TompesU, loc, cit.^ n' xv, p
appartenu, comme lui, à Tordre^des mineurs conventuels de Saint-François, et aussi pour tenir sa parole donnée au cardinal San-^Sisto ^
. Alors commencèrent les cérémonies appelées le noviciat du pape.
Après que tous les cardinaux eurent donné leur vote, on apporta le siège pontifical que Ton plaça dans la chapelle Pauline, devant la table du scrutin, et Sixte s'y étant assis, reçut de tous les cardinaux le baiser sur la bouche, selon Tusage. Cette première cérémonie achevée, la table du scrutin fut emportée, et le nouveau pape fut revêtu de ses habits pontificaux. Ensuite, assisté de deux cardinaux de Tordre des diacres, il s'assit sur l'autel et il admit tous les cardinaux, en chapes violettes, au baisement des pieds, de la main et de la bouche. Pendant qu'on lui rendait ces hommages, le cardinal de Medici montra la croix au peuple, par l'ouverture pratiquée dans la porte du Conclave, disant ; — « Je vous annonce une grande joie: nous avons pour pape l'illustrissime et révérendissime seigneur cardinal di Montalto, qui s'appelle Sixte-Quint. » •
Après cette proclamation, le nouveau chef de l'Église, placé sur le siège pontifical, élevé sur les épaules des porteurs, fut descendu, précédé de la croix et des cardinaux, dans la basilique de Saint-Pierre, où il alla d'abord adorer le Saint-Sacrement. Il fut ensuite porté au maître autel, devant lequel il fit sa prière, et après, on entonna le Te Deum, Pendant qu'il était chanté, il
1. Le père Tempesti veut que Saint-Félix, capucin, ait prédît, en 1552, la papauté au père Montalto: il fait aussi remarquer qu'il fut créé pape un mercredi, jour heureux pour lui , puisqu'il prit l'habit de religieux, fut fait général de son ordre et cardinal un mercredi, t. Il, lib. VI, n» I, p. 91.
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admit de nouveau les cftrdinaux aubaisement des pieds, de ]a main et de la bouche. Le 7!? Deum terminé, le cardinal Farnëse chanta Toraison, et, dès qu'elle fut achevée, le pape, se lenant devant Tautel, et ayant ôté sa tiare, donna sa bénédiction au peuple accoaru en foule, en chantant : SU nomen Domini benedictum. Il fut ensuite reporté sur le siège, ayant le triregno, ou tiare, en tête, et conduit processionnellement aux chambres du Vatican, ordinairement réservées aux souverains pontifes ^.
Après avoir pris possession de son appartement, rheureux élu voulut commencer son règne en acquittant les dettes de reconnaissance contractées envers les cardinaux qui avaient le plus contribué à sa nomination. Il contirma Giacomo Buoncompagni, neveu de Grégoire XIII, et frère du cardinal di San-Sisto, dans le généralat des troupes de l'Église, et il lit le marquis d'Aciano son lieutenant; il nomma gouverneur du château Saint-Ange un de ses parents, Niccolo Todini, gentilhomme anconitain ; gouverneur du Borgo , le marquis Altemps, frère du cardinal; secrétaire d'État, le cardinal Rusticucci; dataire, monsignor Aldobrandini; gouverneur de Rome, monsignor San-Giorgio, neveu du cardinal Sforza; maître des cérémonies, monsignor d'Aliffa; camériers secrets, ceux qui Tavaient servi comme camériers pendant son cardinalat. Il disposa en môme temps d'autres offices. Il ne pouvait oublier le cardinal Alessandrino, qui avait conduit et assuré son élection : mais se méfiant de son caractère •impérieux et hautain, il ne voulut pas Tinvestir d'une
1 . Ce récit edt emprunté au journal du maître des cérémonies Alaleone, témoin oculaire. — Tempesti, t. I, lib. Vf, n<>Ml et 111, p. 92.
dignité nouvelle ou d'une fonclion déterminée. En qualité de neveu de Pie V, ce cardinal avait habité le palais du Vatican, et dirigé en grande partie le gouvernât de ce pontife. Sixte lui demanda de venir reprendre possession de son ancien appartement, lui laissant espérer qu'il aurait la haute main sur les affaires publiques, en reconnaissance du service signalé qu'il lui avait rendu dans le Conclave. Mais cette apparence de faveur dura peu ; Âlessandrino et Sixte ne pouvaient vivre ensemble et s'accorder longtemps; l'un « ne voulant pas d'égal, etl'autre pas de maître.» Le neveu de Pie V s'efforçait de dominer le nouveau pape, comme il avait autrefois dominé son oncle, tandis que Sixte n'entendait obéir qu'à ses seules inspirations. Le cardinal se vit donc obligé bientôt de quitter le Vatican, pour n'y plus rentrer, se repentant, sans doute, ainsi que le lui avait prédit, dans le Conclave, son collègue Santa-Severina, de s'être donné un maître, en croyant faire nommer un vieillard soumis à ses volontés.
Le soir du même jour mercredi. Sixte admit au bai- .sèment des pieds les ambassadeurs, les cardinaux, les princes romains et les principaux fonctionnaires.
Le lendemain jeudi, 25 avril, il continua de donner audience à toutes les personnes qui, par leur noblesse ou leurs titres, avaient le droit d'être admises. Parmi celles qui se présentèrent, on vit Paolo Giordano Qrsini, duc de Bracciano, l'assassin du neveu de Sixte. Le jour même de l'élection du pontife, Orsini s'était hâté d'épouser VittoriaAccorambuoni, veuve de Francesco Peretti. Craignant sans doute le ressentiment du pape, il s'était fait accompagner par son beau-frère, le cardinal Ferdinando di Medici, et par le comte d'Oli-
varès. Admis avec eux en audience particulière, après s'ôlre prosterné aux pieds de Sixle, il essaya de lui exprimer ses félicitations sur son avènement; mais terrifié par les regards indignés du pontife, il s'arrêta court, n'osant pas continueràdébiterdes compliments àlasincéritédesquelsilsavait bien que Sixte ne croyait point. S'apercevant de son trouble, le pape se borna, d'un air grave, à lui adresser les paroles suivantes : « Soyez assuré, duc, que personne plus que nous ne désire que la vie de Paolo Giordano soit digne, àl'avenir, de votre illustre sang et d'un vrai prince chrétien. Quant à ce qui est arrivé dans le passé contre la maison et les personnes des Peretti, nul ne peut mieux vous le dire que voire conscience. Soyez certain, au moins, d'une chose, c'est que, de même que nous vous pardonnons volontiers ce que vous avez pu faire contre Francesco Peretti et contre Felice, cardinal Montalto, de même nous ne serons jamais disposé à vous pardonner ce que vous pourrez entreprendre contre Sixte. Allez sur-le-champ, renvoyez de votre maison et de vos États les bandits auxquels, jusqu'à présent, vous avez donné refuge et protection : allez et obéissez M »
Cet ordre n'admettait pas de réplique. Aussi, sortant immédiatement de l'audience, le duc de Bracciano, d'après les conseils de son beau-frère et d'Olivarès, se n)it en devoir de congédier les assassins à sa solde, et deux mois après il quitta Rome avec sa nouvelle épouse.
Le bruit de cet événement s étant répandu dans la ville, qui fourmillait alors de bravi entretenus pistr la noblesse et les riches pour commettre tous les crimes,
1, Tempesli, ut snpra, no* V, VI, p. 93.
la population paisible, toujours la plus nombreuse et toujours victime de la scélératesse d'une poignée d'hommes déterminés, prii confiance, espérant de meilleurs jours. Quantaux Arau«,lesuns, craignant d'étrepoursui- \is, se hâtèrent de s'éloigner de Rome; les autres, avec l'insouciance ordinaire aux hommes endurcis dans le crime, résolurent d'y rester, se flattant qu'il en serait de Sixte comme de ses prédécesseurs, lesquels avaient fait quelques démonstrations de sévérité dans les premiers Jours de leur règne, mais s'étaient vus contraints bientôt, par la force des circonstances, de laisser aller les choses comme précédemment, en fermant les yeux pour ne rien voir. Ceux qui se berçaient de cet espoir ne connaissaient ))as encore l'homme qui venait d'être appelé à gouverner les États de l'Église : ils ne devaient pas tarder à l'apprendre à leurs dépens.
Le vendredi 26 avril, Sixte reçut en audience solennelle les Japonais convertis au christianisme, amenés à Rome par les Pères jésuites, qui les présentèrent comme des ambassadeurs du Japon.
Le mercredi 1®' mai, jour fixé pour son couronnement, le pape, vêtu de ses habits pontificaux, fut porté à midi dans Saint-Pierre en grande cérémonie. L'ambassadeur de France tenait la queue de son manteau ou chape, un des Japonais lui donna l'eau pour se laveries mains avant de célébrer la messe, et le cardinal Farnèse lui tendit le linge pour s'essuyer. Après le couronnement et la bénédiction, on jetait, conformément à un très-ancien usage, des pièces d'or et d'argent à l'efligie du nouveau pape, au peuple rassemblé sur la place de Saint-Pierre. Mais Sixte s'y opposa, parce qu'il arrivait presque toujours, dans cette circonstance, que plusieurs personnes périssaient étouffées ou fou-
lées aux pieds, et que (railleurs c'était une occasion favorable aux voleurs pour dépouiller les assislanls. Au lieu de ces largesses inutiles et mêmes dangereuses, il fit distribuer des aumônes aux vrais pauvres, à domicile, ainsi que dans les hôpitaux.
Le premier dimanche de mai, accompagné de trentequatre cardinaux, et d'un magnifique cortège d'ambassadeurs, de prélats, et de toute la noblesse romaine, il alla en grande pompe à la basilique patriarcale de Saint-Jean de Latran, prendre définitivement possession de la papauté. Cette cérémonie est la dernière consécration de l'élection du souverain pontife. Après avoir donné dans cette église, la première de la ville et du monde ^ sa bénédiction à la foule qui se pressait sur la place, il se rendit à sa villa, près de Sainte- Marie-Majeure, et il y resta seul quelques heures. Bien que ses espérances et ses vœux se trouvassent comblés, il se rappelait sans doute avec satisfaction les longues années de calme qu'il avait passées dans ce délicieux séjour, au milieu de sa famille, bornant alors ses distractions à l'étude et à l'embellissement de ses jardins. Sans regretter son élévation, peut-être commençait-il, ainsi qu'il est arrivé à beaucoup d'autres, à sentir le poids du fardeau qu'il avait à porter.
Il voulut inaugurer dans sa villa le premier acte administratif de son gouvernement. Grégoire XIII avait autorisé, en 1583, une société de spéculateurs à amener de l'eau sur plusieurs collines de Rome, et spécialement sur l'Esquilin. Étant cardinal. Sixte avait pris le plus vif intérêt à ce projet, qui devait fournir de l'eau
1. Sacrosancta Lateraneusis ccclesia omnium urbis et orbis ecclesiarttm mater et caput, — Inscription placée sur les murs extérieurs de celte basilique.
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à sa villa. En rentrant de Saint-Jean de Latran, il en signa le décret d'approbation, et cet acte fut comme l'indice des travaux utiles et des embellissements qu'il allait entreprendre dans sa capitale ^
Après avoir dîné dans sa villa, lepaperevintà Saint- Pierre, et là finit tout ce qu'il avait à faire pour son noviciat.
Le il mai, il tint, au palais du Vatican, un consisloire public, dans lequel il remit le chapeau à plusieurs cardinaux récemment arrivés à Rome, parmi lesquels se trouvait le cardinal français de Joyeuse.
Le 13 mai, il présida un consistoire secret, dans lequel il nomma cinq légats, pour administrer les provinces ecclésiastiques ^ savoir : le cardinal Gesualdo, pour la marche d'Ancône; Salviati, pour la province de Bologne; Canano, pour la Romagne; Spinola, pour rOmbrie; et Colonna pour la campagne de Rome. Comme le cardinal Simoneta était mort le 1" mai, il nomma pour le remplacer son propre petit-neveu, Alexandre Damascène Peretti ®, qui n'était encore âgé que de quatorze ans. Dans cette circonstance, le nouveau pape agit à l'imitation de plusieurs de ses prédécesseurs, et notamment de Paul III, qui avait créé Alexandre Farnèse, son neveu, cardinal, également à l'âge de quatorze ans. Beaucoup d'autres, surtout parmi ceux issus de familles princières, ont été faits
1 . Nibby, Roma neWanno MDCCCIIXVIII, parte modema, t. H, p. 2. — Ce savanl auteur, dans le passage cité, a commis une erreur en fixant au t2 avril la prise de possession de Siiie à Saint-Jeande-Latran, puisqu'il ne fut élu pape que le 24 avril.
2. Le duché de Ferrare n'était pas encore réuni aux États de l'ËgHse.
3. Fils de Maria Felice Peretti, sœur de Francesco Peretti, et petit-tUs de Gamilla Peretti, soeur de Sixte.
cardinaux encore plus jeunos^ Néanmoins, le choix du petit neveu de Sixte ne passa pas sans opposition. Le cardinal Santorio, dans ses Mémoires, raconte que la nomination du jeune Àlessandro fut d'autant plus mal accueillie, que le nouveau pape étant religieux de Tordre de Saint-François, cette infraction aux lois de l'Église paraissait encore plus répréhensible. Aussi, le vieux cardinal Caraffa, neveu de Paul IV, refusa d'assister à ce consistoire, ne voulant pas paraître approuver cette nomination. On commençait alors à trouver que la dignité de cardinal, la plus élevée de rËglise, après la papauté, ne devait pas être conférée à des enfants ni à des adolescents. La faiblesse qui portait les papes à favoriser ainsi leurs neveux, était blâmée par les hommes les plus graves et les plus religieux, non-seulement dans le clergé, mais parmi les laïques. D'un autre côté, les protestants tournaient en dérision ces nominations de cardinaux incapables, par leur âge, de se gouverner eux-mêmes, loin de pouvoir gouverner rËglise, et ils s'en faisaient une arme d'opposition contre la Cour de Rome et le catholicisme. On doit donc déplorer que Sixte ait cédé à Tafifection qu'il portait à sa sœur et à son petit neveu. Il est juste, toutefois, d'ajouter que le cardinal Peretti, ou comme on l'appela, Àlessandro Montalto, parvenu à un âge plus avancé, ne trompa pas la confiance de son illustre protecteur : car les historiens s'accordent à louer sa piété, la régularité de sa vie, et surtout son inépuisable charité !
1. ËntreautreB, Léon X, qui fut créé cardinal à treize ans, en octobre 1488. Mais il ne prit possession de cette dignité que le ^ mars 1492, Voy. Roscoé, Vie et pontificat de Léon J¥^, t. 1, p. 20 à 32.