Le gentiliiomme d'Aqufla, cité par Tempesti
létes au pape, comme un trophée, et elles restèrent, selon Tusage, longtemps exposées sur les murailles du château Saint-Ange.
Après ces exemples, la crainte inspirée aux brigands parle long bras de Sixte était telle, qu'ils se laissaient arrêter et conduire sans môme essayer de se défendre. Le Père Tempesti raconte qu'un homme du peuple, retournant à Rome, fut accosté en chemin par un sicaire fameux qu'il reconnut, bien que le bandit ne s'en fût pas aperçu. Ils voyagèrent ensemble et lièrent conversation comme deux camarades, jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'une des portes de Rome. Mais, à peine entré, surexcité par le désir de gagner la prime promise à qui livrerait vivant un bandit, le Romain se jeta sur son compagnon déroute, lui attacha une corde au cou, et, tenant un poignard d'une main, le conduisit ainsi jusqu'à la Cour, sans qu'il fît mine de résister.
Un autre fait prouve quelle était la crainte que Sixte inspirait. Deux domestiques de cardinaux s'étant pris de querelle, l'un d'eux se jeta sur son adversaire, le renversa, et, tirant son slylet, s'apprêtait à le poignarder, lorsque, s'arrêtant subitement, il dit à l'autre à demi-mort de peur : « Rends grâce à Sixte, qui m'épouvante; car sans la crainte qu'il m'inspire, je t'aurais déjà égorgé. » Il y avait alors, en effet, une phrase qui courait les rues de Rome, et qui retenait les assassins : o Rappelez-vous, se disaient les gens du peuple, que Sixte règne, » et ces mots mettaient fin à toutes les querelles.
Toutefois, la terreur qu'inspirait le pape, n'empêchait pas les pasquinades, arme d'opposition de tout temps fort en vogue à Rome contre le gouvernement. lin matin, on vit la statue de saint Pierre, qui dé-
core le pont Saint-Ange, enveloppée d'un manteau, des souliers aux pieds, et portant une valise de voyage. On trouva également la' statue de saint Paul, qui est en face, avec un écriteau, demandant à son voisin la cause de ses préparatifs de départ : « Mon collègue, répondait saint Pierre, je veux fuir de Rome, parce que je crains que Sixte, qui fait réviser les anciens procès, ne veuille me faire un grief de Toreille que j'ai coupée, il y a quinze cents ans, à l'un des sbires de la cour de Pilate, dans le jardin de Getsemani. » On ajoute qu'en apprenant cette pasquinade, qui était attribuée à un grand seigneur prolecteur de bandits. Sixte se contenta de dire en secouant la tête : « Les pasquinades des méchants font notre gloire, parce que les honnêtes gens nous louent, les princes nous aident, et Dieu nous soutient, nous donnant la force et les secours nécessaires pour rétablir la sécurité dans nos États et en Italie K »
Ayant ainsi, en moins d'une année, purgé ses États et ceux limitrophes des scélérats qui les infestaient. Sixte résolut de couronner son système de répression par un acte de clémence. Dans ce but, il publiasa bulle Cumprimum, par laquelle il accordait un pardon et une absolution générale à tous ceux qui avaient entretenu des relations avec les bandits, ou qui leur avaient prêté aide et assistance.
«Nous commandons, disait le pontife, à nos
chers fils leslégals des provinces, vice-légats, gouverneurs et leurs lieutenants, que toutes les personnes de l'un et Tautre sexe, tant à Rome que dans les autres provinces, cités, terres, châteaux et domaines,
i. Tempestt, t. I, lib. XII, n<»xxxv, p. 200.
soumis à nous et au siège apostolique, direclement ou indirectement, aussi bien laïques qu'ecclésiastiques, prêtres séculiers ou réguliers de quelque ordre, dignité et grade que ce soit, qui ont eu des relations avec les susdits homicides, sicaires, etc., etc., ou qui les ont reçus de quelque manière que ce soit, ou leur ont donné la nourriture, de Targent, des vêtements, de la poudre, des balles, du plomb, des armes, etc., ou leur ont écrit des lettres, en ont reçu d'eux, ou leur ont prêté des chevaux;
nous commandons que si elles se repentent réellement de leurs méfaits, et si elles se proposent de s'abstenir à Tavenir de semblables fautes, et sifelles demandent humblement l'absolution, elles soient absoutes et pardonnées miséricordieusement, sans payer quoi que ce soit, elles soient rétablies dans leur patrie, réintégrées dans leur honneur et leurs biens, pourvu que ces derniers n'aient pas été réunis au fisc; — que toute infamie ou toute incapacité encourue soit abolie à leur égard, et que tous les procès intentés soient annulés.
(c Et nous commandons à tous les gouverneurs^ podestats, commissaires, capitaines, préteurs, etc., etc., eu égard à la sainte obéissance qu'ils nous doivent, et sous peine de mille écus d'or à verser dans la caisse de la chambre apostolique, de se garder de molester et d'inquiéter en aucune manière les personnes ainsi absoutes par nous, et qu'ils cassent et annulent tous les procès et autres écritures, afin que le tout reste enseveli dans un éternel silence ^ »