cela est reconnu nécessaire) jeter ou faire jeter à terre les maisons voisines de ladite aiguille, toutefois après avoir préalablement estimé l'indemnité à payer à ceux qui auraient souffert du dommage.
« Enfin, il donne faculté audit Domenico Fontana de faire, commander, exécuter et exercer toute chose nécessaire à cet effet; et de plus, il lui accorde le droit pour lui, ses agents, serviteurs et personnes de sa maison, de pouvoir en tout temps et en tous lieux porter toutes espèces d'armes, à l'exception de celles prohibées, et il ordonne à tous les magistrats et officiers de tout l'État ecclésiastique de donner aide et protection au susdit Domenico Fontana, pour l'exécution des choses susdites. Il défend à tous les autres sujets du Saint-Siège apostolique, de quelque grade et condition qu'ils soient, sous peine d'encourir sa disgrâce, et une amende de cinq cents ducats pour la Chambre apostolique, sans préjudice d'autres peines à déterminer à sa volonté, d'oser empêcher ou troubler' de quelque manière que ce soit la susdite œuvre , ou
ledit Fontjina, ses agents et ouvriers; mais il vent, au contraire, que, sans aucun retard ou excuse, ils Faident ou lui obéissent, l'assistent et le soutiennent. — Contrariis nonobsiantibus quibuscumque. — Nonobstant toute opposition contraire. — Donné à Rome, apudSanctum Marcum^ le 5 octobre 1585. »
Les termes de cette bulle montrent quel était le désir de Sixte de mener promptement à fin l'entreprise commencée : ils prouvent également la confiance qu'il avait en son architecte. A un autre point de vue, cet acte n'est pas moins curieux; car il fait connaître les procédés habituellement employés au seizième siècle par le souverain pontife, pour devenir propriétaire on locataire, nonobstant la résistance des possesseurs, de tous les objets mobiliers, ainsi que des immeubles, qu'il jugeait utile de s'approprier ou seulement de louer, pour réaliser une entreprise considérée par lai comme d'utilité publique.
Muni de ces pleins pouvoirs, Fontana, qui connaissait bien l'ardeur que son maître apportait à toutes choses , s'empressa d'expédier en différents lieux des hommes qu'il accrédita, au moyen de la bulle, auprès des autorités locales, à l'effet de rechercher les choses nécessaires à l'exécution de l'entreprise, et de les envoyer à Rome.
Ainsi, à Foligno^ ville où Ton récolte le chanvre en grande abondance, il envoya faire la provision de fil dont il avait besoin pour fabriquer les cordages. Il les fit tresser à Rome : les plus forts étaient au nombre de quarante-quatre, longs chacun de cent cannes, gros, presque tous, d'un tiers de palme de diamètre. Il y en avait trois dont la longueur était de chacun deux cents cannes; ils étaient destinés à servir à des
moufles doubles, dont chacune correspondait à deux cabestans. On fabriqua également une très-grande quantité d'autres cordes plus petites, qui étaient nécessaires pour attacher les bois, et pour d'autres usages. On commanda aux serruriers des étriers pour enserrer les membrures de l'échafaudage, ainsi que pour les moufles et les poulies; de longs écrous pour lier ensemble les poutres, qu'ils traversaient de part en part; des cercles en fer pour mettre aux bouts des rouleaux, d'autres pour cercler les arbres des cabestans afin qu'ils ne se fendissent pas; des pivots pour les poulies, d'autres plus gros pour les moufles, en métal fondu à cet effet; en outre, un grand nombre de clous, de haches, de marteaux, de barres et de pieux en fer. On acheta en môme temps toutes les pièces de bois de châtaignier, de chêne et d'orme, qui furent [trouvées dans les magasins, pour établir l'armature de l'échafaudage.
A Ronciglione, on fit la commande de barres de fer très-grosses et très-longues pour armer l'aiguille, ainsi que d'autres ferrements destinés aux boîtes des moufles. A Subiaco, on en fît fabriquer d'autres semblables., A Campo'Morio, forôt appartenant aux chanoines de Saint-Pierre, du côté du port de Nettuno, à vingt-huit milles de Rome, on expédia de nombreux ouvriers pour préparer une grande quantité de poutres en chêne, très-longues et très-grosses, qui furent amenées à Rome sur d'énormes chariots à deux roues, traînés chacun par sept paires de buffles.
A Terracine, on façonna d'épais madriers de bois d'orme, destinés à recevoir l'aiguille, afin qu'elle ne fût pas endommagée, et à établir la plate-forme sur laquelle elle devait être tirée.-
8S4 yiE DE SIXTE-QUINT.
Près (le SantQ'Severa , dans les domaines de la Chambre apostolique, Fontana fit couper les arbres, ou pivots des cabestans, en chêne vert^ ainsi que les rouleaux. — ^Ainsi, presque le môme jour, les préparatifs furent commencés dans un grand nombre de loca^ lités différentes.
Lorsqu'on connut dans le public les procédés queFarchitecte de Sixte se proposait d'employer pour remuer» abaisser, transporter et relever l'obélisque du Vatican» ses concurrents évincés s'efforcèrent de critiquer sa méthode. Ils disaient que les quarante cabestans, qu'il avait l'intention de mettre en mouvement à la fois, ne pourraient jamais s'accorder tous ensemble pour former l'effort, ou force réunie nécessaire à l'effet de remuer un si grand poids; ils faisaient remarquer, qu'ordinairement, les cabestans ne tirent pas avec une force égale, mais que l'un agit plus fortement que l'autre, ainsi que l'expérience le prouve; {qu'en Inconséquence, ils ne pourraient pas égaliser leurs forces, si bien que la plus grande partie du poids venant à charger celui des cabestans qui aurait tiré plus que les autres, il devrait arriver infailliblement qu'elle le^briserait, eau- *sant un grand dérangement et un^véritable désordre dans toute la machine.
Fontana ne se laissa pas intimider'par cette objection, bien qu'il n'eût jamais vu ni fait manœuvrer une si grande force en môme temps, ainsijqu'il le déclare lui-même \ et qu'il lui parût impossible d'en donner par écrit une explication satisfaisante. Mais il était sûr de réussir, par cette raison; qu'il savait [que quatre chevaux vigoureux, tirant sur un des cordages