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qu'il avait fait fabriquer, quelques efforts qu'ils fissent^ ne pouvaient parvenir à le rompre. C'est pourquoi, s'il devait arriver qu'un cabestan eût à supporter un poids trop fort, il ne pourrait pas continuer à tourner, et le cordage ne serait pas brisé pour cela, ainsi que l'expérience faite avec les chevaux l'avait démontré. Il résultait clairement de celte épreuve, que, tandis que les cabe^ans les plus chargés seraient arrêtés, les autres, plus lents, continueraient à tourner, jusqu'à ce qu'ils eussent pris leur part dans le poids total, de manière à ce qu'il se trouvât réparti sur tous. Ainsi, celui qui d'abord aurait été tn>p chargé, se trouvant soulagé sur les épaules des autres, recommencerait à tourner, de telle sorte que toutes leurs forces agiraient d'accord , réunies et d'un même effort. En outre, l'architecte avait ordonné, qu'après trois ou quatre tours de cabestan, on devrait s'arrêter, afin qu'on pût toucher les cordes, et que si on en trouvait une trop tendue, on pût aller plus lentement. Car, en ralentissant le mouvement du bout qui tient au cabestan, bout qui porte le plus grand poids, attendu qu'il tire tous les autres, sa part de poids demeure suspendue à la moufle sur toutes les autres cordes, et répartie également sur chacune d'elles. Dans ce but, il se proposait de donner aux hommes qui tenaient ce bout, qu'on appelle vulgairement chandelle (mèche), l'ordre de ralentir le mouvement, lorsqu'ils s'apercevraient qu'il tirerait trop. « Toutes ces précautions, ajoute Fontana avec une juste confiance en lui-même ^ n'étaient pas nouvelles pour moi; j'en avais une longue expérience, et, en les
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prenant, j'étais certain de parer à tous les dangers qui auraient pu survenir, à ce point d*étre fermement convaincu qu'aucune corde ne pourrait casser. »
Comme il fallait construire un échafaudage en bois, et faire de la place pour établir les quarante cabestans, il devint nécessaire, l'espace étant trop étroit, d'abattre plusieurs maisons. Ce premier échafaudage devait servir à soulever l'obélisque de son pi^estal, et à le déposer étendu sur une plate-forme en bois. Il était formé d'un carré de poutres parfaitement de niveau, dans les angles duquel on planta quatre énormes poutres hautes de cent trente-quatre palmes, reliées entre elles par d'autres pièces de bois et par de forts écrous en fer. Ces quatre colonnes angulaires se réunissaient à leur sommet en forme de pyramide, et, sur le faîte, on avait établi une plate-forme, au moyen de forts madriers reliés ensemble, desquels pendaient les moufles destinées à soutenir le poids de l'obélisque, pendant qu'il demeurerait suspendu au milieu de l'échafaudage divisé en deux parties. Entre Tune et l'autre, on avait ménagé un espace suffisant pour la manœuvre des leviers, et à chaque extrémité, dans le haut, on avait appuyé de fortes pièces de charpente, en manière d'étais, solidement fixés, pour empêcher l'échafaudage de fléchir ou de remuer sous l'énorme poids qu'il avait à porter.
Cet échafaudage reposait sur un terre-plein long de cent-quinze cannes, d'une largeur proportionnée, flanqué de fortes poutres et d'étais qui le soutenaient, atin qu'il pût recevoir le fût de l'obélisque sans que le sol s'affaissât.
Pour garantir l'aiguille de tout dommage, Fontana la fil envelopper de grosses nattes doubles, recouvertes
elles-mêmes d'épais madriers, retenus par de fortes barres de fer qui passaient sous le pied de Tobélisque et suivaient longitudinalement ses quatre faces. A ces barres, serrées elles-mêmes par des cercles en fer^ étaient attachées les moufles doubles armées de cordages, correspondant à celles placées sur le sommet de réchafaudage. L'architecte fit ensuite placer les cabestans, en prenant la précaution de les numéroter, afin qu'il fût plus facile aux surveillants préposés à cet effet, de faire, selon les circonstances, activer ou ralentir leur mouvement. La trop petite dimension de la place obligea d'établir trois cabestans dans la sacristie de Saint-Pierre. Avant de commencer l'opération, tous les cabestans furent essayés, d'abord avec trois, puis avec quatre chevaux, afin que les cordes se trouvassent également tendues, et que leurs forces égalisées se réunissent dans un même effort. Ces essais eurent lieu à plusieurs reprises, le 28 avril 1586.
Une énorme foule de peuple était accourue de toutes les parties de la ville et des environs, pour assister à ces préparatifs : il y avait donc lieu de croire que, le jour même de l'opération, il s'en présenterait encore un bien plus grand nombre. Pour obvier à tout désordre, Sixte fit barrer les rues qui débouchaient sur la place de la sacristie de Saint-Pierre et aux alentours. Il fit publier un bando ou ordonnance qui défendait à qui que ce soit, à Texception des ouvriers, d'entrer, le jour de l'opération dans l'enceinte réservée pour les manœuvres. Ceux qui violeraient cette consigne devaient être punis de mort. De même, il était interdit à tous les assistants, sous les peines les plus sévères, de faire le moindre bruit en parlant, crachant ou de toute autre manière, afin que les ouvriers et les agents de Fon-
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tana pussent toujours entendre distinctemen t les ordres qu'il donnerait. Pour assurer Texécution rigoureuse de ces mesures, le Bargello entra dans renceinte, avec toute sa troupe de sbires, a Si bien que, ajoute Fontana\ soit à cause de la nouveauté de Tentreprise, soit par la crainte d'encourir les peines édictées par le bando^ le plus grand silence fut observé au milieu de cette immense foule de peuple accourue de toutes parts. » Notre architecte ne dit pas si, pour appuyer ses défenses par la vue de Tinstrument du supplice, le pontife avait fait élever quelque part la potence, comme il Tavait récemment fait dresser pendant les réjouis-^ sances du carnaval. Il est permis de le supposer. D'ail-* leurs, le peuple de Rome avait appris depuis une année à connaître la justice inflexible de son maître : aucun des assistants ne fut donc tenté de transgresser ses défenses, en s'exposant, à l'instant même, à une punition aussi terrible que certaine.
Avant de couvrir le fût de Tobélisque de son armature en bois et en fer, Fontana fil enlever la boule placée à sa pointe, en guise d'ornement, et dans laquelle beaucoup de savants pensaient (l'aiguille étant dédiée k César-Auguste), que devaient se trouver les cendres de ce prince. L'architecte, après l'avoir examinée avec le plus grand soin, reconnut qu'elle avait été fondue d'un seul morceau, sans aucune soudure; qu'en con^ séquence, il avait dû être impossible de faire entrer dedans quoi que ce soit. A la vérité, dans beaucoup d'endroits, elle était percée de balles d'arquebuses, qui avaient été tirées lorsque Rome fut prise par le connétable de Bourbon (en 1527). La poussière, sou-